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Elle pleurait. Elle sanglotait doucement, sans bruit, dans l'espoir que personne ne l'entende, dans son lit, en serrant son doudou contre elle.
Désolée Agathe, mais je ne t'aime pas de cette manière.
Pas maintenant.
Non mais il ne faudrait pas que tu tombes amoureuse de moi !
L'adolescente se roula en boule, froissant ses draps par la même occasion.
Je ne peux pas avoir une dévergondée comme fille.
Elle étouffait ses sanglots, ses bruyants reniflements et sa respiration saccadée avec de plus en plus de difficulté, face à la violence de ses souvenirs.
Plus elle essayait de se calmer, plus des pensées négatives envahissaient son esprit. Elle s'était persuadée pendant des années qu'elle aimait les hommes, et non les femmes. Mais aujourd'hui, les mirages soigneusement crées par ses soins venaient de s'évaporer, laissant place à une douloureuse réalité.
-Agathe, ça va ?
C'était son professeur. Elle ne répondit pas, faisant croire qu'elle dormait.
-Je sais que tu ne dors pas, je ne dors pas non plus. Si tu veux on peux aller parler en bas, pour ne pas réveiller les autres.
Elle resta silencieuse malgré la proposition de Kieffrey.
-A défaut de dormir, allume ta lumière et lis, tu arrêtera de ressasser tes idées moroses. Je pars, si tu as besoin de moi, je serai à la bibliothèque.
Et il se retira du perron de la brune. Cette dernière, sur les suggestions du gris, alluma sa lampe de chevet et prit le premier livre à sa disposition. Au bout d'un certain temps, qu'elle même ignorait, elle entendit du bruit dans le couloir. Qui pouvait être debout à une heure pareille ? Elle regarda donc l'heure, mais fut stupéfaite lorsqu'elle vit qu'il était en réalité sept heures du matin. Trice était donc déjà levée.
Agathe sortit à son tour de son lit pour aller manger, étant donné que désormais son estomac grondait. Si on lui posait des questions sur son réveil anticipé, elle répondrait simplement que sa faim l'avait réveillée. Et tant pis si son professeur était persuadé du contraire.
Dans la salle à manger se trouvaient Trice, en train de tartiner ses morceaux de pain d'une généreuse couche de beurre, et Kieffrey, passant un coup de balai dans la cuisine.
-T'es déjà réveillée ? articula la bleue entre deux bouchées.
-Oui, j'avais faim, répondit la brune.
-Agathe, tu es de corvée de jardin aujourd'hui. Tu ferai mieux d'y aller tout de suite, tant qu'il fait encore frais, lui indiqua son professeur, l'air neutre.
Cette dernière s'exécuta et sortit dehors, pour arroser les fleurs et les légumes. Ses paupière étaient lourdes, et tous ses muscles souffraient de ce manque de sommeil. De plus, son esprit était beaucoup moins concentré qu'à son habitude : elle trébuchait souvent, éclaboussait ses pieds et ses vêtements régulièrement et s'écrasa la main avec un seau. Au bout de ses forces, Agathe vit son maître se diriger dans sa direction.
Pestant intérieurement, elle lui lança l'air de rien :
-Qu'est ce que vous faîtes ici ?
-Je venais prendre de tes nouvelles, étant donné que tu prenais beaucoup de temps. Tu as besoin d'aide ?
-Non ça ira, merci.
-T'es trempée, et tes chaussures sont couvertes de terre. T'es sûre que ça va ?
-Merci, mais je vais bien ! lui lança la brune énervée.
-Ok... Je finirai d'arroser, tu peux rentrer te reposer.
-Mais je ne suis pas fatiguée, répliqua Agathe stupéfaite.
Il la fixa par dessus ses lunettes, mi moqueur ni renfrogné.
-Mais bien sûr Agathe, ironisa le gris, je te crois.
-Comment pouvez vous prétendre savoir cela ?
-Tu m'as écouté parler hier, je ne dormais pas.
La jeune fille, plus qu'énervée, en grande partie à cause de son manque de sommeil lâcha l'affaire.
-Et quand bien même, cela vous concerne t-il ?
-Je suis garant de ta santé, et je m’inquiète lorsque quelqu'un ici va mal.
-Mais je vais bien !
-Pour avoir déjà fait des insomnies, je sais que l'on ne va pas bien si on ne dort pas.
Elle le regarda, sceptique.
-Vous ? Ne pas dormir ?
-Oui . Quand à toi, tu pourras faire la sieste cette après midi si tu veux.
Elle partit sans même répondre.
Le midi arriva vite, trop vite au goût de la brune. Elle rejoignit donc les autres à table. Tetia était en train de parler, la bouche pleine de pain
-Et c'est là que je vis Olugio, mais habillé en soubrette arriver dans la pièce et-
-Stop Tetia, on a compris
Olugio, renfrogné la fusillait du regard, tandis que Kieffrey s'esclaffait discrètement.
-Olugio en soubrette, j'aimerai bien voir ça un jour.
-Tu peux aller te faire cuire un œuf !
-On en reparlera...
Les deux hommes se fixaient l'un l'autre, un étrange lueur dans le regard.
Agathe se racla la gorge.
-Bon, c'est pas tout, mais j'aurais une question un peu plus sérieuse que les rêves de Tetia. Que fait on cet après midi ?
Son professeur lui répondit.
-Toi, tu te reposes. Tetia doit ranger sa chambre, Trice et Coco ont quartier libre. Quand à moi, je dois régler un petit problème. Je ne serait pas disponible cet après midi.
-C'est pas juste ! Ma chambre est rangée
-Ta chambre sent le fromage, t'as plus de vêtements propres car ils traînent par terre, ton lit n'est jamais fait et ton bureau semble avoir été victime d'une guerre.
-Oh mais tais toi Agathe ! C'est pas ma faute si t'es frustrée.
-Frustrée de quoi ?
Leur professeur intervint, ennuyé de la tournure que prenait la conversation.
-Calmez vous. Agathe, un repos te feras le plus grand bien. Et Tetia, non ta chambre n'est pas rangée
Les apprenties sortirent de table et retournèrent dans leurs chambres.
Une fois dans la sienne, la brune se laissa tomber dans son lit, exténuée. Elle était sur le point de s'endormir lorsque elle entendit un curieuse conversation
-Tu penses vraiment que -
-Mais oui ! Ça saute aux yeux.
-Kieffrey et Olugio ?
-T'as vu comme ils se sont parlés pendant le repas ?
-Ouais, et ?
-Je cite « Olugio en soubrette, j'aimerai bien voir ça »
-Tu as donc inventé ce rêve exprès.
-Oui et alors ? J'ai réussi mon coup.
Agathe cessa ensuite d'écouter, préférant réfléchir aux paroles énoncées par les deux autres. Son professeur et la sentinelle étaient donc, selon les dires de Tetia, en couple. Cela n'était pas étonnant pour la jeune fille. A vrai dire cette hypothèse était une explication plausible car à l'âge des deux hommes, l'envie de trouver l'amour était omniprésente. Et elle justifiait également les échanges de regard, les sous entendus et les disparitions nocturnes de Kieffrey.
La jeune fille tomba rapidement dans les bras de Morphée, ravie d'enfin pouvoir se reposer. Elle se réveilla quelques temps plus tard, après que quelqu'un ait toqué à sa porte et lui parla à travers celle ci ;
-Coucou, c'est l'heure du goûter
-J'arrive
Elle se rendit donc dans la pièce principale, prit un gâteau et repartit directement dans sa chambre, sans adresser un regard à la rose. Mais dans le couloir, elle percuta Coco, perdue dans ses pensées.
-Excuse moi Agathe
-Pas grave.
Elles s'étaient relevées et se tenaient face à face, la verte proche du mur et Agathe au centre. Mais cette dernière plaqua l'autre contre la cloison.
-Pourquoi tu me fais ça ?
-De quoi ?
-Tu...
-Arrête de te prendre la tête.
Sur ces mots, Coco prit le visage de sa congénère entre ses mais et posa ses lèvres sur les siennes.
