Work Text:
- A quel point tu es malade ?
- Beaucoup.
- Non mais sur une échelle de un à dix.
- Je suis en train d’écrire mon testament.
Kuina entendit Ace soupirer de l’autre côté du combiné et elle ne trouva même pas la force d’être agacée. Elle était rarement malade, mais quand elle attrapait quelque chose elle finissait toujours clouée au lit, incapable de se lever pour prendre soin d’elle, et cette fois-ci ne faisait pas exception. Elle avait passé la majorité des deux (ou trois ?) derniers jours à dormir, se réveillant de temps en temps pour se moucher ou à cause d’une quinte de toux avant de se rendormir presque aussitôt. Elle n’avait rien mangé et mourir de déshydratation ne semblait plus si horrible que ça. Au moins le marteau-piqueur qui avait élu domicile dans son crâne la laisserait enfin tranquille.
- Je vais passer le coin dans la soirée, tu as besoin que je te ramène quelque chose ?
Kuina fronça les sourcils. Elle mit quelques secondes à se rendre compte qu’Ace ne hurlait pas, mais qu’elle ne supportait tout simplement plus les bruits autour d’elle. Elle sentait déjà une nouvelle migraine arriver.
- Hm, répondit-elle sans énergie.
Elle ferma les yeux, se concentrant que des sensations agréables. Son matelas moelleux. Son oreiller frais. Sa couverture chaude.
La voix insistante d’Ace.
- Kuina ? Tu m’entends ? Ou tu t’es déjà rendormie ?
Elle poussa un long soupir qui se termina en une grosse toux et essaya de rouvrir les yeux sans y parvenir. Le sommeil s'abattit soudainement sur elle et elle ignora les sollicitations de son ami, trop heureuse de laisser la douleur s’estomper un peu ne serait-ce que pour quelques heures.
Quand Kuina se réveilla, il faisait déjà nuit noire. Elle chercha à tâtons son téléphone et le trouva à côté de sa jambe droite, au bord du lit. La lumière l’éblouit quand elle regarda l’heure.
20h57.
Trois appels manqués de Ace.
Six appels manqués de Zoro.
Un message de Zoro.
Son message n’était même pas inquiet, il demandait simplement s’il voulait qu’il lui ramène un burger. C’était tout ce qu’elle valait apparemment. Un burger.
Elle lui envoya tout de même sa commande par message et laissa tomber son téléphone qui, d’après le bruit fracassant qui suivit, n’atterrit absolument pas sur son lit comme elle l’avait prévu. Au moins le bruit ne résonna pas de longues secondes dans son crâne, c’était bien la preuve qu’elle allait un peu mieux. Elle avait cependant la bouche pâteuse, une sensation désagréable à laquelle elle aimerait bien remédier le plus rapidement possible. Elle se redressa, s’asseyant en appuyant le dos contre sa tête de lit au moment où la porte de sa chambre s’ouvrit. Elle tourna la tête, un sourire aux lèvres en s’imaginant Zoro et son burger déjà là, mais se figea lorsque son regard croisa les yeux bleus de Sabo.
Il fallut quelques secondes pour que l’information lui monte au cerveau. (Sabo. Le garçon qui l'intéressait depuis plusieurs mois déjà. Dans sa chambre. En face d’elle. Alors qu’elle venait de se réveiller. Décoiffée. En pyjama.) et elle plongea immédiatement sous sa couverture.
- Qu’est-ce que tu fais là ?! s'exclama-t-elle, paniquée.
Elle l’entendit s’approcher de son lit et même si elle avait l’impression de suffoquer sous sa couverture, il était hors de question qu’elle en ressorte tant qu’il était dans la même pièce qu’elle.
- Tu ne répondais ni à Ace, ni à Zoro, tout le monde s’inquiétait.
Elle repensa à l’unique message de Zoro lui demandant si elle voulait un fast food. Elle l’imaginait mal s’inquiéter pour elle, il devait probablement être en train de se gaver avec ses amis.
- Ça va, finit-elle par dire. J’ai dormi toute l’après-midi, je me sens mieux maintenant.
- Tu es sûre ? Tu as pris des médicaments au moins ?
Elle ne répondit pas et elle l’entendit soupirer – il était bien trop proche de son lit !
- Allez, sors de là. Tu devrais au moins vérifier si tu as de la fièvre ou non.
Il tira un peu sur sa couverture et elle se rendit compte à ce moment qu’elle avait les doigts engourdis et plus assez de force pour la retenir. Elle le laissa donc faire jusqu’à ce que le haut de son visage soit découvert. Quand leurs yeux se croisèrent, Sabo lui sourit.
- Tu vois, c’était pas si compliqué.
Si. C’était de la pure torture. Il rayonnait tandis qu’elle n’avait jamais été aussi hideuse. Elle sentait que sous sa couverture épaisse elle avait transpiré dans son sommeil. Elle était hideuse et elle puait. Génial.
- Ne t’inquiète pas, je ne vais pas te déranger longtemps. Ace était censé passer à ma place, mais il a eu un empêchement de dernière minute.
C’est ça, un empêchement. Il avait plutôt envoyé son frère parce qu’il aimait la torturer.
- Je t’ai pris quelques médicaments à la pharmacie.
Elle baissa les yeux et vit qu’en effet, il tenait un sachet en papier au logo de la pharmacie qui se trouvait juste au coin de la rue. Trop occupée à fixer le sachet pour en deviner son contenu (et heureuse d’avoir une excuse pour ne pas avoir à le regarder dans les yeux plus longtemps), elle ne vit pas son autre main s’approcher de son visage et sursauta quand elle sentit sa paume sur son front.
Son coeur rata un battement et elle se demanda un instant s’il ne s’était pas même arrêté.
- Tu n’as pas l’air d’avoir de fièvre… Mais tu es toute rouge.
Il fit glisser sa main sur son front, la posa contre sa joue et Kuina dut se faire violence pour ne pas frissonner au contact de sa peau contre la sienne. Sabo n’était pas vraiment tactile avec son entourage, mis à part avec ses frères, il devait donc beaucoup s’inquiéter pour prendre de telles libertés – ce qui n’était pas pour lui déplaire. Cependant, Kuina sentait que s’il continuait d’être aussi tendre avec elle, elle allait finir par faire quelque chose qu’elle regretterait. A contre-coeur, elle décida donc de repousser gentiment sa main.
- Sabo, dit-elle d’une voix rauque avant de se racler la gorge. Je t’assure que ça va, je ne suis même plus fatiguée.
Il n’avait pas l’air convaincu, mais il laissa retomber sa main sur ses jambes et Kuina ne sut pas vraiment si elle devait être soulagée ou regretter leur proximité. Elle se contenta de remonter la couverture sur son visage pour cacher sa gêne, ne laissant que ses yeux visibles et espérant qu'elle pouvait utiliser l'excuse d'avoir froid pour ne pas qu'il trouve sa réaction étrange.
- Alors je ne vais pas t’embêter plus longtemps, déclara-t-il. Je te laisse les médicaments ici, repose-toi bien et rétablis-toi vite.
Il déposa le sachet en papier sur sa table de nuit avant de se relever et de lui sourire lorsqu’il remarqua qu’elle l’observait.
- Merci, dit-elle tout bas.
Un instant elle crut qu’il ne l’avait pas entendue, mais son sourire s’agrandit et elle n’eut pas besoin d’une autre réponse.
Le lendemain Kuina allait suffisamment mieux pour retourner en cours. Elle n’était pas entièrement remise, mais elle n’avait plus la tête qui tournait ni l’impression qu’elle allait s’évanouir à chaque pas qu’elle faisait et elle se sentait capable de suivre le cours sans (trop) s'endormir. Lorsque la sonnerie retentit, indiquant qu'il était déjà midi, elle s'étira longuement avant d'être brusquement interrompue par Ace qui avait reculé sa chaise jusqu’à la cogner contre son bureau.
- Quoi ? siffla-t-elle en lui jetant un regard noir.
- Tu as de la visite, dit-il en pointant la porte de la classe du doigt où Sabo lui faisait signe.
Sans même prendre le temps de ranger ses affaires, Kuina se leva pour rejoindre Sabo qui l'attendait dans le couloir. Il sourit en la voyant arriver et même si elle essayait de se contenir, elle savait qu'elle aussi souriait.
- Ça va mieux ? demanda-t-il quand elle arriva à sa hauteur.
- Oui, merci encore pour hier, dit-elle. Mais tu n'avait pas à faire tout ça pour moi, ajouta-t-elle, un peu gênée qu'il se soit déplacé pour au final ne rester que quelques minutes avant qu'elle ne le mette à la porte.
- Ce n'est rien. Et puis je m'inquiétais, je suis content de te voir sur pieds.
Il plongea ensuite la main dans la poche de son pantalon et en ressortit son téléphone portable.
- Tu veux bien que j'enregistre ton numéro ? Comme ça si tu as besoin de quoi que ce soit on ne sera pas obligé de de passer par Ace.
- Elle ne savait pas si c'était son imagination ou un fantasme de son esprit encore malade, mais elle avait l'impression que Sabo était gênée de demander son numéro, voire timide et... c'était adorable.
Si elle avait le droit de le voir un peu plus à chaque fois qu'elle était malade, elle ferait tout pour être clouée au lit plus souvent.
