Chapter Text
Guillermo avait laborieusement froissé quelques cercles de papier crépon dans l'espoir de figurer des fleurs, puis en avait confectionné une guirlande qu'il tentait de fixer dans le salon pour fêter la centième acquisition de Nandor à sa collection de peluches TsumTsum. Nandor, avachi dans le canapé, contemplait son familier sans lui offrir, bien entendu, son aide. Guillermo s'échinait à faire tenir la guirlande sur un pilier à grands renforts de scotch.
C'était un de ces jeudi soirs incolores où l'imagination était mise à contribution dans l'unique but de faire trimer ce pauvre Guillermo, et se complaire dans les efforts désespérés qu'il employait pour faire plaisir.
Le fil qu'il avait soigneusement encollé céda et parmi les fleurs de crépon, l'une tomba dans le col ouvert de sa chemise, souvenir de quelques minutes auparavant, quand il avait dû enterrer à la hâte un cadavre dans le jardin.
Soudain, Nandor distingua avec une acuité surnaturelle la grâce de Guillermo, son visage poupin renfrogné sous l'effort, les courbes exquises de son corps, et la vision était si enchanteresse en sa beauté qu'elle donna envie de pleurer au vampire. Un bouillonnement s'empara de son âme, une puissance qui réclamait impérieusement à s'exprimer. Sans réfléchir, Nandor attrapa un bloc-notes et un stylo qui traînaient sur la table basse et se mit à griffonner furieusement des lignes, qui se pressaient sur le papier comme un flot de roses de ses lèvres.
LE PAPIER CRÉPON
Guillermo en a fait une banderole qu’il enroule à un pilier, mais son doigt impatient a rompu le fil de soie.
Les fleurs de papier crépon se répandent en pluie bariolée ; l’un reste pris dans ses cheveux bouclés, l’autre a glissé à terre, un autre est demeuré entre deux seins plus fermes que les chelils du mois d’amardâd.
Que ne donnerait Nandor pour être la fleur de papier crépon qui repose dans cette vallée d’amour !
Mais le cœur du jeune homme est une source non encore épandue, et l’heure n’est point sonnée où des lèvres amoureuses mettront un collier de baisers au cou flexible de Guillermo.
Guillermo baissa le bras, l'air déçu.
- Oh, je pensais que ce fil était plus solide...
- C'est parce que tu n'ai pas choisi le bon, Gizmo, fit Laszlo sans lever les yeux de son magazine pornographique.
- Ooooooh !! Tu écris quelque chose, Nandor ? Montre ! S'écria Nadja d'un air gourmand.
- Guillermoooo ! Va t'occuper de nous trouver des vierges pour la célébration de ce soir. Ne t'occupe plus de cette guirlande.
- Oui maître.
Guillermo descendit docilement de l'escabeau où il était perché et esquiva habilement, au passage, le laïus de Colin Robinson sur l'origine du papier crépon.
Aussitôt que Guillermo fut parti, Nandor se rapprocha de Nadja et lui présenta son poème.
La vampire le lut en gloussant, jetant de longs regards à Nandor à travers ses longs cils noirs.
- Mais voilà une poésie fort leste ! Je n'aurais jamais cru que Gizmo t'inspire autant, Nandor, dit Nadja en passant le feuillet à Laszlo.
- Un romantisme des plus échevelés, approuva Laszlo en lisant à son tour. Ma mie, cela me met dans un état d'excitation sexuelle ravageuse.
- Je te suis !
Laszlo et Nadja se levèrent pour se rendre dans le boudoir réservé aux épanchements de cette sorte.
Nandor regarda la guirlande de fleurs en papier crépon.
Une heure plus tard, Guillermo envoyé à la hâte chez Target revenait avec un journal intime équipé d'un cadenas, frappé du logo de Pusheen- c'était le seul qu'il avait trouvé. Nandor s'empressa d'y copier son poème, et le cacha sous l'oreiller de son cercueil.
