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Il y avait bien longtemps, le royaume d’Almyra avait un prince à l’esprit aiguisé et aux rêves de paix pour son pays, un jeune homme nommé Khalid dont les yeux émeraude tranchaient avec ceux ambrés de ses pairs. A cause de ses origines fódliennes héritées de sa mère, il était très peu apprécié par la noblesse, beaucoup le voyant comme un lâche car, selon les préjugés de cette nation où le soleil brillait avec ardeur, ceux de Fódlan n’étaient que des couards incapables de se battre. Fort heureusement, l’intelligence du jeune homme et ses talents de stratège étaient de plus en plus reconnus au fil des années, faisant qu’un beau jour, il était clair pour tous qu’il était en bonne position pour prendre la suite de son père, une perspective qui ne plaisait pas à certains de ses détracteurs.
C’était le cas de mystérieux mages noirs aux origines obscures qui, vu leurs propres ambitions, ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée d’un pacifiste tel que le prince Khalid à la tête du royaume d’Almyra. Afin d’empêcher cela et briser les espoirs du prince, ils parvinrent à tromper un des sept rois des Djinns, lui faisant croire que le jeune homme avait manqué de respect à celui-ci en demandant la dépouille d’un oiseau Rokh. Furieux contre le prince, ce souverain lui infligea pour châtiment de devenir lui-même un Djinn, enfermé dans une lampe à huile et condamné à être l’esclave de ceux détenant le précieux objet. De plus, un des mages noirs était parvenu à jeter un sort au jeune homme, renforçant sa malédiction en lui faisant oublier sa véritable identité avant de voler la lampe pour l’emmener le plus loin possible du royaume désertique ainsi que des terres des Djinns, empêchant ainsi cette puissante nation de nouer des alliances avec ses voisins et lui faisant perdre celui qui aurait pu la conduire à un formidable âge d’or.
Pendant des décennies, la lampe magique changea de main, corrompant quiconque faisait un mauvais usage des multiples souhaits qu’elle offrait. Khalid, qui avait pris le nom de Claude faute au fait qu’il lui était impossible de se souvenir de sa véritable identité, endurait ceci avec plus ou moins de facilités, passant le plus clair de son temps cloîtré dans sa prison, certes aménagée à son goût mais qui le laissait désespérément seul, assister au triste spectacle de ceux qui, usant de ses pouvoirs, sombraient dans l’ivresse du pouvoir avant de se faire inévitablement tuer par quelqu’un qui convoitait la lampe pour son propre bénéfice et qui allait plus tard subir le même sort, perpétuant ainsi ce cercle vicieux. Aucun de ses maîtres ne l’avait vu autrement que comme un objet, un moyen d’assouvir leurs ambitions, et il commençait à ne plus apprécier les humains…
… jusqu’à ce qu’un jour, cet homme obtienne la lampe.
Claude, qui passait le temps dans sa prison à lire un texte religieux en fódlien, s’était brutalement interrompu quand des cris parvinrent à ses oreilles. En écoutant toute la scène attentivement, il l’avait clairement entendu : les bandits qui le possédaient étaient morts, attaqués alors qu’ils étaient saouls après avoir vidé un tonneau de vin. Des bruits d’objets que l’on emportait résonnèrent ensuite avant qu’il ne sente que sa lampe soit prise à son tour. Une bonne heure s’était écoulée, peut-être plus, puis enfin, on l’avait fait sortir de son étroite demeure et la première chose qu’il retint, c’était qu’il faisait très froid là où il se trouvait, signe qu’il ne se trouvait plus du tout dans la même région. Après usage de sa magie pour se vêtir d’habits bien plus chauds, il tourna légèrement la tête et découvrit ainsi son nouveau maître, bien différent des précédents : un homme grand aux cheveux blonds qui s’arrêtaient à ses épaules ; un œil bleu tirant vers le gris du côté gauche qui le fixait avec stupeur tandis que le droit était dissimulé derrière un cache-œil noir ; une armure sombre dont certains reflets trahissaient le fait qu’elle n’avait pas encore été nettoyée ; une cape bleu avec un col en fourrure blanche et noire et une étrange lance à portée de main. A son allure générale, il semblait avoir vu de meilleurs jours et il n’était pas impossible qu’il n’ait pas pris un bain depuis un bon moment.
Le Djinn, une fois qu’il se fut réchauffé en allumant un feu avec sa magie, se présenta à l’inconnu, lui révélant son nom et lui expliquant ce qu’il était, le tout en cachant le mépris qu’il avait pour ce nouvel humain qui allait encore l’exploiter. Avec un sourire forcé, il se prépara à exaucer le premier souhait de cet homme… mais pour la première fois, il entendit quelqu’un clairement lui dire que cela ne l’intéressait pas. Claude était resté bouché bée durant quelques secondes, totalement pris de court, avant de demander à cet homme s’il était certain de cela, ce que l’inconnu confirma en précisant qu’il ne désirait rien pour lui. Puis cet étrange individu le détailla de la tête aux pieds, notant le fait que, malgré ses habits, il frissonnait de froid, avant de lui proposer de rejoindre une auberge pour passer la nuit, les températures risquant de chuter. Bien qu’encore sous le choc qu’on lui ait demandé son avis pour quelque chose, le Djinn accepta, cet homme ayant piqué son intérêt, et une fois à l’abri, il savoura un repas ainsi qu’un bon bain chaud puis, pour le première fois depuis très longtemps, un lit plus douillet que l’intérieur de sa lampe.
A son réveil le lendemain matin, l’inconnu lui laissa le choix entre rester dans ce village ou partir avec lui sillonner le pays, là où personne ne pourrait mettre la main sur sa lampe. Claude opta pour la deuxième option sans une once d’hésitation.
Les jours passèrent, tous deux voyageant à travers ces contrées froides et enneigées, traversant des routes à peine visibles sous les couches de neiges ainsi que des forêts de résineux où ils croisaient des animaux ou, parfois, des bandits préparant une embuscade – les individus ne faisaient pas long feu face à cette force de la nature qu’était Dimitri, son compagnon de voyage. Les nuits, ils les passaient soit en extérieur dans un abri qu’ils avaient fabriqué ou trouvé, soit dans un village qui acceptait de leur offrir gîte et couvert en échange de quelques pièces ou de main d’œuvre – en général, son partenaire proposait de couper du bois ou de faire tout autre travail nécessitant beaucoup de force physique, un type de tâche qu’il parvenait à exécuter avec facilité et sans trop se fatiguer. Claude appréciait grandement cette liberté, bien qu’en contrepartie, il devait supporter ces températures qui n’étaient pas de son goût et affronter une météo parfois extrême. Dimitri n’était pas quelqu’un de très bavard mais il avait vu qu’il ne détestait pas sa présence, notant les petits sourires qu’il avait quand le djinn racontait une histoire au coin du feu ou comblait le silence en émettant des hypothèses, parfois quelque peu farfelues, sur une chose qui l’avait intriguée. Il lui avait aussi montré que Faerghus n’était pas seulement un pays au climat hostile mais qu’il détenait quelques merveilles insoupçonnées – Claude n’était pas prêt d’oublier cette nuit où des bandes de lumières avaient illuminé le ciel et dont il avait eu bien du mal à détacher les yeux, cela même en sentant son compagnon de voyage lui mettre une cape de fourrure sur le dos pour qu’il reste au chaud.
En revanche, son ami restait inflexible sur un point : il refusait d’utiliser la lampe, que ce soit pour son propre intérêt ou pour faciliter la vie d’autrui, et la gardait soigneusement cachée dans une poche de sa cape. Plus étrange encore, s’il était le premier à traiter Claude comme un égal, ce que le Djinn appréciait de plus en plus, son compagnon de voyage semblait rester sciemment évasif sur ses origines. Au départ, le Djinn s’était méfié, pensant qu’il lui cachait à dessein qu’il comptait l’offrir à un nouveau maître mais avec le temps, il avait repéré ce regard lointain et triste qu’arborait parfois cet homme au coin du feu, comme s’il était ailleurs, dans un lieu qui lui était inaccessible.
Si l’on exceptait cela, rien ne mettait en doute le fait qu’ils s’entendaient, cela malgré leurs caractères opposés, faisant qu’ils se complétaient. A force d’observation, Claude avait noté que Dimitri n’hésitait pas à sacrifier son confort si cela pouvait profiter à une personne dans le besoin, comme cette petite fille qui mendiait et à qui il avait donné ce qui leur restait d’économies sans poser plus de questions. Le Djinn avait aussi compris que Faerghus, par son climat hostile, possédait des ressources limitées et que le nombre de bandits qui y rodaient étaient souvent, à l’origine, de pauvres gens qui n’avaient pas trouvé d’autres choix pour survivre, surtout en ce moment où le royaume, de ce qu’il avait entendu dans une auberge, vivait un âge sombre suite à la disparition brutale de la famille royale et à l’arrivée d’un nouveau régime qui ne semblait pas être des plus attentifs au bien-être de la population.
Un soir, ils avaient élu domicile dans une cabane abandonnée, se protégeant du froid avec leurs fourrures et un feu dans la cheminée encore existante. Alors qu’ils regardaient les flammes ardentes danser dans l’âtre, Dimitri demanda au Djinn s’il y avait une chose qu’il désirait et ne pouvait obtenir. D’abord surpris, Claude, hésitant, admit que c’était le cas : ne plus être l’esclave de la lampe et enfin obtenir une totale liberté, même si cela était au prix de sa magie. Il y eut un long silence puis, quelques minutes plus tard, il avait vu son ami se lever puis récupérer l’objet lui servant de prison. A la grande surprise du Djinn, il entendit être formulé avec assurance le souhait que personne n’avait jamais formulé : celui de le libérer.
Seulement, au lieu d’exaucer ce vœu, la lampe émit comme un son réprobateur, un grincement atroce qui leur vrilla les oreilles, et refusa obstinément de le laisser partir. Dans un éclat de lumière, elle dévoila les chaînes d’or qui le reliaient à elle, deux à ses poignets ainsi que deux à ses chevilles. Puis, sans qu’il ne comprenne la raison de sa présence, une dernière dans un métal sombre fit son apparition autour de sa nuque, plus lourde et douloureuse que les autres, et qui, brutalement, se mit à se resserrer, comme si elle cherchait à l’étrangler. Soudain, alors que la pression sur son cou augmentait et manquait de l’étouffer, Dimitri attrapa fermement la chaîne sombre des deux mains et, d’un geste, la brisa en tirant d’un coup sec, ce qui restait d’elle devenant poussière entre ses doigts. Son ami tenta de faire la même chose avec celles en or mais la magie émanant d’elles le repoussa, refusant clairement qu’il tente de les rompre avant de disparaître… ou plutôt de redevenir cachées aux regards des mortels. Le djinn, se sentant totalement vidé et la nuque pulsant de douleur, s’était endormi après cela, sentant vaguement deux bras forts l’enlacer contre un corps délicieusement chaud.
Certes, Claude n’était pas libéré de la lampe, loin de là, mais durant son sommeil, sa mémoire, si longtemps scellée, fut enfin restaurée. A son réveil le lendemain, il commença enfin à se souvenir de qui il était réellement et au bout de quelques heures, tout lui était revenu : il était le prince Khalid, enfermé de force sur la volonté d’un des sept rois des Djinns mais pour un motif dont il n’avait jamais eu connaissance. Puis en réfléchissant, ayant à présent toutes les informations qui lui avaient manqué durant toutes ces années, il comprit pourquoi le vœu de le libérer lui avait été impossible à réaliser : celui qui l’avait emprisonné dans la lampe était bien plus puissant que lui, contrairement à celui qui avait scellé sa mémoire, un sorcier si ses souvenirs étaient justes, dont la chaîne noire, marque de son sort, avait pu être brisée… ou du moins révélée afin que quelqu’un d’autre, soit son ami à la force mythique, puisse la réduire en poussière.
Il hésita plusieurs jours à parler de tout cela à Dimitri, préférant finalement attendre un moment opportun, le tout en observant cet homme durant leur voyage qui ne semblait mener nulle part et partout à la fois. Une part de lui ne le souhaitait pas vraiment, se satisfaisant de leur relation actuelle, seulement, quelque chose avait changé de son côté et si avant, il regardait son compagnon de route avec curiosité, maintenant, il le voyait avec un autre regard, celui d’un jeune homme subjugué par la beauté sauvage qui cachait un cœur d’une douceur désarmante. Difficile pour lui de dire comment ses sentiments avaient pu évoluer ainsi ou si cela était le fait qu’il se souvenait enfin de qui il était mais Claude luttait pour contenir son affection grandissante pour Dimitri, principalement parce qu’il savait qu’en l’état actuel des choses, une telle relation serait vouée à l’échec. Il se devait de réfléchir à comment se libérer de sa condition actuelle s’il voulait que les choses avancent comme il le souhaitait mais pour l’instant, il était dans une impasse.
Mais le temps des secrets prit fin quand un matin, ils défendirent un village attaqué par des bandits. Claude, armé d’un arc, épaulait Dimitri au mieux mais leurs ennemis étaient trop nombreux et même s’ils parvenaient à les vaincre, au moins l’un d’eux risquait de ne pas y survivre en plus des villageois qui n’auraient pas pu être sauvés. A l’instant où il allait suggérer à son ami d’user d’un souhait pour vaincre leurs ennemis, un son de cor résonna suivi des galops de chevaux puis, surgissant des bois, tout un bataillon de soldats avec des étendards bleus fondit sur les bandits, à présent en infériorité numérique. Les brigands, totalement désorganisés, tentèrent de s’enfuir mais ce fut un échec et ils se firent arrêtés pour ceux qui eurent la bonne idée de baisser leurs armes ou tués pour les autres qui voulurent riposter. Le capitaine du bataillon, un homme grand aux cheveux roux et à l’armure sombre, se tourna vers eux et son regard s’agrandit de surprise en apercevant Dimitri. Ce dernier baissa la tête en grognant mais celui qui l’avait nettement reconnu descendit de sa monture et se posta face à lui en l’appelant « Votre Altesse », révélant ainsi à Claude que depuis le tout début, il voyageait avec un membre de la famille royale de Faerghus.
Une fois installés dans une auberge pour la nuit, celui qui était en fait le roi légitime de ces contrées finit par lui dire la vérité : le trône avait été usurpé par une sorcière qui avait fait exécuter toute la famille royale… sauf lui car des serviteurs du palais avaient réussi à lui faire quitter la capitale et, depuis tout ce temps, il avait erré à travers le pays, éliminant bandits et hommes à la solde de son ennemie qui croisaient son chemin. Il avait honte d’avoir fui et abandonné son peuple pendant tout ce temps, ne se sentant pas digne de reprendre son trône. Claude le coupa dans son discours coupable, lui expliquant à quel point il se trompait, comment il aurait condamné tout son royaume s’il avait tenté de le reprendre seul, et que maintenant, il avait des hommes pour l’aider à récupérer ce qui lui appartenait.
Avec le capitaine Sylvain, ils commencèrent à mettre au point un plan d’attaque pour reprendre le royaume mais un point noir subsistait : la sorcière, Cornelia, avait renforcé les défenses de la capitale pour contrer la cavalerie rapide des résistants et les rangs de mages avaient été doublés avec des mages sombres, faisant que le passage pour leur petit escadron de pégases était bien trop risqué pour eux. Il leur était donc impossible de réussir à passer en l’état actuel de leurs troupes, même si la présence de leur roi légitime allait certainement les motiver au plus haut point. Claude proposa de compenser leur faiblesse dans le ciel en usant de la lampe, ce que Dimitri refusait catégoriquement. Le Djinn insista, appuyant sur le fait que cela leur permettrait de prendre facilement l’avantage mais le jeune roi expliqua qu’il ne voulait pas l’exploiter et risquer qu’il ne redevienne convoité pour les souhaits qu’il était capable d’accorder, un point que le capitaine, après avoir eu vent de l’histoire du djinn, approuva. Cachant au mieux à quel point cela le touchait, Claude réfléchit un court instant et demanda à Sylvain combien de temps cela lui prendrait pour rassembler une armée, ce à quoi le capitaine lui répondit que celle-ci était déjà quasiment prête dans le territoire de Fraldarius et qu’elle risquait fort de grossir une fois que la rumeur de la survie de Dimitri se serait répandue.
A la nuit tombée, le Djinn prit sa décision : il alla voir le jeune roi dans sa chambre, trouvant ce dernier encore réveillé, et il lui révéla qui il était réellement. Dimitri, bien qu’un peu surpris au départ, ne lui tint pas rigueur de lui avoir caché le fait que sa mémoire lui était revenue, lui-même n’ayant pas été des plus honnêtes sur son identité. Lorsque Claude parla à nouveau d’user d’un souhait pour reprendre Fhirdiad, son ami montra sa réticence à cela, exprimant clairement qu’il ne supportait pas l’idée qu’il puisse de nouveau perdre son libre arbitre, surtout après une telle captivité. Le Djinn s’apprêtait à objecter mais une main frôlant sa joue le figea sur place. L’œil valide de son ami s’agrandit d’horreur avant que son visage ne s’empourpre, l’homme se mettant à bredouiller des excuses, gêné, pour son geste déplacé. Son cœur battant dans sa poitrine comme un tambour, Claude sentit la chaleur monter à ses oreilles et, tel un papillon de nuit attiré par la flamme d’une bougie, il se rapprocha de Dimitri jusqu’à déposer tendrement ses lèvres sur le coin de la bouche de ce beau géant aux cheveux blonds. Leurs regards brillant se croisèrent et puis, tout naturellement, leurs lèvres s’étaient jointes, en un contact à la fois doux et électrisant.
Dans un murmure, le jeune roi lui déclara sa flamme, lui contant à quel point il avait été charmé par son esprit vif, sa conversation captivante, sa curiosité envers le monde qui l’entourait et que grâce à sa présence, il se sentait plus fort qu’il ne l’avait jamais été auparavant. Ces paroles d’amour à son égard laissèrent Claude tremblant dans les bras de son aimé, ses yeux verts retenant les larmes de joie qui menaçaient de couler sur ses joues. Jamais il n’avait entendu quelqu’un lui montrer une affection aussi puissante et sincère, faisant que la seule chose qu’il put dire en réponse à tout cela, c’était que ces sentiments étaient réciproques avant d’embrasser de nouveau Dimitri, laissant ses mains se perdre dans ces mèches blondes avec délice.
Leur moment de plénitude s’obscurcit quelque peu, le jeune roi exprimant le regret de ne pas avoir été en mesure de libérer son amour de sa prison, rappelant brutalement à Claude cette question qu’il avait plusieurs fois tourné et retournée dans sa tête : pourquoi avait-il été emprisonné ? Il fit part de son interrogation à son aimé et celui-ci lui demanda s’il était possible de questionner directement celui qui lui avait fait cela… et le Djinn comprit tout de suite quel souhait il fallait formuler. Très vite, il incita Dimitri à récupérer la lampe, lui expliquant rapidement son idée. Bien que tous deux étaient d’accord sur le fait que cela pouvait très bien ne rien donner, c’était leur meilleure option et, avec fermeté, il souhaita obtenir une audience immédiate auprès des sept rois des Djinns.
Très rapidement, la lampe émit une forte lumière dorée qui les enveloppa tous les deux, les aveuglant presque. Quand elle se dissipa, ils virent très vite qu’ils avaient quitté l’auberge, se trouvant à présent dans un lieu inconnu, soit un couloir dont l’architecture ne ressemblait pas à celle de Fódlan et, juste en face d’eux, de grandes portes sculptées en or massif avec des pierres précieuses incrustées. Ils observèrent le reste, notant le sol en marbre blanc encadré de marbre noir, tous deux veinés d’or ; le plafond en lapis lazuli incrusté de pierres précieuses brillantes ; les arches qui ouvraient sur l’extérieur, permettant ainsi de voir qu’ils se situaient au-dessus des nuages.
Brutalement, un petit Djinn à l’air sévère apparu devant eux avec un miroir faisant deux fois sa taille. Il les toisa du regard avec un certain mépris, leur déclarant sur un ton sec qu’ils n’étaient pas apprêtés correctement – la chose était vraie, tous deux étaient juste vêtus de leurs habits pour dormir. L’être magique leur désigna le miroir de la main et, une fois que tous deux furent en train de mirer leurs reflets débraillés, il frappa deux fois dans ses mains, un bref éclat de lumière les aveuglant. Quand ils rouvrirent les yeux, ce fut pour constater que leurs habits avaient été changés pour correspondre à la mode d’Almyra. Dans le cas de Claude, il retrouvait le style d’avant son emprisonnement, soit un sarouel sombre avec une chemise crème ainsi qu’une veste jaune brodée d’or, le tout rehaussé d’une ceinture comportant des émeraudes ainsi que de nombreuses bagues à ses doigts et, bien entendu, un bandana assorti à sa veste. Pour Dimitri, les bijoux étaient moins présents, le bleu roi de sa veste brodée de fils d’argent se suffisant à lui-même avec la ceinture en tissu bleu nuit, sans compter le fait que la tenue soulignait d’autant plus sa carrure, mais ses oreilles avaient dû être percées – vu la grimace que son aimé tirait en touchant la zone en question, il avait dû le sentir passer – afin d’y placer des anneaux dorés, signe de royauté.
Satisfait, le Djinn hautain disparut dans un nuage de fumée, emportant le miroir avec lui puis retentit un son puissant dans le couloir, suivi de l’ouverture des grandes portes. Prudemment, ils pénétrèrent dans la pièce, se tenant par la main, et purent vite constater qu’ils étaient dans une salle d’audience, de décoration similaire aux restes du lieu si l’on exceptait les sept trônes sur lesquels siégeaient sept Djinns aux habits colorés et aux nombreux bijoux sur leurs personnes. Les regards qu’ils posaient sur eux étaient sévères, l’un semblant clairement impatient, et quand un des Djinns leur demanda la raison de leur présence, Claude prit la parole. Avec le plus de détails possibles, il exposa son cas aux souverains lui faisant face, le soutien de Dimitri à ses côtés l’aidant grandement à conserver son assurance, et, à un moment donné, il nota qu’un de ces êtres magique avait les yeux fuyants, un détail qui n’échappa pas non plus aux six autres vu les regards noirs qu’ils jetèrent à leur homologue.
Quand il eut terminé de parler, l’un des Djinns lui fournit enfin les réponses à ses questions : il avait été emprisonné à tort sur l’impulsion d’un groupe de mages étrangers à Almyra qui étaient parvenus à duper l’un des sept rois. S’ils avaient pu en punir quelques-uns, les ayant condamnés à devenir esclaves des Djinns pour l’éternité, d’autres avaient réussi à s’enfuir à Fódlan, lieu où les souverains Djinns n’avaient pas l’autorisation d’intervenir directement suite à un vieil accord entre eux et le peuple des Nabatéens. Cette erreur de jugement avait eu des conséquences fâcheuses, les Djinns ayant dû grandement négocier auprès de la famille royale d’Almyra pour réparer leurs torts et cela ne faisait que quelques années qu’ils étaient parvenus à rétablir les anciennes relations, essentiellement car l’actuel roi de la nation du désert suivait les rêves de paix du prince disparu, une nouvelle qui avait enchanté Claude au plus haut point.
Dimitri demanda à tout hasard si les Djinns savaient ce qu’étaient devenus les autres mages responsables de l’emprisonnement de son ami… et aucun d’eux n’était vraiment préparé à entendre que l’usurpatrice du trône de Faerghus faisait partie du même groupe de sorciers, à priori descendants d’une ancienne nation que les Nabatéens avaient annihilée des siècles et des siècles plus tôt, et de ce que les Djinns avaient pu observer, tout indiquait qu’ils étaient hostiles à une paix entre Fódlan et ses voisins vu qu’ils avaient tenté d’user de la lampe pour leur propre bénéfice… ce qui n’avait pas fonctionné, les souverains Djinns ayant veillé à ce que tout souhait fait dans un but égoïste se retourne contre celui l’ayant formulé – en entendant cela, le prince d’Almyra s’estima plus qu’heureux que son aimé n’ait pas cédé à ses demandes.
Estimant qu’il était plus que temps de terminer de réparer l’erreur de l’un des leurs, les rois des Djinns firent réapparaître les chaînes en or de Claude puis lui demandèrent s’il souhaitait être libéré, ce à quoi le jeune homme répondit que oui. D’un claquement de doigt, ses entraves se brisèrent dans un nuage de poussière, le séparant définitivement de la lampe ainsi que de la magie qu’elle lui avait procuré. Pour le dédommager de sa période de captivité, il se vit offrir un appeau, destiné, si c’était lui qui en faisait l’usage, à faire venir une wyverne à la fois robuste et rapide. S’il la traitait bien, elle lui serait loyale jusqu’à la mort, un présent que le prince d’Almyra accepta humblement. Quant à Dimitri, il se vit proposer divers cadeaux pour l’aider dans sa lutte mais le jeune roi refusa poliment, estimant qu’il ne méritait en rien tout cela. L’un des Djinns parvint cependant à le convaincre de garder les anneaux en or à ses oreilles, soi-disant comme souvenir de sa venue dans leur demeure, et lui remit un parchemin scellé dans un étui noir et doré sur consigne de ne le remettre qu’au bon destinataire avant de mettre fin à cette audience dans un claquement de doigts.
Brutalement revenus à l’auberge dans leurs habits de nuit, les deux jeunes hommes s’observèrent un instant, constatant la présence des présents des djinns et l’absence de la lampe. Frissonnant quelque peu, Claude alla se coller contre Dimitri, ce dernier étant plus qu’enchanté de cela, et ils restèrent un moment ainsi, l’ancien Djinn savourant cette étreinte chaude, la première depuis qu’il était enfin libéré de ses chaînes. Par la suite, ils s’étaient allongés dans le même lit, se regardant les yeux dans les yeux, puis quand vint le sommeil, ils avaient dormi ensemble, blottis l’un contre l’autre sous les couvertures.
