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Sightless

Summary:

- Ah, il a coupé court.

Par réflexe Sabo commença à lever une main pour jouer avec sa frange qu'il trouvait lui aussi bien trop courte et se cacher un peu le visage, mais Kuina intercepta sa main pour la poser sur sa joue de façon à ce qu'il puisse sentir son visage. La chaleur de sa joue contre la paume de sa main le fit se détendre et il remarqua enfin les muscles bougeant sous ses doigts. Elle souriait.

(Sabo a encore du mal à s'habituer à la cicatrice qui recouvre la moitié de son visage, mais Kuina est là pour le rassurer.)

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Sabo se passa une main dans les cheveux, peu habitué à ce qu'ils soient aussi courts. Habituellement ses mèches blondes lui recouvraient la moitié supérieure du visage, cachant habilement la cicatrice qui s'étalait sur son front, ses yeux et le haut de ses joues. Sans ses mèches lui caressant les pommettes, il avait l'impression d'être nu et que toutes les personnes autour de lui dans la rue le dévisageaient, même s'il ne les voyait pas faire, le rendant plus mal à l'aise que jamais.

Ecoutant le GPS de son téléphone, il s'empressa de rentrer chez lui, gardant souvent la tête baissée pour se cacher du mieux qu'il pouvait. Il avait longtemps travaillé sur sa confiance en lui et il savait qu'il détruisait son travail en marchant sans relever la tête, mais aujourd'hui il n'avait pas le courage d'imaginer les regards curieux, surpris et parfois dégoûtés des passants qu'il croiserait.

- Vous êtes arrivé à votre destination, déclara la voix robotique de son téléphone.

Ses épaules se détendirent aussitôt et ce fut à ce moment qu'il se rendit compte à quel point il avait été anxieux. Le coiffeur n'était pourtant qu'à quelques centaines de mètres de chez lui, mais il avait l'impression d'avoir marché des kilomètres sous les regards des curieux, le bruit des coups de sa canne sur le pavé résonnant plus fort que jamais. Il avait pourtant l'habitude de sortir, il n'était pas du genre à se terrer chez lui malgré son handicap auquel il n'arrivait toujours pas à s'habituer même après des années, mais il y avait des jours où faire des tâches qui pour les autres étaient banales devenait compliqué.

Il ouvrit la porte de son immeuble, ne ratant la poignée qu'une seule fois et rejoignit son appartement sans grande difficulté. C'était bien l'un des rares endroits où il avait l'habitude de se déplacer sans l'aide de sa canne. Il avait mémorisé le nombre de pas qui le séparaient des escaliers (ou de l’ascenseur quand il avait les bras chargés de courses), le nombre de marches jusqu'au deuxième étage et le chemin menant à la porte de son appartement. Il ne ratait jamais la poignée et avait même parfois réussi à enfoncer la clé du premier coup, exploit qui le faisait sourire fièrement à chaque fois.

Aujourd'hui il avait les mains tremblantes et il dut s'aider de sa main gauche pour chercher à tâtons la serrure avant d'y enfoncer la clé. Le bruit loquet se déverrouillant résonna dans le couloir et, il le savait, dans l'appartement aussi. Son cœur rata un battement et il déglutit avec difficulté en ouvrant la porte d'entrée. Il pouvait déjà entendre la seule personne à l'intérieur quitter ce qu'elle faisait pour le rejoindre.

- Sabo ? Tu es déjà rentré ? demanda la voix lointaine de Kuina qui se rapprochait de lui bien trop vite à son goût.

D'après les bruits qu'il entendait, elle était au salon et se levait pour venir l'accueillir. Il posa sa canne contre le meuble de l'entrée, là où il la posait habituellement et se déchaussa, se redressant lorsqu'il entendit des pas s'arrêter devant lui.

- Ah, il a coupé court.

Par réflexe Sabo commença à lever une main pour jouer avec sa frange qu'il trouvait lui aussi bien trop courte et se cacher un peu le visage, mais Kuina intercepta sa main pour la poser sur sa joue de façon à ce qu'il puisse sentir son visage. La chaleur de sa joue contre la paume de sa main le fit se détendre et il remarqua enfin les muscles bougeant sous ses doigts. Elle souriait.

- J'aime bien, dit-elle.

Ces simples mots suffirent à faire disparaître le poids sur ses épaules. Il savait que Kuina était biaisée, ils étaient mariés et elle avait l'habitude de l'énorme cicatrice recouvrant presque la moitié de son visage, mais il ne put s'empêcher de sourire. Si elle aimait sa nouvelle coupe de cheveux alors il se fichait du reste.

- Ce que tu peux être niais, rit-elle.

- J'ai rien dit.

- Ça se voit sur ton visage.

Sabo posa son autre main sur le visage de Kuina et la caressa doucement de ses pouces. Son plus grand regret était de ne pas pouvoir la voir, mais il aimait sentir sa peau sous ses doigts. Il passait régulièrement de longues minutes à toucher son visage, imaginant ce à quoi elle pouvait ressembler. Il était certain qu'elle était splendide, une personne avec un cœur aussi grand que le sien ne pouvait qu'être magnifique.

- Ça ne fait pas bizarre d'autant voir ma cicatrice ?

Il la sentit secouer la tête et elle posa ses propres mains sur les siennes qui encadraient encore son visage.

- C'est juste une cicatrice, Sabo, elle n'a rien d'étrange.

Il sentit un doigt lui frôler le menton et il savait qu'elle allait lentement se diriger vers le haut de son visage. Elle avait pris l'habitude de le toucher doucement avant de s'approcher de sa cicatrice. C'était une partie de lui qu'il avait encore du mal à accepter et il appréciait qu'elle fasse des efforts pour ne pas le brusquer malgré les années qu'ils avaient passées ensemble.

Ses doigts passèrent de son menton à sa joue dans une caresse douce avant de remonter jusqu'à ses pommettes. Elle traça délicatement le bord de sa cicatrice puis sa main se déplaça sur son front. Là, elle écarta sa frange et passa le pousse sur sa cicatrice.

- Elle fait partie de toi. Elle n'a rien d'étrange, répéta-t-elle.

Kuina posa une main sur sa joue et Sabo tourna la tête pour lui embrasser tendrement la paume.

Il avait trouvé en Kuina une personne formidable qui était là pour l'épauler malgré les difficultés de son quotidien et il se disait constamment qu'il ne la méritait pas. Elle était un ange tombé du ciel et il avait eu la chance de la croiser avant qu'une autre personne ne se rende compte à quel point elle était incroyable.

- Tu penses encore à quelque chose de niais ?

Sans la prévenir, il la tira contre son torse et l'enlaça. Kuina laissa échapper une exclamation de surprise, mais elle passa ses bras autour de sa taille pour lui rendre son étreinte.

- J'imagine que ça veut dire oui.

Et comme toujours, elle avait raison.

Notes:

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