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Si tu n'es pas là, ça n'a plus aucun sens

Summary:

Loki n'avait eu aucune envie de participer à leur stupide tradition de Père Noël secret. C'était ridicule et s'il pouvait s'éviter le désagrément d'avoir à acheter un cadeau pour un des Avengers, il ne s'en portait que mieux.

Sauf que Thor avait oublié de prévenir Pepper.

Et qu'il avait été désigné pour être le Père Noël secret de Stark.

Sûrement n'avait-il plus le choix que de se prêter au jeu.

Notes:

Écrit sur le prompt "j’ai été désigné pour être ton père noël secret, alors je t’ai acheté ce cadeau très cher mais aussi très sentimental que tu as toujours voulu, espérant que tu ne découvriras jamais que ça vient de moi et que je suis amoureux de toi depuis toujours" (bon le cadeau est pas *cher* à proprement parler, mais vous comprendrez).

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

Quand Thor lui avait expliqué le principe du Père Noël secret pour la première fois au beau milieu de leur entraînement matinal, Loki avait catégoriquement refusé d’y participer. Recevoir des cadeaux, qui plus est de la part de ces mortels avec qui il avait été forcé de collaborer, et leur en offrir en retour ? Non, il les aidait à maintenir un semblant de paix sur leur planète ridicule, c’était bien plus d’efforts que ce qu’il était déjà prêt à fournir. Pas question de s’impliquer davantage dans leurs coutumes sans queue ni tête. S’ils voulaient se faire des présents, pourquoi passer par un moyen détourné et fourbe qui ne leur autorisait même pas à connaître le prénom de la personne qui les avait tiré au sort ?

Même ses propres jeux de malice n’étaient pas aussi farfelus après des siècles à se réinventer et chercher toujours de nouvelles manières d’agacer son entourage. Il ignorait s’il devait s’en trouver soulagé ou vexé.

Toujours était-il qu’il oublia aussitôt cette histoire et retourna à ses mouvements de combat que son frère tentait désespérément de lui apprendre et qui avaient du mal à faire leurs preuves. Loki ne s’en inquiétait pas outre mesure, il avait sa magie et sa ruse pour le protéger s’il était amené à se battre au corps-à-corps. Et, même s’il détestait l’admettre, il avait également une équipe pour surveiller ses arrières, tout comme il avait juré de surveiller les leurs. Pour un être solitaire et méfiant tel que lui, l’intégration à un groupe, un groupe de super-héros par les Nornes, restait difficile à encaisser.

Il n’avait cependant pas prévu d’en entendre de nouveau parler peu de temps après quand Virginia lui annonça qu’elle l’avait ajouté au tirage au sort et que c’était le nom de Stark qui lui avait été attribué par le plus merveilleux des hasards. Loki occupa les trois jours suivants à maudire son imbécile de frère pour avoir « omis » de prévenir l’ancienne petite-amie du milliardaire qu’il n’avait jamais eu l’intention de s’inclure dans leur tradition stupide. Et quand ce dernier proposa simplement d’en faire part à l’intéressée et ainsi retirer sa participation, le dieu de la Malice dut user de chaque miette de sa volonté pour ne pas l’étriper sur place.

De toutes les personnes résidant dans cette maudite Tour, il avait fallu qu’il tombât sur son propriétaire. Quelle espèce de coup du sort était-ce ? Quelle espèce d’ironie cuisante et tordue qui l’aurait sans doute fait éclater de rire en tout autres circonstances, mais qui, en cet instant, lui tordait les tripes comme si elles n’étaient qu’un tas de vieux chiffons inutiles.

Évidemment qu’il était tombé sur le nom de l’homme dont il s’était par mégarde épris au cours des derniers mois de sa présence sur Midgard et qui n’avait bien entendu pas la moindre idée de ses sentiments en sa faveur.

Comment était-il censé se débrouiller pour à la fois lui offrir un cadeau et conserver ce secret dont il s’était fait un devoir d’envelopper son cœur pour mieux le dissimuler aux yeux du génie ? Dans un profond soupir, il décida de mettre cette question de côté et de retourner à sa lecture.

Sans le réaliser, le mage passa le reste de l’après-midi à relire la même phrase en boucle et, lorsqu’il reposa enfin le livre, il fut bien incapable de se souvenir de ce dont il traitait.

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La réponse à sa question, néanmoins, arriva quelques jours plus tard, alors qu’il ne s’y attendait pas et qu’il assistait, plus ou moins contre son gré, à une de ces soirées organisées par les Avengers pour se détendre et récupérer après une mission particulièrement intense et où l’unique but était, visiblement, d’ingurgiter une quantité déraisonnable d’alcool jusqu’à s’endormir sur le canapé s’ils avaient de la chance, sur le sol s’ils en avaient moins. Barton et Thor semblaient d’ailleurs près de confirmer une nouvelle fois cette théorie, et d’opter pour le sol comme pour mieux donner raison à Loki. Romanov tentait de retirer le verre des mains de l’archer, sans grand succès il fallait l’avouer, et Banner, en bon petit-ami, quand bien même personne n’était censé être au courant alors que tout le monde, précisément, l’était, parce qu’il était impossible de ne pas le remarquer, Banner donc amadouait le Dieu de la Foudre pour remplacer la liqueur par de l’eau.

Ce qui revenait à implorer pour un miracle. Mais le mage se contenta de l’observer avec un rictus aux lèvres, le rouge envahissant le visage du scientifique tandis que les mains du blond se faisaient de plus en plus aventureuses dans son dos et que chacun détournait le regard pour feindre l’ignorance. Seul Stark se permettait de ricaner au-dessus de son verre sans la moindre retenue.

Après une éternité de ce petit manège, ce fut finalement le colonel Rhodes, que Loki avait rarement vu si éméché, qui intervint et captura aussitôt l’attention de toute l’assemblée, et celle du dieu particulièrement, appuyé contre le bar en retrait, dégustant les fruits qui accompagnaient son cocktail. Sa diction était plus laborieuse qu’à l’accoutumée, pourtant son regard gardait un éclat de vivacité qui avait depuis longtemps quittait celui de Barton.

« Si vous pouviez demander une chose, une seule, que vous avez toujours voulue et que vous n’avez jamais pu avoir pour une raison quelconque, qu’est-ce que ça serait ? N’importe quoi. Juste quelque chose que vous avez toujours rêvé d’avoir. »

Chacun se mit à réfléchir, le nez plongé dans leur verre pour mieux réveiller leur cerveau engourdi par l’alcool, une mine exagérément concentrée sur le visage qui était davantage comique que crédible. En bon chef d’équipe, le Capitaine Rogers ouvrit la marche, suivi de près par le reste de son équipe, et Loki se surprit à rouler des yeux à plusieurs reprises devant l’incongruité des réponses, toutes plus fantasques les unes que les autres. Des choses sans importance, mais des choses complètement irréalisables pour la plupart, leur imagination soudain débridée par l’ivresse rugissant dans leurs veines. Le dieu songea à s’éclipser pour retrouver la tranquillité de sa chambre, heureusement très loin de la salle commune, mais il devait admettre qu’une réponse l’intéressait au point de s’infliger quelques minutes supplémentaires en compagnie des humains.

D’un mouvement souple, il laissa ses yeux dévier vers le génie, un bras étalé le long du dossier du canapé sur lequel il était installé aux côtés du colonel Rhodes et du docteur Banner, son front tombant à intervalles réguliers chaque fois que ses épaules étaient secouées d’un nouveau rire. Il se demandait bien comment l’homme pouvait trouver la bêtise de ses collègues aussi hilarante, mais sans doute son degré d’ébriété n’y était pas pour rien. Et pouvait-il réellement s’en plaindre quand le son crépitait sous sa peau en un bouquet d’étincelles qui se répercutait tout droit dans son cœur ? Déjà, ses battements devenaient désordonnés.

Loki remercia silencieusement l’espionne lorsqu’elle dirigea enfin la question vers le milliardaire, qui paraissait on ne peut plus préparé et n’hésita pas une seconde avant de répondre. Était-ce un sujet auquel il avait songé auparavant ? Ou avait-il profité du tour de table pour anticiper au milieu de ses éclats de rire ?

« Une photo de tous les gens que j’ai aimé au cours de ma vie. Tous, sans exception. »

Le masque d’impassibilité du Dieu du Chaos se fissura quelque peu au ton presque trop doux du génie, touché aussi bien par l’innocence que la douleur latente que cachaient ces mots. Bien sûr, c’était un souhait tout aussi irréalisable que les autres, mais pas à cause de son absurdité. Simplement parce que toutes ces personnes étaient impossibles à réunir dans la même pièce au même moment, certaines ne s’étant jamais rencontrées et n’ayant pas même été en vie pour ne serait-ce que pouvoir se croiser.

Sa réponse fut accueillie par un concert de awwww qu’il balaya d’un geste de la main, un rictus aux lèvres, son moment de vulnérabilité oublié, avant d’inviter ses coéquipiers à se resservir. La représentation visuelle de l’expression « noyer le poisson » en somme. Et cela fonctionna plutôt bien, la question, et ses réponses, remisées dans le fond de leur esprit sitôt qu’ils levèrent leur verre pour trinquer, sans doute pour la quarantième fois de la soirée.

Loki, néanmoins, profita de l’agitation pour disparaître dans un nuage de fumée vert et doré que personne ne releva, ne souhaitant pas, contrairement aux autres, oublier le moindre détail de cette conversation. Il ne savait comment il allait s’y prendre, encore moins s’il y parviendrait, si c’était seulement possible d’y parvenir, mais, puisqu’il avait été désigné pour être le Père Noël secret de Stark, il pouvait bien essayer de lui offrir ce qu’il avait toujours souhaité, quand bien même cela restait davantage de l’ordre de l’inenvisageable. Il était un dieu et un mage, après tout, il finirait par trouver une solution durant les quelques semaines qui s’offraient à lui. Il se mit au travail dès le lendemain matin.

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Sa belle assurance commença néanmoins à s’estomper quelque part dans l’après-midi du réveillon tandis que, chacun à leur tour, les Avengers venaient déposer leur cadeau au pied de l’immense sapin décoré de toutes les couleurs qui trônait fièrement dans la salle de vie de la Tour. Il y en avait de toutes les tailles et de toutes les formes, emballés dans des papiers brillants et agrémentés de pompons ou de rubans torsadés qui portaient la petite étiquette indiquant le prénom de la personne à qui il était destiné. Entre ses mains, celui de Loki lui semblait peser une tonne et, quand il le posa parmi les autres, il songea un instant à user de sa magie pour le transformer en quelque chose de moins personnel.

C’était idiot. Stark, lorsqu’il l’ouvrirait, n’aurait jamais à savoir que son vœu le plus cher avait été réalisé par celui qui fut autrefois son ennemi, celui qui l’avait menacé et jeté du haut de la fenêtre de sa Tour. Celui qui, aujourd’hui, s’apparentait plus ou moins à un ami mais qui était loin de détenir le quart de l’affection que le génie pouvait avoir pour le colonel Rhodes ou Virginia. Tout le monde avait été présent lors de la soirée où il avait évoqué cette photo et, peut-être, sûrement, Loki restait le seul à s’en souvenir car il avait eu suffisamment de présence d’esprit pour ne pas s’imbiber de liqueur, mais, là encore, Stark n’aurait pas à le savoir. Il n’aurait rien à savoir. Ni que le dieu était son Père Noël secret, ni qu’il avait prêté plus d’attention qu’il n’avait voulu l’admettre à sa réponse, ni même qu’il avait remué les Neuf Royaumes pour lui offrir ce présent qui ressemblait à s’y méprendre à un témoignage de ses sentiments.

Et c’était cela plus que tout le reste qui lui rendait les mains moites. Avec ce cadeau, il avait la très nette et très désagréable sensation de s’exposer à nu face au milliardaire, de déverser le contenu de son cœur à ses pieds sans possibilité de le reprendre ou de l’empêcher de le piétiner, de réduire ses maigres espoirs à néant et d’annihiler ce qui existait entre eux. Loki n’était pas certain, même après des nuits de réflexion à retourner le problème dans tous les sens, de le supporter. Car, malgré son envie de plus en plus indispensable d’avoir le mortel, de se déclarer à lui et de demander à conquérir son inclination, malgré son besoin de le serrer contre lui et sentir sa chaleur embrasser la sienne, son amitié était bien trop précieuse pour la mettre aussi effrontément en péril.

Était-il capable de renoncer à leurs longues discussions sur les projets de l’ingénieur, à ses explications complexes et fascinantes sur des termes techniques que Loki ne maîtrisait pas en échange d’une démonstration de ses pouvoirs sous les yeux admiratifs du génie qui s’empressait aussitôt de l’assommer de questions et ce jusqu’aux premières lueurs de l’aube qui les obligeaient tous deux à rejoindre la cuisine pour leur petit-déjeuner en compagnie des autres Avengers ? Pourrait-il se passer de ses coups d’œil discrets à table, de sa façon, beaucoup moins discrète, de percuter son bras ou sa main pour attirer son attention et l’inclure dans ses blagues qu’il dirigeait souvent, pour ne pas dire toujours, en direction du Capitaine Rogers ? Saurait-il ignorer les tressautements de son propre cœur chaque fois que leurs yeux se croiseraient, chaque fois que l’homme lui sourirait, qu’il se pencherait pour lui chuchoter ses traits d’humour ?

Était-il prêt à prendre le risque de perdre tout cela pour une simple envie qu’il refoulait déjà depuis des mois ? Au fond, son attachement à Stark n’était-il pas plus important que ce craquement dans la poitrine qui s’intensifiait au fur et à mesure qu’il réalisait que ses intentions ne seraient jamais partagées ? Ne pouvait-il pas se contenter de ce que le mortel avait consenti à lui donner ?

Son assurance disparut pour de bon quand minuit sonna et que, n’y tenant plus, Barton ordonna qu’on commençât la distribution des cadeaux. Il vit parfaitement la manière dont le génie observa le paquet cadeau qui arborait son prénom – Loki s’était forcé à écrire Tony au lieu du Stark qu’il employait constamment pour s’adresser à lui ou du Anthony qu’il rêvait d’utiliser un jour – comme s’il s’agissait d’une bombe à retardement ou d’un objet tout droit venu d’une autre planète, haussant un sourcil circonspect, avant de le poser à côté de lui, visiblement peu pressé de découvrir son contenu. Une part du dieu fut soulagée, tandis que l’autre luttait pour dissimuler sa déception, pour l’enfouir au plus profond de sa conscience, quelque part où même lui ne saurait la distinguer, où il pourrait l’oublier, ne pas se laisser atteindre par le souffle glacial qu’elle envoya à travers tout son corps.

Il reçut un plaid d’un beau vert foncé qui était si grand que, lorsqu’il le déplia et le posa sur ses épaules, il ressembla à une cape. À sa cape. Celle qu’il n’avait plus portée depuis son installation sur Midgard en réalité. Il doutait que son Père Noël secret sût combien cela lui avait manqué, mais il lui en fut silencieusement reconnaissant alors qu’il se rasseyait sur son siège, drapé de sa fausse cape, sous les applaudissements de ses compagnons, entraînés de gaieté de cœur par son frère. Il la serra un peu plus autour de lui, s’imprégnant de sa chaleur et des souvenirs qu’elle déclenchait dans sa mémoire autrefois altérée par l’influence du Tesseract.

D’un rapide coup d’œil à l’assemblée, il se rendit compte que tout le monde avait déballé son cadeau. Sauf une personne, qui tentait tant bien que mal de se faire oublier pour une fois, le nez plongé dans son verre et le paquet décoré de rouge et or presque complètement disparu sous sa cuisse. Il ne fut pas le seul à le remarquer, car, déjà, le colonel Rhodes adressa un signe de tête à son meilleur ami.

« À ton tour, Tones. »

Et, tandis que le génie soupirait et se résignait à tirer sur le nœud de son cadeau pour en faire tomber l’emballage, Loki ne put s’empêcher de penser à cette expression midgardienne qu’il avait entendue au détour d’une conversation et qu’il avait trouvée, comme beaucoup d’autres choses sur cette planète, ridicule. Le meilleur pour la fin. Peut-être n’était-elle pas si ridicule que cela, finalement.

Son cœur se mit à battre plus vite et plus fort. Si vite et si fort qu’il crut qu’il lui échapperait et percerait un trou entre ses côtes pour s’en échapper. Il lui parut soudain que c’était la pire idée qu’il eût jamais eue. Mais il était trop tard, Stark admirait déjà la photo soigneusement encadrée d’or qu’il tenait d’une main tremblante et Loki pria pour disparaître dans le sol, s’envelopper de sa magie et se téléporter tout droit dans sa chambre pour ne pas avoir à regarder l’expression sur son visage. Une expression qu’il ne parvenait pas à saisir. Était-ce de la déception ? De la joie ? De l’incompréhension ?

Avait-il eu tort ? Avait-il brisé toutes ses chances avec le génie alors qu’il n’avait jamais voulu que lui faire plaisir et réaliser son rêve ?

Il vit l’exact moment où l’homme se souvînt de son audience et força ses traits à se détendre et à sourire. Alors qu’il était plus qu’évident qu’il n’avait pas envie de sourire. Son sourire, d’ailleurs, ne monta pas jusqu’à ses yeux, mais, de cela, personne ne s’en formalisa.

« Merci, souffla-t-il en agitant le cadre en l’air et attrapant son verre pour le finir d’une traite, bientôt imité par les autres. »

Et comme chacun retourna à ses occupations, que le brouhaha des conversations reprit le pas sur le silence et envahit l’espace, Stark en profita pour s’éclipser. Loki fut le seul à le remarquer et ne tarda pas à lui emboîter le pas, s’assurant au passage que leur sortie restât privée. La dernière chose dont il avait envie était que l’un des super-héros décidât de s’en mêler ou de poser des questions auxquelles il n’avait pas de réponse – ou dont il préférait taire les réponses pour le moment.

Il vit le milliardaire disparaître derrière les portes de l’ascenseur qui se refermaient sur ses traits abasourdis tandis qu’il dévisageait de nouveau le cadre étincelant dans les lumières vives de l’habitacle.

Loki soupira, près d’abandonner. Il n’y avait pas besoin d’être un génie pour savoir que Stark refuserait de le voir s’il osait se montrer à son étage, d’autant plus pour lui demander de s’épancher sur ce qu’il ressentait. S’il y avait bien une chose que le dieu partageait avec l’humain, c’était leur difficulté manifeste à poser des mots sur les émotions qui animaient leur cœur. Ce même cœur qu’ils aimaient à prétendre n‘être fait que de glace. Un moyen comme un autre de le protéger des fissures qui avaient failli avoir raison d’eux dans le passé. Et si tout le monde s’était mis à croire leur petite comédie, ce n’était certainement pas eux qui iraient s’en plaindre.

Malgré tout, il devait savoir. Il ne pouvait pas supporter l’idée d’avoir fait du mal à la seule personne à qui il tenait un tant soit peu. Ne pouvait pas supporter ce qu’il avait reconnu comme étant de la tristesse dans son regard en découvrant son cadeau, là où il n’avait espéré voir que de la joie et de la reconnaissance et sûrement un peu de tendresse.

Aussi, et avant d’avoir pu y réfléchir davantage, avoir d’avoir pu fléchir, il agita le poignet et se retrouva dos aux portes de l’ascenseur, l’appartement de Stark s’étendant face à lui, les lumières tamisées l’obligeant à plisser les paupières pour s’accommoder au changement brutal. La silhouette du super-héros se dessinait devant les immenses baies vitrées, celles par lesquelles Loki l’avait jeté autrefois, par lesquelles il l’avait observé tomber et tomber et tomber avant de réapparaître dans le ciel, flamme chatoyante au milieu du chaos qu’il avait amené sur Midgard.

Ce souvenir lui apportait autant d’amertume que d’amusement. Parce que, certes, les conditions n’avaient pas été optimales pour une première rencontre, mais c’était la leur, et dès l’instant où Loki avait compris que Stark avait tenté de le manipuler, le Dieu de la Malice en personne, il avait su que ce petit mortel serait un adversaire de taille et qu’il adorerait le vaincre et le soumettre à ses pieds.

Et le fait qu’il n’y était pas parvenu ne le rendait que plus amusé encore.

Ses enjambées étaient silencieuses à travers l’immense pièce de vie et il ne s’arrêta que lorsqu’il fut assez près pour toucher le milliardaire s’il levait le bras. Évidemment, il ne le leva pas, s’intima à l’immobilité la plus totale, les doigts de sa main droite fermement agrippés au poignet de sa main gauche dans son dos pour plus de sûreté. À son tour, il se mit à admirer la ville qui s’étendait sous ses yeux. Cette mer sombre d’où les lumières des immeubles ressemblaient à des lucioles virevoltant dans le ciel.

New York était très différente d’Asgard, mais elle n’en était pas moins belle. Plus belle que le jour où il l’avait attaquée et tenté de l’embraser des flammes de sa vengeance. Les lucioles ne brillaient pas dans la cendre. Elles clignotaient et finissaient par s’éteindre. Et Loki n’avait jamais voulu tuer les lucioles.

Son regard se détourna des fenêtres pour se poser sur la nuque de l’humain.

Il n’avait jamais voulu tuer personne, en réalité.

« Ai-je fait une erreur ? »

Sa voix était douce et aussi légère que le premier flocon de l’hiver. Pourtant, Stark sursauta et, un bref instant, Loki put apercevoir la moitié de son visage quand il tourna le menton dans sa direction. Un sillon plus foncé traversait sa joue, du coin de son œil à sa mâchoire. Des larmes. Dans son dos, ses doigts tressautèrent en une envie désespérée de les sécher.

« Le cadre, précisa-t-il à la place. Ai-je fait une erreur en te l’offrant ? »

Le génie eut un rire sans joie, baissant la tête et se passant une main sur le front et dans ses cheveux en bataille.

« Tu sais que le principe du Secret Santa, c’est de garder le secret jusqu’au bout ?

– Je n’avais pas pour intention de me révéler, seulement… » Seulement j’ai besoin que tu m’expliques, j’ai besoin que tu me dises que tu ne me détestes pas, que je n’ai rien brisé entre nous, même si je suis bien conscient qu’il n’existe aucun nous et que, si ce n’est pas déjà fait, je suis en train de tout ruiner comme d’habitude et que, comme d’habitude, je ne pourrai m’en prendre qu’à moi-même. « Seulement il semblerait que je sois dans l’incapacité de déchiffrer ta réaction. Aurais-je dû choisir autre chose ? Tu en avais parlé, l’autre jour, et j’ai cru que-

– Je pensais pas tenir cette photo un jour dans mes mains », coupa-t-il, ramenant le cadre, qu’il avait laissé pendre au bout de son bras, le long de sa cuisse, et qu’il serrait désormais près de son cœur. Il continuait de le regarder comme s’il allait s’évaporer d’un instant à l’autre, comme si cela ne pouvait pas être réel et qu’il s’agissait forcément d’un piège, d’une illusion. Et maintenant qu’il savait que ce n’était autre qu’un cadeau de Loki, cela ne sonnait que plus juste encore. N’était-il pas le Dieu des Illusions, après tout ? Loki serra les poings. « C’était impossible de tous les réunir, continua le génie malgré tout, inconscient du trouble du mage, de son inconfort et de la frustration grandissante dans son esprit. Impossible de tous les avoir ensemble, sur une même photo. Impossible de pouvoir tous les regarder d’un seul coup. Mais, évidemment, pour toi rien n’est impossible. J’aurais dû tout de suite deviner que c’était toi.

– Je crains de ne toujours pas comprend-

– Je sais pas comment te remercier, Loki, coupa-t-il encore et, venant de n’importe qui d’autre, Loki s’en serait trouvé outrageusement agacé, mais, venant de l’humain, il ne put que refermer la bouche et attendre patiemment la suite. Rien au monde ne suffira à t’exprimer ma gratitude. »

Il avait envie de lui répondre que ce n’était pas grand-chose, mais alors ç’aurait été minimiser la valeur du cadeau, ç’aurait été minimiser ce que le génie ressentait alors que ses yeux se posaient une nouvelle fois – probablement pas la dernière – sur tous les gens à qui il tenait et qui avait un jour compté dans sa vie et continuait de compter quand bien même la plupart n’était plus physiquement là.

Aussi, il ne répondit rien, se contenta d’acquiescer quand Stark releva le menton vers lui et qu’il put constater que son regard était humide et, par les Nornes, il était heureux. Il irradiait de bonheur et c’était grâce à Loki.

Les mots lui échappèrent avant qu’il n’eût pu songer à les retenir.

« Accepterais-tu de dîner avec moi ? »

Il sentit son estomac se nouer, sentit toutes les couleurs le quitter à la simple idée qu’il pût refuser, mais, contre toute attente, le sourire du mortel s’agrandit encore un peu plus.

« Un dîner, huh ?

– Si tu le veux bien. »

Dans un rire à peine audible, Stark combla la distance qui les séparait et se hissa sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue. Le saisissement et l’espoir et le contentement et l’euphorie se déversèrent dans les veines du dieu, chamboulant tous ses sens et lui donnant le tournis l’espace de quelques secondes. L’humain en profita pour s’attarder, frotter sa bouche sur la chair qui se teintait de rose avant d’enfin se reculer.

« Je le veux bien. »

Sa peau brûlait à l’endroit où le baiser s’obstinait à crépiter à la surface, semblable à une étoile filante refusant de s’éteindre, un morceau du Soleil qui avait traversé tout l’univers dans l’unique but de l’embraser.

Et le Soleil, juste devant lui, rayonnait plus que jamais.

Son sourire se fit néanmoins plus joueur, presque malicieux.

« Il y a juste quelque chose qui me chiffonne. Il manque une personne. »

Loki fronça les sourcils.

« J’ai pourtant demandé à ton intelligence artificielle et elle m’a assurée que-

– T’es pas dessus, Lokes. »

Il le coupa pour la troisième fois cette nuit, mais le dieu ne put pas même s’en formaliser quand son esprit se vida intégralement pour ne garder que cette constatation d’apparence anodine et qui portait pourtant le poids d’un coup à l’estomac. Plus que la constatation, c’était ce qu’elle signifiait, ce que l’humain ne disait pas, mais qui était suffisamment évident pour ne pas être dit, qui le laissait abasourdi. Avec précaution, il osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Et tu… souhaites que je sois dessus ?

– Eh bien il me semble que j’ai dit que je voulais une photo avec tous les gens que j’aimais. Si tu n’es pas là, ça n’a plus aucun sens. » Il attrapa sa main dans la sienne et la serra gentiment. Le cœur de Loki se serra de concert, s’affolant et s’agitant dans sa poitrine comme un animal fou. « Sans toi, le tableau n’est pas complet. »

Loki savait qu’il existait cette croyance insensée qui voulait que tous les vœux se réalisaient le matin de Noël, que l’esprit féerique et magique des fêtes rendaient même l’impossible possible et, bien sûr, il n’y avait pas cru. C’était une croyance pour les enfants, il n’avait pas envisagé une seule seconde d’y croire, mais, en cet instant, alors que le super-héros tenait sa main et entrelaçait leurs doigts, alors qu’il lui souriait et que le Soleil et les étoiles rayonnaient dans son regard brun, peut-être qu’il se mit à y croire un tout petit peu.

Suffisamment pour lui sourire en retour et, du bout de l’index, toucher la photo pour faire apparaître sa propre silhouette.

Stark tendit le bras pour admirer le résultat, un rictus satisfait au coin des lèvres.

« Parfait. J’espère que j’aurais droit à une photo rien que de toi avec ton plaid-cape, déclara-t-il en lui lançant une nouvelle œillade malicieuse qui fit rire le dieu.

– C’était toi. »

Quelle avait été la probabilité pour qu’il eût le génie en Père Noël secret ? Si infime que l’idée ne lui avait même jamais effleuré l’esprit. Pour sûr, les Nornes se jouaient de lui. Ou une certaine mademoiselle Potts n’avait pas eu la main si innocente au moment de faire le tirage. Il faudrait qu’il songeât à la remercier.

« C’était moi, confirma l’humain avec cette lueur bien trop amusée dans le regard. Comme t’avais pas répondu à la question l’autre jour, je savais pas quelle était cette chose que tu voulais plus que tout. Alors j’ai improvisé. Je suis le roi de l’improvisation. »

Juste pour la forme, Loki roula des yeux, mais attira le super-héros dans ses bras tandis que ce dernier éclatait de rire. C’était étrange d’enfin pouvoir le serrer tout contre lui, d’enfin pouvoir respirer ses cheveux dans lesquels il enfouit son nez et sa bouche quand il posa un baiser sur le haut de son front. C’était étrange de le savoir bien réel après des nuits à avoir conjurer une illusion qu’il s’était contenté d’admirer de loin et d’espérer, d’espérer de toutes ses forces, qu’elle finirait par prendre vie.

L’homme n’avait aujourd’hui plus rien d’une illusion et jamais le cœur du mage n’avait battu si fort, jamais il ne l’avait trouvé plus beau qu’en cet instant alors qu’il embrassait une nouvelle fois son front.

« Et pourtant… tu as réussi à me l’offrir malgré tout, murmura-t-il contre sa peau. »

Le sourire de Stark – non, Anthony – rayonnait dans le clair-obscur et Loki ne put que s’incliner quand l’autre se hissa sur la pointe des pieds – encore et, vraiment, Loki ignorait qu’il était possible de tomber amoureux d’un simple geste – pour chercher ses lèvres en un baiser longtemps rêvé. Il ne dura que quelques secondes, une poignée, pas assez pour gagner en intensité, mais il était la promesse qu’il y en aurait d’autres, qu’il n’était que le premier d’une infinité qui, eux, sans doute, perdraient de leur chasteté.

Pour l’heure, la nuit était calme et nouvelle et, enlacés dans le silence de leur récent bonheur, ils n’avaient pas besoin de plus. N’avaient pas besoin d’autre chose que la présence de celui qu’ils avaient cru à jamais inaccessible.

Bercé par le mouvement régulier des mains de son mortel dans le dos, le dieu ferma les yeux.

« Joyeux Noël, Anthony.

– Mhm, joyeux Noël, Lokes. »

Et, de Noël, ils en avaient rarement connu de plus joyeux.

Notes:

Joyeux anniversaire Loki-chou <3