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Kurama déglutit. Il se sentait aussi ridicule que stupide et les innombrables scenarii qui se bousculaient dans sa tête étaient de plus en plus invraisemblables. Surtout qu’au bout du compte, c’était Genkai qui avait raison. Soit il continuait à se casser les dents à essayer de draguer Hiei à la manière des Ningens, soit il lui proposait enfin de coucher et il était sûr de le choper. L’ennui, c’était que trente ans de vie dans le Ningenkai avaient sévèrement romantisé Kurama et l’idée de brûler les étapes ne l’enchantait pas. Même s’il savait que les trois quarts des idées qu’il pourrait bien inventer passeraient au-dessus de Hiei comme les cinquante-trois précédentes, et il ne croyait pas suffisamment à sa chance pour envisager que le dernier quart restant se produirait en premier.
Il dut faire appel à toute sa maîtrise pour masquer le sursaut qui le prit lorsqu’il tourna la tête et qu’il croisa deux yeux rouges qui le dévisageaient. Que Hiei le scrute ainsi sans rien dire n’était pas nouveau, mais il était horriblement proche et Kurama n’était clairement pas prêt pour ça. Cependant, un très léger tressaillement l’informa que Hiei était aussi tendu que lui et son vieux caractère dominant reprit le dessus. Il décida de jouer et changea d’expression. Aussitôt, Hiei rougit et quelle vision délicieuse. Kurama vit très distinctement le rose colorer ses joues et sa respiration se couper quelques secondes, le temps qu’il parvienne à se contrôler.
Les yeux mi-clos, Kurama pencha la tête sur le côté et caressa les lèvres de Hiei de son souffle chaud. Le Yōkai étouffa in extremis un gémissement d’envie qui n’échappa pourtant pas à Kurama.
Bon sang, en fait, ce n’était pas Hiei qui était aveugle, c’était lui.
Le roux se redressa un peu sans s’éloigner de Hiei, poussant sur ses avant-bras posés sur la table qui les séparait et par-dessus laquelle ils étaient arc-boutés. Autour d’eux, quelques Ningens toussèrent d’un air gêné sans qu’ils les remarquent. Pendu à ses lèvres presque littéralement, Hiei suivit le mouvement de Kurama et se décolla légèrement du plateau de bois. « Embrasse-moi, stupide kitsune… » fut la seule pensée consciente qui traversa son esprit à cet instant.
Emporté par son rôle qu’il jouait comme le plus grand de sa vie, Kurama posa ses deux mains à plat sur le bord de la table et s’appuya de tout son poids pour surplomber Hiei. Le voir ainsi envouté le transcendait et il s’amusait à assombrir ses prunelles d’une envie sauvage qui, il le sentait, s’échinait de plus en plus à sortir. Enfin, n’y tenant plus, Hiei lâcha la table pour s’emparer des joues de Kurama et lui offrir un baiser comme il n’avait même jamais osé en rêver, mais à peine leurs lèvres s’étaient-elles unies que la table ronde avait basculé sur son pied central, entraînant avec elle les amoureux comme leurs plats dans un fracas monumental.
Vautrés pêle-mêle dans le vin et la sauce, ils levèrent un regard interdit vers le restaurant qui applaudit tout entier.
