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Le bruit du claquement de la porte résonna dans l’appartement jusqu’au salon. Les sourcils de Hux se froncèrent devant ce son incongru. Selon ses estimations (qui n’avaient rien de scientifique) ce bruit aurait dû retentir plus tard.
Ce fut, par contre, plus fort que lui, un petit sourire de contentement apparu sur ses lèvres avant de disparaître. Surtout, ne rien laisser paraître. Tel était son mantra afin de survivre dans cette cohabitation cauchemardesque.
(Cauchemardesque étant employé, ici, comme un synonyme d’une décomposition lente et souffrante de sa santé mentale.)
Il fit glisser son pouce sur l’écran de son téléphone afin de mettre sur pause la série qu’il visionnait. L’image de la télévision se figea sur Mercredi Addams en pleine compétition de canot. Ainsi, il pu parfaitement entendre chaque mouvement de Rose – il avait reconnu les grommellements poussés par sa colocataire – et il ne fut aucunement surpris de voir la jeune femme émerger dans le salon deux minutes plus tard, top chrono.
« Alors? » demanda Hux, sans prendre la peine de la saluer.
« Alors, quoi? » soupira-t-elle en se laissant dramatiquement tomber sur le sofa à côté de lui. « Ton espèce est merdique. »
Armitage arqua un sourcil.
« …Mon espèce? »
« Les hommes. » précisa la jeune femme, excédée.
« Ah. » se contenta-t-il de prononcer, platement.
« Pourquoi je m’impose ça, déjà? » demanda Rose, alors qu’elle renversa sa tête vers l’arrière, découragée.
« J’aurais tendance à dire que c’est parce que tu es une grande masochiste. »
« Ou, c’est parce que je suis désespérée. »
La vraie raison qui la poussait à aligner les rendez-vous foireux avec des gars rencontrés sur une application était qu’elle avait mentit éhontément à sa famille. Les mots étaient sortis tout seul et elle avait vomi ce mensonge avant même qu’elle songe à se censurer : “J’ai rencontré quelqu’un”, s’était-elle entendit prononcer, en parfaite dissociation avec ses cordes vocales.
Ce mensonge était le résultat de quatre années consécutives de commentaires et de sous-entendus à ce sujet de la part de ses parents. "Quand est-ce que tu vas ramené quelqu'un à la maison?" "Tu serais tellement plus heureuse avec quelqu'un dans ta vie!" "On s'inquiète pour toi, Rosie." Elle se doutait bien qu’ils ne voulaient pas lui mettre de pression ou qu’ils voulaient qu’elle se sente misérable à ce sujet. Cependant, c’était difficile de ne pas se sentir ainsi lorsque votre soeur était mariée à la femme de sa vie et qu’elle avait une petite fille de huit mois absolument adorable. Rose ne faisait pas le poids. En réalité, elle n’avait jamais fait le poids face à Paige. Et, oh, il ne fallait pas se méprendre : elle adorait sa sœur. Ça ne l’avait jamais dérangée que Paige soit toujours le centre de l’attention. Mais avec le temps, c’était difficile de toujours être la bonne perdante lorsque l’on comparait les deux sœurs Tico.
Allez savoir pourquoi elle s’était encore plus enfoncée dans ce merdier en leur disant qu’elle l'amènerait à Noël. Maintenant, elle devait trouver ce petit-ami qu’elle avait inventé de toutes pièces. Et, de toute évidence, c’était une mission impossible.
Alors, d’une certaine manière, elle était masochiste ET désespérée. Génial.
« Qu’est-ce qui s’est passé? » voulut savoir Armitage.
Rose ferma les yeux, alors qu’elle se rappelait son rendez-vous désastreux. Par où commencer?
« On est allé voir Love Actually. Tu te rappelles, je t’en avais parlé. Ils le passent au cinéma pour le temps des fêtes. »
« Tu ne voulais pas qu’on y aille ensemble? » tiqua-t-il.
Il avait une image très nette de Rose, faisant irruption dans sa chambre, enthousiasme à l’idée de voir ce stupide film sur grand écran et qui l’avait supplié de venir avec elle. Hux avait grommelé (surtout pour la forme, bien qu’il ne l’avouerait jamais même sous la torture). De toute évidence, il avait dû être plus convaincant qu’il l’avait cru pour qu’elle se trouve un autre plan. Il eut un pincement au coeur, alors qu’il essayait d’annihiler ce stupide sentiment de trahison qu’il ressentait.
Ce n’était qu’un film, bon sang. Qui plus est, un film vraiment stupide.
Ce n’était pas la fin du monde.
« Oui, mais comme tu n’avais pas vraiment l’air emballé… » Elle tourna la tête vers lui. « Tu m’en veux? » s’inquiéta-t-elle.
« Je devrais survivre. »
Rose eut un petit rictus moqueur et donna gentiment un petit coup de coude dans ses côtes.
« Oui, mais avoue que ton existence aurait été plus belle avec Hugh Grant en premier ministre britannique sur grand écran. »
« Permets-moi d’en douter. » ironisa le rouquin. Il revint sur le sujet principal : « Alors, ce rendez-vous? »
Hux n’avait aucune envie de l’entendre déblatérer sur ses rencarts. Il voulait surtout s’assurer qu’il n’avait pas besoin de planifier un meurtre – parce que oui, agir comme un crétin et faire souffrir Rose étaient des motifs valables pour assassiner quelqu’un. Bien sûr, il n’avait pas eu besoin d’aller dans de tels extrêmes. Jusqu’à présent.
Il n’avait commis que des trucs banals, comme couper l’électricité et le chauffage d’un immeuble parce que l’un des rendez-vous de Rose s’était moqué de son affreux pull de laine de Noël. En plus, il avait passé plusieurs commentaires blessants sur le poids de la jeune femme. Comme c’était dommage, il avait passé une douce nuit glaciale à geler. Pauvre petite chose fragile, si seulement il avait eu un pull de laine pour se réchauffer. Ça lui apprendra.
Les mauvaises langues qualifieraient son comportement d’extrême. De son point de vue, ce n’était là que le résultat de sentiments négatifs tels qu’être faible, tenir à quelqu’un et se languir pour la jeune femme depuis beaucoup trop longtemps.
Il ne laisserait personne insulter impunément Rose. Armitage ne voyait même pas ce qu’on pouvait lui reprocher. Elle était parfaite. Et, de ce qu’il avait rapidement aperçu, au fil de leur colocation, son corps était également parfait.
Et, d’accord, le vêtement était laid et il soupçonnait qu’elle l’avait elle-même confectionné. Cependant, vraiment, il n’avait jamais rien vu de plus adorable que Rose, surexcitée, alors qu’elle portait un pull qui s’illuminait.
« Il n’a pas cessé de critiquer le film. Constamment. Avant, pendant et après. On a compris, c’est tiré par les cheveux qu’un type tombe amoureux d’une fille alors qu’ils ne parlent pas la même langue et qu’il apprenne le portugais pour déclarer son amour en quelques jours. Ce n’est pas nécessaire de faire un exposé oral de trois heures sur le sujet… C’est agaçant et désagréable. »
« Il a tout de même un peu raison. » se risqua Armitage.
Elle lui lança un regard noir et le jeune homme leva les mains en l’air pour montrer son innocence.
« Oui, oui. Je sais. Je suis le Grinch de Noël, mon avis ne compte pas. » déclara-t-il, en roulant des yeux.
« Heureusement pour toi, tu es mon Grinch, alors je te pardonne. »
Malgré lui, les joues du rouquin rosirent de plaisir (en revanche, il était prêt à démentir et/ou expliquer que ce rougissement n’était pas de sa faute et que sa peau pouvait prendre une teinte rouge n’importe quand).
« Tu peux poursuivre. » l’invita-t-il à continuer, avant de faire une bêtise comme la demander en mariage, comme ça, sans introduction ni rien.
« Après avoir passé en revue toutes les incohérences du film, il a osé m’expliquer que les comédies romantiques glorifiaient les relations toxiques en créant aux femmes des attentes irréalistes et mettant les hommes dans une position de faiblesse. Selon lui, nous sommes le problème et les hommes sont les pauvres victimes de la société matriarcale. »
Hux la regarda sans ciller, un peu ahuri.
« … Wow. » arriva-t-il à prononcer.
« Dans quel monde il vit?! Il m’a donné envie de gerber. » siffla-t-elle. « Évidemment, il ne m’a pas laissé placer un mot. Et, comme si ce n’était pas suffisant, il m’a acheté une pomme d’amour, alors que je n’aime pas ça, et il m’a demandé de le rembourser ensuite. J’aurais dû manger cette fichue pomme d’amour et me forcer à lui vomir dessus. » Elle renifla de colère. « À la place, je la lui ai balancé par la tête et il s’est retrouvé les cheveux plein de caramel. »
Il méritait bien pire que ça. Il s’abstint toutefois de dire ce qu’il en pensait.
Cependant, Armitage pouvait parfaitement imaginer la scène et il eut un sourire. Celui-ci s’étira de quelques centimètres, lorsqu’elle lui tendit son portable afin de lui montrer une photo de son crime.
« Est-ce que tu as vraiment pris une photo? »
« Je me suis dis que si je n’avais pas de preuves matérielles, tu ne me croirais jamais. »
« C’est mon futur fond d’écran. » affirma-t-il, sans hésiter.
Et, ainsi, il réussit à arracher à Rose son premier sourire de la soirée.
« Millicent ne mérite pas de perdre sa place pour cet abruti. »
Son fond d’écran était une photo de la chatte rousse coiffée d’un petit bonnet de père Noël qui le fixait avec mauvaise humeur.
« Dire que je l’ai empêchée de faire ses griffes sur lui. » ajouta-t-elle avec humeur.
« Millicent a un sixième sens pour les personnes en qui l’on ne peut pas faire confiance. »
« Elle déteste tout le monde. »
« C’est que personne n’est digne de confiance. » expliqua Hux. « Et, elle ne te déteste pas, toi. »
En réalité, Millicent adorait Rose. Il l’avait même trouvée, un soir, assoupie contre Rose. Et, il avait compris qu’il était réellement pathétique lorsqu’il s’était rendu compte qu’il éprouvait de la jalousie face à son chat.
La jeune femme tourna la tête vers lui et plongea ses yeux dans ceux d’Armitage. Lentement, sans la quitter des yeux, il se laissa s’appuyer sur le dossier du sofa et renversa sa tête vers l’arrière pour imiter sa position.
« Merci. » chuchota-t-elle. « Grâce à toi, au moins, je ne perds pas totalement foi en les hommes. »
Il dût se donner mentalement des claques pour se rappeler que cette phrase incluait probablement ses autres amis et qu’il ne devait pas interpréter cela d’une quelconque autre manière.
Elle poussa un long soupir, alors que sa tête dévia vers le plafond.
« C’est quoi mon problème? » s’accabla-t-elle.
« Tu n’as aucun problème, Rose. Tu es parfaite. » prononça-t-il avec ferveur (trop de ferveur), avant même que son cerveau n’ait pu poser son consentement sur ce qui sortait de sa bouche.
Idiot, idiot, idiot, idiot.
« C’est gentil, mais si j’étais parfaite, les gars que je rencontre ne se comporteraient pas en connard avec moi. »
C’était vrai qu’elle semblait collectionner les déceptions. Aucun de ses rendez-vous, jusqu’ici, ne s’étaient bien passés.
Outre celui qui s’était moqué d’elle ainsi que de son chandail et celui qui semblait avoir reçu son éducation par nul autre que Donald Trump, elle n’avait pas connu vraiment mieux. Elle était sortie avec un homme qui l’avait amené en ski et avait passé leur rendez-vous à l’infantiliser parce qu’elle n’avançait pas aussi vite que lui. Et, un autre, qui lui avait avoué qu’elle l’intéressait seulement parce que les femmes asiatiques étaient son “kink”.
En somme, rien de glorieux.
« Selon moi, ce sont les types avec qui tu sors qui ont un problème. »
« Je te jure, parfois, j’ai envie d’intégrer un couvent et devenir religieuse. »
Il ricana. Parce qu’imaginer Rose dans un couvent était une image trop grotesque pour rester complètement de marbre devant elle.
« Je ne demande pas grand-chose : je veux simplement rencontrer quelqu’un de gentil, attentionné, intelligent et qui ne ressemble pas à un troll. »
Malheureusement, Hux ne pourrait jamais dire qu’il répondait à ces quatre misérables critères. Il n’était pas vraiment gentil, ni attentionné et il n’était pas spécialement beau – enfin, s’il se fiait avec ses anciennes interactions avec la gent féminine, il s’était résolu à accepter qu’il ne créerait jamais d’émois. Pourtant, il se rappelait ce que Rey lui avait dit et cette petite phrase tournait insidieusement dans sa tête.
“ Qu’est-ce que tu attends pour l’inviter? ”, lui avait-elle demandé, une semaine plus tôt, alors qu’elle était venue prendre un verre à leur appartement et que Rose était aux toilettes. Il n’avait rien répondu. Que pouvait-il répondre? Armitage savait qu’il était prisonnier de ce puit sans fond qu’était la friendzone . Au moins, il avait quelque chose d’elle ; il était son ami. Et, il en était venu à se convaincre que ce serait une bonne chose qu’elle rencontre quelqu’un de bien – chose qu’il n’était pas. Certes, il n’aimait pas partager, mais pour le bonheur de Rose, il était prêt à faire des efforts.
Pourtant, malgré tout cela, ses cordes vocales prirent des libertés artistiques en catapultant hors de lui deux petits mots :
« Et moi? »
Les yeux de Rose revinrent se poser une nouvelle fois sur lui. Elle l’observait sans comprendre.
« Quoi? »
Armitage prit une grande respiration, paniqué.
Il eut une soudaine envie de rebrousser chemin et d’inventer quelque chose. Lui faire croire qu’elle n’avait pas bien compris. S’enfuir. Résilier leur colocation. Déménager en Australie. Mourir par l’une des bestioles terrifiantes qui peuplaient ce pays. Se faire incinérer.
À la place, il sembla trouver un peu de courage.
« Ça ne me dérangerait pas de venir avec toi dans ta famille. De toute manière, ce n’est pas comme si j’avais quelque chose de prévu. »
« C’est très gentil Armi de proposer, mais je ne crois pas que faire croire à ma famille que nous soyons en couple soit une bonne idée. »
Il cligna des yeux, hébété. De toute évidence, il devait avoir l’air plus détaché par la situation qu’il le croyait aux premiers abords.
Qui avait parlé de fausse relation? Est-ce qu’il en avait parlé sans s’en rendre compte?
« Si l’on dit qu’on est ensemble, il faudra invariablement qu’un jour on invente une séparation. » continua Rose.
« …Ah oui? » questionna-t-il, de plus en plus, perdu.
« Évidemment. »
« Et… C’est obligatoire? »
La jeune femme le fixait comme s’il était un vrai idiot. Il la comprenait. Lui aussi, il se traitait d’idiot.
Pourquoi il était incapable de simplement aligner les mots “est-ce que tu aimerais sortir avec moi?”. Pourtant, c’était simple. Le problème résidait dans le fait d’aligner ces mots en la présence de la jeune femme, sans disparaître entre les lattes du plancher.
« En fait, je ne pense pas qu’on aura de la difficulté à prétendre qu’on est ensemble. » poursuivit Rose, sans prendre la peine de répondre à sa dernière question. « La plupart des gens pensent que tu es mon petit-ami. Même ma mère en est persuadée, elle n’arrête pas de me dire que je devrais t’inviter à la maison. Paige m’a même dit que selon elle, c’est à cause de toi que je ne rencontre personne. Parce que, apparemment, je ne serais pas ouverte et que psychologiquement parlant je suis en couple avec toi. Et, d’accord, j’ai eu longtemps un crush sur toi, mais c’est derrière moi. Je me suis fait à l’idée que ce n’était pas réciproque et ça me convient parfaitement. J’arrête pas de lui dire qu’on est seulement des amis qui habitent ensemble et qui s’entendent bien, mais – »
Elle dût s’interrompre. Ce n’était pas qu’elle n’avait pas envie de poursuivre le sujet, mais il était difficile de parler lorsque l’on se faisait embrasser. Il avait été incapable de s’en empêcher. Ces révélations étaient beaucoup trop… Trop . Seigneur. Elle croyait vraiment que ce n’était pas réciproque? Il avait envie de se frapper pour avoir agi de sorte que cette simple idée l’ait effleurée.
Le baiser était, en soi, un peu maladroit. Rose resta figée pendant plusieurs secondes – elle était beaucoup trop ahurie et elle ne comprenait pas ce qui se passait. Et, lorsque son cerveau sembla soudainement enregistrer l’information qu’Armitage Hux était en train de l’embrasser, et qu’en fait, son corps participait à ce baiser, et qu’elle avait même noué ses bras derrière sa nuque, il la repoussa doucement et se recula.
Ils se dévisagèrent, un peu sonnés.
« Qu’est-ce que… » commença Rose, la bouche sèche. « Tu… Tu m’as embrassé. »
« Oui. »
« Tu m’as embrassé. » répéta-t-elle, sans émotion.
« Désolé. »
« Non! » s’exclama-t-elle, avec empressement. « C’était… Ce n’est pas grave. Vraiment. Aucun problème. C’était même agréable. Mais… Juste… Pourquoi? »
Il était trop tard pour reculer.
« Parce que j’en avais envie. »
Ce n’était pas qu’une envie – c’était une plaie qui le démangeait constamment et qu’il avait sans cesse envie de gratter, comme la varicelle.
« Parce que j’en ai constamment envie. »
« Ah oui? » souffla-t-elle.
Il ne s’était pas rendu compte qu’elle s’était, de nouveau, rapprochée de lui. Il pouvait sentir son souffle sur sa peau et son visage n’était séparé que par une poignée de centimètres. Le regard d’Armitage se focalisa pendant trois longues secondes sur ses lèvres.
« Sors avec moi. » C’était à mi-chemin entre la demande, la supplication et un ordre pur et simple. « Je sais que je ne suis pas vraiment gentil, attentionné et que je suis plutôt très ordinaire, mais je ne ressemble pas à un troll. Et, je suis intelligent. Et, je ne te traiterai jamais comme ces minables avec qui tu as eu des rendez-vous. »
Rose joua avec les cordons de son sweatshirt.
« Tu es beau. » le contredit-elle.
La peau du rouquin était devenue complètement rouge – jusqu’à ses oreilles.
« Et, tu es gentil. » continua la jeune femme.
Il sembla soudainement horrifié et dégoûté d’être qualifié ainsi.
« Non. » Comme s’il voulait prouver son point (et être parfaitement honnête avec elle), il avoua : « Quelqu’un de gentil n’aurait pas brisé les skis de… Comment il s’appelait déjà? Barney? Bernard? »
« C’est Beaumont. » le corrigea-t-elle, automatiquement, et comme si elle prenait complètement la mesure de ce qu’il lui disait, elle s’exclama : « Et, tu as fait quoi?! »
« Les bonnes manières, ça s’apprend. » déclara-t-il, égal à lui-même.
« Tu as… »
« Personne n’est mort. » Il roula des yeux ostensiblement. « Je les ai brisés pour faire ce que l’on appellerait une œuvre d’art. »
« Une œuvre d’art? » répéta-t-elle, sous le choc.
« En quelque sorte. »
Il n’y avait rien d’artistique dans ce qu’il avait fait. Il avait seulement démantelé le mécanisme qui faisait que la botte s’attachait au ski et avait placé les boulons en un smiley furieux. Ce n’était pas de l’art, c’était de la provocation.
« Tu ne peux pas faire ça, Armitage. » prononça Rose, de la même manière que si elle parlait à un enfant capricieux.
« Chercherais-tu à me censurer? » réagit l’interpellé, humoristique à sa manière.
Contre toutes attentes, Rose n’avait pas bougé. Elle semblait même lutter contre l’envie de de sourire. Incroyable, mais vrai.
« …Tu as fait ça pour moi? » s’enquit-elle, après un moment à le fixer, ses cils papillonnant plusieurs fois. « Parce que mon rendez-vous s’était mal passé? »
« Évidemment. » résuma-t-il – il était peut-être fastidieux de s’enfoncer dans les détails et d’expliquer en long et en large l’état de son attachement pour elle, de son pathétisme et à quel point il était prêt à aller loin lorsqu’il était question d’elle.
Hux s’attendait à un éventail de réactions ennuyeuses face à cet aveu allant de l’incompréhension à la crainte de cohabiter avec un potentiel sociopathe (parfois, les gens sautaient vraiment rapidement aux conclusions). Il était pratiquement certain que leur baiser serait le seul qu'ils partageraient et il être prêt à accepter cela.
Dans tous les cas, il ne s’était pas attendu à ce que Rose – la trop gentille Rose – se jette sur lui comme s’il était son oasis et elle, une femme assoiffée. Mais qui était-il pour s’en plaindre? Les doigts de Hux s’agrippèrent à sa taille et il la tira afin qu’elle soit positionnée au-dessus de lui. Ses mains parcoururent son dos avant de terminer leur course et s’enfoncer dans ses cheveux noirs. C’était réel. Il ne rêvait pas. Ça se passait réellement.
« Tu es tellement attentionné. » chuchota Rose, contre ses lèvres.
Encore une fois, cela ne faisait absolument pas partie des réactions auxquelles il s’attendait.
Bon sang, elle était parfaite.
« Je vais mandater Solo de me punir si j’agis comme un connard avec toi. » l’informa-t-il, avec dévotion.
« Oh, ne prends pas cette peine. Je vais me charger moi-même de ta punition. »
Elle s’empara de sa lèvre inférieure et la mordit. Et, Armitage ne put que déglutir d’anticipation. Il ne savait pas exactement s'il devait vouloir être puni ou non.
