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Rendez-vous hebdomadaire

Summary:

Kuina réserve son vendredi soir pour une personne spéciale.

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Kuina regarda sa montre et retint un soupir agacé. Son professeur n'apprécierait certainement pas qu'elle montre ouvertement que son cours ne la passionnait pas, mais elle avait l'impression que chaque seconde durait une heure. Ce cours était interminable et elle était certaine que tous ses camarades de classe pensaient la même chose, si elle en croyait leurs mines épuisées. Ils finissaient leur semaine par un cours interminable d'Histoire, une matière qui pouvait être aussi passionnante qu'insipide en fonction des époques qu'ils étudiaient.

Il se trouvait que peu d'élèves de seize ans étaient intéressés par le gouvernement de la Grèce Antique.

Stylo à la main, Kuina essayait de se concentrer pour prendre des notes, mais il ne se passait pas une minute avant qu'elle ne pose la mine sur un coin de sa page pour gribouiller des dessins sans queue ni tête en attendant la fin de l'heure. Incapable de se retenir, elle regarda de nouveau sa montre.

Plus que dix minutes, se dit-elle. Mais elle avait l'impression que c'était ce qu'elle se disait depuis deux heures déjà.

Neuf minutes et quarante secondes.

Elle remit la manche de son uniforme sur sa montre pour ne pas se mettre à compter les secondes. Elle l'avait déjà fait plusieurs fois et cela n'avait jamais aidé le temps à passer plus vite, bien au contraire. Dehors, elle pouvait entendre le bruit d'une classe en cours de sport et elle s'estima heureuse d'être au chaud tandis qu'eux étaient obligés de courir malgré le froid de l'automne.

Elle dirigea la pointe de son stylo vers le centre de son cahier pour continuer sa phrase, mais elle ne savait même plus ce que son professeur expliquait. Avait-il changé de sujet ? Elle avait l'impression que sa classe était concentrée sur un texte de leur manuel, mais elle ne savait pas lequel.

- Kuina, dit soudainement la voix sèche du professeur.

- Oui ! répondit-elle un peu trop fort et sans parvenir à cacher son sursaut.

Les élèves derrière elle gloussèrent et le regard de son professeur se fit plus sévère.

- Lis-nous le passage suivant.

Kuina baissa les yeux, cherchant le texte qu'ils étudiaient. Elle ne devait même pas être à la bonne page du manuel, tout ce qu'elle avait sous les yeux étaient des cartes colorées et des légendes ne faisant pas plus de trois lignes. Elle le savait, son professeur avait remarqué qu'elle était dans la lune, comme toutes les semaines, et lorsqu'elle admettrait qu'elle ne suivait pas le cours il l'obligerait à rester pour la sermonner tandis que le reste de sa classe partirait joyeusement en week-end.

Alors qu'elle ouvrait la bouche pour admettre ses torts, la cloche retentit, la sauvant de justesse.

- Chanceuse, dit le garçon derrière elle et elle ne put s'empêcher d'acquiescer.

Le professeur ferma son manuel, signe qu'ils pouvaient partir, et tous les élèves se mirent à ranger leurs affaires à toute vitesse.

- On se fait un karaoké ce soir ?

- Non, on avait dit un cinéma !

- Encore ?! On y est déjà allé la semaine dernière.

- Oui, pour voir le film que tu avais choisi.

Kuina écouta d'une oreille distraite ses amis se disputer et ferma son sac.

- Kuina, tu t'en vas déjà ?

Elle se tourna et leur sourit.

- Oui, je suis occupée ce soir.

- Tu ne viens jamais avec nous le vendredi...

- Désolée. J'essaierai de me libérer la semaine prochaine.

Elle leur fit un signe de main et s'en alla. Ils savaient qu'elle mentait. Depuis le début de l'année, pas une seule fois elle n'était sortie avec ses amis le vendredi soir alors que tous avaient décidé que c'était le moment idéal pour décompresser de leur semaine de cours sans que cela n’empiète sur leurs activités du week-end. Cependant, tous les vendredis, une fois les cours terminés, Kuina s'empressait de rentrer chez elle. Elle n'était pas désespérée au point de courir sur le chemin du retour, mais elle accélérait le pas, manquant de bousculer certains passants parfois qui la fusillaient du regard, atteignant la porte de sa maison en un temps record.

- Je suis rentrée, criait-elle à l'attention de son père qui de toute façon ne l'entendrait certainement pas rentrée.

Elle prenait ensuite à peine le temps de se déchausser, montant les escaliers à toute vitesse pour se jeter sur son lit. D'une main distraite elle attrapait son chargeur de téléphone pour le brancher tandis que de l'autre elle cherchait dans ses contacts la personne qu'elle appelait toutes les semaines à la même heure et la raison pour laquelle elle refusait toutes sorties le vendredi.

Lorsque Sabo apparut sur son écran, elle ne put s'empêcher de sourire, imitant la joie sur le visage du jeune homme. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine et la fatigue dut à sa semaine de cours intense et épuisants s'envola aussitôt.

Sabo et elle sortaient ensemble depuis le début de l'année scolaire, malgré la distance qui les séparait. Le garçon avait déménagé de l'autre côté du pays, intégrant une école prestigieuse pour élèves particulièrement doués tandis qu'elle restait dans leur région natale, entourée des mêmes personnes qu'elle connaissait depuis sa plus tendre enfance. Elle appréciait son entourage, mais avec Sabo à des centaines de kilomètres d'elle, elle trouvait les journées un peu plus longues et un peu plus fades que les autres années.

Réalisant le manque qu'elle ressentait, elle avait compris qu'une autre personne ne lui aurait pas autant manqué que lui et que ses sentiments étaient peut-être plus forts qu'une simple amitié. Deux semaines après le départ du blond, elle lui avoué ses sentiments par message et ils commençaient une relation sans même pouvoir se voir.

Pourtant, malgré la distance, elle n'avait pas l'impression que leur relation n'était pas réelle. Ses sentiments, eux, l'étaient, et elle savait que Sabo ne mentirait pas non plus sur ce qu'il ressentait. Ils se connaissaient depuis toujours et savaient qu'en amour, ils étaient aussi sérieux l'un que l'autre. Ils ne pouvaient pas se voir tous les jours et leurs études ne leur permettaient pas non plus de s'appeler tout le temps, mais ils se réservaient le vendredi soir pour s'appeler et se parler pendant des heures sans que personne ne vienne les déranger.

- Kuina, dit-il et sa voix effaça tous les soucis des futurs examens et de ses notes terribles en Histoire à cause de son incapacité à suivre les cours.

Il n'y avait rien de plus agréable que de l'entendre prononcer son nom avec autant de joie et d'amour. Ce jour-là était le leur et elle n'échangerait ce moment pour rien au monde.

Notes:

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