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La tasse glissa des doigts de Richard et alla se fracasser sur le carrelage. Livide, il s'appuya à la console pour se maintenir mais vacilla et dû s'adosser contre le montant de la fenêtre. Inquiet, Francis se précipita pour le soutenir et dérapa dans les éclats de céramique. Il passa des mains encore humides de l'eau de vaisselle sur le front blême de Richard, ses joues et dans ses cheveux et lui releva la tête.
« Richard, murmura-t-il, respire. Parle-moi, je t'en prie, qu'est-ce qu'il y a ? »
Mais Richard dû s'asseoir et ne répondit pas tout de suite. Haletant et tremblant, il tâchait de vaincre son malaise.
« Excuse-moi, souffla-t-il si bas que Francis dû tendre l'oreille. C'est cette musique... je... Bunny... il... »
Il inspira plusieurs fois profondément avant de poursuivre, mais Francis avait compris.
« Je suis désolé, je n'aurais pas dû allumer cette émission. Je vais couper la radio. »
Il s'exécuta, puis revint avec un verre d'eau et s'assit près de Richard, le dos contre le mur. Levant la main, il lui massa doucement la nuque et ils restèrent ainsi de longues minutes sans prononcer le moindre mot. Bien que le silence fut total, les deux hommes pleuraient. De grosses larmes de profond remords roulaient sur leurs joues pâles. Leurs yeux au regard fixe étaient ce qu'il y avait de plus saisissant.
Finalement, Francis releva la tête et fit la moue.
« Ce qui est fait est fait. Nous n'oublierons jamais, commença-t-il tandis que Richard reniflait. Nous n'oublierons pas, c'est notre devoir comme notre punition et nous en souffrirons toujours. Mais, Richard, après tout ce que tu as fait pour moi, après la façon dont tu t'es battu pour me relever quand tout ce que je voulais, c'était dormir et ne plus me réveiller, Richard, je t'interdis de baisser les bras. Toi plus que quiconque, tu mérites d'être heureux et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que ça arrive. »
La main de Richard vint enserrer sa cuisse et Francis l'attira à lui pour lui embrasser la tempe. Richard qui avait cru être hétéro, Richard qui l'avait sauvé du naufrage, Richard qui l'avait accueilli quand il avait trouvé le courage de rompre son foutu mariage arrangé, Richard... avec qui il venait de s'installer dans un petit meublé et qu'il aimait comme un fou. Contre lui, il le sentit se détendre et son souffle s'apaisa. Ses cheveux étaient humides de sueur et sentaient légèrement le liquide vaisselle. Francis y enfouit son visage.
« Pardon, murmura Richard. Ça me prend encore parfois.
— Oui. Moi aussi.
— On en a fait, du chemin, tous les deux, ajouta Richard avec un demi sourire.
— Oh, oui. »
Francis saisit son genou d'une main et le fit pivoter pour qu'il pose ses jambes sur ses cuisses et s'appuie contre la paroi de la console. Tendant la main, il essuya doucement ses larmes.
« Laisse-moi te rendre heureux.
— Je n'ai jamais été aussi heureux que depuis que tu es avec moi, avoua Richard en toute franchise. Nous sommes hantés, mais nous le serons toujours. Seulement, nous serons deux pour y faire face.
— Oui, acquiesça Francis. Et je vais te dire : nous allons nous aimer comme des fous et même comme des sauvages. Nous deviendrons fiers de ce que nous accomplirons ensemble. »
Richard rit et inspira profondément. Son visage avait retrouvé ses couleurs et ses yeux comme ses lèvres souriaient tendrement à Francis tandis qu'il se penchait pour l'embrasser. C'était un baiser suave, lent et profond, au léger goût de café trop fort, mais ô combien réconfortant.
« Oui, nous ferons tout ça. Et un jour, quand nous serons fiers, entre deux étreintes sauvages, nous nous marierons. »
Le visage du roux s'illumina.
« Tu parles, plutôt deux fois qu'une ! »
Cette fois, ils rirent ensemble et leurs démons s'en allèrent pour un temps. Ils savaient qu'ils reviendraient souvent, Bunny... Henry... mais ils savaient aussi que l'avenir leur tendait les bras et qu'ensemble, ils pourraient y arriver. Vivre et vivre heureux, malgré tout... Oui, c'était possible. Et ils allaient le prouver.
