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Toi, mon toit

Summary:

Un soir presque ordinaire, Tony appelle Loki et lui propose un jeu de piste dans lequel Loki se laisse entraîner sans trop rechigner. Intrigué, il suit les directives de Tony, sans se douter un seul instant de ce qui l'attend à l'arrivée.

Notes:

Bonjour, bonsoir !

Je me noie dans l'abus, et vous, quoi de neuf ? :D

Bon, vous savez quoi, je vais arrêter de dire que je reviens vite avec des textes planifiés et tout, parce que je ne peux pas m'empêcher de me lancer dans 36 projets en même temps et les laisser en plan trois jours après. Donc voilà, nous sommes au mois d'avril et je vous balance le mois de février sans avoir aucune idée de ce que je vais faire pour le mois de mars (donc en gros il est pas près d'arriver mdr).

Je viens de le finir à l'instant aussi, déso pour les fautes que je verrai dans six mois. Edit : merci ma Soraa d'amour d'avoir corrigé mes HORRIBLES fautes <3

Février : valentine's day / established relationship

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

La texture granuleuse de la page du livre qu’il caressait distraitement l’empêchait de s’assoupir et le maintenait concentré sur une lecture pourtant entrecoupée de coups d’œil en direction de l’horloge ou du paysage derrière la fenêtre. Il n’y avait plus grand-chose à voir pourtant, à cette heure, à part peut-être le ciel noir et le contour des cimes des haies entourant le jardin. L’horloge, elle, indiquait presque vingt-et-une heures. La maison était silencieuse, bercée uniquement par les bruits, si infimes et familiers qu’il était aisé de les ignorer, du tic-tac des secondes qui s’écoulaient et de l’eau qui gouttait dans les radiateurs.

Loki ramena le plaid sur ses épaules et étouffa un bâillement sur le revers de sa main, qu’il reporta sitôt sur son livre pour tourner une page.

Il n’attendait qu’une seule chose pour enfin aller se coucher. Et, lorsque son téléphone se mit finalement à vibrer, il ne s’attarda même pas à regarder le nom qui s’inscrivait sur l’écran. Il décrocha et porta l’appareil à son oreille, fermant à la fois son livre et ses yeux pour se plonger dans la conversation.

« Salut, beauté fatale. »

Il ne put retenir le sourire de s’épanouir sur son visage. La voix de Tony était si enjouée, si malicieuse, rieuse, espiègle, pétillante, taquine, tout ce qu’il aimait chez lui. Tout ce qu’il avait eu envie d’entendre en cette froide et morne soirée après des jours à le croiser rapidement au petit matin avant de le voir se volatiliser par la porte sans même avoir pu l’étreindre dans ses bras encore endormis.

Son entreprise lui prenait tout son temps depuis quelques mois. Ils en avaient discuté. Tony avait juré que ce serait sa dernière grosse affaire, qu’après cela, il se consacrerait à eux, rien qu’à eux, qu’il n’y aurait plus de réunions, plus d’appels incessants, plus de dîners qui finissaient au beau milieu de la nuit, plus de week-end à s’envoyer des messages d’un bout à l’autre du continent. Il n’y aurait plus qu’eux. Et Loki l’avait laissé lui promettre sans rien dire. Parce qu’il avait confiance en lui et que, peut-être y aurait-il encore d’autres affaires après celle-là, après tout Tony ne savait pas rester sans rien faire et s’ennuyait aussi vite qu’un enfant hyperactif, mais peu lui importait, il avait toujours su dans quoi il s’engageait quand il avait accepté le baiser que Tony avait essayé de lui voler durant des jours. Quand il avait accepté le double de clés que Tony avait fait faire des semaines avant d’enfin lui proposer d’emménager avec lui.

Vingt ans plus tôt. Il avait su.

Tony aimait son travail. Ou, du moins, il aimait se donner à fond dans ce qu’il entreprenait. Il n’était pas homme à faire les choses à moitié et c’était une qualité que Loki aimait chez lui. Tout comme il aimait que Tony se donne à fond pour eux, pour lui. C’était une arme à double tranchants, évidemment. Une qualité qui pouvait facilement se transformer en défaut s’il n’y prêtait pas attention. Et, bien souvent, c’était Loki qui l’avait gardé à la frontière entre les deux, qui l’avait empêché de se noyer sous des torrents de dossiers. Loki, à force d’habitude, savait quand le retenir et quand le laisser s’abîmer dans le travail.

Alors il l’avait laissé et même si les nombreux mois n’avaient pas toujours été un long fleuve tranquille, ils s’en étaient sortis. Loki avait accueilli ses journées en solitaire et avaient tenté de les tourner à son avantage. Il aimait son indépendance et, contrairement à son cher et tendre, ne s’ennuyait pas si aisément. Il lui suffisait bien souvent d’un rien pour s’occuper l’esprit durant des heures. Cependant, il devait bien avouer que, quand Tony lui avait annoncé quelques jours plus tôt en avoir bientôt fini avec sa fameuse affaire, Loki avait ressenti une vague de soulagement déferler en lui.

S’il aimait son indépendance, il aimait bien plus encore s’endormir avec la respiration de Tony à ses côtés.

« Tu ne peux pas t’en empêcher, mh ? répondit-il tandis que l’écho du rire contenu de Tony résonnait encore dans le combiné. »

Tu ne peux pas t’empêcher d’être toujours le même garçon stupide avec ses blagues stupides dont je suis stupidement tombé amoureux.

« De quoi ? De t’appeler ? Mais je t’avais prévenu que je t’appellerais ce soir, on était d’accord…

– Très bien. Si tu veux faire semblant de ne pas comprendre. » Loki émit un profond soupir dans lequel il espérait que Tony ne pouvait entendre son sourire. « Bonsoir à toi aussi, mon amour. »

Un maigre silence lui répondit. Il savait que Tony lui rendait son sourire.

« Tu lisais quoi ?

– Je ne te demande pas comment tu sais que j’étais en train de lire ?

– Lo. » Cette fois, Loki savait que Tony penchait la tête sur le côté, sûrement le gauche, et baissait le menton de sorte à ce que, s’il avait été en face de lui, il l’aurait regardé de sous ses longs cils recourbés, l’air de vouloir lui dire sérieusement ? tu ne sais pas encore que je sais tout de toi ? Et bien sûr que Tony savait tout de lui. Tony avait toujours besoin de tout savoir. Et il était bien le seul que Loki avait autorisé à fouiller dans les tréfonds de son être pour y déterrer tous ses secrets et ses tourments. « Il est tard. T’as sûrement mangé des restes dans le frigo parce que t’étais trop fatigué pour te cuisiner quoi que ce soit, t’as enfilé ton petit pyjama de soie précieuse et tu t’es installé dans le fauteuil près de la fenêtre avec un bon livre et, plus tard, un thé. Donc. Tu lisais quoi ? »

Loki ne lui confirma pas qu’il avait raison sur toute la ligne. Tony n’avait pas besoin de l’entendre. À la place, il jeta un rapide coup d’œil au titre du roman avant de reporter son regard sur les silhouettes informes au-dehors.

« Un roman à l’eau de rose, ça ne t’intéresserait pas.

– Pourquoi je m’intéresserais à des histoires à l’eau de rose quand j’ai déjà trouvé le prince charmant ? »

Loki fut trop surpris pour retenir le rire de lui échapper et il savait que de l’autre côté de la ligne, Tony s’en réjouissait. Même après tout ce temps, après toutes ces blagues et après tous ces rires, il conservait ce même air de fierté chaque fois qu’il décrochait un rire de Loki avec l’une de ses blagues. Comme si c’était encore et encore la première fois. Comme s’ils étaient toujours ces deux jeunes adultes un peu paumés, que Loki était ce garçon mystérieux et Tony ce garçon rebelle et intrépide qui désirait plus que tout saisir l’impossible entre ses mains et prendre celles de Loki dans les siennes. Comme s’ils n’avaient pas vieilli d’une seule seconde depuis cette époque et qu’ils seraient à jamais ces deux presque hommes qui en étaient devenus un quand ils s’étaient trouvés au hasard d’une fête qui avait failli mal tourner.

« Tu es en forme ce soir. Une raison particulière ? »

Il y eut un bref silence. Trop court pour que Loki ait à se répéter, mais trop long pour être naturel ou ordinaire. Ils étaient plutôt du genre à se répondre du tac au tac, comme un échange de balle, sitôt reçue sitôt renvoyée. S’ils prenaient le temps de la réflexion, c’est que la conversation devenait sérieuse, et Loki ne s’était pas attendu à ce que cette conversation devienne sérieuse. Encore moins quand Tony était supposé rentrer ce week-end à la maison et qu’ils auraient alors tout le loisir de discuter aussi sérieusement qu’ils le souhaitaient pendant plus de quarante-huit heures.

« En fait, oui. J’ai un jeu à te proposer, si t’es d’accord.

– Un jeu ? répéta Loki en haussant un sourcil et en changeant son intonation de voix pour jauger la réaction de Tony. »

Un éclat de rire lui répondit d’abord.

« Pas de ce genre-là, mon poussin, mais garde ton idée sous le coude pour plus tard, on y reviendra.

– Un jeu d’enfants sages ? Toi ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de mon Tony ? »

Un nouveau rire lui parvint, que Loki imita avec joie. Il leur arrivait souvent de rire ensemble et de ne pas reprendre la discussion derrière, parce que leurs rires avaient suffi, parce qu’ils jugeaient que tout avait été dit, parce que parfois il ne fallait pas plus qu’un rire pour tout comprendre, sans qu’aucun mot ne soit dit.

Cette fois, cependant, Tony reprit la discussion de son ton enjoué et faussement vexé qui le rendait affreusement dramatique.

« Je décline momentanément tes avances et tu t’affoles déjà. Pour qui tu me prends exactement ?

– Précisément pour ce que tu es, mon aimé, répondit Loki de sa voix de miel, celle qu’il adorait prendre juste pour murmurer quelque chose de très suggestif à l’oreille de Tony à un moment où il leur était impossible de ne faire davantage que s’embrasser brièvement au coin des lèvres. Un séducteur insatiable qui n’a jamais décliné la moindre avance de sa vie.

– J’en ai décliné des tas depuis que je suis avec toi. »

Sans doute cela ne devrait pas, mais cette déclaration, affirmée sans la moindre hésitation, sans la moindre once de plaisanterie, uniquement vêtue de son drap de vérité, attendrit le cœur de Loki. Savoir qu’il avait été et restait encore aujourd’hui, malgré les décennies, malgré les épreuves, malgré le quotidien, le premier choix de Tony.

Il tâcha de rendre sa voix nonchalante, mais il sut dès la première syllabe qu’il échoua lamentablement.

« Heureux de l’entendre. Quel est donc ce jeu assez important pour me faire me poser des questions sur ton identité ? »

Il y eut encore un bref silence, encore plus bref que le précédent, où Loki perçut que Tony prit sa respiration. Ses sourcils se froncèrent, à la fois d’incompréhension, de surprise et d’inquiétude. Il y avait quelque chose, dans l’air, dans sa voix, dans sa manière de prendre son souffle avant de parler, quelque chose qui n’était pas comme d’habitude, quelque chose qui échappait à Loki, qu’il ne parvenait pas tout à fait à saisir, encore moins à comprendre.

« Je voudrais que tu enfiles des vêtements.

– C’est le monde à l’envers ce soir, plaisanta-t-il dans l’espoir d’apaiser la tension qui se nouait dans son ventre, et puis aussi pour espérer entendre le rire de Tony, encore une fois, savoir qu’il allait bien, qu’ils allaient bien, que tout allait bien. »

Le soulagement étreignit son cœur quand, en effet, l’éclat de rire lui parvint et perça son oreille de sa légèreté.

« Je te demanderai bien assez vite de les retirer, t’en fais pas.

– Me voilà rassuré, j’étais à deux doigts d’appeler la police.

– Quand tu auras fini de me prendre pour un obsédé sexuel, tu pourrais éventuellement faire ce que je te demande ? »

Sans être plus avancé sur les intentions de son cher et tendre, Loki déplia sa longue silhouette et se mit en route en direction de la chambre. Il n’alluma aucune lumière sur son passage, il connaissait la maison sur le bout des doigts, aurait pu en parcourir chaque recoin les yeux fermés. Une fois arrivé à destination, il posa le téléphone sur sa table de chevet et activa le haut-parleur, avant de se planter devant son armoire.

« Des vêtements comment ? demanda-t-il par-dessus son épaule, comme si Tony était allongé dans le lit dans cette habitude qu’il avait de regarder Loki s’habiller le matin quand le travail ne l’avait pas retenu ailleurs.

– Ce que tu veux. Des trucs faciles à enlever, ajouta-t-il d’un ton plein de sous-entendus.

– Je te retrouve enfin, répondit Loki sur le même ton. Faut-il que je sorte mon plus beau costume ?

– J’ai dit des trucs faciles à enlever. Il faut au moins quarante-cinq minutes pour enlever ton plus beau costume. Enfile un jean et un pull, ça ira bien. Ou une chemise.

– Je ne te donnerai pas le plaisir de saccager une autre de mes chemises juste parce que tu n’as pas assez de patience pour en retirer tous les boutons et que tu préfères les faire voler aux quatre coins de la pièce, déclara Loki d’une voix ferme tout en attrapant malgré tout un cintre où une chemise d’un vert aussi sombre que les plus denses forêts était impeccablement repassée.

– Reconnais que c’est plutôt sexy. »

Il roula des yeux, savait que, même sans le voir, Tony pouvait l’entendre de l’autre côté de la ligne, et étala la chemise sur le bout du lit, qui contrastait à merveille avec la soie crème des draps. Il choisit ensuite un pantalon noir au nombreux boutons qui ne manquerait pas de faire enrager Tony quand viendrait le temps de le lui enlever. Des chaussettes et un sous-vêtement de la même couleur que sa chemise. Cela, en revanche, ferait saliver son amant.

Déjà, le fantôme de sa bouche venait frôler les chevilles de Loki tandis qu’il l’imaginait à genoux devant lui, ses beaux yeux aux ténèbres envoûtantes levés sous ses longs cils bruns tandis que ses doigts agiles le délesteraient de chaque couche de vêtements jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus que sa chair mise à nue, d’une pâleur qui rougirait aux endroits où Tony y apposerait ses dents et ses ongles.

Sa voix s’était essoufflée lorsqu’il lui répondit et chassa, à contre-cœur, la douce rêverie de son esprit.

« C’est parce que ce n’est pas toi qui dois les recoudre ensuite.

– T’es sexy quand tu couds.

– Tu veux dire quand je les cherche à quatre pattes par terre ?

– Ça aussi. »

Son sourire était si évident que Loki sentit son cœur s’accélérer dans sa poitrine, semblable à un moineau pris dans un tango avec les barreaux de sa cage.

Un frisson parcourut ses bras avant de s’étaler sur toute la plaine de son torse quand il retira son pyjama, que la soie caressa ses épaules et ses genoux, qu’elle se froissa entre ses mains au tremblement à peine perceptible.

Un autre frisson s’élança d’un bout à l’autre de sa colonne vertébrale quand le pyjama fut remplacé par la tenue à moitié choisie par Tony. Le pantalon et la chemise n’étaient pas aussi agréables que la soie légère qui lui donnait souvent l’impression de ne rien porter du tout, mais ils avaient un poids égal à celui qui s’était installé au creux de ses entrailles et qui ne faisait que se manifester et s’amplifier chaque fois que Loki se souvenait que Tony l’attendait. Il ne savait toujours pas où ni pourquoi, mais tant que Tony était au bout du chemin, Loki était prêt pour n’importe quelle aventure.

« Tu t’en sors ? revint la voix tant aimée, toujours enjouée, alors que Loki finissait de lacer ses Richelieu d’un cuir aussi noir que ses cheveux.

– Cravate ? Nœud papillon ?

– J’ai dit facile à enlever, répéta encore Tony dans un soupir.

– Très bien. Mais je mets un gilet.

– Tout ce que tu veux, du moment que tu le fais vite. »

Loki s’exécuta, attrapa un cintre où reposait un gilet en laine noire agrémenté d’un fin liseré de fleurs vertes sur les boutons et sur le revers des poches et l’enfila avant de reprendre le téléphone, le recoller contre son oreille et sortir de la chambre.

« Quoi d’autre ? »

En quelques larges enjambées, il était dans la cuisine, débarrassait ses couverts qui traînaient encore sur le plan de travail et rangea la tasse qu’il avait prévu d’utiliser pour son thé du soir.

« Tu as faim ? Attrape des biscuits et de l’eau pour la route.

– La route ? releva-t-il en haussant un sourcil.

– À peine une demi-heure. »

Il jugea donc qu’il pourrait tenir jusque là sans avoir à s’encombrer d’un casse-croûte. Il attrapa malgré tout une bouteille d’eau dans le frigo et se rendit dans l’entrée où il enfila un épais manteau, l’écharpe que sa mère lui avait tricoté le Noël dernier et une paire de gants en cuir. Ils avaient connu des hivers plus rigoureux, mais les températures, à une heure aussi tardive, ne dépassaient pas les cinq degrés. Les clés de la voiture, les clés de la maison, une main sur la poignée de la porte et l’air frais lui fouetta soudain le visage.

« Et où dois-je aller exactement ?

– Je t’envoie l’adresse par message. » Une sonnerie de notification lui confirma qu’il l’avait bien reçue. « Contente-toi de l’inscrire sur le GPS et de suivre la route. Ne triche pas.

– Jamais je n’oserais pareille perfidie, fit-il mine de se vexer en accélérant le pas pour rejoindre sa voiture.

– Ouais ouais, bien sûr, et moi je suis moine.

– Intéressant choix de reconversion.

– Un avant-goût de l’enfer. »

Loki ricana et claqua la portière derrière lui. Comme convenu, il inscrivit l’adresse dans le GPS, ignora les questions et les indices qu’il aurait pu trouver en cherchant un peu et patienta une minute que l’appareil lui compose un itinéraire.

« J’espère que ça en vaut la peine. Mon livre était passionnant, mentit-il alors qu’il n’avait pas la moindre idée de ce que son chapitre racontait.

– C’est pour ça que t’as répondu à la première sonnerie ? Quand ton livre est vraiment passionnant, tu réponds à la limite du répondeur… quand t’oublies pas carrément de me répondre. »

C’était arrivé une seule fois, en réalité. Le téléphone s’était mis à sonner et Loki avait jugé avoir le temps de terminer son paragraphe avant de pouvoir décrocher. Depuis, il en entendait parler presque à chaque fois qu’il ne répondait pas dans les quinze premières secondes.

« Je prends la route. »

Le tableau de bord de la voiture lui indiquait exactement trente-deux minutes et, même s’il essayait de ne pas y penser, il ne pouvait empêcher son cerveau de calculer tout ce qui pouvait se situer à trente-deux minutes d’ici. Un centre commercial avec le restaurant préféré de Loki. Un parc rempli de fontaines et de parterres de fleurs de toutes sortes dans lequel il leur arrivait de se rendre le week-end. Une piscine. Probablement pas cette dernière option cependant.

Tony avait-il réellement l’intention de l’emmener au restaurant en semaine ? Un soir de Saint-Valentin qui plus est ? Parce que si Loki avait tenté de ne pas faire le lien avec la date du jour, le rappel luminescent au-dessus du trajet à suivre sur l’écran de la voiture ne cessait de le ramener à la réalité. Et ce n’était pas vraiment qu’il détestait cette fête, il n’y avait seulement jamais prêté attention. Durant leur première année de relation, Tony s’était pointé avec un bouquet de roses rouges à la main, incapable de lui dire un mot, et Loki lui avait offert sa bouteille de parfum habituelle, tout aussi muet que son compagnon.

Ils n’avaient pas su quoi se dire. Ils ne savaient pas ce qu’on était censé dire un 14 février à la personne qu’on aimait tous les autres jours de l’année.

C’était Tony qui avait craqué le premier et commencé à déblatérer à toute vitesse qu’il n’avait jamais vu l’intérêt de la Saint-Valentin et qu’il ne s’était jamais embêté auparavant à la célébrer parce que ses autres partenaires n’avaient jamais compté à ses yeux et que même s’ils s’étaient vexés, il n’en avait rien eu à faire puisque l’année d’après il en aurait déjà changé, mais qu’à présent tout était différent, Loki était différent, et il voulait faire les choses bien avec lui, sauf qu’il ne savait pas faire, et il l’aimait, mais il trouvait ridicule d’offrir un bouquet de fleurs en plein hiver juste pour le prouver.

Loki se souvenait encore du baiser, tout en tendresse et en réconfort, qui avait suivi. Se souvenait du regard enténébré, un brin perdu, de Tony quand il lui avait dit qu’il n’en avait pas la moindre idée non plus et qu’il n’en avait de toute façon rien à faire.

Ils avaient conclu si tôt qu’ils ne fêteraient plus la Saint-Valentin.

Alors pourquoi ce jeu spécialement aujourd’hui ? Pourquoi pas plutôt hier ou demain ? Pourquoi pas ce week-end ? Pourquoi pas à la fin de son dossier qui leur prenait tout leur temps ensemble ?

Pourquoi cela le faisait-il paniquer au lieu de le rassurer ?

« Tu veux qu’on reste en ligne ? » perça la voix rauque d’où Loki pouvait discerner un accent d’inquiétude et qui chassa d’un coup toutes ses questions sans réponse. Il aurait ces réponses plus tard. Ou jamais. Il pourrait repenser à ces questions plus tard. Ou jamais.

Ses mains se serrèrent et se desserrèrent aussitôt autour du volant. Dans l’obscurité, ses jointures paraissaient d’un blanc fantomatique. Il eut envie d’accélérer. Il eut envie de ralentir. Il eut envie de se téléporter aux côtés de Tony. Il eut envie de faire demi-tour.

« Je ne sais pas. Est-ce que ça fait partie de ton jeu ? répondit-il néanmoins après avoir dégluti avec peine.

– C’est marqué improvisation à ce stade.

– Monsieur, vous êtes bien gentil, mais il va falloir me rendre mon époux. »

Au bout du fil, Tony rit et Loki sut qu’il se passait une main sur le visage et se frottait la joue. Il percevait le grattage de son début de barbe qu’il avait, une fois de plus, oublié de raser. Ce rire eut finalement l’effet escompté et il se détendit quelque peu dans son siège.

« Arrête de me poser des questions et roule. »

Rouler, il le faisait. D’ordinaire, il était plutôt du genre à rester en-dessous de la limitation de vitesse, quitte à se faire doubler sur les longues lignes droites ou, parfois, à se faire klaxonner quand il était impossible de doubler, mais, pour ce soir, il enfreignait sa propre règle et la dépassait légèrement. Pas assez pour se faire arrêter, mais suffisamment pour combler la distance qui le séparait de son aimé un peu plus vite. D’un rapide coup d’œil, il observa les kilomètres diminuer sur le GPS, bien trop lentement encore à son goût.

« Je ne paierai pas de rançon, vous en aurez marre de lui avant même que je prenne rendez-vous à la banque.

– Ça y est, t’as fini ? pouffa Tony alors que Loki l’imaginait aisément rouler des yeux, comme si c’était lui le plus insupportable des deux.

– Il reste vingt-sept minutes de route, il faut bien que je m’occupe.

– Raconte-moi plutôt ta journée. »

Sa journée, il l’avait passée à attendre ce coup de fil, alors à des lieues de se douter de la tournure qu’il prendrait, qu’il se retrouverait sur la route sans avoir aucune idée de sa destination. Pour se distraire et obliger les minutes à s’écouler aussi rapidement qu’elles le faisaient quand ils étaient réunis, il avait jardiné, s’était rendu à la bibliothèque pour rapporter les livres qu’il avait emprunté la semaine précédente et en reprendre de nouveaux et s’était empressé d’en commencer un sitôt rentré. Il n’avait fait une pause que pour avaler quelque chose au milieu de l’après-midi, puis était retourné s’installer dans son fauteuil. À un moment, il avait dû s’endormir, car le livre était tombé sur le sol, heureusement pages contre terre à l’exact endroit où il s’était arrêté. Il avait alors essayé de continuer, mais en vain. Et puis l’heureux coup de fil était arrivé.

« Ordinaire. La tienne ?

– Longue. »

La réponse avait mis moins d’une seconde à fuser et elle fit hausser un sourcil à Loki.

« Et donc tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de la rallonger avec un petit jeu à travers la ville ?

– Au contraire, je vais l’égayer d’un coup. Elle en a bien besoin. »

Il était rare que Tony se confie autant sans que Loki n’ait besoin de le bombarder de questions, ce qu’il ne faisait que lorsqu’il sentait que son amant était au bord de la rupture et était prêt à craquer d’une seconde à l’autre. Il savait que son travail n’était pas une partie de plaisir permanente et que certains soirs, la conversation était plutôt laborieuse, mais il savait aussi qu’il l’aimait et qu’il se débrouillait toujours d’une manière ou d’une autre pour y trouver quelque chose de positif à garder à la fin de la journée, qu’il ne s’arrêtait jamais à un c’était une journée de merde.

Pourtant, ce soir, rien ne semblait suivre cette déclaration, aussi Loki saisit la perche que Tony n’était probablement même pas conscient de lui tendre. Il s’engagea dans le même temps sur une autoroute qu’il n’empruntait presque jamais. Son cerveau, tout à coup, perdit tous ses repères et n’eut plus le moindre début d’idée d’où il pouvait bien se rendre.

« Tu veux en parler ?

– Combien de temps il te reste ? »

Ses yeux se baissèrent automatiquement sur le GPS avant de revenir aussitôt sur la route, éclairée de mille feux par des dizaines de lampadaires aux lumières encore plus pâles que la Lune qui se cachait derrière un nuage.

« Vingt-cinq minutes.

– Tu le sauras dans vingt-cinq minutes alors. »

Les kilomètres défilaient plus vite sur l’autoroute, tout comme les questions dans son esprit.

Qu’allait-il savoir exactement ? Où Tony se trouvait-il ? À quoi toute cette mise en scène rimait-elle ? Qu’y avait-il dans ce coin de la ville ?

Où allait-il ?

Les lampadaires se firent de plus en plus espacés. La ville et ses lumières et son brouhaha s’éloignaient derrière lui, encore à peine visibles dans le rétroviseur. Face à lui, une obscurité grandissante, le béton remplacé par de l’herbe, des arbres, des champs. La ville qui cédait sa place à la campagne.

Mentalement, il raya la possibilité d’un rendez-vous au centre commercial ou au restaurant. Sa liste se réduisait désormais à un énorme point d’interrogation qui occupait tout son champ de vision, toute sa concentration. La route continuait de filer sous ses roues, mais il ne la voyait plus. Il passait les vitesses, surveillait son compteur et l’itinéraire que par mémoire gestuelle.

La voix de Tony s’était tue, pourtant il savait qu’il était toujours en ligne car parfois il l’entendait remuer, lui demander où il en était, quand il allait arriver. Loki répondait de manière un peu laconique.

Puis, finalement, le décompte, de minutes et de kilomètres, était écoulé.

« Je te vois ! s’exclama joyeusement Tony. »

Loki aussi le voyait, petite silhouette sombre se découpant de la pénombre et qui s’élançait dans sa direction. Il raccrocha, rangea son téléphone dans sa poche et eut juste le temps d’ouvrir ses bras pour y recevoir le poids merveilleux de son aimé contre son torse, le parfum d’air frais et de shampoing emplissant ses narines tandis qu’il respirait ses cheveux en bataille. Il aurait voulu pouvoir le serrer ainsi pour le reste de la nuit. Le reste de l’éternité. Néanmoins, un rapide baiser fut déposé sur ses lèvres avant que le visage de Tony n'apparaisse sous ses yeux, aussi excité qu’un enfant sur le point de révéler sa grande surprise. Ce qui devait probablement être le cas et, s’il en jugeait par le large sourire qui fendait ses traits radieux malgré une fatigue évidente, la surprise semblait être de taille.

« OK, maintenant ferme les yeux. »

Loki jaugea l’obscurité environnante et haussa un sourcil.

« Tu as l’intention de me tuer et cacher mon corps au milieu de nulle part ?

– Mais non, patate. Allez, ferme les yeux, promis je te tiens la main et je te fais pas tomber.

– Très rassurant. »

Il obéit cependant et fut obligé de constater que le niveau de pénombre n’était pas bien différent et que garder les yeux ouverts n’aurait certainement pas changé grand-chose, mais il ne voulait pas contrarier les projets de Tony alors qu’il avait déjà fait tout ce chemin. Il partageait sa vie depuis suffisamment longtemps pour lui faire confiance. D’autant plus lorsqu’il avait une idée derrière la tête.

Sa main, rendue glaciale par l’attente passée dans le froid de la soirée, se glissa dans la sienne, nettement plus tiède après son voyage en voiture, et une mince pression l’entraîna en avant. Sous ses pieds, le sol était irrégulier. Des pierres, des mottes de terre, des enfoncements le faisaient redouter chacun de ses pas, mais Tony eut tout de même la bienveillance de ne pas avancer trop vite et de rester près de lui, ses doigts enlacés aux siens, la seule chose qui importait à Loki, son seul point d’ancrage au monde.

Ils marchèrent pendant ce qui lui sembla être des heures, même si la partie sensée de son cerveau avait bien conscience que ce n’était pas possible et qu’il n’avait pu s’être écoulé qu’une poignée de minutes tout au plus avant que Tony lui demande de s’arrêter. Ou plutôt lui broie les doigts dans sa main tout en s’exclamant le plus joyeusement du monde bouge plus et ouvre pas les yeux, je te surveille ! Ce à quoi Loki roula des yeux derrière ses paupières closes. Il n’était pas certain d’y voir quoi que ce soit même s’il ouvrait les yeux.

Il entendit Tony s’éloigner, pas assez loin pour ne plus l’entendre du tout, mais suffisamment pour ne pas percevoir précisément ce qu’il fabriquait. Il y eut quelques bruits qu’il ne parvint pas à identifier, puis les pas familiers de Tony qui trottinèrent de nouveau dans sa direction, sa présence qui se fondit de nouveau contre son flanc.

« Quand tu veux, tu peux ouvrir les yeux.

– Est-ce que je vais avoir une crise cardiaque ?

– T’es tellement dramatique que ça m’étonnerait pas. »

Loki pouffa de rire, mais ouvrit les yeux malgré tout.

Et il faillit bien avoir une crise cardiaque, en effet. Il sentit en tout cas très nettement son cœur se suspendre au bord d’une falaise dont il ne voyait pas la chute.

Devant lui se tenait une maison. Une belle maison. Une maison comme il en avait toujours rêvé. Ses larges fenêtres arrondies aux sommets, son grand perron surmonté d’un toit pour les jours de pluie, ses trois marches qui laissaient place à une longue allée de pierres blanches au milieu d’une pelouse impeccablement tondue et d’un vert aussi profond que ses propres yeux. Ses nombreuses lanternes dispersées aux quatre coins du jardin où des arbrisseaux s’épanouissaient tranquillement. Tout lui paraissait familier alors que c’était bel et bien la première fois qu’il voyait cette maison.

Du moins, il le croyait. Il le crut, pendant un instant. Un instant de réalisation. Un instant qui s’étira pour dévoiler une réalisation qu’il ne comprenait pas et durant lequel il resta aussi parfaitement immobile et silencieux qu’une statue. Une statue au souffle léger, mais aux battements de cœur qui auraient pu réveiller un volcan depuis longtemps endormi.

À son côté, Tony, dont l’impatience et l’inquiétude grandissaient, ne put plus se contenir et effleura sa main de la sienne.

« Je dois appeler une ambulance ? »

Sa blague tremblotait et aucun d’eux ne parvint à en rire, mais elle eut au moins pour résultat de tirer Loki de sa torpeur et, lentement, de tourner la tête vers lui.

L’incompréhension baignait ses traits. Lui-même y nageait encore, quand bien même la réponse était juste là, sous son nez, d’au moins dix mètres de haut et diffusant sa lumière orangée comme un phare dans la nuit.

C’était la maison de leur rêve. La maison dont ils avaient parlé des dizaines, des centaines, peut-être même des milliers de fois quand ils étaient plus jeunes, quand la vie n’était qu’un jeu, une aventure qu’ils s’imaginaient parcourir à dos de dragon vêtus d’une armure chatoyante ou à bord d’un vaisseau spatial en combinaison de cosmonaute. Une époque où tous les rêves étaient possibles et où l’on ne savait pas encore qu’il faudrait renoncer à beaucoup d’entre eux. Ils en avaient parlé, ils l’avaient inventée, cette maison, au cours de leurs nuits d’insomnie, entre deux cours que Tony essayait de sécher et où Loki essayait de le forcer à aller, par messages sous la table pendant les repas, au téléphone en cachette pendant les semaines de vacances où, même s’ils partageaient toujours le même ciel, ils étaient amenés à ne plus partager la même ville. Au fil des ans, ils l’avaient peaufinée. Extravagante et irréalisable au début, elle était devenue de plus en plus concrète. Presque tangible.

Loki se souvint que Tony en avait même dessiné les plans, une fois, dans le métro qui les conduisait vers l’université. Il ne savait pas si c’était à partir de ces plans-là qu’il avait construit la version finale, mais elle y ressemblait beaucoup et Loki perdit le peu de maîtrise qui lui restait encore.

Il ne sentit les larmes sur ses joues que lorsque Tony vint les essuyer du revers de ses doigts tièdes malgré la fraîcheur de la soirée.

« Je croyais que tu aimais notre maison, bafouilla Loki, sans savoir quoi dire d’autre.

– Mhh, chantonna Tony tout en continuant à caresser ses joues, tu sais bien que je me fiche pas mal de la maison, du moment que tu es dedans.

– Mais alors… Ton affaire…

– Il n’y a jamais eu d’affaire. Tout comme il n’y a jamais eu tout ces week-end et ces conférences et ces heures supplémentaires. Au contraire, même. Les heures supplémentaires, je les avais déjà faites avant. Je me suis juste contenté de les récupérer et d’utiliser tous mes jours de congé pour être ici. J’ai toujours été ici. »

Loki n’en revenait pas. Non pas de cette soudaine révélation, mais que Tony ait été capable de garder le silence depuis le début, lui qui peinait à tenir un secret plus de trois jours.

« Depuis combien de temps tu préparais tout ça, exactement ?

– Je crois que l’idée m’a jamais vraiment quittée. Depuis la première fois où tu m’as parlé de cette maison, j’ai pensé un jour, je la lui offrirai, sa maison, et il vivra heureux dedans. À l’époque, j’avais pas bien conscience que j’y vivrais aussi, même si je l’espérais déjà.

– Mais… ça fait des années, Tony. Des décennies. Seigneur, c’était il y a si longtemps.

– Je sais. Ça m’a pris du temps avant de vraiment m’y attaquer, de trouver un terrain, le matériel, les entreprises. Je voulais faire le plus gros. Si j’avais pu, je l’aurais faite tout seul cette maison. J’étais parti pour, d’ailleurs, mais je me suis vite rendu compte que ça allait pas le faire, j’ai donc résolu d’appeler des professionnels. Bizarrement, ça a vachement aidé. Pour la déco aussi, à l’intérieur, j’ai eu besoin d’un peu d’aide. C’était plus ton domaine à toi que le mien, mais j’étais trop proche du but pour tout gâcher. Je t’avais menti jusque là, autant assumer ma connerie jusqu’au bout. »

Loki ne savait plus où regarder entre la splendide demeure et le visage rayonnant de Tony. Le chef-d’œuvre et son créateur. L’irréel et le réel. Ne savait plus quoi dire, non plus. Il n’avait plus les mots pour décrire ce qu’il voyait, ce qu’il ressentait. C’était surréaliste. Jamais il n’aurait pu se préparer à pareil moment au cours de son existence. Bien sûr, il l’avait imaginée sous toutes les coutures, cette maison, il en avait rêvé la nuit, en avait rêvassé le jour, y avait déposé son frère, sa mère, un chien, un chat. Tony. Lui aussi avait toujours voulu que Tony y vive, dans cette maison.

C’était sa maison, mais c’était avant tout leur maison. C’était cette particularité qui la rendait si attrayante et unique.

Le bras de Tony se coula autour de sa taille, tandis que sa voix s’insinua autour de son cœur.

« Viens, on va s’asseoir. »

Collés l’un à l’autre, ils remontèrent le sentier de pierres et allèrent s’asseoir sur les marches du perron, le bras de Tony toujours fermement enroulé autour de Loki pour le serrer tout contre lui. Loki s’abandonna avec joie à son étreinte et laissa retomber sa tête sur son épaule, ses yeux dérivant inexorablement sur le ciel étoilé. Et sur le visage de Tony qui souriait. Loki resta de longues minutes à l’observer, sans prononcer une parole, sans remuer un cil, juste à regarder l’homme qu’il aimait et à sentir son cœur s’affoler chaque fois qu’il prenait conscience de ce qu’il était en train de vivre.

Tout bas, il finit par murmurer, comme s’il se parlait à lui-même.

« Je ne peux pas croire que tu aies construit notre maison. »

Un léger rire fit vibrer le torse de Tony.

« Je croyais que tu t’étais habitué à vivre avec moi depuis le temps.

– Il semblerait que je ne m’y habituerais jamais. »

Tony tourna la tête jusqu’à ce que leurs yeux se rencontrent et, contre son cou, Loki sentit une main se frayer un chemin dans ses cheveux d’ébène. Il soupira d’aise, ses paupières papillonnèrent avant de se fermer. Un sourire affleura à ses lèvres à l’instant où celles de Tony se posaient sur les siennes. Loki n’ouvrit pas les yeux, mais entrouvrit la bouche pour mieux recevoir le baiser qui, déjà, devenait passionné. Sa propre main vint trouver les mèches folles qu’il agrippa un peu plus fort pour empêcher Tony de se reculer. Ce qui parut lui convenir puisqu’il laissa échapper un gémissement que Loki s’empressa de dévorer avec une férocité animale.

Il se découvrit une faim de loup. Affamé d’un repas qui lui était servi autant de fois qu’il le demandait, mais dont il ne se sentait jamais réellement rassasié.

De sa poigne autoritaire, il rompit le baiser et chercha le regard embrasé de l’homme qu’il tenait à sa merci. Son sourire s’était agrandi, ses yeux s’étaient assombris. Loki voulut l’engloutir tout entier.

« Tu m’as construit une maison. »

Tony laissa apparaître ses dents avant de se lécher les lèvres.

« Je t’aurais construit un empire, si tu me l’avais demandé, mon amour. »

Loki éclata de rire, mais ne répondit rien. Il n’y avait rien à dire quand un festin de dieu nous attendait. Il n’y avait plus qu’à savourer. Et Loki avait bien l’intention de savourer chacun des jours qu’il s’apprêtait à vivre dans sa toute nouvelle maison. Dans ce rêve que Tony avait rendu réalité par amour pour lui.

Notes:

Bon là pour le coup, c'est une idée que j'ai improvisé à l'arrache et je suis moyennement convaincue de la fin, mais voilà, au moins c'est fait. Je me suis éclatée toute seule à écrire leur discussion au téléphone, j'espère que vous l'avez aimée autant que moi.

À bientôt peut-être pour le mois de mars xD

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