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Sabo l'entendit avant qu'il ne la vit.
Il profitait d'une soirée tranquille chez lui, un livre dans les mains et le bruit de la télévision qu'il ne regardait pas en fond, lorsqu'un bruit sourd en provenance du balcon le fit sursauter. Il se redressa brusquement, la tête rivée vers la porte-fenêtre et les yeux écarquillés, son cœur battant à toute allure à cause de la surprise. Ace et Luffy n'étaient pas là, seul le silence était censé l'accompagner ce soir, il ne s'attendait pas à ce que sa lecture soit interrompue aussi violemment.
Au bout de quelques secondes, il remarqua une forme, une personne, comprit-il, se relever lentement avant de soudainement sauter sur ses pieds pour frapper à la fenêtre. Il fut encore plus surpris en reconnaissant le nouvel intrus.
- Kuina ? souffla-t-il en fronçant les sourcils.
Elle lui fit signe d'approcher et d'ouvrir la porte-fenêtre et lorsqu'il ne s'exécuta pas immédiatement, elle commença à le fusiller du regard. Sabo la connaissait depuis bien assez longtemps pour savoir qu'il ne lui restait que quelques secondes pour lui ouvrir avant qu'elle ne perde patiente et se se décide à lui faire regretter. Il posa son livre sur le canapé, oubliant complètement de marquer sa page, et s'empressa de se lever pour lui ouvrir.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il dès qu'elle entra.
Elle posa un doigt sur ses lèvres, lui intimant de se taire, referma la porte derrière elle et s'assura de la fermer à clé avant de lui répondre.
- Je fugue.
Tu as vingt-cinq ans, avait-il envie de lui répondre. Tu es une adulte. Tu as vraiment sauté depuis l'étage d'au-dessus pour atterrir sur le balcon parce que tu as décidé de fuguer ?!
- Tu vis seule, répondit-il.
Elle l'ignora et s'empressa de se diriger vers la porte d'entrée pour vérifier qu'elle était bien fermée à clé elle aussi. Sabo la regarda faire sans un mot, comme s'il regardait une folle agir sans qu'il ne comprenne ce qu'elle voulait faire (ce qui, s'il était honnête, était entièrement le cas).
- Tu es seul ? demanda-t-elle brusquement.
- Oui ?
- Parfait.
Elle se laissa tomber sur son canapé en soufflant. Attrapant son livre, elle sourit, amusée, et Sabo se sentit un peu vexé qu'elle juge ses goûts en matière de littérature.
- Et donc je dois juste accepter cette situation comme si elle était tout à fait normale ?
- C'est ça.
Il lui prit le livre des mains et elle leva la tête vers lui, le regardant comme si elle ne comprenait pas quel était le problème.
- Kuina, tu viens de tomber de l'étage au-dessus et je dois me contenter d'un « je fugue » comme explication ?
Elle haussa les épaules et se décala sur le canapé pour lui laisser assez d'espace. Il s'assit à côté d'elle, posa le livre sur la table basse et continua de la fixer, attendant qu'elle lui donne une réponse plus convenable et logique. Elle retira ses chaussures et s'assit en tailleurs, s'éloignant un peu de lui en s'appuyant sur l'accoudoir à sa droite.
Quand elle comprit qu'il ne lâcherait pas l'affaire, elle soupira.
- Zoro est venu dîner chez moi. Avec mon père.
- Vous ne vous entendez pas ?
- Pas exactement... Disons qu'il doute un peu de moi et j'ai tendance à prendre ses remarques un peu mal.
Sabo haussa les sourcils, surpris. S'il y avait bien une personne qui se fichait de ce qu'on disait d'elle, c'était bien Kuina. Ils ne se connaissaient qu'en tant que voisins, discutant régulièrement lorsqu'ils se croisaient et il admettait qu'il la considérait comme une très bonne amie, mais il savait qu'elle n'était pas du genre à écouter les remarques des autres. Peut-être que tout comme lui, elle avait une relation compliquée avec sa famille.
- Donc tu as fait une tentative de suicide.
Elle se redressa pour lui donner un coup de coude en riant.
- Je savais que j'allais atterrir sur ton balcon ! Je ne suis pas folle au point de me jeter du quatrième étage sans m'assurer de ce qu'il y a en dessous.
Sabo se tourna vers son minuscule balcon, peu convaincu.
- Ils ne vont pas s'inquiéter de ton absence ?
Elle secoua la tête en se penchant pour attraper la télécommande posée à côté du livre du blond. Le regard de ce dernier fut attiré par le bas de son dos, où son T-shirt se relevait légèrement et la peau de son dos était visible. Lorsque ce petit bout pâle disparut, signe qu'elle se redressait, Sabo releva la tête, espérant que sa gêne ne se lise pas sur son visage.
- J'étais dans ma chambre, je leur ai dit que j'allais me changer.
- … Ce qui te laisse combien de temps avant qu'ils ne commencent à s'inquiéter de ton absence ?
Au-dessus d'eux, il pouvait déjà entendre des pas précipités aller et venir, lui donnant déjà la réponse à sa question.
- Probablement... Pas plus de cinq minutes.
- Kuina ! hurla une voix étouffée par les murs.
Si on pouvait l'entendre alors que le bâtiment était particulièrement bien isolé, c'était que la personne devait crier à pleins poumons en espérant qu'elle l'entende et sorte de là où elle se cachait. Cependant, la jeune femme activement recherchée se contenta de s'enfoncer un peu plus dans le canapé, ignorant les bruits provenant de l'appartement au-dessus.
- Et... tu vas les laisser paniquer combien de temps ?
- Ça dépend, répondit-elle avant de lever la tête pour le regarder, un petit sourire aux lèvres. Tu me laisses rester avec toi combien de temps ?
Si une autre personne lui avait posé cette question, Sabo aurait probablement ri avant de lui annoncer qu'elle pouvait d'ors et déjà remettre ses chaussures pour quitter l'appartement, mais il se trouvait que pendant les quelques années où il avait appris à connaître Kuina, il avait développé des sentiments pour elle pour le moins embarrassants. Kuina étant Kuina, il ne doutait pas qu'elle l'avait remarqué et en profitait allègrement, mais il ne pouvait s'empêcher de se rappeler que dans un moment désespéré, alors qu'elle s'était enfermée dans sa chambre et essayait de trouver une solution pour échapper à son père, elle avait pensé que le plus pratique et le plus efficace serait de sauter du haut du quatrième étage pour atterrir chez lui et se cacher à ses côtés.
S'il y avait une infime chance que cette folie passagère pouvait sous-entendre que ses sentiments soient être un tout petit peu réciproques, Sabo était prêt à accepter tout et n'importe quoi.
Alors, il haussa les épaules à son tour et sourit.
- Ça dépend, répondit-il à son tour. J'ai combien de temps avant que ton père appelle la police pour disparition inquiétante.
Kuina éclata de rire et Sabo se dit qu'il était prêt à être accusé d'enlèvement s'il pouvait profiter de sa présence pour quelques heures.
