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Pas la seule

Summary:

À la fin d'une mission, Tony est blessé. Gravement. JARVIS lui énonce la liste des dégâts, mais il n'écoute pas vraiment. Il a mal. Il se sert un verre. Il essaie de se sortir des restes de son armure qui ont bien failli devenir les restes de son cercueil.

Jusqu'à ce que Loki arrive et soigne ses blessures. Toutes ses blessures.

Notes:

Bonjour, bonsoir !

JE VOUS JURE QUE J'AI PAS OUBLIÉ LA FIC DE NOËL THOR/TONY. C'est juste qu'elle me prend beaucoup plus de temps à écrire que prévu et qu'entre temps je suis tombé sur ce challenge qui consiste à choisir un OTP et à écrire un texte sur eux chaque mois de l'année avec des thèmes choisis. Et évidemment j'ai pris mon OTP de mon cœur. On est donc reparti pour une nouvelle année remplie d'Ironfrost :D

Je viens de finir le texte à l'instant, il reste probablement des fautes que je remarquerai dans deux mois.

Janvier : Mission fic / "Whenever I look at you..." ("à chaque fois que je te regarde...") / Snow

(See the end of the work for more notes and other works inspired by this one.)

Work Text:

Le ciel était cotonneux et les gratte-ciel loin en-dessous des nuages ressemblaient à des amas de cendres que le pied d’un géant serait venu écrabouiller. Le ciel était cotonneux et brumeux et infini et en même temps très limité. On voyait l’horizon tout en n’y voyant pas plus loin que le bout de son nez. Tout simplement parce qu’il n’y avait rien à voir.

Plus rien à voir, en tout cas. C’était fini. La folie était passée.

Les gratte-ciel ressemblaient à de la cendre et au milieu de ce ciel cotonneux volait - flottait, planait, c’était difficile à discerner vu d’en bas - un point rouge qui crachait de la fumée noire. Le rouge et le noir qui coulaient en rigoles de sang sur les trottoirs désertés et les avenues encombrées de véhicules hors d’usage, retournés, enfoncés dans des vitrines de supermarchés. Les panneaux de signalisation étaient tordus, les feux tricolores continuaient d’alterner, mais seul le rouge restait incrusté dans la rétine, dans l’esprit.

Le rouge du sang. Le rouge de la colère.

Le rouge de ce point qui perdait de l’altitude.

Personne ne regardait ce point rouge. Tout le monde avait déjà oublié ce point rouge qu’ils applaudiraient pourtant le lendemain lors de la conférence de presse qui apporterait des détails quant au carnage qui avait eu lieu, une fois de plus, dans les rues de New York. Ce point rouge qui les avait sauvé pour la plupart, ou tout du moins qui avait considérablement atténué le nombre de pertes chez les civils. Ce point rouge adulé et dont le nom était toujours sur toutes les lèvres, le visage sur toutes les unes des magazines, les exploits sur toutes les chaînes de télévision.

Pas maintenant. Parce que, maintenant, le point rouge atterrissait violemment sur le toit de la haute Tour ornée d’un A majuscule et se traîna à l’intérieur du Penthouse. Aussitôt, une voix à mi-chemin entre l’humain et la machine retentit entre les murs immaculés.

« Monsieur, nous avions perdu le contact, vous ne m’entendiez plus…

– Sans déconner, JARVIS, j’avais pas remarqué, répondit Tony Stark d’un ton dégoulinant d’ironie avant de grogner de douleur en se dressant sur ses pieds.

– Monsieur, vos blessures sont sérieuses, insista malgré tout l’intelligence artificielle, habituée aux répliques sarcastiques de son créateur. Trois côtes cassées, une plaie ouverte au niveau de l’estomac, vos deux lèvres tailladées, un œil au beurre noir, une cheville foulée et un rythme cardiaque dangereusement élevé. »

Tony grogna encore en s’affalant sur le comptoir de la cuisine, haletant, la vision trouble, le cœur tambourinant à tout rompre contre ses tempes, et balançant ses mains au hasard pour ouvrir des placards au hasard dans l’espoir de trouver un verre et un alcool au hasard.

Un verre l’aiderait à tenir debout sans avoir l’impression d’avoir laissé la moitié de ses organes sur le champ de bataille.

Trois verres lui remettraient assez les idées en place pour décider quoi faire après.

Et l’intégralité de la bouteille lui ferait sûrement oublier un peu la douleur.

« Je sais, JARVIS, marmonna-t-il entre ses dents serrées, c’est mon corps.

– Vous devriez sans doute vous asseoir.

– Peux pas, j’ai mal. »

Quand ses doigts rencontrèrent enfin la forme familière d’une bouteille contenant un liquide ambré, il abandonna sa recherche d’un verre, dévissa le bouchon et s’enfila plusieurs rasades de whisky au goulot. L’alcool lui brûla la langue, la gorge et le gosier. Mais la brûlure était cent fois plus supportable que la longue liste de complications que lui avait diagnostiquée JARVIS.

Il but encore un peu, juste pour se donner du courage, et se décida à lâcher sa bouteille pour s’attaquer à la dure épreuve de s’extraire de ce qui restait de son armure. C’était un miracle qu’il soit parvenu à rentrer sans se noyer dans une rivière ou s’écraser contre un bâtiment ou sur une autoroute bondée. C’était un miracle qu’elle n’avait pas explosée en plein vol. C’était un miracle qu’elle ne lui avait causé que des égratignures sur les jambes et les bras en se fracassant quand Hulk l’avait poussé, avec une délicatesse appropriée à son gabarit, d’un tir de missile.

Il faudrait également un miracle pour la réparer, si seulement c’était encore possible.

Tony gémit en retirant le dernier morceau autour de son pied et qu’il réalisa, un peu trop tard, qu’il s’agissait de sa cheville foulée.

« Putain de saloperie à la con, jura-t-il tout bas, serrant les poings, les mâchoires et les paupières dans l’espoir vain de refouler l’onde de douleur qui le traversa de part en part. »

Une fois de plus, il sentit les battements de son cœur s’accélérer. Trop fort. Trop vite. Il allait vomir. Ou tourner de l’œil. Et il s’était suffisamment mis dans le pétrin au cours de sa vie pour savoir que c’était le pire moment pour s’évanouir.

« Stark. »

Tony haleta, surpris par la voix. Par sa présence, sans le moindre avertissement de JARVIS au préalable. Et surtout par son propriétaire. Incongru. Inattendu. Saugrenu.

« Je suis pas trop d’humeur à te donner la réplique, là, Cornes de Bouc. Je te raccompagne pas, tu connais le chemin. Bien que tu t’en contrefous pas mal puisque prendre une porte n’est visiblement pas assez bien pour Sa Majesté. »

– Tu es blessé.

– C’est la journée des évidences et personne m’a rien dit ? Vous êtes pas sympas, les gars, moi aussi je veux jouer. Voyons voir… » Il fit mine de réfléchir en posant théâtralement un doigt sur son menton, fronçant les sourcils tandis qu’il luttait pour ne pas se rouler en boule sur un fauteuil ou sur un tapis ou à même le sol s’il le fallait, et prier pour que la douleur reflue d’elle-même. « Je veux qu’on me foute la paix. »

Sauf que ce n’était pas tout à fait vrai.

Et il le savait.

Et cela le rendait d’autant plus amer. Parce que pour une fois, une seule fois dans sa vie, il voulait avoir quelqu’un à ses côtés, quelqu’un sur qui compter, une épaule où pleurer, des bras où se réfugier, un corps où se blottir et oublier. Un ami en qui il pouvait avoir confiance.

Juste pour aujourd’hui. Juste pour cette fois.

Mais il n’avait personne. Et certainement pas Loki.

Loki qui ne manquerait pas de lui planter un couteau dans le dos s’il songeait seulement à baisser la garde. Loki qui jouait un jeu dont Tony ne comprenait pas les règles, s’alliant à leurs ennemis pour leur rendre la tâche plus compliquée quand il trouvait que les Avengers s’en sortaient trop bien à son goût, mais se retirant de la partie sitôt qu’ils étaient en difficulté, sitôt que la défaite penchait de leur côté. Comme s’il était avec eux, mais faisait semblant d’être avec le camp adverse et Tony ne savait plus quoi penser, ne savait plus où était la vérité.

Plutôt ironique venant d’un dieu du Mensonge et des Tromperies.

Il céda à une nouvelle vague de douleur et tomba à genoux sur le tapis qui amortit à peine sa chute, le faisant grogner et se tordre de plus belle.

En moins d’une seconde, Loki était penché à son côté alors qu’il se tenait à l’autre bout de la pièce l’instant d’avant. Il portait son armure habituelle. Celle qu’il avait le jour où il avait envahi New York, le jour où il était reparti sur Asgard, le jour où il était réapparu de nulle part au milieu d’un combat que la bande de super-héros était de toute évidence en train de perdre.

Et tous les autres jours où Tony l’avait revu par la suite.

Il était habillé comme d’habitude et, il ne sut pourquoi, mais ce simple élément de familiarité au milieu de son océan de souffrance lui fit du bien. Le rassura.

Et, bien évidemment, l’agaça.

« Même blessé, tu ne peux t’empêcher d’être entêté.

– Va-t'en, Loki », répondit Tony d’une voix acerbe en se tenant le ventre comme un animal à l’agonie. Le bras qui le soutenait tremblait. Sa tête lui tournait. Il se mit à haleter. « J'ai… vraiment pas besoin de toi, là

– Laisse-moi au moins t’aider. »

Le dieu amorça un geste comme pour le toucher, mais Tony bondit en arrière ou, du moins, voulut bondir en arrière et ne parvint qu’à s’écrouler sur le sol en poussant un long râle lorsqu’il sentit toutes ses blessures se réveiller d’un même élan. Avec la douleur montaient la colère, la frustration, l’impatience. Toutes ces vipères sombres et nauséabondes qui s’enroulaient autour de lui en une étreinte qu’il ne voulait pas, mais contre laquelle il ne pouvait rien.

Il montra les dents, hargna comme un chien enragé.

« J'ai pas besoin de ta pitié non plus. »

Cette fois, ce fut Loki qui eut un mouvement de recul. Comme si Tony venait de le gifler. Ce qui, ils le savaient tous les deux, n’aurait aucun impact sur la déité si l’envie lui prenait réellement de se mettre à le cogner. Le petit humain ne ferait que se blesser lui-même un peu plus sans lui causer le moindre fourmillement.

Les yeux verts devinrent glacials, presque aussi glacials qu’à l’époque où ils avaient été bleus, un voile d'impassibilité les couvrant désormais. Ses traits, qui s’étaient étirés en une expression de surprise, reprirent leur apparence d’indifférence.

Mais Tony avait vu que Loki n’était pas indifférent à sa réaction et cette information le désarma un instant. Tout comme les prochaines paroles du dieu.

« Ma pitié ? Tu crois que je te déteste à ce point pour te donner ma pitié ? Je sais ce qu'est la pitié et je ne la souhaiterais pas à mon pire ennemi. »

Son pire…

« C'est pas ce qu'on est pourtant, huh ? » demanda Tony avant d’avoir pu y réfléchir à deux fois. Il n’avait jamais été très doué pour se taire au bon moment, et encore moins maintenant que son corps tout entier s’enflammait sous la douleur. « Des ennemis ?

– Si c'est ce que tu veux que l'on soit, répondit Loki beaucoup trop calmement - un calme qui finit d’abattre les derniers remparts de Tony et qui libéra toute sa colère, et tant pis s’il avait mal.

– C'est pas ce que je veux ! C'est à l'opposé de ce que je veux, figure-toi ! Mais y a un moment où faut se rendre à l'évidence, on est ennemis ! »

Tony ne voyait plus les yeux de Loki, qui avait profité de son agitation pour se rapprocher et évaluer l’ampleur des dégâts. Le super-héros le laissa faire, trop occupé à regarder les paupières mi-closes du dieu, son front lisse sous lequel devait s’agiter un esprit aussi affûté que le sien, ses lèvres pincées, ses mains agiles qui couraient au-dessus de ses côtes sans toutefois les toucher.

« Qu’est-ce que tu fais ? Tu vas utiliser ta magie pour me soigner ?

– Non. Je ne suis pas guérisseur. Je ne veux pas prendre de risques inutiles tout en sachant que tu es déjà dans un mauvais état.

– Merci, répliqua Tony avec sarcasme.

– En revanche, enchaîna le dieu sans se soucier de l’interruption du génie, avec la manie récurrente de mon bouffon de frère de nous empêtrer dans des ennuis jusqu’au cou, j’ai appris deux ou trois sorts qui se révèlent souvent bien pratiques. Ça va piquer. »

Ce fut son seul avertissement avant de toucher la cheville de Tony de son index et qu’un picotement se diffuse dans son pied. Cela ne faisait pas vraiment mal à proprement parler. Plutôt comme s’il avait arraché un pansement d’un coup franc. Le picotement reflua au bout de dix secondes à peine.

« C’est tout ?

– Pour la cheville, oui. Pour le reste, je crains que cela ne soit pas si facile.

– Si tu commences à me parler de médecins ou d’hôpital, c’est moi qui te passe par la fenêtre, pigé ? »

Loki ne lui répondit que par un petit sourire en coin, amusé par son audace ou amusé par le souvenir.

« Je crois que je tiens encore moins que toi à me faire voir en public maintenant.

– T’aimes pas les bains de foule ? Pour un prince, c’est plutôt du genre obligatoire, non ?

– Je ne suis plus un prince depuis longtemps. Redresse-toi que j’observe tes côtes. »

Tony fit de son mieux en grimaçant et gémissant le moins possible. Avec bien des difficultés, il parvint à s’asseoir contre le lit et renversa la tête en arrière qui atterrit directement sur l’épaisseur moelleuse de la couette. Il avait envie de dormir, avait envie de ramper sur le matelas et d’enfouir son visage dans l’oreiller et de faire une sieste. La plus longue sieste jamais enregistrée. Il avait envie de battre le record du monde de la plus longue sieste et ensuite de faire une autre sieste pour se reposer de son exploit.

Il était fatigué. Et il avait mal.

Il ne remarqua même pas que Loki manipulait ses bras pour les détailler sous tous les angles. Ses yeux étaient d’un vert vif, semblables à deux émeraudes tant ils brillaient. Ses traits étaient calmes, détendus, attentifs, son front à peine plissé d’une concentration pourtant intense. Rien ne paraissait sur son visage. Aucun signe d’une bonne ou mauvaise nouvelle.

Au point où il en était, Tony jugea qu’il n’était plus à une mauvaise nouvelle près.

Quand Loki parla, ce n’était pas du tout ce à quoi il s’était attendu et il mit une minute à comprendre le sens de sa question.

« Être ennemis exclut la possibilité d'être amis ? »

Il avait parlé tout bas, soit à cause de sa concentration, soit parce que les mots lui avaient échappé presque sans son accord, malgré lui, malgré son habitude de toujours tout garder pour lui, à commencer par ses sentiments et émotions.

Tony commença par hausser les épaules, ce qu’il regretta aussitôt quand son dos craqua et qu’il serra le poing pour contenir le son inhumain qui remontait le long de sa gorge.

Loki lui lança une œillade qui se voulait agacée, mais qui laissait transparaître un brin d’inquiétude.

Tony roula des yeux, heureux de constater que ce mouvement ne lui provoquait aucune douleur supplémentaire, et renversa la tête une nouvelle fois pour regarder le plafond. C’était plus facile de parler quand il regardait le plafond plutôt que les deux émeraudes acérées qui ne le lâchaient pas d’un cil.

« Sans doute. J'imagine. J'en sais rien. J'ai jamais voulu être ami avec mes ennemis. Et puis, soyons sérieux deux minutes, amis ? C'est vraiment ce que tu veux qu'on soit ? »

Il dévisageait Loki à présent. Du moins, la partie de son visage encore visible derrière le rideau de ses cheveux. Il ne voyait pas ses yeux, ne voyait pas ce qu’ils renfermaient, voyait à peine sa bouche et son front, ne voyait pas du tout son expression. Et Tony n’était pas bon pour déchiffrer les expressions des gens, encore moins celles des dieux, encore moins quand il ne voyait qu’une tignasse noire trop longue. Son agacement revint en force.

« Tu vas me dire que toi tu veux être ami avec un humain ? Tu nous détestes plus ? Tu nous considères plus comme des fourmis minuscules et si faciles à écraser ? Et tu crois que moi je veux être ami avec toi ? Tu crois vraiment que c’est possible ? Que c’est envisageable ? Parce que moi je vais te le dire, ça l’est pas. Ni possible, ni envisageable, ni même concevable. »

Le visage de Loki ne cessait de disparaître sous ses cheveux, ne cessait de se baisser, encore et encore, si bien que Tony était persuadé qu’à cette allure, il finirait par toucher son nombril avec son menton.

« On peut pas être amis avec des gens dont on est amoureux, ça marche pas. »

Soudain, comme si une déflagration avait résonné dans l’air, comme si le monde s’était mis à tourner dans l’autre sens ou que les pôles s’étaient inversés, Loki réapparut, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte, tout son visage mis à nu, à découvert, le masque tombé, écrasé sur le sol aux pieds de Tony pour ne plus laisser que le vrai Loki. Celui que le super-héros n’avait toujours fait qu’apercevoir durant de brefs moments, une seconde par-ci par-là qu’il avait conservé dans sa mémoire et qu’il avait assemblé les unes avec les autres pour reconstituer le puzzle qu’il avait désormais face à lui.

« Pardon ?

– Alors tes histoires d'amis-ennemis, tu peux te les garder et les oublier, continua Tony en baissant à son tour la tête, fixant un point quelque part entre ses propres mains et les mains de Loki. Il faut déjà que je m'habitue à être amoureux, en plus de mon ennemi et en plus d'un dieu immortel avec qui j'ai aucune chance et qui a essayé de me tuer en me jetant de ma propre fenêtre et se fait un malin plaisir de réessayer une fois de temps en temps pour s'occuper parce que c'est un putain de psychopathe qui s'ennuie aussi vite qu'il dégaine ses foutues dagues à la con et ow ! »

L’exclamation de douleur lui échappa bien malgré lui lorsque Loki décolla brusquement son tee-shirt de son torse trempé d’un mélange de sueur âcre et de sang encore chaud qui avait commencé à sécher par endroits. Il était évident que l’immortel se forçait à ne pas relever les yeux pour croiser les siens.

« Ta blessure s'est remise à saigner. Je pense que tu devrais te calmer.

– Et je pense que tu devrais déga-, tenta de répliquer l’humain, mais la voix aussi douce qu’elle était ferme de Loki l’en empêcha.

– Qui t'a dit que tu n'avais aucune chance ? »

Quoi ?

« Quoi ? »

Il ne pouvait pas avoir dit ça. Tony ne pouvait pas avoir entendu ça. Loki ne pouvait pas avoir dit ça. Ça ne pouvait pas être en train d’arriver. Pas maintenant. Pas à lui. Pas eux. Pas comme ça.

« Crois-tu sincèrement que je serais là si tu n'avais réellement aucune chance ? demanda Loki et, cette fois, ses yeux étaient dans les siens, ancrés, accrochés, arrimés, sans la moindre intention de les lâcher. Je sais que tu es plus intelligent que ça, Anthony. Jouer les imbéciles ne te va pas. »

Le fait est que Tony n’était pas un imbécile. Il le savait, Loki le savait, le monde entier le savait. D’abord, parce qu’il adorait le répéter à l’envi. Et ensuite, parce que c’était prouvé. Tony était un génie.

Sauf qu’il était aussi un imbécile. L’expression sérieuse, dont le masque s’effritait peu à peu, dont les émotions débordaient aux coins des yeux verts, aux coins des lèvres pincées, aux bords des traits tendus, était en train de le prouver, là, juste sous son nez.

Il était un génie et un imbécile. Et, vraiment, cela relevait d’une intelligence supérieure à la moyenne pour avoir un niveau d’imbécilité aussi élevé.

Loki se leva et disparut dans la salle de bains attenante à la chambre, laissant Tony seul assis sur le sol, couvert de sang, de sueur, de poussière, de terre et d’imbécilité. Il n’avait plus mal. Plus tout à fait. Du moins, ce n’était plus la même douleur. Peut-être que l’alcool l’avait engourdie, mais peut-être que c’était tout autre chose, peut-être que c’était le poids d’un non-dit enfin formulé qui cessait soudain de l’écraser de sa masse de titan. Peut-être que c’était le pas léger de Loki sur son parquet, la façon tout en souplesse qu’il avait de s’agenouiller à côté de lui et de nouer ses cheveux et Tony réalisa que c’était la première fois qu’il le voyait avec les cheveux attachés. Jamais auparavant il n’avait songé qu’il lui était possible de s’attacher les cheveux. C’était stupide. Les longs cheveux noirs frôlaient ses clavicules maintenant, bien sûr qu’il pouvait les attacher.

Cela lui allait bien, mettait les traits fins de son visage en avant, faisait ressortir la ligne marquée de sa mâchoire, exposait la peau laiteuse de son cou. Tony voulait toucher. Sentir. Goûter. Mordre. Embrasser.

Il jura entre ses dents quand Loki commença à recoudre la plaie avec du fil et une aiguille.

« Désolé. Je ne peux pas faire mieux, dit-il tout bas sans s’arrêter, sans relever la tête.

– Ça va, assura Tony en serrant les dents. »

Le silence retomba, Loki concentré sur sa tâche et Tony concentré pour ne pas sombrer dans l’inconscience. Il n’aimait pas le silence, mais n’avait pas la force de parler, ne savait pas quoi dire, n’arrivait même plus à penser.

Heureusement pour lui, Loki le fit à sa place.

« Chaque fois que mes yeux se posent sur toi, raconta-t-il lentement, choisissant ses mots avec autant de minutie que ses doigts maniaient l’aiguille, mon esprit se rappelle que tu m’es interdit. Mais mon cœur s’emballe et le moindre de tes sourires, la moindre de tes paroles, le fait défaillir. Vous avez ce dicton, sur Midgard. Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. Je me suis toujours targué d’avoir davantage de raison que de cœur, mais il faut croire que tu m’as enfin donné tort. Tu dois être ravi. »

Il avait un petit sourire en coin en achevant sa phrase. Tony, lui, ne souriait pas. Il continuait de regarder le profil de Loki comme s’il le découvrait, comme s’il venait de se réveiller avec cet inconnu en train de le recoudre au milieu de sa chambre. Comme s’il ne pouvait pas y croire. Comme si la situation n’avait aucun sens.

Loki se pencha soudain et, avec ses dents, coupa le fil. Tony baissa les yeux pour observer sa toute nouvelle cicatrice. Encore une. Qui ne serait jamais identique aux autres. Qui n’aurait jamais la même texture sous ses doigts, le même souvenir dans sa mémoire. La même douleur dans son cœur.

Lorsqu’il releva les yeux, Loki était assis sur ses talons et regardait par la baie vitrée. Tony suivit son regard pour découvrir un rideau blanc dehors. Et, semblable à un enfant, il dit la première chose qui lui passa par la tête.

« Il neige.

– Pour la première fois de la saison cette année. »

Tony nota que Loki avait raison et s’étonna que le dieu le sache, qu’il se tienne au courant de la météo sur Terre.

« Il y a de la neige sur Asgard ?

– Non. Une des choses qui me manquerait le plus si je venais à ne plus remettre un pied sur cette planète. »

Une fois de plus, Tony se retrouva à détailler la nuque pâle où une mèche lui avait échappé et reposait sur son épaule, solitaire. Une fois de plus, Tony voulut la saisir. La mèche, la nuque et tout ce qui viendrait avec.

« Pas la seule ? »

Loki tourna enfin la tête pour croiser le regard de Tony. Ses yeux étaient doux. Un fantôme de sourire dansait au coin de ses lèvres.

« Non. Pas la seule. »

Tony lui rendit son sourire et, sans un mot de plus, ils restèrent à regarder la neige tomber.

Notes:

C'était une idée que je me traînais depuis longtemps, je suis contente d'avoir enfin pu l'utiliser. J'espère qu'elle vous a plu :)

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