Chapter Text
— Gabriel ! tonna Uriel. Qu’est-ce qu’on a déjà dit sur le fait de ramener des objets ou des êtres vivants au Paradis lorsque tu n’y étais pas autorisé ?
Gabriel réfléchit une minute, une main sur le menton.
— Tu m’as dit que je devais obéir sans faire d’histoire, récita-t-il.
— Et ?
— Raphaël m’a dit de le faire en douce et Michael m’a dit de faire comme je voulais et que ce n’était pas ses affaires, que je pourrais bien ramener le monstre du Loch Ness si ça me chantait et que ça ne le regarderait pas du tout. Oh dis ! Tu crois que je peux ramener Nessie ??
— J’aurais du m’en douter, marmonna Uriel dans sa barbe.
Ses collègues étaient irrécupérables. Irrécupérables. Il se demandait pourquoi il continuait d’entretenir le vain espoir qu’il arriverait à obtenir quoique ce soit d’eux, à part des bêtises et des maux de tête.
— Non Gabriel, tu laisses le monstre du Loch Ness où il est et tu vas me faire un plaisir de ramener tes… compagnons d’où ils viennent.
Gabriel afficha un air trop innocent pour être sincère.
— De quoi ? Je ne vois pas de quoi tu parles…
Le mensonge aurait presque été convaincant, si ce n’était les étranges formes cachées sous le manteau immaculé de Gabriel.
— Ne fais pas l’innocent Gabriel, je ne suis vraiment pas d’humeur à ce genre de jeu ! le prévint Uriel.
— Mais puisque je te dis que je ne vois pas de quoi tu pa…
Il fut interrompu par un Coin étouffé mais perceptible. Uriel haussa les sourcils d’un air entendu.
— Je te parle de ça.
— Quoi ? J’ai dit « coin », j’ai bien le droit d’abord ! se défendit Gabriel.
Uriel soupira devant l’effronté mensonge, essayant de ne pas perdre patience et de ne pas se remémorer la fois où Gabriel avait essayé d’apprendre à parler baleine. Du moins, sa version du langage des baleines.
— Allons Gabriel, tu ne vas pas me faire croire que ça vient de toi !
— Bien-sûr que si ! Même que…
Un second coin se fit entendre. Puis un troisième, sitôt rejoint par un quatrième. Puis une tête plumée sorti de son abri, suivie par une autre et encore une autre.
Ainsi représenté, avec trois canards dont la tête dépassait de sa toge, Gabriel avait une allure bien originale. Et ridicule si on interrogeait Uriel.
Il fixa Gabriel avec l’air de vouloir dire « Je le savais ! ».
Gabriel capitula.
— Ce sont mes nouveaux amis, avoua l’Archange. Il commence à faire très froid là-bas, sur Terre, et ils m’ont fait beaucoup de peine. Je voulais juste leur trouver une nouvelle maison.
Uriel soupira, conservant son calme.
— Ils se remettront très bien du froid, ils iront migrer dans les pays chauds… et le Paradis n’est pas un lieu pour des canards ! Ou pour n’importe quel animal, d’ailleurs…
— Pourtant, Michael a ramené un dragon ! lui fit remarquer Gabriel.
— Michael ne compte pas, c’est une tête de linotte. On a tous perdu espoir de lui faire entendre raison… mais n’essaye pas de changer de sujet, Gabriel. Tu dois ramener ces canards sur Terre !
— Oh non Uriel, s’il-te-plaît ! Laisse-les moi, ce sont des canards dressés !
Uriel le fixa, les yeux ronds. Des canards dressés ? Allons bon, qu’avait-il encore inventé…
— Des canards…. dressés, répéta Uriel.
— Oui ! Même que je leur apprends à parler !
— Les canards ne peuvent pas parler, Gabriel…
— Bien-sûr que si ! Regarde !
Il pencha la tête pour croiser le regard d’un canard et lui demanda : « Tu sais ce qu’il se passe quand on est pas sage ? On va au… »
— Coin ! répondit le canard.
— Bravo Saturnin ! Et toi Plumette, tu sais quelle confiture j’aime le moins ? La confiture de…
— Coin ! dit le second canard.
— Oui, bravo ! C’est bien la confiture de coings !
Rayonnant et fier de ses compagnons comme s’il avait été une maman poule, Gabriel se tourna vers Uriel avec un sourire satisfait.
— Tu vois ? J’avais raison !
Uriel secoua la tête, exaspéré et fatigué.
— Ridicule…
— C’est parce que tu t’y connais rien ! lui répondit Gabriel.
Un picotement familier et douloureux le frappa à la tête, signe d’une migraine à venir. Uriel soupira, la journée allait être longue…
L’image de Michael – Prince des Archanges, grand vainqueur de Lucifer, pourfendeur de démons et de dragons – à quatre pattes, cherchant les moindres recoins de sa chambre n’était pas une chose à laquelle Raphaël s’attendait à assister, mais il soupçonnait que plus rien ne devait le surprendre après tout ce temps.
Une telle position était toutefois inhabituelle, indigne pouvait-il même dire, de Michael, connaissant le tempérament de ce dernier. Quelque chose ne tournait pas rond.
— Tu… cherches quelque chose ? demanda précautionneusement Raphaël.
— Mon épée, pesta Michael. Impossible de la retrouver !
Raphaël haussa des sourcils. Michael perdant sa précieuse épée, voilà qui était inhabituel, voire légèrement inquiétant, mais c’était déjà arrivé par le passé et tout avait fini par rentrer dans l’ordre… après une bonne dose de violence, de jurons et de recherche frénétique de Michael.
— Elle ne doit pas être bien loin, raisonna Raphaël. Où l’as-tu vu pour la dernière fois ?
— Ici, qu’est-ce que tu crois ? Que je rampe ici à genoux pour le plaisir ? cracha Michael.
Raphaël leva les mains en signe d’apaisement.
— Ce n’était qu’une suggestion pour t’aider…
— Si tu tiens tant que ça à m’aider, alors rends-toi vraiment utile et aide-moi à la chercher.
— Et pourquoi ce serait à moi de la chercher ? Ce n’est pas moi qui la perd à tout bout de champ !
Bien qu’il fut à genoux, l’expression que lui lança alors Michael n’était pas très engageante. Elle lui promettait même les pires tortures inimaginables qu’un Archange n’était pas supposé connaître. Raphaël, qui avait parfois un bon instinct de préservation, ne fit pas le fier et capitula.
— Et je… je vais chercher de ce côté, ahem.
Il imita Michael et s’agenouilla, à la recherche de la précieuse épée. Ils fouillèrent tous les recoins, chaque dessous de meuble, mais tout ce qu’ils gagnèrent furent des coups contre les recoins. Chaque minute passée augmentait l’agacement de Michael et Raphaël recula de plusieurs mètres tant l’énergie qui se dégageait de son collègue était menaçante et il était de moins en moins rassuré.
— Rien, toujours rien ! pesta Michael. Je vais chercher par-là, toi va voir dans ce recoin…
— Coin !
Ils relevèrent la tête en tandem pour découvrir un canard au plumage blanc, bientôt suivi d’un second, puis d’un troisième, puis de quelques autres qui suivaient fidèlement le premier.
Ce n’était pas la découverte d’une bande de canards qui surprenaient les deux Archanges. Ce n’était pas la première fois qu’ils en voyaient au Paradis (et certainement pas la dernière, ils le soupçonnaient), et des choses beaucoup plus étranges s’étaient déjà produites. En revanche, la vue d’un canard tenant dans son bec une épée enflammée l’était.
Le canard ne semblait nullement perturbé par les flammes divines qui émanaient de la lame ou encore par le poids de l’arme. Il la portait le plus simplement du monde, suivi fidèlement par ses compagnons dont il semblait être le chef.
— Je rêve mais c’est mon épée ??!
— Tout porte à croire, répondit Raphaël. Ce qui est étrange, c’est comment ces canards sont entrés en sa possession…
Michael et Raphaël s’échangèrent un regard, mû par une idée qui venait de leur passer par la tête.
— …. GABRIEL !!!!!!
En bonus, ce fanart fait par mes soins :
