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Quel Mérite ?

Summary:

- Et qu'ai-je à y gagner mis à part des heures de travail qui m'useront ?

Sabo sourit. Il sentait qu'elle commençait à hésiter.

(Sabo et Kuina parlent de leur mariage.)

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Son père lui avait dit qu'avec ce mariage, elle serait reine.

Si elle épousait le prince héritier, Kuina obtiendrait pouvoir et reconnaissance. Elle serait la femme la plus aimée et adulée du royaume. Combien de jeunes filles rêvaient d'être à sa place ? Des dizaines, non, des centaines probablement. S'il y en avait tant, elle laisserait bien ce rôle à la première venue.

Quel mérite aurait-elle à être à la tête d'un royaume en ruines ? Quand elle marchait en ville, quand elle regardait les citoyens qu'ils étaient censés protéger, elle ne voyait que de la haine et du mépris dans leurs yeux, mais elle les comprenait. Pendant que la noblesse se terrait dans leurs demeures et organisait des bals coûteux pour se divertir, les taxes imposées au reste du royaume étaient doublées, parfois triplées pour qu'ils puissent maintenir ce train de vie luxueux.

Les hommes se battaient pour survivre, les femmes n'avaient plus de force pour allaiter leurs bébés, les enfants mourraient dans des ruelles sombres.

Ce royaume, Kuina le détestait. Elle ne voulait pas en devenir la dirigeante, elle voulait le changer, le détruire et le reconstruire pour que les citoyens que la noblesse était censée protéger soient enfin heureux.

- Me détestez-vous tant que cela ?

Le sourire faux de Kuina disparut aussitôt. Si ses sentiments avaient été découverts, à quoi bon maintenir son masque ?

- Comment oserais-je détester le prince héritier de notre grand royaume ?

En face d'elle, l'homme rit.

- Vous devriez m'appeler par mon prénom. C'est la moindre des choses, entre futurs époux.

- Très bien, Prince Sabo.

Il posa sur elle un regard curieux et elle fit de son mieux pour ne pas grimacer. Un tel affront ne lui serait pas pardonné.

- Je sais très bien ce que vous pensez de ce royaume. Ou plutôt, de ce tas de ruines qui me sera légué lorsque je serai couronné.

- Je n'ai jamais dit...

- Mais Kuina, pensez-vous pouvoir changer le pays en étant loin des décisions ? N'est-ce pas en ayant du pouvoir que vous pourrez espérer faire bouger les choses ?

Il avait raison, comme bien souvent. Le Prince Sabo avait ébahi tout le royaume de par ses exploits. Dès son plus jeune âge, il s'était révélé être un prodige et excellait dans tout ce qu'il entreprenait : les études, le combat, les arts. Aucun domaine n'avait de secret pour lui et la cour toute entière était en admiration devant tant de talent. Quand elle l'avait rencontrée, lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant impressionnable, Kuina n'avait pas fait exception.

Mais les années étaient passées et elle n'était plus épatée devant ses nombreux talents. Fiancés depuis leur plus jeune âge, ils avaient grandi ensemble et il y avait peu de chose qu'elle ignorait à son sujet.

En revanche, ses paroles surprenantes avaient piqué son intérêt.

- Je n'ai jamais dit... répéta-t-elle pour essayer de se défendre.

- Mais vous le pensez et vous avez raison.

Il se leva et vint s'agenouiller devant elle. Sur sa chaise, elle eut un léger mouvement de recul avant de regarder autour d'elle, paniquée. Que dirait-on si on voyait le prince s'agenouiller ainsi devant une personne qui n'était pas de sang royal ? Elle qui détestait les rumeurs qui ne cessaient d'aller et venir au sein de la noblesse, elle ne souhaitait aucunement en être la cause.

Il prit tendrement sa main et elle écarquilla les yeux, se surprenant à ne pas détester ce contact.

- Epousez-moi, Kuina. Avec vous, je pourrai changer ce royaume.

Sa proposition était plus que tentante et elle y avait pensé tellement de fois qu'elle serait incapable de toutes les compter, mais elle savait que ces promesses en l'air ne tenaient à rien. Comment changer un système mis en place il y a des siècles et auquel tous les nobles qui les entouraient tenaient ? Réformer les choses de l'intérieur aurait été possible avec des alliés, mais elle n'en avait aucun.

- Elle repoussa sa main et se leva à son tour pour mettre de la distance entre eux.

- Ne dites pas n'importe quoi, dit-elle alors que le prince se levait. Ces enfantillages ne vous mèneront à rien, tout comme notre union. La solution la plus efficace serait d'épouser une héritière d'un royaume plus prospère que le nôtre afin qu'il puisse nous venir en aide. Ma famille ne vous sera d'aucune utilité.

- Peut-être que vous avez raison.

Il se pinça les lèvres et la fixa en silence. Dans ses yeux, elle voyait de nombreux sentiments qu'elle ne put déchiffrer, malgré les longues années d'amitié derrière eux. Même si elle devait garder une certaine distance entre eux de par son statut, elle ressentait une grande tendresse pour ce jeune homme qui avait grandi à ses côtés. Elle souhaitait qu'il soit heureux et ce n'était pas en gouvernant un pays au bord de la guerre civile qu'il le serait.

- Mais je n'en ai aucune envie.

- Sabo ! s'écria-t-elle, offusquée, oubliant même son titre.

- Quel intérêt de sauver ce pays si je ne peux pas le faire à vos côtés ?

- Vous êtes ridicule !

Kuina fulminait. Elle s'était faite une raison depuis tant d'années : pour aider son pays, Sabo devait viser bien plus haut qu'elle. Mais voilà qu'il refusait ce rôle qui était le sien.

- Pensez à votre peuple. Ce serait égoïste de votre part de faire passer vos envies avant leurs besoins, siffla-t-elle.

Malgré sa colère, elle ne pouvait s'empêcher d'être émue. Sa déclaration... Elle aurait voulu qu'elle la laisse de marbre, mais elle n'y était de toute évidence pas si insensible. C'était peut-être pour cette raison qu'au lieu de le repousser et de s'en aller, elle restait ici, attendant de voir ce dont il était capable. Au fond, elle non plus n'avait pas envie d'être séparée de lui.

- C'est justement parce que je pense à eux que je suis là. Vous êtes la personne la plus forte et déterminée que je connaisse. Avec vous au palais, il est évident que vous prendrez toutes les mesures nécessaires pour rayer les injustices dont le peuple est victime. Je n'ai aucun intérêt à faire une alliance avec un pays qui verrait ses propres intérêts avant les nôtres. Vous êtes la seule qui puisse arranger les choses.

- Vous n'en savez rien...

- Je le sais parce que je vous admire depuis toujours.

Cette fois-ci, quand il lui prit la main, elle ne le repoussa pas.

- Epousez-moi, Kuina. Ensemble, nous remettrons le pays sur pied.

- Et qu'ai-je à y gagner mis à part des heures de travail qui m'useront ?

Il sourit. Il devait bien sentir qu'elle commençait à hésiter. Alors, il porta sa main à ses lèvres et déposa un baiser délicat sur ses phalanges.

- Mon amour.

Notes:

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