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Après de longues et infructueuses pérégrinations des monts d’Arrée aux verdoyantes collines anglaises, Merlin découvrait Londres avec une curiosité relative. Le bruit était infernal et il y avait un monde fou. Les siècles s’étaient succédé avec leurs innovations et les voitures avaient remplacé les chevaux depuis longtemps. Certaines choses avaient leur charme, mais désormais, plus rien n’éveillait la joie en lui. Jusqu’à ce qu’il découvre A.Z. FELL AND Co. ANTIQUARIAN AND UNUSUAL BOOKS, dans le quartier de Soho.
Debout dans l’embrasure de la vieille porte de bois rouge, Merlin ouvrait des yeux immenses. Les livres étaient partout, du sol au plafond, empilés en énormes colonnes torses qui ne semblaient tenir que par miracle ; ils couvraient les murs sur deux niveaux, occupaient le moindre espace libre. Ça sentait le vieux cuir, le parchemin et le papier jauni, mais ce qui le frappait surtout, c’était la magie qui les embaumait.
Lentement, il entra et laissa courir ses mains près des dos raides des ouvrages séculaires, les effleurant de la pulpe des doigts. Certains vibraient à son contact. En ce lieu vivait une magie ancienne, extraordinairement ancienne et… incroyablement douce. Les livres irradiaient littéralement. Un discret halo rose pale les entouraient tous, ou presque. Sur certains, la lueur était particulièrement puissante et même Merlin avait de la peine à en approcher sa main.
Une protection, pensa-t-il. Sa magie protège tous ces livres… Il serait impossible à quiconque de les voler, voire de les enlever des étagères sans sa permission…
Quelle magie était-ce là ? Il n’avait encore jamais rien senti de tel. La source lui en semblait cachée. Pourtant, lorsqu’un homme aux cheveux blonds sortit de l’arrière-boutique, Merlin sut. L’être qu’il avait en face de lui était un ange. Quand il croisa son regard, il comprit que l’ange le voyait, lui aussi. Alors, Merlin sourit. Cela faisait plus de mille ans qu’il n’avait plus éprouvé un tel bien-être. Depuis la mort de sa seule et unique raison de vivre. Depuis qu’Arthur Pendragon avait été tué. Depuis que l’amour de sa vie avait rendu son dernier souffle dans ses bras. Même sa magie, sa puissante magie, n’avait pas été capable de le sauver. Merlin ne se l’était jamais pardonné.
Après cela, il avait protégé Camelot, ses amis et l’héritage du jeune roi, mais sans héritier, Arthur ne fut bientôt plus qu’une légende et sa légende mua en mythe. Merlin l’entretint soigneusement, accentuant le chevaleresque, taisant leur amour naissant. Souffrant toujours… souffrant si fort… Jamais il n’aurait cru…
Aziraphale posa sa main sur son épaule et sa magie explosa. Elle irradia dans toute la librairie, dans tout Soho, dans tout Londres et enveloppa toute l’Angleterre dans un cocon éphémère de tendresse oubliée et d’espoir éperdu. L’onde se propagea sur tout le globe, traversa les océans, parcourut les continents et, là, dans un tout petit recoin de terre, entre un saule et un vieux cairn, il y avait une lumière blanche. Elle brillait d’un minuscule éclat, mais Merlin la reconnut. En lui, la vie se ranima.
