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Characters:
Additional Tags:
Language:
Français
Series:
Part 2 of Les anges de Modocanis
Collections:
Obscur Echange, La Vie d’Ange
Stats:
Published:
2020-09-06
Completed:
2020-09-16
Words:
9,952
Chapters:
2/2
Comments:
7
Kudos:
11
Bookmarks:
3
Hits:
259

Les amours d'Uriel

Summary:

Cupidon a une idée en tête. Ce n'est pas du tout au goût d'Uriel.

Mais l'amour est enfant de Bohême et n'a jamais connu de loi, ainsi rien n'arrêtera Cupidon dans sa quête : décoincer Uriel en lui trouvant un ou une partenaire...

Notes:

Ecrit dans le cadre de l'Obscur-Echange 2020, mon prompt était le suivant :

Tentative de Cupidon de décoincer Uriel en essayant de le faire tomber amoureux. Enfin, si cela est possible ! (mais faut bien essayer un jour pour le savoir)

- Cupidon peut avoir des complices, y compris parmi les trois autres Archanges (même si je n’y vois pas Michael, bizarrement x) Peut-être pour l’occuper et avoir un peu la paix ?) ou même Jésus ! Le choix du ‘partenaire’ (ou des, s’il fait plusieurs essais infructueux) est à ta libre appréciation :p (cela peut conduire, d’ailleurs, à une réflexion intense (ou pas) sur l’orientation sexuelle / romantique d’Uriel) Est-il réellement réfractaire à l’amour ou lui découvrirait-on des goûts de romance à la Jane Austen ? Pour un(e) acharné(e) du boulot comme lui ou une personnalité à ses antipodes ? Serait-il un admirateur caché de X-je-ne-sais-pas-qui-et-on-s’en-fiche ? Bref, où ça manigance aux dépens d’Uriel pour le caser contre son gré x) Ca peut même partir en sucette en impliquant des démons si tu veux ! Ca peut finir en gros flop bien cuisant ou avoir un résultat plus nuancé ou inattendu, comme tu veux :p

L'univers et les personnages ne m'appartient pas bien-sûr, je m'inspire de la version de modocanis, dont je vous encourage à lire les fics qui sont un délice à lire !

Bonne lecture !

Chapter Text

Dès l’instant où Cupidon avait franchi les portes du Paradis, il sentit que quelque chose clochait.



Il observa autour de lui. Rien ne lui semblait inhabituel au royaume céleste, avec ses colonnes au style corinthien, ses fontaines en marbre rosé, ses vitraux colorés et ses statues finement sculptées en marbre blanc. Il n’y avait rien de spécial à recenser. Des anges passaient dans les couloirs pour vaquer à leurs affaires. La voix du Saint Esprit, claire et calme, se faisait entendre pour annoncer la température toujours parfaite du Paradis et pour souhaiter à ses habitants une bonne journée, et de ne pas oublier de faire la prière du jour. Le Paradis baignait dans une atmosphère de calme et de sérénité. Une légère brise d’été se faisait sentir dans l’air, accompagnée de l’odeur des nombreuses fleurs des jardins célestes.



Pourtant, Cupidon ne pouvait se défaire de l’impression que quelque chose clochait. Comme si quelqu’un… l’observait.



Il inspecta une nouvelle fois les environs. Gabriel, et sa récente passion pour les otaries, n’était pas dans les alentours. Il n’y avait pas non plus le moindre signe d’un Michael revenant d’une mission avec l’épée et l’armure tâchées de sang et un regard de psychopathe à faire fuir le premier ange venu. Raphaël était également absent, sans doute parti fuir ses responsabilités.



Ne restait plus qu’Uriel, soit l’ange que Cupidon préférait éviter.



Cupidon n’abhorrait pas particulièrement des sentiments négatifs à son sujet, mais Uriel n’était pas l’ange avec lequel il était facile ou même agréable d’interagir. Il était beaucoup trop sérieux à son goût, dépourvu de toute vie sociable et de sens de l’humour. Il était aussi agréable qu’un glaçon avec Cupidon. Sans doute à cause de ses origines païennes…



Un frisson le prit soudainement avec l’impression qu’il était bel et bien surveillé. Cupidon fronça des sourcils. Qui donc pouvait l’espionner ?



Il se retourna une nouvelle fois.



Et trouva l’Archange Uriel à quelques millimètres de lui.

 

Des millénaires de maîtrise de lui-même l’empêchèrent de sursauter.



L’Archange le détailla de la tête aux pieds et observa d’un œil indiscutablement critique l’allure présente de Cupidon. Ses cheveux en bataille et les ailes froissées à force d’avoir volé, le jean déchiré et la chemise à moitié déboutonnée, Cupidon offrait un contraste étonnant avec Uriel. Raide comme un piquet et l’expression sévère, l’Archange se distinguait par son costume immaculé, ses cheveux dépourvus de toute mèche rebelle et les ailes impeccables dont aucune plume ne dépassait. Uriel était l’incarnation de l’ordre, avec le goût du travail et de l’harmonie et, pour Cupidon, un balai bien placé là où il pensait.



Uriel sortit un carnet dans lequel il notait des observations, les sourcils froncés, ne daignant pas adresser le moindre commentaire à Cupidon.



- Bonjour à toi-aussi Uriel, je vais bien merci, je suis touché par ta sollicitude, ironisa Cupidon. Non, je t’en prie arrête, toute cette attention sur ma personne va me gêner.



Comme il fallait s’y attendre, Uriel ne prit pas goût à la plaisanterie.



- On peut savoir ce qui t’amène ici ? se contenta-t-il de lui demander, estimant que cela se passait de commentaire.



- Quel accueil ! Ça fait vraiment plaisir de rentrer à la maison…



- Ce n’est pas ta maison, siffla Uriel. Tu n’es ni un ange, ni un Saint. Il te laisse uniquement venir ici parce qu’Il t’a nommé chef des Chérubins.



- C’est faux, protesta Cupidon. C’est aussi parce qu’il apprécie mes blagues !



- Un peu de sérieux…



- Je suis sérieux, insista Cupidon. Il a beaucoup aimé la dernière sur l’ange, le dragon et le démon qui se retrouvent dans un bar. Tu veux que je te la raconte ?



Uriel l’observa avec un air de profonde exaspération.



- … sans façon. Et tu n’as pas répondu à ma question.



Cupidon lâcha un soupir.



- Du calme Riri… je ne fais que passer. Je viens pour me doucher, me reposer un peu et je repars au travail. L’Amour ne chôme jamais, après tout !



- Fais donc cela, tu penseras également à te… changer. Un tel accoutrement n’est pas digne du représentant de l’amour et du chef des Chérubins !



Cupidon lui aurait bien demandé ce qu’il clochait dans sa façon de s’habiller, mais il ne voulait pas perdre son temps avec quelqu’un qui ne s’habillait que de façon terne et monotone et qui considérait le gris souris comme une couleur fantaisiste.



- Hum… tu as raison, je vais mettre une autre paire de jeans et un tee-shirt délavé, ne put-il s’empêcher de taquiner avec un clin d’œil.



Uriel, bien-sûr, mordit à l’hameçon et offrit à Cupidon la grimace de celui qui aurait avalé un citron particulièrement acide.



- Comme d’habitude, tu n’en fais qu’à ta tête ! À quoi cela sert que je donne des conseils, vraiment…


- L’Amour est enfant de bohème, il n’a jamais connu de loi !



Uriel avait à présent l’expression de quelqu’un dont la moutarde était sur le point de lui monter au nez. Cupidon avait la nette impression que, s’il continuait, le volcan Uriel n’allait pas tarder à exploser.



- …. Hors de ma vue ! lâcha Uriel d’une voix crispée.



- Toujours aussi sympathique de te voir, Riri !



Uriel lâcha une exclamation de profonde exaspération, causant Cupidon de rire sous cape avant de se montrer raisonnable et de partir en direction des appartements qui lui étaient assignés.



En s’éloignant, Cupidon aurait juré l’entendre marmonner : « Petit dépravé ».



Charmant accueil ! Il n’y a que Gabriel pour rattraper le tout…

 




Après une longue journée de travail, Cupidon aimait se récompenser et se reposer de son dur labeur dans un bar où il dégustait les plus bons cocktails et, occasionnellement, flirter la clientèle. Si Cupidon apportait l’Amour par là où il passait, il ne se privait pas pour l’apporter de façon plus… directe et d’user de ses charmes.



Ce jour, Cupidon était plus enclin à se retrouver en compagnie d’un cocktail que d’une charmante Vénus ou d’un bel Adonis. Ces derniers jours s’étaient montrés éprouvants, mais son travail n’en était pas la cause. Mais plutôt un archange particulièrement coincé.



Cupidon ignorait quelle mouche l’avait piqué, mais Uriel ne cessait de l’importuner à peine posait-il un pied au Paradis, comme s’il était muni d’un radar. Son passe-temps consistait à trouver tout ce qui n’allait pas chez Cupidon, à ses yeux, et de pouvoir lui reprocher et tout noter minutieusement dans son carnet. Que cherchait-il à faire exactement, Cupidon l’ignorait mais il soupçonnait que ses autres camarades archanges devaient soit être anormalement calmes, soit difficiles à trouver si Uriel s’entêtait à l’asticoter. Comme s’il n’avait rien de mieux à faire !



Combien de temps encore allait-il devoir supporter cette situation ?



Uriel avait vraiment besoin d’une vie sociable… ou au moins de se trouver quelqu’un, ça lui ferait des vacances !



Se trouver quelqu’un… ?



Cela fit tilt dans sa tête.



Au-delà de l’improbabilité de la situation et de la difficulté de la tâche, Cupidon se mit à se demander quel genre de personne serait susceptible de plaire à Uriel, alias l’Archange rabat-joie qui n’avait de maîtresse que le travail et qui ne connaissait pas le sens même du mot divertissement. Uriel n’avait jamais montré la moindre inclination ou la moindre envie de se trouver un ou une partenaire.



Cela n’empêchait toutefois pas les archanges Michael et Raphaël de se retrouver avec des aventures, souvent non prévues, avec le Diable de ce monde et le démon de la luxure Asmodée.



Considérant le caractère de Michael, c’était un exploit.



Si Michael, l’archange psychopathe par excellence, pouvait avoir une relation avec Lucifer lui-même… bien que le sens du mot relation les concernant était peu suffisant et trop restrictif pour résumer ce qu’il se passait entre eux… peut-être qu’Uriel… ?



Ce serait une occasion en or… ! Une occasion de décoincer Uriel et d’avoir la paix pendant un temps !



Cela demanderait du temps et des efforts, beaucoup d’efforts, mais Cupidon représentant l’Amour, il ne doutait aucunement de ses capacités… et la curiosité le démangeait !



Mais comment s’y prendre… par où commencer… Cupidon fit tourner le cocktail dans son verre distraitement, alors qu’il réfléchissait.



Pris dans ses pensées, il ne remarqua que l’air s’était alourdi avec une odeur de souffre et de brûlé que lorsqu’une voix familière s’adressa à lui.



- Tiens donc… Cupidon…



Cupidon se retourna. Face à lui se dressait un démon vêtu d’un pantalon de cuir noir qui dessinait à la perfection la longueur et la finesse de ses jambes, et une chemise d’un blanc presque transparent et à moitié ouverte qui ne laissait que peu de place à l’imagination. Les cornes étaient soigneusement dissimulées sous une tignasse de cheveux noirs. Asmodée, prince des enfers et démon de la luxure lui faisait face.



Asmodée… siffla presque Cupidon. Quel mauvais vent t’amène ici ?



- Pour la même raison que toi, prendre du bon temps…

 


- Boire un cocktail ? demanda Cupidon, en haussant d’un sourcil.



- Oh, je compte bien repartir avec un petit bonus, répondit Asmodée en jetant un œil à un groupe de clients installés un peu plus loin.



Cupidon grimaça, jetant un regard noir à Asmodée. Ce petit pervers ne vivait que pour la luxure et pervertissait l’Amour dans sa forme la plus physique en le transformant en un geste bestial, dépourvu de toute affection.



- Tu m’as l’air bien préoccupé, Cupidon… Des ennuis au Paradis ?



- Ça te ferait trop plaisir, n’est-ce pas ? répliqua Cupidon. Navré de te décevoir, je pensais uniquement au travail !



- Toi… ? Penser au travail dans un bar ? répondit Asmodée, surpris et dubitatif à la fois.



- Il y a une première fois à tout, se défendit Cupidon.



Asmodée plissa des yeux.



- Tu caches quelque chose, l’accusa le démon en le fixant sans ciller.



Cupidon sentit un picotement à l’intérieur de son crâne avant de comprendre ce qu’Asmodée était en train de faire.



- Mes pensées ne te concernent pas, espèce de dépravé ! s’écria Cupidon en refermant ses barrières mentales.


Asmodée, cependant, ne l’écouta pas.



Tu veux décoincer Uriel ?? s’exclama-t-il, sous le choc.



- Mêle-toi donc de tes affaires et va boire ailleurs !



Décoincer Uriel… Le plus coincé des anges, celui qui ne connaît pas le sens du mot divertissement ?



Une fois le choc passé, le ton d’Asmodée avait pris une nuance curieuse mais surtout intéressée.



- Voilà un challenge intéressant. Tu as besoin d’aide ?



- Arrière, sale pervers ! Je ne veux pas voir tes sales cornes dans mes affaires ! le prévint Cupidon.



- On aurait plus de chances d’y arriver en s’associant, lui fit remarquer Asmodée.



- Ne viens pas pervertir ma noble mission ! C’est une affaire d’Amour, et non de Luxure !



- Pourtant, D… enfin Lui sait qu’Uriel aurait bien besoin d’une partie de jambes en l’air pour se détendre… lui fit remarquer le démon, et puis, les deux vont souvent de paire…



- Comme ton petit faible pour Raphaël, tu veux dire ? lui demanda sournoisement Cupidon.



Le visage d’Asmodée prit alors, malgré lui, une teinte rouge vive.



- Qu’est-ce que tu racontes, l’emplumé ? Je ne ressens rien pour lui.



- N’as-tu pas dit, un soir de nouvel an, que tu le trouvais à ton goût ? Je m’en rappelle très bien ! C’était une soirée déguisées dans les catacombes de Paris, dans les années 1750…



- D’accord, d’accord ! le coupa Asmodée. Il est mignon mais ce n’est rien d’autre que de la luxure !



- Est-ce que c’est toi que tu essayes de convaincre, ou les autres ? lui dit innocemment Cupidon. J’ai bien une flèche qui pourrait régler le problème…



Asmodée fit alors un bond en arrière, comme si Cupidon était porteur de la peste.



- Garde tes distances, d’accord ?!



Un lent sourire purement sadique se dessina alors sur le visage du Chérubin, et il commença à sortir lentement une flèche, appréciant l’air de pure terreur sur le visage du démon.



C’est ainsi qu’Asmodée, démon de la luxure, prince infernal et l’un des conseillers de Lucifer… prit la fuite.



Cupidon laissa échapper un rire satisfait.


- Parfait, maintenant que je me suis débarrassé du cornu, je peux mieux me pencher sur l’affaire Uriel… !



Cela n’allait pas être une mince affaire, mais qui était-il pour reculer face à un défi ?






Raphaël aspirait à une journée tranquille. Il déambulait dans les couloirs du Paradis, se demandant comment il pourrait passer sa journée. Peut-être ferait-il une partie de golf dans le jardin d’Eden, ou il s’installerait dans l’une de ses cachettes secrètes pour bronzer tout en s’occupant avec un cahier de mots croisés et mots mêlés… ou bien profiter de l’absence de Jésus pour aller squatter dans son jacuzzi… Le Messie ne passait que très peu de temps à barboter dans ce bassin, principalement du au fait qu’il changeait systématiquement et accidentellement l’eau par du vin, ce qui avait beaucoup surpris Marie-Madeleine lorsqu’elle avait essayé de surprendre Jésus, mais c’était une autre histoire…



Peut-être allait-il barboter dans le jacuzzi après une petite partie de golf ? Cela lui semblait être un bon programme en perspective. Une journée de détente, tout ce dont il aspirait en cet instant.



La vie lui rappela vite qu’on avait pas toujours ce qu’on voulait en la personne d’Uriel. Ce dernier l’accueillit avec sa tête des mauvais jours, en état de stress et de surmenage.



- Te voilà enfin ! Tu sais depuis combien de temps on t’a attendu pour la réunion ?



On ? fit Raphaël en arquant un sourcil, surpris. Qui était là ? Sûrement pas Michael…



- Non, Gabriel, répondit Uriel, morne.



- Vraiment ?



Le ton de Raphaël traduisait l’incrédulité, tant il ne pouvait concevoir Gabriel venir de son plein gré à une réunion des Archanges. Uriel devina ses pensées.



- … Il a promis de se tenir tranquille si on lui donnait une barbe à papa fluo. Il a beaucoup insisté sur la couleur…



Raphaël ne pu s’empêcher de pouffer de rire, accentuant l’énervement d’Uriel.



- Cesse donc de te moquer ! Tu savais qu’il y avait une réunion aujourd’hui, n’est-ce-pas ?



- Pourquoi répondre à une question dont tu connais pertinemment la réponse ?



- Ne joue pas au plus malin avec moi ! Tu savais qu’il s’agissait d’une réunion importante, qui nécessitait votre présence à tous ! Je ne vous demande pourtant pas grand-chose, j’ai abandonné l’idée de vous convier à chaque réunion mais si au moins vous vous déplaciez aux plus importantes, ce n’est pas compliqué tout de même ! Quand je pense que…



Peu désireux à la perspective de subir une nouvelle lecture d’Uriel, Raphaël fit ce qu’il faisait le mieux. Changer de sujet.



- Tu as mauvaise mine en tout cas… C’est inquiétant.



- Ne change pas de sujet, je te prie ! répondit Uriel, exaspéré.



- Je suis sérieux, insista Raphaël. Tu as l’air vraiment stressé. Qu’est-ce qu’il se passe ? Michael a encore fourré ses rapports de mission dans… hem… l’entrée arrière de ses victimes ?



Uriel poussa un long soupir.



- Si seulement il ne s’agissait que de Michael, mais non ! Maintenant, il y a lui pour m’enquiquiner ! Comme si je n’avais pas assez de travail comme ça !



Lui ? demanda Raphaël, à présent curieux.



- Cupidon ! Je ne sais pas ce qu’il a, mais il m’espionne depuis quelques jours… il croit que je ne l’ai pas vu, mais je l’ai bien remarqué !



- Allons, allons… pourquoi est-ce que Cupidon perdrait son temps à t’espionner ?



- Comment veux-tu que je sache ce qui se trame dans son esprit loufoque ? J’ai déjà suffisamment de travail pour avoir à m’en inquiéter…



- Il doit bien avoir une raison…



- Tu n’as qu’à lui demander ! Je ne veux pas m’occuper de lui, je demande juste à ce qu’il arrête de m’asticoter… à me surveiller sans cesse… c’est indécent !



- Comme tu l’asticotais ces derniers temps, tu veux dire ? ne put s’empêcher de remarquer Raphaël.



- Mais… ce n’est pas la même chose !! protesta Uriel. Je ne faisais que mon travail !



- Tu veux dire lui tomber dessus pour lui faire le moindre reproche, à peine il arrivait ici ?



- Il faut bien que quelqu’un fasse respecter l’ordre ici, et je ne faisais que lui parler sur la conduite à tenir et le code vestimentaire propre. Nous sommes au Paradis, pas en Enfer où règne l’anarchie et où chacun s’habille avec indécence ! Il y a des règles à respecter ici, dit Uriel en jetant un regard critique aux habits de Raphaël.



Celui-ci portait un jean surmonté d’une chemise ornée de canards portant des lunettes de soleil et ne voyait absolument pas ce qui clochait dans sa tenue.



- Enfin… soupira Uriel. Si tu pouvais voir ce que trafique Cupidon, je t’en saurais reconnaissant… j’ai autre chose à faire que de m’occuper de lui et de ses loufoqueries…



Raphaël allait le faire, mais pas parce qu’Uriel lui avait demandé de le faire, tout simplement parce qu’il était curieux et qu’il lui manquait des distractions.



Il avait des principes, tout de même !






Toujours à la recherche de tranquillité et devenu expert dans l’art de fuir ses responsabilités, Raphaël avait appris à connaître la plupart des cachettes au Paradis où il pouvait se détendre sans être importuné mais aussi pour voir sans être vu. C’est pourquoi il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver Cupidon. Caché derrière un bosquet de l’un des jardins célestes, il portait un uniforme et avait peint son visage en vert, afin de pouvoir mieux se fondre dans le paysage, et il était armé d’une paire de jumelles avec lesquelles il observait Uriel de loin.



Sans dire un mot, Raphaël se coula à ses côtés.



- Salut Cupidon ! Qu’est-ce que tu fabriques avec cet… attirail ?



- Je surveille ma proie, répondit-il.



- … Uriel ? dit Raphaël avec incrédulité.



Cupidon hocha la tête, sans se départir de ses jumelles. Raphaël l’observa, puis Uriel. Puis Cupidon, puis Uriel. Cupidon, avec son camouflage et ses jumelles. Uriel qui portait une pile de dossiers qui le dépassait.



Manifestement, un détail lui échappait.



Uriel n’était pas une proie, sauf peut-être lorsqu’il était proie à la mauvaise humeur de Michael qui passait souvent sa frustration ou sa colère sur Uriel lorsque celui-ci avait le malheur de le déranger ou de se tenir à proximité de lui.



- Je vois… répondit Raphaël qui, en réalité, n’y voyait rien du tout. Qu’est-ce que tu cherches à faire, exactement ?



- Je l’étudie, répondit Cupidon comme s’il s’agissait de l’évidence même.



- …. Étudier Uriel ?



Raphaël était de plus en plus perdu. Cupidon, de par sa nature païenne, avait toujours été un cas à part, par rapport aux autres anges, mais jamais il n’avait sorti de bêtise pareille. Quelle mouche l’avait donc piqué ?



- Exactement, j’étudie ma proie afin de pouvoir réfléchir au meilleur plan d’attaque !



- … Qui est ? demanda Raphaël malgré lui.



Sa curiosité le perdra !



Cupidon se retourna finalement vers lui, avec un éclat d’excitation dans les yeux qui surprit l’Archange. Qu’est-ce que Cupidon pouvait bien concocter ?



- Que cela reste entre nous mais… voici le plan : je cherche à caser Uriel !



- Tu… quoi ?!



Il avait du mal entendre, c’était certain.



Cupidon, en revanche, avait l’air sérieux.



- Je cherche à lui trouver un compagnon. Ou une compagne, je ne connais pas encore ses goûts.



- Je n’ai jamais rien entendu d’aussi insensé ! lâcha Raphaël.



- Oui je sais, je sais… L’entreprise paraît folle mais je n’arrive pas à me défaire de cette idée. Imagine un peu : le fameux Uriel… celui qui ne jure que par son travail, l’Archange sérieux et coincé… s’éveiller à l’amour, s’épanouir comme jamais auparavant, et…



- Tu veux qu’il se décoince et te laisse tranquille, en gros ? devina Raphaël en arquant un sourcil.



Cupidon lâcha un léger rire.



- Touché. Je l’admets, mon intention n’est pas aussi noble qu’elle en a l’air mais… plus j’y pense, plus je trouve cette idée des plus intéressantes !



- Ça me semble surtout bien compliqué et une perte de temps ! constata Raphaël.



- J’adore les défis, dit Cupidon avec un clin d’œil. Imagine donc… Essayer de décoincer le plus coincé des anges et lui trouver la personne idéale ! Pour cela, il me suffit de l’observer dans sa vie de tous les jours pour mieux discerner sa personnalité et ensuite le questionner pour découvrir ses goûts, et enfin, à partir de ces informations, partir à la recherche de sa moitié !



- Pourquoi tu te fatigues ? bailla Raphaël. Pourquoi tu ne le piques pas avec une flèche et voir ce que ça donne ?



- C’est vrai que ce serait plus facile et plus rapide, concéda Cupidon, mais ce n’est pas ce que je veux. Ça ne représente aucun intérêt. J’utilise mes flèches pour donner un petit coup de pouce aux gens mais il faut plus qu’un coup de pouce pour Uriel, je le sens. Uriel représente un véritable challenge !



Raphaël leva les yeux au ciel, en se disant qu’il fallait bien s’ennuyer pour s’occuper d’Uriel et qu’il ne comprendrait jamais les personnes qui préfèrent les challenges à la facilité.



Enfin, tant qu’on ne le mêlait pas à cette folle affaire…

 




- Fille ou garçon ?



Après quelques jours à avoir espionné Uriel sans que cela ne donne de réels résultats, Cupidon avait décidé que le meilleur moyen d’en apprendre assez sur l’Archange pour se faire une idée de ses préférences en terme de partenaire était de l’interroger. Sa tactique était simple et d’allure innocente, tout simplement parfaite. Prétexter de remplir un questionnaire avec lui.



- … Je te demande pardon ? demanda Uriel, incrédule et énervé à la fois.



Manifestement, Uriel ne trouvait pas que c’était une bonne idée.



En rétrospective, le fait de l’avoir dérangé en plein travail devait aussi justifier sa réaction, se dit Cupidon.



Cela ne l’empêchait toutefois pas de vouloir mener à bien sa mission présente.



- Tu préfères les filles ou les garçons ? répéta Cupidon, comme si de rien n’était. Ou bien les deux ?



- Ni l’un, ni l’autre !



Le ton d’Uriel était dur et sans rappel.



- Ce que tu es difficile… Le rendez-vous idéal pour toi, ce serait quoi ?



- Rien du tout ! s’exclama Uriel, au bord des nerfs. Cupidon, j’essaye de travailler et j’apprécierais si tu allais t’occuper ailleurs !



Cupidon se gratta le menton, faisant mine de réfléchir.



- Une suggestion intéressante. Cependant, je vais devoir la refuser…



Uriel lâcha un long, très long soupir.



- Pourquoi tu m’importunes, se plaignit Uriel. J’ai du travail, c’est important…



- C’est ce que tu disais aussi du compte-rendu de la réunion ayant attrait à la couleur de la machine à thé, lui fit remarquer Cupidon. Allons Uriel, je te demande juste de faire ce test avec moi, ça ne prendra pas trop de temps !



Uriel l’observa longuement, comme s’il essayait de deviner ses véritables intentions.



- Si j’accepte de répondre à ton stupide test, tu me laisseras tranquille ?



Cupidon mit sa main sur son cœur.



- Tu as ma parole d’honneur ! répondit-il solennellement, ce à quoi Uriel répondit par un rire moqueur.



- Puisqu’il le faut… dit-il avec un air dépité.



- C’est un simple test, Riri, pas une condamnation à mort…



Le dit Riri leva les yeux au ciel.



- Dépêche-toi de faire ce test, qu’on en finisse…



- Quel enthousiasme dis donc… Enfin… Ta couleur préféré ?



- Le blanc, répondit Uriel.



- Ah oui, pourquoi ça ? demanda Cupidon.



- Eh bien… parce que le blanc, c’est la pureté, c’est le ciel, la couleur des anges, c’est…



- Bon, coupa Cupidon, question suivante : ton endroit préféré pour te détendre ?



- Une bibliothèque.



Cupidon prit quelques notes, puis continua son questionnaire.



- Un loisir de ton choix ?



- Travailler sur des rapports !



- On parle de loisir Uriel, pas de travail, lui fit remarquer Cupidon.



- J’aime travailler, protesta Uriel.



Tu ne connais que ça, oui ! se dit Cupidon dans sa tête.



- … Je vois. Qu’est-ce que tu es susceptible d’aimer, chez un partenaire ?



- Hum… eh bien… j’aimerais que mes collègues soient tous des gens sérieux et dédiés qui prennent à cœur leur travail et qui sont toujours prêts à prendre des initiatives !



- Hum hum… Une boisson préférée ?



- De l’eau chaude, avec juste un soupçon de thé pour donner un peu de goût.



De mieux en mieux… se dit Cupidon.



- Pas même un petit cocktail ? essaya le dieu de l’amour.



- Bien-sûr que non, s’offusqua Uriel, c’est la boisson du démon !!



- … Ouais, c’est sûr. Un lieu préféré pour un rendez-vous ?



- La salle de réunion pardi, c’est là que je donne rendez-vous à chaque fois pour parler de travail !



Cupidon reposa son magasine, dépité. C’était pire que ce qu’il imaginait.



Ça ne va pas être facile ! Allons, hauts les cœurs, Cupidon, se dit-il. C’est lorsque le challenge est difficile qu’il en devient plus intéressant !