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« C’est pas la meilleure période de l’année, Noël, en terme d’hypocrisie ? »
Les mains dans le bac à vaisselle, les manches retroussées jusqu’aux coudes et des assiettes à nettoyer pour un régiment, Tony trouvait le moindre prétexte pour créer une diversion dans l’unique espoir de s’échapper et retourner à son atelier. Ou au film qui tournait à la télévision et que personne ne regardait. Ou à la conversation qui animait la moitié de ses collègues à l’autre bout du salon et dont il n’entendait que les éclats de rire de Thor à intervalles réguliers. N’importe quoi plutôt que les couverts sales qui s’empilaient toujours un peu plus et semblaient vouloir refuser de diminuer et qui lui rappelait un peu trop les célèbres mythes grecs.
Heureusement, il pouvait compter sur la présence, mi-réconfortante mi-moqueuse, de son petit-ami, qui l’observait en s’empiffrant de mini sucres d’orge, appuyé contre le plan de travail juste à côté de lui. Il était si près que ses genoux, s’il les pliait rien qu’un peu, venaient taper dans le bas de ses cuisses. Et si Tony lui envoyait des regards noirs en coin, il était heureux, dans le fond, d’avoir de la compagnie et de ne pas être reclus tout seul dans la cuisine pendant que tout le monde s’amusait au salon.
« Tu dis ça uniquement parce que c’est toi qui es de corvée de vaisselle, doll.
– Je n’ai pas perdu à votre stupide jeu, maugréa-t-il entre ses dents.
– Tu as triché, ça revient au même.
– Tu veux pas prendre le relais ? implora le génie, ses grands yeux marron rivés dans ceux de Bucky. Je dois faire pipi. »
Ce dernier ricana, posa le sachet de friandises au milieu des restes du repas et encercla la taille de Tony de ses bras, une de ses mains, celle faite de chair et d’os, glissant sous la chemise pour caresser la peau près de sa hanche. Le milliardaire remua dans son étreinte, un frisson courant le long de son échine, mais s’inclina contre sa bouche quand il embrassa le sommet de son crâne, inspirant les effluves épicés de ses boucles brunes.
« Bien essayé. Mais j’ai prévu une petite récompense pour quand tu auras terminé.
– Une récompense, hm ?
– Mhmh. »
Natasha, qui avait été à l’origine du jeu, et du gage, fronça le nez en découvrant le baiser pour le moins passionné que les deux amants échangeaient sans plus se soucier de la vaisselle. Ou du reste du monde, d’ailleurs. Elle fit mine de vomir en les bousculant et récupérant les sucreries que Bucky avait délaissées pour préférer une bien plus appétissante à ses yeux.
« Plus de vaisselle et moins d’échange de fluides corporels, les sermonna-t-elle. »
Dans son dos, Tony lui adressa un doigt d’honneur qu’elle ne vit pas mais devina bien assez pour la faire sourire. Pepper, quand elle la rejoignit, secoua la tête en une vaine tentative de marquer sa désapprobation, évincée par la lueur d’amusement dans son regard clair comme le jour.
« Ne sois pas trop dure avec eux, lui dit-elle quand Natasha embrassa sa joue. Ça doit déjà être suffisamment difficile pour son ego d’avoir perdu.
– Je n’ai pas perdu ! leur parvint le cri désespéré du génie depuis la cuisine, accompagné du rire du super-soldat.
– Tu as triché ! lui répondit Natasha sur le même ton.
– J’ai juste demandé de l’aide à JARVIS, j’appelle pas ça de la triche ! Et d’abord Peter aussi a triché !
– Mais Peter n’est pas un mудак ! »
Il y eut un bref silence durant lequel elles l’imaginèrent froncer les sourcils, cherchant dans sa mémoire après une traduction. Avant d’abandonner.
« Je préfère même pas savoir ce que ça veut dire… »
L’espionne redressa le menton, fière d’elle, mais finit par se tourner vers la rousse à son côté en réalisant un petit détail.
« Où est Peter au fait ?
– Il cherchait après quelqu’un la dernière fois que je l’ai vu. Je crois que nous savons toutes les deux qu’il est désormais entre de bonnes mains. »
Elle fredonna pour toute réponse, avalant quelques gorgées de sa coupe de champagne et laissant sa compagne l’entraîner sur le canapé déserté. Elles s’y installèrent confortablement, Pepper entre les bras de Natasha, sa tête sur son épaule. La super-héroïne en profita pour jouer avec les mèches de ses longs cheveux éparpillées sur sa nuque, pensive, le regard perdu à la surface de son verre.
« J’aurais jamais cru dire ça un jour, mais ils sont plutôt mignons.
– Mignon n’est sûrement pas le terme adéquat pour parler d’un dieu qui a un jour essayé de tous nous tuer, mais oui, tu as raison. Ils se sont bien trouvés. »
Natasha approuva en posant un dernier baiser sur la tête de son amante et resserrant son bras autour d’elle.
Ils s’étaient tous bien trouvés.
Et ce n’était certainement pas Peter qui la contredirait. Pas quand il tenait les mains de son dieu dans les siennes et le faisait virevolter sous la pluie de flocons de neige qui s’abattait sur la ville illuminée de toutes parts. Les yeux de Loki brillaient encore plus que la voûte étoilée et son sourire irradiait chaque fois que le jeune homme se hissait sur la pointe des pieds ou se pendait à son cou pour l’embrasser. Pour sûr, le mage n’était pas exactement ce à quoi Peter s’était attendu quand il s’imaginait trouver l’amour, mais c’était aussi ce qui faisait la beauté de la chose. Et ne disait-on pas que l’amour nous tombait dessus au moment où l’on s’y attendait le moins ? Qu’il nous prenait dans son courant et que l’on n’avait plus qu’à se laisser porter et voir où il nous conduirait ?
Le sien le conduisit tout droit entre les bras de Loki. Il faisait froid et leurs cheveux et leurs cils étaient couverts de minuscules flocons bleutés. Peter appuya le menton contre le torse du dieu et leva son visage rougi vers lui.
« J’aimerais que cet instant ne s’arrête jamais, avoua-t-il du bout des lèvres. »
Les doigts de Loki caressèrent son front, éloignant les boucles folles qui avaient échoué là durant leur danse improvisée. L’humain ferma les yeux une brève seconde, s’abandonnant dans le contact et l’affection qui s’en dégageait. L’adoration qui coulait du regard d’émeraude rivé sur lui.
« Il s’arrêtera pour mieux recommencer l’année prochaine, lui promit Loki.
– Et l’année d’après, enchaîna Peter, son sourire s’agrandissant à la simple idée d’une vie entière passée aux côtés de l’être qu’il aimait plus que tout au monde. »
Loki eut un faible éclat de rire, qui créa de la buée dans l’air qui les séparait et qu’ils comblèrent dans un baiser. Quand ils s’éloignèrent, juste assez pour frotter leur nez ensemble, la neige redoubla d’intensité. Derrière eux, provenant du salon de la Tour, les rires de leurs compagnons leur parvenaient comme enveloppés de coton, loin, très loin de leur petite bulle de laquelle ils n’étaient pas près de sortir. Parce que, pour l’heure, le monde entier se résumait à leur étreinte et la promesse d’un avenir presque aussi rayonnant que le sourire qui leur laisserait des crampes dans les joues.
« Et l’année encore après. »
