Chapter Text
Juin 2012
Harry Potter : 10 ans
Draco Malfoy : 32 ans
La dernière chose dont se souvenait Harry, c'était d'avoir parlé à un serpent. Le serpent lui avait répondu – ou du moins avait semblé lui répondre – la vitre avait disparu, et le serpent s'était enfui. Dudley avait pleurniché comme un bébé, et Harry avait eu des ennuis ; mais c'est à ce moment précis que les choses commençaient à devenir floues, comme des tourbillons gris à l'intérieur de sa propre tête.
La seule chose dont il était sûr, c'était qu'il tenait un bâton au milieu d'une pile de vêtements. Il lâcha le bâton et essaya de s'extirper du tissu, mais les vêtements semblaient lui coller à la peau – enfin pas vraiment. Son pantalon, orné d'une grosse ceinture, était en train de tomber. Son t-shirt faisait trois fois sa taille, et une espèce de robe bizarre semblait être attachée à son cou. Ses pieds flottaient dans d'énormes bottes et il portait des gants sans doigts. Il avait toujours ses lunettes, au moins, bien qu'elles semblaient plus large aussi, et Harry paniqua une seconde, persuadé qu'il avait été rétréci. Un de ses pulls avaient déjà rétréci un jour, alors que Tante Pétunia essayait de lui faire enfiler, mais jamais son corps n'avait rétréci.
Les vêtements n'étaient définitivement pas les siens, cependant. Harry regarda autour de lui et constata qu'il était dans une pièce dans laquelle se trouvait une table avec du matériel étrange. Des placards étaient alignés le long des murs, surmontés par des armoires aux portes vitrées. Des éclats de verre étaient éparpillés sur le sol devant lui, non loin d'un grand homme aux cheveux pâles, qui le fixait.
Oncle Vernon qualifierait cette situation de "drôle d'affaire", certainement.
L'homme blond cependant, semblait complètement choqué.
"Em…" dit Harry, tenant son pantalon par la ceinture, et essayant de ne pas trébucher sur le bas de sa robe, s'éloignant doucement des débris de verre. "Où est-on ?"
"Potter ?" L'homme semblait toujours sidéré.
Tentant de décider s'il reconnaissait ou non l'homme, Harry recula de nouveau, perdant presque ses bottes. Il était quasiment certain qu'il se serait souvenu si l"un de ses professeurs à Saint Grogory ressemblait à cela, l'homme avait une apparence plutôt singulière. Il était grand et mince, et pâle aussi, comme si la couleur avait disparu de ses cheveux, de ses yeux et de sa peau. Ses vêtements étaient étranges, on aurait dit un des costumes qu'utilisait Pétunia dans ses pièces de théâtre, mais ils semblaient lui aller. "Qui êtes-vous censé être ?" demanda Harry.
"Oh non," répondit l'homme.
"Est-ce que vous savez où on est ?" demanda encore Harry, reculant d'un pas. "Parce que je ne me rappelle pas d'être venu ici, et si vous m'avez kidnappé…" Harry se tût, car finalement, il ne savait pas ce qui se passerait si cet homme l'avait effectivement enlevé. Vernon le remercierait sûrement.
Une porte s'ouvrit à l'autre bout de la pièce.
"Il faut qu'on parte", déclara l'homme à voix basse. "Accio baguette de Potter!". Le bâton vola dans la main de l'homme, et avant même qu'Harry ne se rende compte de ce qui se passait, l'homme fit deux pas vers lui et l'attrapa par le bras.
Soudainement, le monde tournait autour de lui.
Les tables de la pièce devinrent indistinctes, les formes se mélangeant. Un bruit sec retentit, puis une froide obscurité l'enveloppa. Harry ressentit une compression glaciale qui donnait l'impression de dégeler, de se dilater et de pousser très fort en même temps, puis tout se figea. Il voyait clairement des étoiles. Après quelques secondes d'étourdissement, Harry observa la nouvelle pièce dans laquelle il se trouvait ; bien plus petite que la précédente, terne dans la faible luminosité.
"Putain", quelqu'un jura. C'était l'homme blond, et des flammes jaillirent sur le mur. Harry sursauta, tandis que l'homme faisait les cent pas, répétant "Putain, putain, Merlin, merde", pointant un bâton à différents endroits de la pièce. Le feu se répandait, brûlant sur les bougies, et Harry se rendit compte que les flammes contre le mur étaient en fait dans un vieil âtre.
"Finite incantatem", l'homme dit, dirigeant son bâton vers Harry.
Harry sursauta de nouveau, presque certain qu'il prendrait feu sur place, mais rien ne se produit.
L'homme blond fit plusieurs mouvements avec son bâton en direction d'Harry, marmonnant "Juvenis recanto", et malgré le fait que la situation était extrêmement terrifiante, cela n'avait toujours aucun effet, ce qui calma un peu Harry. "Libera temporo", et avec un dernier mouvement, "Potia evanesce".
"Hmm." Cet homme était clairement dérangé, et il possédait étrangement un lance-flamme télécommandé, mais Harry savait qu'il fallait être poli, surtout avec les adultes effrayants. "Avez-vous perdu la tête ?" demanda-t-il poliment.
"Putain!" jura l'homme.
"D'accord", Harry répondit, reculant doucement, s'éloignant.
"Je vais chercher une antidote. Reste-ici." Il tourna sur ses talons et sortir de la pièce.
Harry se demanda si l'homme l'avait assommé. Il ne s'en souvenait pas, mais le fait est qu'il ne savait toujours pas où il était, ni qui était cet homme. Il n'était pas sûr qu'il avait été kidnappé, parce que les kidnapping qui passaient à la télé ne ressemblaient pas du tout à cela. Mais peu importe ce qui se passait. Oncle Vernon ne serait pas content du tout, ce qui signifiait qu'Harry aurait des gros problèmes. Il devait s'en aller, et vite.
Essayant de se débarrasser de la sorte de robe encombrante, Harry observa son environnement rapidement. Des livres – anciens et nouveau, reliés en cuir et dorés – garnissaient les étagères qui occupaient presque tous les murs. Un grand fauteuil édouardien aux motifs fleuris trônait devant la cheminée, sur un tapis vert à l'aspect doux. Le parquet brillait à la lumière du feu, ce qui donnait à l'ensemble une teinte chaude et rosée. Au plafond, deux grandes fenêtres indiquaient qu'il faisait nuit. Au fond de la pièce, près d'une table en bois sur laquelle d'autres livres étaient posés, se trouvait la porte par laquelle l'homme était sorti. Près d'Harry figurait une autre porte. Il ne semblait pas y avoir de téléphone.
Au pied des escaliers, un petit hall donnait sur une pièce sombre avec des placards et des tables. Ce n'était pas un cellier, parce qu'il y avait des fenêtres donnant sur la rue. Un unique lampadaire vacillant au loin éclairait suffisamment la pièce pour que l'on puisse apercevoir une porte de l'autre côté, qui semblait mener à l'extérieur. Un bruit sourd se fit entendre, puis un autre, plus fort.
Harry courut vers la porte, tentant de ne pas perdre son pantalon, ses lunettes glissant sur son nez.
"Potter !"
Des pas résonnèrent dans les escaliers.
"Potter !"
Harry attrapa la poignée de la porte.
"Potter !"
Il ouvrit la porte.
Un crack sec retentit et l'homme blond apparut directement devant Harry, bouche-bée. "Mais, vous étiez…" Harry regarda derrière lui, mais personne ne venait du hall qui menait aux escaliers.
"Où est-ce que tu penses aller ?" l'homme demanda. Il tenait une sorte de fiole qui contenait un liquide orange.
"Comment êtes-vous arrivé ici ?" s'enquit Harry, ses yeux cherchant une autre sortie de secours.
"Quoi ?" L'homme semblait irrité. "Potter, j'essaie de t'aider !"
Harry leva les yeux vers lui. "C'est ce que vous appelez un kidnapping aujourd'hui ?".
L'homme ouvrit la bouche, puis la ferma. Son visage changea de couleur, d'abord rose, puis gris. "Kidnapping ?" dit-il d'une voix faible.
"C'est généralement comme ça qu'on dit quand un enfant se fait enlever." Harry remonta ses lunettes.
"Enlever ?" L'homme le regardait d'un air abasourdi.
"Vous ne m'avez pas enlevé ?"
Ils se tenaient là, Harry sur le perron et l'homme juste devant, fronçant les sourcils presque progressivement, comme s'il prenait conscience de quelque chose lentement. Lorsque son visage cessa enfin de se froisser, l'homme eut l'air presque doux, ses yeux brillant à la faible lueur de la rue. Puis, il déglutit difficilement. "Oh", chuchota-t-il.
Harry se demanda si l'homme avait enfin réalisé qu'il était complètement fou.
"Potter, tu…" L'homme déglutit à nouveau. "Je ne t'ai pas enlevé. C'était une potion de rajeunissement, tu as trente-et-un ans. La potion est tombée sur toi."
"Une potion ?" Harry demanda. "Vous voulez dire des produits chimiques ?"
L'homme hocha la tête.
"C'est grâce à ça que vous pouvez vous téléporter ? Et faire apparaître du feu ?"
"Non." Il secoua la tête doucement, confus. "C'étaient des sorts".
La bouche d'Harry s'ouvrit en grand. "Des sorts ??"
"Oui ?" l'homme répondit, semblant encore plus déstabilisé.
"Un – un sortilège ?"
"Oui", dit l'homme, lentement, fronçant les sourcils. "Comme de la magie… oh." Cette fois-ci, il semblait horrifié, si l'on en croyait son expression. "Potter, tu…"
L'homme avait l'air tellement inquiet qu'Harry voulait presque le rassurer.
"Potter." Il rangea la fiole dans sa poche. "Tu ne sais rien de la magie ?"
"Faire apparaître des lapins et des objets dans un chapeau, couper des femmes en deux. Je ne savais pas qu'on pouvait apparaître de nulle part comme ça."
"Couper des femmes… en deux ??"
"Comme à la télé."
"Ah. Oui, la télévision." L'homme hésita.
Il avait les traits fins, une bouche bien dessinée, et des épaules qui lui donnaient un air élégant. Ajoutant ses cheveux blonds presque blancs, cela le rendait plutôt frappant, le genre d'homme qui pourrait passer à la télévision, sauf qu'Harry était certain de ne l'avoir jamais vu auparavant.
"La magie, ça n'a rien à voir avec qu'il y a à la télévision. C'est…" La main de l'homme tremblait, mais il la tenait fermement sur sa cuisse – presque comme s'il se forçait à rester bien droit et à parler très, très gentiment. "Tu me crois, au fait, à propos – à propos du rajeunissement ?"
Harry réfléchit. "Ça semble peu probable", finit-il par dire. Mais la magie, c'était une autre histoire – cela expliquerait beaucoup de choses, tout compte fait.
"Bien." L'homme ne bougea pas. Ses épaules s'affaissèrent et le sillon de son front lui donna l'air très malheureux, mais il ne semblait pas pour autant vouloir laisser partir Harry.
Harry envisageait de tenter de s'enfuir à nouveau, mais avec l'homme se tenant dans son passage, il ne souhaitait pas se faire attraper. Il n'avait pas arraché son bras ou quoi que ce soit, mais qui sait ce qu'un adulte dans cet état pourrait lui faire ? De plus, l'homme avait déjà prouvé qu'il était un kidnappeur, à présent. "Qu'est-ce que vous allez faire de moi ?" demanda Harry à la place, gardant une main sur sa ceinture et remontant ses lunettes sur son nez avec l'autre.
L'homme baissa les yeux vers lui, alors Harry le fixa en retour. En plus de sa couleur de cheveux remarquable et de sa silhouette élancée, ses vêtements semblaient plutôt chics, bien qu'étranges. Il portait un pantalon et un gilet gris, une chemise bleue et un carré bleu dépassait de l'une de ses poches. Il avait une chaîne en argent sur la hanche.
Alors qu'Harry l'observait, l'expression triste disparut du visage de l'homme – presque comme s'il l'avait pliée et rangée, comme une chemise. Il redressa ses épaules. Il avait visiblement réfléchi à quelque chose, ou peut-être pris une décision. Lorsqu'il prit la parole, sa voix était ferme. "Tu vis avec ton oncle et ta tante, n'est-ce pas ?"
"Oui. Ils ont probablement déjà appelé la police" Harry ajouta, même s'il était certain que ni Vernon ni Pétunia n'avait pas bougé le petit orteil.
"Et… un cousin ?"
"Vous m'espionnez en plus de me kidnapper ?? Vous me stalkez ?" Harry avait entendu des histoires terrifiantes à propos de vieux hommes qui faisaient des choses terribles aux enfants. Il ne savait pas quelles sortes de choses, mais il n'avait pas particulièrement envie de le découvrir. Avant qu'Harry ne puisse réfléchir davantage, l'homme recula d'un pas, fit tourbillonner son bâton et dit quelque chose d'incompréhensible. "Tu devrais t'écarter".
Harry resta immobile, confus, lorsqu'il entendit un bruit derrière lui – quelque chose arrivait – et il se jeta sur la gauche, juste à temps pour voir un grand hibou piquer dans l'embrasure de la porte. L'animal se dirigea directement vers l'homme et se posa sur son épaule. Harry sentit ses yeux s'écarquiller, il ne pouvait s'empêcher de fixer le hibou. Il avait des sourcils magnifiques. Et il était à l'intérieur d'une maison ! Et maintenant, il était assis sur l'épaule de l'homme, ce qui lui donnait un air encore plus royal. Harry se retourna vers la porte, "C’était – d'où vient-il ?"
L'homme avait rangé son bâton dans sa manche, mais il stoppa net quand il entendit Harry, constatant son expression stupéfaite. "Ah, tu n'en as jamais vu avant, j'imagine".
"J'étais au zoo, en fait. Avant que je ne sois kidnappé."
"Bien sûr", l'homme dit, amusé. Harry savait ce qu'il voyait : un garçon trop petit et maigre pour un enfant de dix ans, flottant dans des vêtements beaucoup trop grands pour lui, sans chaussures, les cheveux ébouriffés, une cicatrice en forme d'éclair, et des lunettes rondes – bien que maintenant qu'il y pensait, il ne savait même pas à quoi les lunettes ressemblaient. Peut-être qu'elles n'étaient pas cassées, pour une fois. Même si les vêtements qu'ils portaient étaient encore plus larges que d'habitude, il savait tout de même à quoi il devait ressembler. Les vieux tissus que lui refilait Dudley étaient toujours trop grands, de toute façon. Avant d'aller à Saint Grogory, il ne portait même pas ses propres chaussures.
"Son nom est Héloïse", l'homme dit, comme si avoir un hibou perchait sur son épaule était parfaitement normal. "Tu veux la caresser ?"
Les yeux d'Harry se tournèrent vers l'animal – Héloïse.
Toujours amusé, l'homme tendit son bras, et Héloïse sautilla dessus. Se penchant, il lui dit "Viens, essaie."
Harry n'avait jamais pu caresser un animal avant, à part les chats de Mme Figg, et ils n'étaient pas très gentils. Timidement, il s'avança, tendant sa main. Toucher la tête d'Héloïse, c'était comme toucher un oreiller, mais cent fois plus doux que n'importe quel oreiller il avait pu avoir. Pour l'instant, il utilisait un vieil oreiller de Dudley, mais avant, il avait eu un coussin de canapé, et encore avant, une pile de serviettes.
"Je la caressais tout le temps, auparavant."
Son ton fit Harry lever les yeux. L'homme regardait le hibou avec nostalgie, il ne ressemblait pas à un effrayant vieillard, finalement. Il avait l'air… gentil, intéressant, et toujours assez frappant pour être un acteur. Ou un magicien. Harry pensa qu'il ne devait pas être surpris que l'homme puisse invoquer des hiboux. Il regardait toujours Héloïse mélancoliquement. "Les caresses lui manquent probablement."
Harry essaya de caresser l'aile du hibou. Il se redressa, mais semblait satisfait, fermant les yeux.
"Je vais la mettre sur mon épaule." Dit l'homme. "Elle est plutôt lourde, recule-toi."
Harry recula, ne réalisant qu'après-coup qu'il s'était retrouvé dans l'embrasure de la porte de la maison. C'était peut-être une ruse, mais l'homme n'avait bougé que son bras, et le hibou remonta sur son épaule en sautillant. Le bâton glissa de sa manche et il l'agita: "Accio plume, encre et parchemin."
Harry regarda autour de lui pour un nouveau tour de magie, mais dut se baisser quand un petit pot, un rouleau de papier et une plume flottèrent vers l'homme depuis la pièce à l'intérieur du bâtiment. Les objets se figèrent devant l'homme, qui rangea son bâton dans sa manche. Ouvrant le pot, il trempa sa plume à l'intérieur, et ferma le pot, le rangeant dans sa poche. Il saisit le parchemin qui lévitait encore, et le tendit avec la plume à Harry : "Ecris le nom de ton cousin".
Harry avait l'impression que ses yeux voulaient sortir de son visage, et pourtant il eut la force de lever les yeux de la plume et du papier pour dire "Pourquoi ?"
"C'est une astuce que tu m'as appris, à vrai dire. Les hiboux sont d'excellents chasseurs. Si Héloïse a le nom de ton cousin, elle pourra probablement localiser son adresse – à moins qu'il ne se cache."
Harry se moqua. "Il est sûrement juste à la maison. Là où il devrait être."
"Parfait", dit l'homme. "Si ton cousin est à la maison, alors je te ramène chez toi."
"Et s'il n'est pas là-bas ?" demanda Harry avec suspicion.
"Et bien nous irons lui rendre visite."
Harry regarda le hibou, l'homme, puis le hibou de nouveau. "Je n'ai pas vraiment envie de voir mon cousin", avoua-t-il.
L'homme haussa un sourcil, mais pas de façon moqueuse. En réalité, il était très poli. "Tu as dit que ton oncle serait inquiet."
"Euh", balbutia Harry, car il n'y avait pas moyen qu'Oncle Vernon soit inquiet. "Il le sera. Mais pas mon cousin."
"Ce serait mieux d'aller voir quelqu'un de ton âge. Peut-être que si nous allons voir ton cousin, il peut prévenir ton oncle de l'endroit où tu es."
"Mais où est-ce que je suis ?"
"Knockturn Alley, à Londres." L'homme regarda par-dessus l'épaule où Héloïse n'était pas perchée. "Ce n'est pas l'allée la plus sûre pour être dehors la nuit, alors si tu voudrais bien –"
"On est à Londres ?" Harry tourna sur lui-même. La rue était bordée de bâtiments sans espace entre eux – des grands, des petits, la plupart composés de bois. Certains semblaient tordus. La plupart avaient des fenêtres. En se retournant, Harry observa le bâtiment dans lequel ils se trouvaient, celui avec l'âtre et tous les livres à l'étage. Ne devraient-ils pas être au rez-de-chaussée ? Cette rue ne ressemblait à aucune autre rue de Londres qu'il avait vue auparavant.
Le bâtiment d'où ils venaient comportait deux étages, avec une grande fenêtre sur la façade. Elle avait des douzaines de petits carreaux de diamant, comme une boutique à l'ancienne.
"Potter." L'homme tenait toujours le papier et la plume. "Je sais que tu ne m'aimes pas depuis le début, et apparemment ça ne changera jamais, mais je pense qu'il faudrait vraiment que tu m'écoutes pour une fois. Je pourrai prouver ce qui t'es arrivé, alors si tu veux bien écrire le nom de ton cousin, s'il-te-plaît."
Il avait l'air agacé. "C'est à propos de la potion de rajeunissement ?" Harry devina.
L'homme laissa tomber ses bras le long du corps. "Evidemment, Potter. Qu'est-ce que tu croyais ?"
"Vous pensez vraiment que j'ai trente-et-un ans ?" Harry le regarda curieusement tandis que l'homme s'énervait encore plus.
"Je te l'ai déjà dit, oui."
"Nous nous connaissons ?"
"Oui, mais ce n'est pas très important pour –"
"Quel est votre nom ?"
"Draco Malefoy. Et le nom de ton cousin ?"
"C'est un drôle de nom", fit remarquer Harry.
"Hilarant", souffla l'homme – Monsieur Malefoy.
Haussant les épaules, Harry tendit sa main. "Donnez-moi le papier. Je vais l'écrire."
Levant les yeux au ciel, Monsieur Malefoy obéit. "Mon Dieu, tu es éprouvant, même à – quel âge as-tu ?"
"Dix ans." Harry répondit, se penchant, tenant le papier entre ses cuisses pour qu'il puisse écrire le nom de Dudley correctement. Son écriture était déplorable, mais il supposa que ce n'était pas important. Soit le hibou était en quelque sorte magique et pouvait trouver Dudley, soit l'homme était en train de faire une mise en scène. De toute façon, aucun mal n'avait été causé pour le moment, et secrètement, il aurait préféré avoir trente-et-un ans, finalement.
"Dix. Oui, ça colle."
Il roula le parchemin et le tendit à Monsieur Malefoy.
"Dudley Dursley," murmura Monsieur Malefoy, lisant le papier. "J'ai l'impression que j'aurais dû le savoir. Peut-être que c'était mentionné dans un des nombreux articles de journaux." Sortant son bâton, il tapa sur le papier, et dit quelque chose dans une autre langue. Il tendit le parchemin à Héloïse, qui le prit dans son bec. "Désolé pour l'absence d'adresse." Le hibou s'envola dans la nuit.
"Comment elle sait où elle doit aller ?" s'enquit Harry.
"Système de distribution postale par chouettes et hiboux. C'est comme ça que les sorciers livrent leur courrier."
"Des sorciers ?"
"On ferait mieux de rentrer, non ?", esquiva Monsieur Malefoy. "Et puis je peux réparer tes vêtements."
"Euh…". Harry se demandait si Monsieur Malefoy lui demandait de se déshabiller, mais il eut comme le mauvais pressentiment qu'il n'y avait rien de positif lorsqu'un vieil homme demandait à un enfant de retirer ses vêtements. Il n'arriva pas à retenir le son alarmé qui sortait de sa bouche et s'exclama "Non merci !"
L'homme sembla agacé, encore. "Mon dieu, Potter, je ne vais pas…". Il pointa son bâton sur Harry. "Reductio vêtements".
Harry essaya de s'enfuir, mais ses vêtements commençaient déjà à rétrécir.
"Reductio lunettes." Il ajouta, et tout était à sa taille, bien plus ajusté qu'aucun des vêtements qu'il avait pu porter avant.
Son pantalon était fait d'un tissu lisse et fin. La ceinture qui le maintenait en place était ornée d'une boucle dorée, par-dessus la tunique souple qu'il portait. C'étaient de très beaux vêtements, Harry réalisa ; ils ne grattaient pas et ne tombaient pas en lambeaux, à l'exception peut-être des chaussettes, qui étaient faites de laine orange, et semblaient avoir été tricotées. Malgré leur laideur, elles étaient très chaudes, bien qu'il se tînt sur des pavés, en pleine nuit.
"Tu ne devrais pas être dehors sans chaussures", souligna Monsieur Malefoy, comme s'il avait seulement remarqué les chaussettes d'Harry. "Vraiment, Potter, tu ne penses pas qu'on est dehors depuis assez longtemps ?"
Harry hésita. Ses vêtements étaient de bonne qualité, mais peut-être que c'était pour le convaincre de rester – comme des bonbons. A l'école, les professeurs leur disaient régulièrement de ne jamais accepter des bonbons de la part d'inconnus, bien que la plupart des professeurs eux-mêmes étaient des inconnus, et qu'ils exigeaient qu'on fasse ce qu'ils disaient. Et puis Harry avait remarqué qu'il était plus souvent abordé par des inconnus dans la rue que ce qui était commun, seulement ils ne lui offraient pas de bonbons, ils se contentaient de tirer leur chapeau et de le féliciter sans raison.
Aucun de ces inconnus n'avait d'hibou, cependant. Aucun ne se téléportait, ou faisait flotter des objets dans l'air, ou parlait de magie, ou lui disait qu'il avait trente-et-un ans.
"Bon", soupira Monsieur Malefoy. "Accio bottes."
Harry regarda les bottes, puis leva les yeux vers l'homme. Si Harry portait des chaussures, il aurait plus de chances de s'enfuir, même s'il n'était plus vraiment sûr de vouloir s'enfuir. Il supposa qu'il ferait mieux de les mettre dans tous les cas, maintenant qu'elles étaient à sa taille. Et puis, elles étaient franchement fantastiques, et Harry n'avaient jamais eu de chaussures à sa taille.
S'asseyant sur le perron, Harry les enfila.
"Quand Héloïse revient, on ira rendre visite à ton cousin", déclara Monsieur Malefoy. "Si tu insistes toujours après, je t'amènerai chez toi."
Harry leva les yeux. "Vous croyez que je ne veux pas rentrer chez moi parce que j'ai trente-et-un ans ?" demanda-t-il. Il devait être un adulte cool, vu les bottes qu'il portait, avec un travail qui payait plutôt bien.
Monsieur Malefoy répondit avec légèreté. "Tu ne t'es jamais soucié de ce que je pensais."
"Est-ce que je suis architecte ?"
"Pardon ?"
"Si je suis un adulte. Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je construis des choses ?"
Monsieur Malefoy fronça les sourcils.
Harry se releva. "J'ai toujours voulu construire des trucs."
L'homme ouvrit la bouche, et son visage s'adoucit à nouveau. "Oh." Dit-il doucement, il avait l'air presque à bout de souffle.
"Je ne suis pas architecte, alors." Harry affirma, essayant de ne pas trop montrer qu'il était déçu.
"Qu'est-ce que…" les yeux de Monsieur Malefoy ne brillaient pas de pitié, pas vraiment. Peut-être était-ce de l'amusement. "Qu'est-ce que tu voulais construire ?"
"Euh" Harry balbutia, car il n'avait jamais réfléchi aussi loin. "Des bâtiments ? Je voulais surtout conduire un tractopelle."
"Un tractopelle ??"
"Vous savez, ils sont principalement jaunes, et ils sont équipés d'une grosse pelle."
"Une pelle ?" répéta l'homme.
"Pour creuser dans la terre. J'ai toujours pensé qu'une grue serait cool aussi. Elles peuvent déplacer de gros objets. Elles ont une grande tour avec un bras tout en fer, et un crochet au bout. On utilise le crochet pour déplacer des poutres d'acier par exemple."
"Et…" Monsieur Malefoy déglutit bruyamment. "Tu voudrais par exemple, conduire un – un hélicoptère ?"
Harry fronça les sourcils. "Je ne sais pas. Peut-être ?"
L'homme le regarda fixement, plutôt impuissamment.
"Qu'est-ce que je fais alors, si je suis vraiment vieux ?"
"Tu es un Auror."
"Un Auror ? C'est quoi ça ?"
"Mais tes parents étaient Aurors. Tu –"
"Vous avez connu mes parents ?" demanda Harry d'une traite.
"Comment tu pourrais ne pas connaître tes… ?" Monsieur Malefoy se tut.
Harry se rapprocha, débitant "Connaître quoi ? Mes parents ? C'est quoi un Auror ?"
"Ce n'est pas important, pour le moment, Potter."
"Mais vous –"
C'est alors qu'un hibou descendit en piqué du ciel.
"Héloïse", soupira l'homme, manifestement soulagé.
"Et mes parents ?" Harry dit, plus fort, alors que l'oiseau se posait sur l'épaule de Monsieur Malefoy.
"Merci, Héloïse. Va." Le hibou sauta de son épaule et voltigea vers le bâtiment, pratiquement renversant Harry. "Nous partons faire un petit tour." L'homme tourna le dos à Harry.
"Mais qu'en est-il de mes pa –"
"Viens par-là, Potter" le coupa Monsieur Malefoy, d'un ton dissuasif. "Pas maintenant." Avant qu'Harry ne puisse s'échapper, il lui attrapa le bras de nouveau et fit un mouvement avec son bâton. La même sensation que lors de leur arrivée ici retourna l'estomac d'Harry. Une rangée de réverbères apparut, projetant une lumière blafarde dans la rue. Celle-ci n'avait rien à voir avec la précédente, surtout parce qu'elle ressemblait à une rue normale avec un trottoir, des buissons épars d'un côté et un parking de l'autre. Du côté des buissons, il y avait un grand lotissement, tout en béton et en fenêtres.
Monsieur Malefoy tenait toujours le bras d'Harry. "Finders Keepers", dit-il, son bâton tournant dans son autre main. "Reste à côté de moi." Il se dirigea vers la direction que pointait sa baguette, traînant Harry tout du long. Héloïse avait eu pour mission de trouver Dudley, et Monsieur Malefoy avait dit qu'ils iraient le voir dès qu'ils auraient son adresse, mais Dudley ne vivait pas dans une petite propriété. Il habitait à 4 Privet Drive, et même si l'homme l'avait laissé caresser un hibou, rien de tout cela n'avait de sens.
Seulement, si Harry avait en réalité trente et un ans, peut-être que Dudley ne vivait plus à Privet Drive. Dudley avait trente et un aussi. Si c'était toujours juin, alors Harry était en… 2012. Même si John Major venait d'être élu Premier Ministre, il ne devait sûrement plus gouverner. Les frères Mitchell étaient probablement morts d'un accident vasculaire cérébral ou d'un empoisonnement. Piers Polkiss avait peut-être rejoint Take That, comme il l'avait toujours voulu, et Harry ne savait pas s'il était allé à Stonewall High, ni ce qu'était un Auror, ni ce que Monsieur Malefoy savait de ses parents.
Alors, Harry suivit l'homme blond, qui semblait lui-même suivre son bâton, gravissant les marches du perron de la petite propriété. Ils montèrent deux étages, puis empruntèrent un hall en béton, ouvert à l'air libre d'un côté, rempli de portes numérotées et de plantes de l'autre. Ils s'arrêtèrent à la porte 127. "Il vaut sans doute mieux que tu te caches," dit Monsieur Malefoy, plaçant Harry derrière une grosse plante, pointant son bâton sur lui.
"Qu'est-ce que vous faites ?" demanda Harry, mais il avait déjà murmuré quelque chose, et était en train de toquer à la porte.
Quelqu'un ouvrit la porte. Sans savoir vraiment pourquoi, Harry était effrayé. Il fit ce qu'on lui avait demandé et resta derrière la plante.
"Êtes-vous Dudley Dursley ?" demanda Monsieur Malefoy poliment.
La plante ressemblait à un buisson. Ecartant quelques feuilles, Harry put apercevoir la personne qui avait ouvert la porte. Il ne ressemblait pas du tout à Dudley, à part le fait qu'il était un adulte, et ses cheveux n'étaient pas aussi blonds. Il était plutôt massif, cependant – ce à quoi Oncle Vernon ressemblerait s'il était plus similaire à Tante Pétunia.
"Qui le demande ?" dit l'homme. "Vous êtes un ami d'Harry ?"
Sa voix n'était pas du tout celle de Dudley non plus, plus grave. Pourtant, la façon dont il avait dit "Harry" semblait familière, en fin de compte. Presque comme Oncle Vernon. Harry commença à s'avancer vers les adultes, mais Monsieur Malefoy lui fit un signe de la main, lui tournant le dos.
"Harry ?" Monsieur Malefoy répondit, toujours lui faisant signe.
"Harry Potter. Il va bien ?". L'homme plongea sa main dans sa poche arrière, et Harry vit Monsieur Malefoy se raidir, mais il ne sortit qu'un bout de papier, le défroissant. "J'ai reçu ça par hibou, voyez, mais il n'y a rien d'écrit."
"Oh, je suis vraiment désolé. Cela doit être une erreur."
"Bon" dit l'homme. "Vous êtes un sorcier, n'est-ce pas ? Je le vois bien, à ces… vêtements." Il fit un signe de la main. "Est-ce qu'Harry va bien ? Ca – ça recommence, c'est ça ?".
"Il va parfaitement bien", affirma Monsieur Malefoy, d'un ton doux. "Ce hibou a été envoyé par erreur, et je suis venu m'excuser."
"Mais il y avait mon nom dessus. Qui êtes-vous, d'ailleurs ?"
L'homme sonnait tellement comme Dudley à présent qu'Harry sortit presque entièrement de derrière la plante, s'arrêtant à un nouveau signe de Monsieur Malefoy. "Juste un représentant du Département des Accidents et Catastrophes Magiques. Mon nom importe peu."
"Ecoute", dit Dudley brutalement. "Qu'est-ce qui se passe ?"
"Duds !" quelqu'un cria depuis l'intérieur de l'appartement.
"C'est à propos de la chouette, c'est ça ?" Une femme qui tenait un bébé apparut dans l'embrasement de la porte, et Harry sut immédiatement qui elle était.
Il ne l'avait jamais vue auparavant, et il ne connaissait pas son nom, mais Harry était certain de savoir qui elle était. C'était la femme de Dudley. Elle berçait leur enfant, et à côté d'elle se trouvait bien Dudley. Certes, il ne lui ressemblait pas du tout, mais la façon dont il parlait, dont il bougeait, était définitivement identique. L'air moqueur de son visage était douloureusement familière, et Harry n'en revenait pas – cet homme, un adulte, avec une femme, un bébé, c'était Dudley.
"Eh bien, je devrais y aller, alors." Monsieur Malefoy dit, faisant un geste vers Harry. "Merci pour votre temps, Monsieur Dursley."
"Ouais, euh." Dudley regarda sa femme, puis Monsieur Malefoy à nouveau. "Merci. Ne reviens pas." Et il claqua la porte.
Monsieur Malefoy se retourna. "On devrait partir."
"Mais –" Harry jet un coup d'œil vers la porte.
"Tout de suite, Potter." Monsieur Malefoy attrapa son bras. Avant qu'Harry ne puisse protester, ils disparurent à nouveau, l'étrange sensation presque familière à présent. Quand sa vue se précisa à nouveau, ils étaient de retour dans la pièce du fauteuil aux motifs fleuris et des livres qui tapissaient les murs, des flammes crépitant allègrement dans la cheminée.
Harry luttait pour respirer, mais il ne savait pas pourquoi. Cela faisait déjà trois fois qu'ils avaient disparu dans le froid et l'obscurité du tourbillon qui servait à se déplacer. Cela ne l'avait pas blessé avant, pourtant ses poumons brûlaient dans sa poitrine, parce que Dudley –
Dudley –
John Major n'était plus Premier Ministre, EastEnders avait peut-être même été annulé, et Piers Polkiss serait peut-être dans Take That. Mais Take That n'était peut-être même plus un groupe. Ils étaient en 2012, et Harry –
Harry avait trente et un ans.
De l'autre côté de la pièce, des livres commencèrent à voler des étagères.
"Quoi ?" dit Monsieur Malefoy, lâchant le bras d'Harry.
Les livres volaient partout et Harry ne comprenait pas pourquoi.
"Oh. Potter, calme-toi."
Harry n'arrivait toujours pas à respirer.
"Potter, bois-ça !" Monsieur Malefoy semblait affolé à présent.
"Quoi ?" Harry tenta de dire, se retournant vers lui, qui lui tendait une fiole. Harry n'arrivait pas bien à distinguer ce qu'elle contenait, alors il l'attrapa, et la fiole sembla trembler.
Les murs tremblaient aussi.
"Potter, tout va bien", le rassura Monsieur Malefoy. "Tout va bien. Shhh – tu vas bien." Puis il le touchait, une main rassurante sur son épaule, et Harry n'était pas sûr de comprendre pourquoi. Peut-être que c'était pour qu'il arrête de trembler afin qu'il puisse boire le liquide orange de la fiole, alors Harry avala la potion. Les tremblements cessèrent, et il put respirer de nouveau, la pression sur ses poumons diminuant. La main resta sur lui, cependant, touchant ses cheveux, descendant le long de sa nuque jusqu'à son épaule, et repartant de ses cheveux. Il se sentait beaucoup mieux.
Harry se demanda si c'est ce qu'Héloïse ressentait quand il la caressait.
"Shh," dit Monsieur Malefoy. "Harry, ce n'est rien. Tu n'as rien. Tout va bien. Tu vas bien."
Les livres étaient répandus partout par terre, et Harry réalisa que quelque chose d'étrange s'était produit, et qu'en quelque sorte, ce quelque chose avait provenu d'Harry. "D-désolé", il balbutia.
"Ce n'est pas grave", dit Monsieur Malefoy, retirant sa main et se relevant. Il bougea son bras, et Harry trébucha en reculant, protégeant ses lunettes avec son bras. Oncle Vernon oubliait toujours de faire attention aux lunettes d'Harry quand il se passait des choses étranges.
Mais, "Accio verre de lait", déclara simplement Monsieur Malefoy, puis "Tout va bien. Potter, les livres ont arrêté."
Lentement, Harry abaissa son bras, observant la pièce. "Qu'est-ce que c'était ?" il demanda avec appréhension.
Le verre de lait flotta vers la main de l'homme blond, et il le tapa avec son bâton. "De la magie accidentelle", dit-il, tendant le verre à Harry. "Bois un petit peu".
"Qu'est-ce que c'était, l'autre boisson que vous m'avez donnée ?" Harry ne voulait pas particulièrement prendre le lait, mais Monsieur Malefoy ne semblait pas énervé. Prudemment, il saisit le verre, la fiole toujours dans son autre main. Il baissa le regard dans sa direction. "Était-ce du poison ?"
"Pourquoi es-tu toujours… " Monsieur Malefoy commença, puis soupira. "C'était un Guéris-tout que je suis allé chercher pour toi tout à l'heure. J'imagine que ça n'a pas marché."
"Je me sens mieux."
"D'accord." Pointant son bâton vers les livres, il les replaça petit à petit sur les étagères, les faisant léviter. "C'est censé supprimer les effets de potions mineures ou de sortilèges. Ca n'a pas supprimé ceux de la potion de rajeunissement, ce qui signifie qu'elle est puissante. De toute façon, elle l'est forcément, sinon les effets n'auraient pas duré aussi longtemps. Le Guéris-tout ne fait rien contre la panique, cependant ; cela a juste dû te distraire assez." Il ne disait rien aux livres, se contentant de pointer dans leur direction.
"Je ne paniquais pas", dit Harry, se déplaçant pour déposer le lait et la fiole sur la table, pour qu'il puisse aider à ramasser les livres.
"Potter", commença Monsieur Malefoy, mais il s'arrêta.
Harry leva les yeux vers lui, ramassant un livre près de la table. Il était grand et plutôt lourd, avec une reliure métallique en laiton.
"Ne t'en fais pas pour les livres." Lança Monsieur Malefoy brutalement, se rapprochant et lui prenant le livre. "Assieds-toi." Il traversa la pièce pour tirer une chaise de sous la table. "Ma mère me donnait toujours une tasse de lait chaud quand j'avais un accident de magie."
"Mais je n'en ai pas fait." Harry retourna devant la table, en partie parce qu'il ne voulait pas se faire gronder, mais surtout parce qu'il ne s'était pas encore fait gronder.
"Ma mère disait que je me sentirais mieux dans tous les cas."
Harry pensait rarement au fait que les adultes avaient une mère, mais bien sûr qu'ils en avaient une. La mère de Monsieur Malefoy devait être vraiment belle.
"C'est quoi, la magie accidentelle ?" s'enquit Harry, s'asseyant mais ne buvant pas le lait.
"On pourra en parler plus tard." L'homme agita son bâton en direction de la porte qui ne menait pas au rez-de-chaussée – où il avait trouvé le Guéris-tout, Harry réalisa. "Accio café."
Harry attendit, mais le café ne se matérialisa pas. "Où est le café ?"
"Il doit être moulu, d'abord." Monsieur Malefoy s'assit en face de lui. "Ton cousin doit s'inquiéter pour toi. Tu devrais lui écrire pour lui dire que tu vas bien, même si vu ton écriture à cet âge, il se posera peut-être des questions. Je pourrais préparer une potion pour simuler ta voix adulte, afin que tu l'appelles par smartphone."
"Qu'est-ce qu'un smartphone ?" demanda Harry, puisqu'il s'en fichait un peu si Dudley était inquiet.
L'homme blond sourit légèrement – c'était la première fois qu'Harry le voyait sourire. C'était plaisant. "Un appareil de communication Moldu." Il ne semblait pas être ennuyé par les questions d'Harry, contrairement à Oncle Vernon. "C'est un genre de téléphone."
"Qu'est-ce qu'un Moldu ?"
Son sourire s'estompa. "Quelqu'un qui n'est pas magique."
"Oh." Harry réfléchit. "Je suis un Moldu ?"
Son sourire s'effaça complètement. "Nom d'une gargouille." L'expression de Monsieur Malefoy se transformait désormais en grimace. Peut-être n'aimait-t-il pas les questions finalement. "Bien sûr que non, tu n'es pas un Moldu. Tu devrais déjà le savoir. Ton oncle et ta tante devrait te l'avoir dit. Dumbledore devrait te l'avoir dit. Merlin. Qu'est-ce que qu'ils t'ont raconté à propos de tes parents ?"
Si quelqu'un lui avait parlé de sorciers et de la magie et de tout ça d'une traite, Harry aurait probablement répondu à cette question de la façon la plus directe possible, en disant simplement la vérité. Cependant, il avait eu le temps d'absorber quelques informations, alors il demanda à la place "Vous les connaissiez ?"
Monsieur Malefoy se redressa sur sa chaise. "Potter – juste, quel âge penses-tu que j'ai ?"
"Cinquante ans ?" hasarda Harry, parce que tous les adultes semblaient vieux pour lui. Sous le regard incrédule de l'homme, Harry rectifia "Quarante-neuf ?". Puis il réfléchit. Il était en 2012. Ses parents étaient morts depuis trente ans, maintenant. "Vous avez trente et un aussi, n'est-ce pas ?".
"Trente-deux ans, que je viens d'avoir." Il soupira. "Et arrête de me vouvoyer, Harry. Je ne suis pas si vieux."
"Pourquoi vous – tu me poses des questions sur mes parents, alors ?"
A ce moment-là, le café entra dans la pièce. "Accio lait et sucre", dit Monsieur Malefoy, vers la porte. "Veux-tu contacter ton cousin ?"
Il ne devrait pas éviter le sujet. Après tout, c'est lui qui l'avait évoqué. Harry haussa les épaules. "Pas vraiment."
"Je pense qu'il s'inquiètera", répéta l'homme, attrapant le lait et le sucre.
"J'en doute."
Il leva la tête vers Harry, par-dessus son petit pichet de lait. "Pourquoi ?"
"Dudley ne s'est jamais soucié de moi."
"Bien sûr qu'il se soucie."
"Non. Je suis certain que non."
"C'est ta famille", dit Monsieur Malefoy d'un ton dédaigneux.
"Si c'était censé le faire m'apprécier, je ne pense pas que quelqu'un lui ait dit."
Prenant une cuillère pour le sucre, l'homme laissa échapper un son incrédule. "Qu'est-ce qui te fait penser qu'il ne t'apprécie pas ? Parfois il refuse de jouer avec toi ?"
"Il me bat beaucoup, pour commencer."
La cuillère tinta contre le bol de sucre. "Il est… brutal ?"
"Lui et ses amis." Harry se décida finalement à boire une gorgée de lait. Ce n'était pas mauvais. "Ils me frappent tout le temps."
"Ah." Reprenant la cuillère, Monsieur Malefoy ajouta le sucre à son café, puis remua doucement. "Qu'est-ce que toi et tes amis faites pour répliquer ? Je suis sûr que vous êtes très créatifs."
"Euh… On ne fait rien" dit Harry, évitant de révéler qu'il n'avait en réalité aucun ami. Il commençait à réaliser le fait que les Dursley ne pouvaient rien dire à Monsieur Malefoy sur lui, ce qui signifiait que s'il faisait attention, celui-ci – qui semblait si agréable – ne se rendrait même pas compte qu'il n'était pas quelqu'un de bien.
"Bien sûr", répondit Monsieur Malefoy, l'air amusé. "Tu es un parfait petit ange."
Il semblait sarcastique, alors Harry n'avait rien à répondre. A la place, il demanda, "Qui est Dumbledore ?"
"Seigneur." Il semblait ravaler un soupir. "Tu poses tellement de questions."
"Pardon", s'excusa Harry, bien qu'il ne soit pas vraiment désolé. Oncle Vernon disait toujours ne pose pas de questions, mais cela n'avait jamais eu de sens pour Harry. Comment est-ce que tu découvrais des choses si tu ne posais pas de questions ? Parfois, il pensait qu'Oncle Vernon avait juste peur des réponses. "Qui c'est ?" demanda Harry de nouveau.
"Le directeur de l'école à laquelle nous sommes allés." Mécaniquement, l'homme but une gorgée de café. "L'école de sorcellerie Poudlard."
"Nous étions ensemble à l'école ? s'exclama Harry, pensant d'abord que Monsieur Malefoy avait dû être un professeur là-bas, avant de se rappeler qu'ils étaient censés avoir le même âge.
"Oui, Potter. Nous étions ensemble." La tasse de Monsieur Malefoy fit un bruit sec lorsqu'il l'a posa sur la table. Se relevant, il dit, "Si tu te sens mieux, je peux effectuer quelques examens sur toi, et on peut réfléchir à renverser cette potion."
"Je ne veux pas la renverser."
Monsieur Malefoy le fixa. "Pardon ?"
"Je ne veux pas revenir en arrière."
"Potter", dit l'homme d'un ton irrité. "Tu ne te rappelles même pas avoir trente-et-un ans."
"Si tu me fais vieillir, alors le moi de dix ans doit retourner à Privet Drive, avec Oncle Vernon, et Tante Pétunia, et le placard sous les escaliers, et je ne veux pas."
"Qu'est-ce que…" Monsieur Malefoy fronça les sourcils. "Ecoute, Potter. Tu ne vas pas échanger de place. Le toi de dix ans est déjà là. Dans le passé."
"Comment tu sais ?"
Semblant impatient, l'homme décida manifestement de changer de sujet. "Même si tu voulais échanger de place, tu voudrais vraiment laisser le toi de trente ans dans le passé ?"
Harry haussa les épaules. "Il s'en sortirait probablement mieux que moi. Et de toute façon, il serait allé à l'école avec toi."
"Tu es déjà allé à l'école avec moi."
Harry haussa de nouveau les épaules. "Je préfère juste être ici."
"Merlin", murmura Monsieur Malefoy. "Je pensais que ma mémoire avait exagéré à quel point tu étais têtu. Pas étonnant qu'on ne se soit jamais entendus."
"Nous… n'étions pas amis ?" Il se dit qu'il aurait dû s'y attendre, mais vu l'apparence et la gentillesse de l'homme, mais Harry s'efforça de ne pas laisser paraître sa déception.
Monsieur Malefoy soupira. "J'avais l'habitude d'obtenir ce que je voulais. Toi aussi, visiblement. Rétrospectivement, il n'y avait aucune possibilité que nous nous entendions bien."
"Je ne suis pas têtu", dit Harry, obstinément. "Je sais nettoyer. Je cuisine vraiment bien. Je ne fais pas de bazar et je ne fais pas de bruit. Je peux faire les machines à laver, et passer la serpillère, et – et tout ce que tu veux, vraiment."
"Oui, je suis sûr que tu es très talentueux." L'homme ne semblait pas du tout impressionné.
"Et je ne prends pas de place", Harry ajouta. "Je peux – Je n'ai besoin que d'un placard."
"Potter, qu'est-ce que tu racontes ?"
"On peut bien s'entendre", dit Harry. "On peut s'entendre super bien, et tu n'as pas à renverser la potion, et je n'ai pas à redevenir vieux."
"Tu veux… vivre ici ?"
Harry hocha la tête vigoureusement.
"Mais… pourquoi ??"
Essayant de réfléchir rapidement, Harry répondit "Euh… Héloïse est très gentille."
"Tu veux vivre ici à cause de mon hibou ?"
Harry hocha la tête encore plus vigoureusement.
"Potter", commença Monsieur Malefoy. "Tu". Il s'arrêta encore. "Qu'est-ce que tu entends, quand tu dis que tu n'as besoin que d'un placard ?"
"Pour dormir", dit Harry. "Tu peux ranger d'autres choses à l'intérieur. Je le garderai très propre."
"Potter", dit l'homme, semblant perdu. Ses lèvres se tendirent, presque en un sourire, mais il le ravala. "Potter, jamais je ne te mettrai dans un placard."
"Mais je promets", Harry supplia, "je ne dérangerai pas."
"Oui." Les lèvres de Monsieur Malefoy se tendirent encore. "Et si je te garde dans un placard – dis-moi, Potter. Où vas-tu mettre ton lit ?"
"Oh, je n'ai pas besoin de lit. Je peux utiliser une étagère. As-tu un placard sous les escaliers ? Ceux-là sont biens."
"Tu as déjà parlé de ça, avant." Son sourire grandissait, à présent, mais il n'était pas méchant. Juste, amusé. "Ton oncle et ta tante ont-ils un placard sous l'escalier ?"
Harry hocha la tête – moins vigoureusement, maintenant.
"Et tu aimes jouer dedans ?"
"Euh." Harry hésita. "Parfois."
"Et tes jouets, alors ?" Monsieur Malefoy demanda, sa voix toujours amusée. "Est-ce qu'il y aurait la place pour eux ?"
Harry repensa au petit soldat en plastique qu'il avait. "Je n'ai pas besoin de jouets." Il dit rapidement. Il était triste d'abandonner son soldat, mais il préférait largement vivre avec Monsieur Malefoy.
"Evidemment." Le sourire de l'homme était encore plus grand qu'avant – car il ne le croyait pas, Harry réalisa.
Pour quelconque raison, Monsieur Malefoy ne croyait pas qu'il puisse vivre dans un placard sous les escaliers. Peut-être pensait-il qu'Harry serait trop bruyant. "Je pourrais – je pourrais rester sur le toit", suggéra alors Harry.
"Oui", l'homme se moquait de lui maintenant. "Là-haut avec Héloïse ?"
Harry avait eu un professeur ou deux comme ça – de gentils professeurs, qui ne croyaient pas ce qu'il leur disait. A chaque fois, Harry avait supposé qu'Oncle Vernon ou Tante Pétunia leur avait expliqué qu'Harry était un menteur, mais pour la première fois, il se rendit compte que peut-être il avait juste l'air d'être un menteur. De plus, il donnait toujours l'impression de ne pas être soigné, à cause de ses cheveux. La déception envahit Harry lorsqu'il se rendit compte qu'il n'avait aucun moyen de faire en sorte que Monsieur Malefoy veuille le garder.
"Je vais te dire". Il semblait plus amusé que jamais. "Si je ne peux pas renverser la potion de rajeunissement, tu peux rester dans le placard autant de temps que tu veux. Qu'est-ce que tu en penses ?"
"Oui, d'accord." Monsieur Malefoy le prenait de haut. Harry se sentait stupide, mais cela ne changeait rien au fait qu'il était vraiment cool, qu'il savait faire de la magie et qu'il ne l'avait même pas encore puni pour les livres.
"Parfait", dit-il. "Voudrais-tu venir avec moi dans le laboratoire ?"
"Tu as un laboratoire ?" Harry se réjouit un peu. "Comme à la télé ?"
"Je ne sais pas," dit l'homme, se dirigeant vers la porte qui menait au rez-de-chaussée. "A quoi ressemblent les laboratoires à la télévision ?"
Harry se dépêcha de le rattraper, et le suivit alors qu'il allumait des lampes le long du mur en descendant. "Ils ont des grosses machines." Bien qu'il soit déçu de ne pas avoir pu convaincre Monsieur Malefoy de le laisser rester, il était excité à l'idée d'un laboratoire de magie. "Et ils ont beaucoup de choses en verre, avec des choses qui bouillonnent et des tubes à essai. Et ils ont un lit avec des sangles et un moyen d'obtenir des éclairs."
"J'ai bien peur de ne pas avoir de grosses machines. Ou de lit avec des sangles."
"C'est pour Frankenstein. Tu sais faire un Frankenstein ?"
"Ca dépend". Ils traversèrent le petit hall qui menait à la pièce du bas, et Monsieur Malefoy utilisa son bâton pour allumer la lanterne accrochée au plafond. "Qu'est-ce qu'un Frankenstein ?"
"C'est un monstre", dit Harry, fier de connaître quelque chose qu'il ne connaissait pas. "Il a des vis qui sortent de son cou, une tête carrée et il marche comme ça." Monsieur Malefoy leva les yeux vers Harry, qui imita Frankenstein avec ses bras tendus devant lui. L'homme sourit, et Harry arrêta sa démonstration. "Ou peut-être que ce sont les bras de la maman. J'ai oublié."
"Ca ressemble fortement à une goule."
"C'est quoi une goule ?"
"Peux-tu t'asseoir ici s'il-te-plaît ?" demanda Monsieur Malefoy, et Harry réalisa qu'il avait oublié de regarder autour de lui.
Il avait déjà traversé cette pièce plus tôt, mais il ne l'avait pas inspectée. Plusieurs tables les entouraient, avec des placards contre les murs ainsi que trois cheminées. Dans chaque cheminée se trouvait un pot – de gros pots ronds et noirs, ressemblant à ceux des sorcières – et toutes sortes de choses en verre étaient installées sur les tables, comme Harry l'avait imaginé. Certains tubes et sphères de verre contenaient même un liquide bouillonnant, bien que rien ne semblait prêt à exploser. Il n'y avait pas que cela sur les tables ; des plantes, des poudres, des petits sacs et des larges contenants plein de coléoptères, des plumes et des yeux. Un plat en pierre sur lequel était gravée une belle écriture se trouvait juste à côté d'une jarre contenant un cerveau. Des planches à découper, des couteaux, des plumes d'oies et des parchemins étaient éparpillés entre le matériel, et Harry savait que sa bouche était grande ouverte.
"Potter," dit Monsieur Malefoy, sonnant amusé. Il était debout à côté d'un tabouret, près d'une table, donc Harry s'assit dessus.
"Pourquoi tu m'appelles Potter ?"
"Comment tu aimerais que je t'appelle ?" répondit l'homme en se tournant pour faire de la place sur la table.
"Euh…" Harry remonta ses lunettes. "Mon prénom est Harry."
"D'accord."
Monsieur Malefoy tournait toujours le dos à Harry, qui ne pouvait voir son expression. Une fois toutes les jarres écartées, il saisit un parchemin et une plume. Se retournant enfin, il dit "Je vais faire un peu de magie sur toi, Harry. Ca va peut-être picoter, mais ça ne devrait pas faire mal."
Harry attendit que l'homme utilise son bâton, mais au moment où il le leva, Harry agrippa ses lunettes. Il les enleva, et les mit sur la table. Monsieur Malefoy était juste une forme floue, maintenant, mais Harry pouvait sentir sa curiosité. "Pour qu'elles ne se cassent pas," expliqua-t-il.
"Pourquoi je les casserai ?" Monsieur Malefoy semblait désormais impatient. Même s'il n'était plus qu'une simple tâche, Harry pouvait voir qu'il pointait sa baguette sur lui. "Sanguinem egritudo", dit-il, et Harry sentit son cœur s'emballer.
"Qu'est-ce que ça fait ?"
"C'est pour analyser ton sang." L'homme écrivit quelque chose sur le parchemin, puis fit face à Harry de nouveau, levant son bâton. "Lympha egritudo". Le cœur d'Harry se calma mais il sentit des picotements à différents endroits de son corps.
"Ca chatouille", dit Harry, se tortillant.
"Ca veut dire que ça fonctionne. Arrête de te dandiner." Monsieur Malefoy fit un mouvement de poignet avec le bâton. Les picotements cessèrent, et il se tourna pour écrire une nouvelle fois.
Il jeta quelques autres sorts, en bougeant son bâton et en disant des mots bizarres. Certains chatouillaient, d'autres rendirent Harry chaud ou froid. Plusieurs illuminèrent des parties du corps d'Harry, ce qui était super cool. Aucun ne lui fit mal. Entre chaque sort, Monsieur Malefoy écrivait des notes sur son parchemin. Au bout d'un moment, Harry commençait à s'ennuyer.
"C'est quoi une goule ?" demanda-t-il, après le cinquième ou sixième sort.
"Une créature magique."
"Il y a des créatures magiques ?" Harry commençait à se sentir bien mieux, malgré le fait que Monsieur Malefoy allait renverser la potion. Il ne s'ennuyait plus, au moins.
"Bien sûr, il y en a plein. Invenire infection."
Quelque chose similaire à de l'énergie circula dans le corps d'Harry, un peu comme la fois où il avait eu droit à un des sodas des Dudley et l'avait bu d'un seul trait. "A quoi elles ressemblent ?"
"Elles ont des mains agrippantes." L'homme semblait trouvait la question amusante, et Harry se sentit un peu ridicule, mais il répondait à ses questions, donc ce n'était pas grave. "Elles dégoulinent de chair", il ajouta. "La chair est toujours en train de pourrir sur elles. Elles laissent des morceaux d'elles-mêmes à certains endroits.".
Harry écarquilla les yeux. "Dément ! Tu en as déjà touché une ?"
"Non, c'est dégoûtant," répondit Monsieur Malefoy, se tournant vers ses notes.
"Pourquoi tu as un bâton ?" demanda Harry.
"Un bâton ? Morbi inveniet.". Il l'agita.
Le flux d'énergie traversa le corps d'Harry à nouveau. "Celui-là est pareil que l'autre."
"C'est probablement bon signe."
"Ce bâton que tu agites depuis tout à l'heure," Harry recommença.
"J'oublie toujours que tu ne sais rien de la magie. Aetatis inspicere."
Un bourdonnement partit des orteils d'Harry et monta lentement jusqu’à sa tête. C'était plutôt agréable. "Qu'est-ce que je suis censé savoir ?" demanda-t-il.
"C'est une baguette magique", dit Monsieur Malefoy, tout en effectuant des mouvements avec. "Elle permet de diriger la magie."
"Je suis vraiment un sorcier ?"
"Oui." L'homme semblait amusé.
"Donc je peux faire de la magie ?"
"Finite incantatem. Oui." Monsieur Malefoy retourna à ses notes, souriant. "Tu peux faire de la magie."
"Comment ?"
"En fait, tu en as déjà fait. Maintenant, si ça ne te dérange pas, je vais toucher tes cheveux."
Harry leva les mains vers ses cheveux et tenta de les remettre en place, comme il pouvait. "J'ai essayé de les peigner."
"Vraiment" la voix de l'homme était sèche.
"Ils ressemblent toujours à ça," dit Harry, essayant toujours de les discipliner avec ses doigts. "Je n'y suis pour rien."
"Je me fiche que tu aies voulu qu'ils soient présentables. J'allais chercher des résidus de potion."
"Oh." Harry stoppa, les mains sur la tête. Se cacher derrière semblait être une bonne idée, considérant sa prochaine question. "C'étaient les livres ?"
"Quoi ?"
"Tu as dit que j'avais fait de la magie. C'étaient les livres ?"
"Oui."
Harry se tendit, mais Monsieur Malefoy n'avait pas l'air énervé. Confus, il resta dans la même position – ses bras protégeant son visage, au cas où.
"Les enfants sorciers n'obtiennent une baguette magique que lorsqu'ils sont assez grands, afin d'éviter qu'ils fassent quelque chose de dangereux – ou malicieux – mais en réalité, cela signifie que leur magie naturelle est difficile à contrôler."
Harry réalisa qu'il avait fermé les yeux tout ce temps, et décida d'en ouvrir un pour vérifier ce que Monsieur Malefoy faisait.
"Harry, tu vas bien ?"
"Oui", dit Harry, se sentant un peu idiot. Ses muscles étaient raides quand il se força à baisser les bras, mais à l'intérieur, il se sentait fébrile.
"Très bien." Monsieur Malefoy tendit le bras et toucha les cheveux d'Harry.
Harry sursauta, retombant à moitié sur le tabouret, manquant de tomber à la renverse. "Pardon", dit-il rapidement en se redressant. "Tu peux – J'ai oublié ; tu peux regarder les résidus de potion. J'ai oublié que tu allais le faire, désolé."
"Harry", commença l'homme, avant de s'arrêter.
Harry avait remarqué que Monsieur Malefoy s'interrompait toujours lorsque quelque chose le perturbait. C'était vraiment différent de ce que Tante Pétunia faisait, c'est-à-dire hurler et crier et l'enfermer à clé dans un placard, ou de ce qu'Oncle Vernon faisait, c'est-à-dire l'attraper et le secouer dans tous les sens. Un jour, alors qu'il était vraiment, vraiment très en colère, Vernon avait renversé une plante et cassé le pot, faisant voler de la terre en traînée sur le sol. La façon dont réagissait Monsieur Malefoy permettait difficilement à Harry d'identifier ce qu'il n'aimait pas, mais il était presque certain qu'il n'avait pas apprécié qu'Harry tombe presque du tabouret. Harry ne savait même pas pourquoi il avait sursauté. Oncle Vernon ne l'avait jamais frappé, il n'avait rien à craindre.
"Harry." La voix de Monsieur Malefoy était basse. "As-tu déjà été puni parce que tu avais fait de la magie ?"
"Non," répondit Harry, car il ne voulait pas que l'homme ait l'idée de le punir. "Je n'en ai jamais fait avant," il ajouta rapidement.
"Ce qui s'est passé avec les livres, c'est de la magie accidentelle." Sa voix était plus douce, cette fois. "Ca arrive lorsqu'un enfant sorcier est effrayé, stressé, ou blessé. Tu es sûr que ça ne t'ait jamais arrivé avant ?"
"Non." Harry secoua la tête avec véhémence. "Jamais."
"Harry." Il y eu une pause, pendant laquelle Harry ferma les yeux inconsciemment. "Tu sais qu'il ne faut pas mentir, n'est-ce pas ?"
Harry sentit des larmes derrière ses paupières, mais il ne savait pas pourquoi elles étaient là, alors il refusa de les laisser couler. Il était très doué pour ne pas pleurer. Personne n'aimait un pleurnicheur – sauf visiblement Oncle Vernon et Tante Pétunia quand il s'agissait de Dudley. Mais c'était différent. Harry hocha la tête.
"La plupart des enfants de ton âge ont appris à mieux contrôler leur magie." La voix de Monsieur Malefoy était toujours douce, bien qu'il disait qu'Harry n'était pas normal. Il avait déjà entendu ça. Tu es sous-développé, Harry, lui avait dit l'un de ses plus gentils professeurs, d'une voix posée. Harry n'avait pas compris ce que signifiait 'sous-développé', mais il avait tout de suite su que ce n'était pas une bonne chose. "Normalement, seulement les enfants en bas-âge ont de tels accidents," continua l'homme, "mais j'imagine que tu n'avais personne pour t'apprendre à contrôler ta magie."
"Pardon," dit Harry.
"Laisse-moi reformuler", reprit Monsieur Malefoy avec sa voix gentille, douce. "Est-ce que quelqu'un t'a déjà blessé quand quelque chose – étrange s'est produit autour de toi ? Quelque chose qui aurait pu arriver parce que c'était un accident magique ?"
"Non," répondit Harry, parce que c'était vrai. Il avait dû rester dans un placard durant plusieurs jours d'affilée, et avait dû sauter des repas ; Oncle Vernon s'était fâché, et Tante Pétunia avait crié d'une voix aigüe. Oncle Vernon l'avait attrapé et l'avait secoué mais ils ne l'avaient jamais frappé ou utiliser des couteaux, rien de ce genre. Donc, Harry n'avait jamais été blessé à cause de sa magie.
"Harry. Tu ne me mens pas, n'est-ce pas ?"
Les larmes que retenait Harry dans ses yeux piquaient. Il était déçu que Monsieur Malefoy ne le croit pas, mais Oncle Vernon ne l'avait jamais cru non plus et Harry ne s'en souciait plus depuis longtemps.
"Harry." La voix de Monsieur Malefoy était à peine audible.
Harry secoua la tête de gauche à droite. Il n'était même pas sûr de se souvenir de la question.
Monsieur Malefoy resta immobile pendant un long moment. "Très bien", dit-il finalement, se détournant. Il attrapa les lunettes d'Harry – ses nouvelles lunettes, que Monsieur Malefoy avait magiquement rétrécies – et les lui tendit. "Mets tes lunettes."
Harry regarda les lunettes, puis Monsieur Malefoy, tentant de décider si c'était une farce ou non. Ne parvenant pas à déchiffrer son expression, Harry se saisit des lunettes et les mit sur son nez. L'homme lui tournait de nouveau le dos. "Voudrais-tu un peu de chocolat chaud ?"
Sa voix était chaleureuse et normale, comme si rien ne s'était passé. Harry ne comprenait pas.
"Viens par-là," dit Monsieur Malefoy, se dirigeant vers les escaliers.
"Et les tests ?" Harry se laissa glisser du tabouret.
"On pourra continuer plus tard. C'est l'heure du chocolat chaud."
"Je n'ai jamais bu de chocolat chaud," répondit Harry, suivant l'homme dans les escaliers.
"Quoi ?" Monsieur Malefoy s'arrêta si brutalement devant lui qu'Harry lui rentra dedans.
"Pardon."
"Tu n'as jamais bu de chocolat chaud ?"
"J'ai volé un marshmallow une fois, pendant que Dudley buvait son chocolat chaud." Harry reprit sa route, laissant une distance plus grande entre eux cette fois, au cas où Monsieur Malefoy s'arrêterait de nouveau.
"Tu ne voulais pas en boire ?"
"C'est Tante Pétunia qui l'avait fait", dit Harry.
Ils atteignirent le haut des escaliers, mais Monsieur Malefoy s'arrêta et le regarda, les sourcils froncés.
"Je ne suis pas son fils", expliqua Harry, décidant que l'homme semblait confus. "Pour rester chez eux, je devais faire mes preuves, donc je devais faire la vaisselle avant d'en avoir. Mais à chaque fois que j'avais fini, il n'y en avait plus."
Monsieur Malefoy ne bougea pas, mais Harry eu soudainement l'impression qu'il était en colère. Très en colère.
Son visage ne devenait pas rouge comme celui d'Oncle Vernon. Il palissait plutôt. Il était de plus en plus pâle, sa bouche était pincée, au lieu de s'ouvrir et de crier. Sa main, en revanche – il fermait son poing tellement fort que ses jointures étaient blanches. Il était toujours immobile, mais Harry commença à reculer. Il recula jusqu'à ce qu'il soit acculé contre le mur, voulant protéger ses lunettes encore une fois, mais résista car il savait que Monsieur Malefoy s'énerverait encore plus.
"Granger." Sa voix était aussi basse qu'auparavant, mais n'était pas du tout similaire. Si avant elle avait été chaleureuse, maintenant elle était glaciale.
Qu'est-ce qu'un Granger ? se demanda Harry intérieurement, sans se risquer à formuler ses pensées à voix haute.
Monsieur Malefoy marcha vers la cheminée.
Bien qu'il fût effrayé qu'il fasse quelque chose aux flammes qui brûlaient dans l'âtre, Harry était soulagé qu'il ne soit pas venu vers lui. Monsieur Malefoy attrapa quelque chose sur le rebord de la cheminée, mais s'arrêta en plein élan. "Merde", murmura-t-il, si bas que si Harry ne se concentrait pas pour entendre tout ce que Monsieur Malefoy faisait et disait, il ne l'aurait pas entendu. L'homme se tint devant la cheminée pendant un moment. Lorsqu'il se retourna, il avait l'air mal. Comme Tante Pétunia avant son café le matin, quand elle se plaignait du bruit qu'avaient fait les voisins pendant la nuit.
Harry resta plaqué contre le mur. Les gros mots n'étaient jamais bon signe.
"Harry." Il frissonna. Monsieur Malefoy s'approcha de lui. "Harry, tout va bien."
Pressé contre le mur, Harry resta très, très immobile.
Monsieur Malefoy se figea, le fixant. Le feu de la cheminée illuminait ses cheveux, qui apparaissaient fantastiquement dorés, et faisaient briller ses yeux. Bien qu'il ressemblait un peu à Tante Pétunia, il avait toujours l'air d'un célèbre acteur. "Viens dans la cuisine," dit-il finalement d'une voix douce. "Je vais te faire un chocolat chaud."
Mais tu es si en colère, Harry voulait dire, mais il se réfréna. Lentement, il suivit Monsieur Malefoy vers la porte à l'autre bout de la pièce – essayant de garder une distance de sécurité, mais assez près pour qu'il ne s'énerve pas de nouveau.
Derrière la porte se trouvait une petite cuisine avec des placards blancs et des carreaux jaunes. Un évier blanc était incrusté dans le comptoir, mais Harry ne vit aucun frigo ou micro-onde. Dans l'un des coins se trouvait une cuisinière traditionnelle, et dans l'autre coin une petite table entourée de chaises, une fenêtre ouverte près d'elle – ornée de rideaux d'allure joyeuse. Il y avait une autre porte derrière – la salle de bain, supposa Harry, ou peut-être une chambre. Dans l'ensemble, c'était un petit endroit charmant, et Harry l'apprécia immédiatement. Il préférait tout de même rester ici plutôt qu'à Privet Drive, et Monsieur Malefoy était bien, bien plus gentil. Même s'il se mettait en colère.
"Assieds-toi", dit Monsieur Malefoy.
Sa voix était toujours douce, mais Harry estima qu'il fallait mieux qu'il obéisse, alors il s'assit autour de la table.
Utilisant le bâton – sa baguette, Harry se rappela – Monsieur Malefoy ouvrit les placards, pointa des choses à l'intérieur, et les fit flotter dans la cuisine. Il sortit du sucre, du cacao, et versa de l'eau dans une casserole, qu'il plaça sur la cuisinière, l'allumant, en murmurant des mots pour déplacer les ingrédients. Puis il prit du lait et une petite bouteille de quelque chose qui ressemblait à de la vanille.
Harry regarda la scène les yeux écarquillés, sursautant légèrement quand Monsieur Malefoy fit flotter une tasse bleue et une tasse blanche peinte avec des fleurs vers lui. Après avoir ajouté le lait et ce qui ressemblait à de la vanille au mélange dans la casserole, puis remué, Monsieur Malefoy conjura un dessous de table et plaça la casserole dessus. D'un coup de baguette supplémentaire, il versa le chocolat chaud dans les tasses et poussa la bleue vers lui. "Je suis désolé qu'il n'y ait pas de marshmallows", dit-il. "Ils sont difficiles à transfigurer correctement."
Prenant la tasse car il savait qu'il le devait, Harry observa ce que Monsieur Malefoy avait fait. Ce dernier attrapa la tasse blanche avec les fleurs et regarda Harry. "Je promets que ce n'est pas empoisonné." Lança-t-il, faisant un grand sourire exagéré.
Harry n'arrivait pas à déterminer pourquoi Monsieur Malefoy lui parlait comme ça – comme à un bébé ou à un des chats de Madame Figg.
"Fais comme tu veux." Et il but une gorgée de son chocolat chaud. Il ne semblait pas y avoir de problème avec, et il ne fit rien d'idiot ou condescendant après, comme un bruit de bouche.
Prudemment, Harry essaya le chocolat chaud.
C'était vraiment, vraiment bon. Chaud, mais pas au point de brûler – juste assez pour faire le chocolat sembler soyeux sur sa langue. Ayant rarement eu le droit de manger des sucreries, et encore moins dans une boisson, Harry n'avait jamais rien goûté de tel auparavant.
Il but une grosse gorgée. Puis une autre.
Bien qu'Harry s'attendait à ce que Monsieur Malfoy lui demande de ralentir, il dit juste, "Voudrais-tu essayer de faire un peu de magie?"
Harry s'étouffa presque avec le chocolat. S'efforçant de se retenir, il toussa. Quand il avait fini, Monsieur Malefoy lui indiqua qu'il allait lui apprendre des sorts. Il plaça quelque chose sur la table qui fit un bruit sec.
C'était une baguette magique – pas de la même couleur que celle de Monsieur Malefoy. Celle-ci était plus sombre et légèrement plus longue, et Harry réalisa que c'était le bâton qu'il tenait lorsqu'il s'était retrouvé ici. Il leva les yeux vers l'homme, puis fixa de nouveau la baguette.
"Elle t'appartient."
Harry déglutit bruyamment. "Vraiment?" Monsieur Malefoy hocha la tête, et Harry fit un mouvement hésitant vers la baguette. Quand il la toucha, la pièce s'illumina, une bouffée de chaleur et d'énergie traversant son corps. "Wow", souffla-t-il.
"Ca veut dire que c'est la tienne."
"Qu'est-ce que je peux faire avec?" demanda Harry, agitant sa baguette comme il avait vu faire l'homme.
"Probablement pas ça." Monsieur Malefoy attrapa les tasses, encore pleines – enfin, celle d'Harry était à moitié pleine seulement – et les déposa au bout de la table, près de la fenêtre. "Essaie…" il regarda autour de lui. "Accio parchemin", énonça-t-il, d'un mouvement de la main.
Harry ouvrit la bouche, mais la ferma vite lorsqu'un morceau de papier flotta depuis une autre pièce et atterrit dans la main de l'homme. "Tu n'as pas utilisé ta baguette!"
"Je – oui." Monsieur Malefoy avait l'air surpris, mais il semblait content. "Il faut un peu d'entraînement, mais je peux faire quelques sorts simples sans."
"Qu'est-ce que tu sais faire d'autre?" s'enquit Harry, plutôt excité à cette perspective. Peut-être que quand Monsieur Malefoy récupérerait la baguette d'Harry, il pourrait toujours faire quelques sorts – pas comme lorsqu'il a fait tomber les livres, juste des petites choses. Des choses que personne ne verrait.
"Eh bien…" Monsieur Malefoy observa lentement la cuisine. "Alohomora" dit-il, dirigeant son geste vers un placard.
La porte du placard s'ouvrit légèrement.
"Alohomora", essaya Harry, brandissant sa baguette vers un placard encore fermé. Il resta fermé.
"Il faut que tu le touches", dit l'homme.
"Oh." Tapant le placard du bout de sa baguette, Harry répéta, "Alohomora."
Le placard ne s'ouvrit pas.
"Aloho-mohr-a" murmura Monsieur Malefoy.
"Alohomora." Harry retenta, mais le placard resta fermé.
"Essaie de ressentir la magie qui coule en toi. Ce que tu as ressenti avec les livres. C'était bien."
Harry lui lança un coup d'œil, mais Monsieur Malefoy n'avait pas l'air de se moquer de lui, bien qu'il restait persuadé que les livres avaient été une mauvaise chose. Mais l'homme n'était pas en colère, il le regardait avec une douce expression. Se tournant, Monsieur Malefoy ouvrit un autre placard, "Alohomora."
Harry pensa aux livres. Il ne se souvenait pas de les avoir fait bouger. Il n'arrivait pas à se souvenir du tout. Il sait qu'il pensait au fait qu'il était en 2012, qu'il avait trente-et-un an, et qu'il ne savait pas qui était le Premier Ministre, ou si quoi que ce soit était arrivé depuis–
"Maintenant, Harry"
"Alohomora", Harry cria, tapant légèrement le placard avec sa baguette.
Tous les placards de la cuisine s'ouvrirent, leurs portes claquant d'un bruit sourd.
"Je n'ai pas fait exprès", dit Harry, baissant sa baguette.
"C'est pas grave", répondit Monsieur Malefoy, fermant les portes. "Tu as juste besoin d'un peu plus de contrôle."
"Oh." Harry déglutit.
Se détournant des placards, Monsieur Malefoy baissa les yeux vers lui. "Ce sort était bien réussi, en fait," il ajouta après un moment. "Puissant. La plupart des premières années ne peuvent pas lancer de sorts qui affectent autant de cibles à la fois."
"Premières années?"
"A Poudlard. Rien dont tu puisses avoir honte. Tu…" il s'interrompit. "Tu as toujours eu une magie puissante."
Harry n'avait pas honte, mais il avait eu peur que Monsieur Malefoy s'énerve contre lui. Il présuma que Poudlard était l'endroit où les gens étaient censés apprendre la magie, puisque c'était une école de sorcellerie et de magie. Le fait qu'il puisse y avoir une école entière remplie de gens faisant des choses bizarres sans avoir d'ennuis lui paraissait étrange. Si Oncle Vernon l'apprenait, il n'apprécierait pas du tout.
"Veux-tu essayer quelque chose d'autre?" demanda Monsieur Malefoy.
Harry hésita. "Si c'est possible."
"Qu'est-ce que tu penses du parchemin? Tu donnes un petit coup de baguette comme ça, comme tu le ferais avec ton doigt. Puis tu dis, 'Accio parchemin'." Monsieur Malefoy bougea son doigt et le papier flotta dans sa direction. "Maintenant, à toi." Posant le papier sur la table, il se recula.
Après plusieurs essais, Harry réussit. Puis il apprit un sort qui verse du chocolat chaud, un qui active le robinet, un qui fait flotter le dessous de plat, et un qui annule tous les autres. Monsieur Malefoy dut sortir sa propre baguette pour montrer à Harry comment faire danser la chaise, et Harry essaya lui-même sur une autre chaise. Au bout de vingt minutes, les deux chaises dansaient, les rideaux flottaient, et le chocolat chaud se versait tout seul dans la casserole. Harry pointa vers la table avec sa baguette et s'écria "Tarantellegra!"
La table commença à danser, du chocolat chaud se répandant partout.
"Finite incantatem," dit Monsieur Malefoy, élevant la voix au-dessus du vacarme que faisait la table dansante.
Les yeux fixés avec horreur sur la scène qui se déroulait devant lui, Harry crut que Monsieur Malefoy avait lancé le sort, mais la table n'avait pas arrêté de danser. Le chocolat continuait à se répandre dans toute la cuisine.
"Tu t'en souviens Harry", expliqua l'homme, "Lance le sort!"
Détournant enfin les yeux, Harry les leva vers Monsieur Malefoy.
Il avait du chocolat sur le visage. Et il riait.
Harry était bouche-bée.
"Vas-y, Harry." Monsieur Malfoy rit de nouveau, et c'était un si beau son, plus beau que ce qu'il avait jamais entendu auparavant. Bien mieux que Take That.
Levant sa baguette, Harry désigna la table, puis les chaises, puis les rideaux. "Finite incantatem", dit-il. "FInite incantatem! FInite incantatem!" Les tables, les chaises et les rideaux ne dansaient plus. Le chocolat chaud ne se versait plus dans la casserole, mais c'était principalement parce qu'il avait coulé partout dans la cuisine. Harry regarda Monsieur Malefoy. "Pourquoi n'es-tu pas en colère?" il s'entendit dire, alors qu'il n'avait pas prévu de parler.
Le rire de Monsieur Malefoy s'éteint, et une seconde, il semblait presque triste. "Oh, Harry," dit-il, puis s'arrêta.
Harry savait qu'il n'aurait pas dû parler.
Monsieur Malefoy l'observa sans rien dire. Il se détourna, et quand il parla, sa voix était normale. "Essayons un sortilège de nettoyage. Comme ça." Il agita sa baguette, "Scourgify!" Une petite flaque de chocolat chaud se fit aspirer par sa baguette.
Harry se demanda s'il devait dire à Monsieur Malefoy qu'il avait du chocolat sur le visage. Il devait probablement le sentir. Pointant le chocolat chaud, Harry essaya le sortilège. Le liquide se fit aspirer par sa baguette, mais quand Harry regarda, rien ne coulait. "Scourgify!" continua-t-il.
"Excellent", dit Monsieur Malefoy.
"Scourgify!" lança Harry, visant du chocolat qui avait éclaboussé le mur. C'était bien plus amusant que frotter ou passer la serpillère, et Harry continua de nettoyer. Bien que Monsieur Malefoy ne s'était pas fâché, Harry voulait réparer son erreur, estimant que c'était juste. C'était une si belle cuisine.
Quand Harry avait fini, il réalisa que Monsieur Malefoy se tenait à côté de lui, immobile. Quand il se tourna vers lui, l'homme le regardait, quelque chose semblant troublé remplissant ses yeux argent. Harry vérifia que tout le chocolat avait été nettoyé, mais la cuisine semblait propre maintenant. Quand il se retourna de nouveau, Monsieur Malefoy glissait sa baguette dans sa manche. "Harry," dit-il fermement, se dirigeant vers les placards. "Tu aimes le gâteau?"
"Le gâteau?" Pour la première fois, Harry se rendit compte que son estomac était vide. Celui-ci décida de gargouiller à ce moment précis.
"Oui." Monsieur Malefoy prit quelque chose dans un placard, mais cela ressemblait plus à du pain qu'à un gâteau, et Harry tenta de ne pas paraître déçu. "Je viens de réaliser que c'est notre semaine de semi-anniversaire."
"Semi-anniversaire?" demanda Harry, distrait par le geste de Monsieur Malefoy, qui pointait le pain avec sa baguette, murmurant quelque chose. Une incantation, Harry avait appris lorsqu'il avait pratiqué les sorts plus tôt. Le pain vacilla, et Monsieur Malefoy prononça une autre incantation.
"Oui. L'anniversaire de ma mère et le mien étaient à trois jours d'intervalle. Chaque jour intermédiaire était notre semi-anniversaire. Nos deux anniversaires ont presque deux mois d'écart. Tu sais ce que ça veut dire?"
Tu es vieux? Harry pensa, mais ça semblait méchant.
"Du gâteau, Harry!" annonça Monsieur Malefoy. "Ca veut dire du gâteau."
"Oh," dit Harry. Il espéra que cela voulait dire manger du gâteau, mais il n'était pas sûr. Habituellement, il n'avait pas le droit d'avoir du gâteau, sauf si c'était le gâteau aux fruits que Tante Marge amenait pendant les vacances. Personne n'aimait ce gâteau, donc Harry avait toujours dû en manger un peu – même s'il n'en voulait pas non plus.
Monsieur Malefoy lançait plusieurs sorts sur le pain tremblant. Il commençait à ressembler de plus en plus à un gâteau, en fait, avec deux couches rondes, entre lesquelles il y avait quelque chose comme de la confiture. Une pâte blanche et douce sortait du bout de la baguette de Monsieur Malefoy, et il l'étalait sur la gâteau. Harry espérait vraiment que c'était du glaçage.
Mais même si ça n'avait pas le goût de gâteau, Harry voulait quand même une part. Il était plutôt affamé, et il n'avait bu que la moitié de son chocolat chaud.
Monsieur Malefoy sembla avoir compris ce qu'il pensait, car il se dépêcha de finir ses incantations. Il prit quand même le temps d'ajouter des fleurs roses au-dessus du glaçage, et le pain-gâteau était l'un des plus beaux qu'Harry n'avait jamais vu. Tout était beau, quand Monsieur Malefoy était concerné, il supposait. Puis il utilisa sa baguette pour sortir des fourchettes et des assiettes, et déposa le gâteau au milieu de la table. "Vas-y", dit-il, tendant un couteau fin sans pointe à Harry. "Coupe-toi une part."
"Je– j'ai le droit d'en avoir?"
"Non, ce n'est que pour moi."
Mais Harry devina que Monsieur Malefoy plaisantait, alors il prit le couteau et commença à se couper une part qui faisait bien un quart du gâteau.
"Euh", dit Monsieur Malefoy faiblement. "Es-tu sûr que tu veux tout ça?"
Hésitant, Harry arrêta de couper. Il aurait dû se douter qu'il ne pourrait pas s'en sortir comme ça – les seules fois où il avait eu du gâteau, les parts avaient été minuscules. Mais Monsieur Malefoy avait dit… Harry sortir la lame du gâteau pour couper une tranche bien plus fine.
"Ce n'est pas ce que je voulais dire", commença l'homme, mais il s'interrompit quand il vit qu'Harry hésitait de nouveau. "Vas-y," dit-il. "Tu pourras en reprendre après si tu en veux encore."
Harry finit de couper sa fine tranche. Monsieur Malefoy prit un morceau du gâteau également, et Harry croqua finalement sa part. C'était délicieux, et ce n'était définitivement pas du pain.
"Les semi-anniversaires sont les meilleurs," déclara l'homme. "Il y a du gâteau tous les jours. Et des cadeaux. On peut aller où tu veux et faire ce qui te plaît. Père faisait…"
Harry arrêta de mâcher, voulant écouter ce que le père de Monsieur Malefoy faisait. Les adultes avaient des pères aussi, il réalisa. Celui de Monsieur Malefoy était probablement le meilleur des pères.
"Déjà, on n'avait pas à être discret," il continua. "Harry, as-tu fini?"
Harry engloutit en vitesse les trois morceaux qu'il restait de son gâteau à l'aide de sa fourchette, et hocha la tête.
"Tu devais être affamé. Peut-être que tu devrais manger un vrai repas. Voyons ce que j'ai." Retournant vers les placards, il en sortir du poulet – ce qui semblait répugnant, de garder du poulet dans un placard. Mais Monsieur Malefoy était magique, donc peut-être que le placard était enchanté pour être froid. Puis il attrapa quelques légumes, et Harry tenta de prétendre que les légumes n'étaient pas horribles.
Le regardant, Monsieur Malefoy rit. "Ne t'inquiète pas," dit-il. "Moi aussi je détestais les légumes à ton âge. Je suis sûr que je peux faire quelque chose de bon avec."
Harry avait des doutes, mais Monsieur Malefoy cuisina une tarte au poulet avec, et c'était délicieux.
En réalité, Harry n'avait jamais mangé un plat aussi bon. Tante Pétunia lui faisait manger principalement des légumes, et quand il avait de la viande ce n'étaient que les morceaux brûlés, ou qui avaient séché. Ne sachant pas quand il allait pouvoir manger de nouveau – surtout de la nourriture aussi bonne – Harry vérifia que Monsieur Malefoy n'avait pas l'air énervé quand il se servit une seconde part de tarte.
"Es-tu sûr que tu as encore faim?" demanda ce dernier, surpris.
Harry se figea.
"Tu peux en avoir, si tu as faim." Monsieur Malefoy poussa l'assiette vers lui, et Harry y ajouta une nouvelle part de tarte.
Puis une autre.
"Je suppose que tu es encore jeune," dit Monsieur Malefoy, l'air incertain.
La bouche pleine de poulet et de brocoli, Harry prit une autre bouchée de pommes de terre et de sauce. Il finit de mâcher, puis déglutit. "Euh. Oui?" Puis il engloutit les quatre derniers morceaux de tarte. "Est-ce que ça veut dire que je peux avoir…" Harry montra le gâteau.
"Quoi?" Monsieur Malefoy répondit, étonné. "Tu veux encore–" S'interrompant devant l'expression d'Harry, il coupa une tranche de gâteau. "Bien sûr", ajouta-t-il, faisant flotter la part jusqu'à l'assiette d'Harry.
Harry avait déjà mangé deux énormes assiettes, à ce stade. Monsieur Malefoy lui avait ramené un verre de lait, pendant le repas.
"Tu peux avoir ce que tu veux," dit-il.
Harry mangea une seconde part de gâteau, puis une troisième. La pause entre deux bouchées fut assez longue pour qu'Harry se rende compte qu'il avait mal au ventre, et que son estomac était bien rempli. Il essaya de finir sa part, mais il eut du mal à avaler les dernières bouchées. "Est-ce que je peux ravoir du gâteau?" il demanda, directement après.
"Bien sûr."
Harry prit deux bouchées avant de lâcher sa fourchette dans son assiette, qui émit un bruit strident.
Monsieur Malefoy sourit. "Tu en as assez?"
"Non," Harry répondit obstinément. "J'ai…" Il récupéra sa fourchette, et tenta de reprendre un morceau. Mais une fois devant ses lèvres, il ne pouvait vraiment pas le manger.
"Ne mange pas si tu n'as pas faim, Harry." La voix de Monsieur Malefoy était passée de l'amusement à l'inquiétude, mais Harry ne voulait pas regarder son visage. Il ne voulait rien regarder.
Il se sentait tellement, tellement malade, son estomac brassé à cause de toute cette nourriture, si rempli qu'il avait l'impression qu'il allait exploser. Sa gorge commençait à s'assécher, bien que sa bouche salivait. Il ne comprenait pas pourquoi sa bouche salivait; il ne pouvait plus rien avaler. Rien que l'odeur de la nourriture lui donnait la nausée. Son estomac se retournait. Il allait vomir. Harry lâcha sa fourchette.
"On va juste nettoyer," dit Monsieur Malefoy, mais Harry l'entendait à peine, son estomac agissant déjà. "Veux-tu–"
"Euh," Harry s'entendit dire, bien que parler le rendait encore plus malade. Il pouvait déjà sentir le goût de la bile dans sa gorge. "Est-ce que– où sont les toilettes?"
"Juste ici," répondit l'homme, lui montrant une porte derrière eux.
Harry s'élança vers elle, n'atteignant que de justesse la cuvette avant de commencer à vomir.
"Harry ?" la voix de Monsieur Malefoy résonna à travers la porte. Il pouvait certainement entendre les bruits qu'Harry faisait. Harry tenta de dire quelque chose, mais il se sentait si misérable qu'il ne pouvait former aucun mot. Sa gorge était douloureuse, et il avait un goût horrible dans la bouche. La porcelaine froide des toilettes était agréable sous sa joue, ce qui était probablement dégoûtant, mais il reposa sa joue contre quand même.
"Harry," pressa Monsieur Malefoy, sa voix urgente. "Puis-je– est-ce que ça va?"
"Oui," réussit à répondre Harry.
"Est-ce que je peux rentrer?"
"Non," dit Harry, agrippant les toilettes. "Je, je dois juste utiliser les toilettes !"
"Harry."
Il ne savait pas quoi dire, alors il vomit de nouveau dans la cuvette.
La porte s'ouvrit, et quelqu'un entra. Harry savait que c'était Monsieur Malefoy, mais il était trop malade pour regarder, sans compter le fait qu'il avait honte. Même s'il ne s'énervait pas contre lui, il allait le trouver débile de s'être rendu malade, et il aurait raison. Harry ne savait même pas pourquoi il l'avait fait, mais la nourriture avait été si bonne, et personne ne l'avait empêché de manger.
Monsieur Malefoy dit quelque chose, et le vomi disparut des toilettes. L'odeur n'était plus présente, ce qui apaisa Harry. "Accio serviette." Monsieur Malefoy s'agenouilla auprès d'Harry. Celui-ci essaya de s'éloigner, mais l'homme le rassura. "Shh," il enleva les lunettes du nez d'Harry. "Tu t'es rendu malade. Tu as trop mangé. Aguamenti," il ajouta, tandis que la serviette flottait jusque dans sa main. "Tiens." Un linge humide était sur le front d'Harry, et Monsieur Malefoy poussait ses cheveux en arrière pendant qu'il essuyait sa sueur froide.
"Que," Harry articula difficilement. "Que fais-tu?"
"Tiens," répéta Monsieur Malefoy, lui donnant la serviette. "Essuie ton visage. Accio une autre serviette." Sa main était toujours dans les cheveux d'Harry – il ne savait pas ce qu'elle faisait – et une autre serviette arriva dans son autre main. "Aguamenti." Harry devina que ce sort rendait les objets mouillés, et la nouvelle serviette essuya sa nuque, puis ses stupides cheveux.
L'estomac d'Harry allait bien mieux maintenant qu'il avait évacué une partie de son contenu dans les toilettes, mais il avait froid et chaud, à tour de rôle. Le goût du vomi était affreux, mais malgré tout il n'y pensait pas vraiment, car Monsieur Malfoy n'était pas en colère. Il n'était pas agacé, ne le pressait pas, alors même que pour une fois, c'était de la faute d'Harry s'il était malade. Harry ne comprenait pas, et le pire était que Monsieur Malefoy continuait de passer ses doigts à travers ses cheveux, parce que c'était agréable.
Monsieur Malefoy murmura une autre incantation, et après un moment un verre flotta depuis la cuisine. "Bois ça," dit-il, lui tendant le verre.
Harry le prit et fit ce qu'on lui demandait, bien que l'idée de rajouter quelque chose d'autre dans son estomac lui donnait envie de pleurer. La boisson ressemblait à de l'eau, mais elle rinça l'horrible goût qui restait dans sa bouche, et il se sentit de nouveau frais et propre.
Après ça, Monsieur Malefoy arrêta de le toucher, et Harry eut vivement conscience qu'ils étaient agenouillés par terre dans les toilettes. "Pardon," dit Harry, ne sachant pas quoi dire d'autre.
"J'aurais dû t'arrêter," affirma Monsieur Malefoy, sans pour autant être énervé. "Je ne faisais– Je n'ai pas réfléchi. Veux-tu aller t'allonger?"
C'était précisément ce qu'Harry souhaitait faire, mais il répondit hâtivement, "Je ne suis pas fatigué."
"D'accord."
Les yeux d'Harry se dirigèrent vers les toilettes. "Euh, désolé. Pour…" Il fit un vague geste vers la cuvette.
"Pourquoi tu ne remets pas tes lunettes," dit Monsieur Malefoy, les lui tendant. "Tu es sûr que tu ne veux pas t'allonger?"
"Je me sens vraiment mieux, vraiment." Il mit ses lunettes et se releva.
Monsieur Malefoy le fixa sceptiquement. Après quelques secondes, il se leva aussi, ouvrant la porte. "Viens, alors."
Harry suivit l'homme dehors, soudainement fatigué, comme si plus que de la simple nourriture avait été expulsée de son corps. Il se sentait coupable dans la cuisine, comme s'il était retourné sur le site d'une scène de crime. Rien que la vue du gâteau entamé sur la table suffisait pour retourner son estomac de nouveau.
"Préférerais-tu le salon?" suggéra Monsieur Malefoy. "On peut s'asseoir près du feu."
Harry se réjouit. Ils n'allumaient pas souvent la cheminée à Privet Drive. Tante Pétunia disait que les feux étaient inutiles – pourquoi, Harry n'était pas certain. Quand ils en allumaient, Oncle Vernon s'endormait devant la cheminée pendant qu'Harry faisait le ménage, et quand il avait fini il n'y avait plus de place pour lui.
Dans le salon, seul un fauteuil trônait près du feu – celle avec des fleurs – mais Monsieur Malefoy pointa sa baguette et il s'étira, s'agrandissant assez pour que deux personnes puissent s'asseoir. Harry attendit que l'homme s'assoie, puis il le rejoignit avec hésitation, se perchant au bord du canapé, confus. Tante Pétunia disait toujours à Dudley qu'il "ruinerait son repas" quand il mangeait trop de sucreries, mais Harry n'avait jamais compris pourquoi. Maintenant qu'il en avait fait l'expérience et qu'il avait non seulement ruiné son repas mais aussi ruiner son dessert, puis vomit dans les toilettes, il ne comprenait pas pourquoi Monsieur Malefoy ne s'était pas énervé.
"Comment tu te sens?" demanda celui-ci.
Harry observa rapidement le visage de Monsieur Malfoy mais il n'avait même pas l'air agacé. Des ombres dansaient sur ses joues, rendant sa peau dorée. "Je vais bien," Harry répondit, voyant qu'il attendait.
Monsieur Malefoy avait l'air un peu triste. "Harry." Sa voix était si précautionneuse et mesurée qu'Harry se tendit instinctivement. "Quand tu es avec ton oncle et tante, as-tu assez à manger?"
"Oui" dit Harry immédiatement.
Monsieur Malefoy le fixa simplement.
On lui avait déjà posé ce genre de questions. "Je ne suis jamais malade," il ajouta. "Je– C'était un accident."
La mâchoire de l'homme se crispa, comme s'il la serrait.
Monsieur Malefoy était mécontent, et Harry ne voulait vraiment pas qu'il le soit. Il l'aimait beaucoup. Il l'aimait vraiment beaucoup, et il ne savait pas pourquoi certaines choses qu'il disait frustrait Monsieur Malefoy, surtout lorsqu'il avait parlé du chocolat chaud. C'était perturbant, et Harry aurait préféré que ce soit clair comme ça l'était avec Oncle Vernon et Tante Pétunia, mais finalement pas vraiment. C'était perturbant aussi.
"J'espère que tu réalises que tu… as le droit d'être malade. Ce n'est pas de ta faute."
"Mais je ne tombe pas malade," dit Harry.
"Hum. Et tu réalises que si tu tombes malade, tu peux avoir besoin que– que quelqu'un t'aide?"
"Mais je ne–"
"Ce n'est pas un problème, Harry," le coupa abruptement Monsieur Malefoy. "Personne ne devrait agir comme si c'était un fardeau, de s'occuper de toi. Est-ce qu'ils… ?"
Harry intervint avant qu'il ne décide ce qu'il allait lui demander. "Mais je n'ai pas besoin qu'on s'occupe de moi."
"Harry," répéta Monsieur Malefoy, encore plus doucement. Il fit une longue pause. "Je vais renverser cette potion dès que possible. Mais en attendant…" Prenant une grande respiration, il se pencha vers Harry. "En attendant, tu restes avec moi. Tu comprends?"
Harry hocha la tête rapidement, juste au cas où Monsieur Malefoy changerait d'avis.
"Je ferai de mon mieux, mais comme tu as sûrement dû le remarquer, je suis novice avec les enfants."
Harry acquiesça pour montrer qu'il savait ce que le mot 'novice' voulait dire, même s'il n'en avait aucune idée. Il espéra que cela voulait dire quelqu'un qui aime les enfants.
"Donc il faudra que tu m'aides," dit Monsieur Malefoy. "Tu dois me dire si tu veux ou si tu as besoin de quoi que ce soit. Tout ce que tu veux ou ce dont tu as besoin, je te le donnerai. Est-ce que tu comprends?"
"Oui," répondit Harry, même s'il ne comprenait pas vraiment. Il se réjouissait de rester avec Monsieur Malefoy, cependant. Peut-être qu'il ne réussirait jamais à renverser la potion, et il pourrait rester avec lui pour toujours.
"Ça veut dire que tu dois communiquer" continua Monsieur Malefoy. "Tu dois me dire si tu ne te sens pas bien. Si tu as faim, si tu as peur ou que tu es fatigué. Tu comprends ?"
"Oui," dit Harry immédiatement. "Je n'ai jamais peur. Et je suis rarement malade," il ajouta.
Les yeux de Monsieur Malefoy étaient plus brillants à la lumière du feu. "Et Harry," dit-il doucement, "tu n'as pas besoin de me cacher des choses. Tu n'as pas besoin de faire semblant."
"Je ne fais pas semblant."
Monsieur Malefoy avait l'air fatigué. Il semblait vraiment, vraiment fatigué, et Harry se demanda si c'était parce qu'il pensait qu'il faisait semblant.
"Presque jamais," il ajouta, se sentant coupable.
Monsieur Malefoy sourit de manière forcée et Harry devina qu'il n'aurait probablement pas dû dire ça. "Tu as toujours dit la vérité à l'école," dit l'homme. "Même quand personne ne te croyait. Même quand – même quand certains t'ont blessé à cause de ça. Tu as toujours dit la vérité."
"Oh. Pourquoi certains… ?" Harry déglutit. "Est-ce que c'était Dudley?"
"Pardon?"
"Est-ce que Dudley – Dudley et Piers sont allés à Poudlard aussi ? Je pensais qu'ils étaient 'moldus'."
"Non, Harry, ton cousin n'est pas allé à Poudlard."
"Tant mieux," dit Harry.
"J'imagine." Monsieur Malefoy sourit faiblement à nouveau. Il n'avait pas l'air heureux, mais son sourire était mieux que le précédent. "J'ai toujours admiré ton honnêteté. Je… ne te l'ai jamais dit."
"Tu m'admirais?" Harry était choqué.
"Harry. Tout le monde t'admirait."
"Pourquoi?" demanda-t-il, car il n'arrivait pas à y croire.
Cette fois, le sourire de Monsieur Malefoy était presque sincère. "Veux-tu essayer encore quelques sorts?" dit-il au lieu de répondre à la question d'Harry.
Peu de choses auraient pu détourner Harry du sujet, mais l'offre de faire de la magie en était une.
"Accio baguette d'Harry." Harry avait oublié qu'il l'avait laissée dans la cuisine. "Un sorcier devrait toujours garder sa baguette sur lui", lui dit Monsieur Malefoy quand il lui tendit sa baguette.
"Oui, monsieur" dit Harry en la prenant.
"Harry." Monsieur Malefoy hésita, laissant Harry se demander encore ce qu'il avait fait de travers. Mais il sembla vite l'oublier car il se pencha vers la cheminée pour lancer un sort sur le feu, qui rendit les flammes bleues. Quand il parla à Harry, sa voix était plus légère. "Tu n'as pas besoin de m'appeler monsieur."
"Oh." Harry ne savait pas comment il devait l'appeler, alors.
"Juste Draco, c'est bien." Il agita sa baguette. "Ignis verd," murmura-t-il, et quelques flammes bleues devinrent vertes.
"Mais." Harry ne pouvait pas s'empêcher de se sentir sidéré. "C'est ton prénom?"
"Les prénoms sont faits pour être utilisés, tu ne penses pas?" Ignis rose." Quelques flammes vertes devinrent roses.
"Sûrement," dit Harry.
"Ignis lavande." Draco se recula enfin du feu. "Aimerais-tu apprendre ces sortilèges de couleur ?"
Son attention captivée par les flammes arrangées par couleur dans l'âtre, Harry prit un moment pour réaliser qu'une question lui avait été posée. "Euh," dit-il, se tournant vers Monsieur Malefoy – Draco. "Oui, s'il-te-plaît."
Draco lui enseigna toutes les couleurs, chaque sort ayant un léger mouvement différent. Les mots n'étaient pas difficiles à retenir, mais Draco ne se moquait pas de lui lorsqu'il oubliait. A la place, il répéta les mots encore et encore, sa voix devenant hypnotique à la lueur chaude du feu. Il lui montra chaque mouvement encore et encore, parfois couvrant la main d'Harry avec la sienne pour le guider gentiment comment tourner la chaise orange.
Ils changèrent le sol en vert, et le plafond en bleu, la bibliothèque en violet avec des gros points jaunes. Draco changea son t-shirt en jaune avec des bandes oranges, puis ses mains en bleu, ses cheveux en rose. Harry sourit, et Draco avait l'air très content. Ensuite, il fit finite incantatem, et tout reprit sa couleur normale, éclairé par la lumière brune du feu et des bougies encore allumées dans la pièce.
Draco ressemblait à un tableau, chaleureux, gentil et doré comme un prince dans un conte de fées, comme quelqu'un dans un rêve. Un rêve où Harry ne vivait pas dans un placard et pouvait manger quand il avait faim, et où personne ne le traitait de monstre.
"Peux-tu faire un autre sort?" demanda Harry impulsivement.
Draco sembla surpris. "Bien sûr", lui répondit-il. "Y-a-t-il quelque chose de particulier que tu aimerais voir?"
"Non, je – j'aime juste bien la magie. Quand tu en fais."
Draco le fixa un moment. "Bien sûr que tu aimes la magie," dit-il finalement. "Tu verras que je suis un sorcier très talentueux. Expecto patronum!" Un filet argenté s'échappa du bout de la baguette de Draco, formant un nuage brillant.
"Wow," souffla Harry. "Qu'est-ce que ça fait?"
"Ce n'est pas…" commença Draco, puis dispersa le nuage. "C'est un sort difficile. Il faut se sentir précisément comme il faut pour arriver à le jeter."
Harry pensa que Draco devait être un sorcier puissant. Les autres ne pouvaient probablement même pas le faire.
"Laissons tomber celui-ci," dit Draco. "Celui-là plaît toujours. Ignis draco." Il pointa sa baguette vers le feu, qui sembla se faire aspirer. Rapidement, des flammes prenaient la forme d'un grand lézard. Ou un dinosaure. Ou – un dragon, c'était un dragon, comme Harry avait vu sur un cerf-volant dans un parc, une fois, lorsqu'il rentrait de l'école. Les flammes se transformèrent en étincelles, puis elles explosèrent dans l'air, retombant vers le sol.
Ensuite, Draco fit les ombres danser dans des formes de gros oiseaux aux pattes grêles qui tombaient sans cesse, ce qui fit sourire Harry de nouveau.
"Tu trouves ça drôle, n'est-ce pas?" dit Draco, feignant de s'offenser mais d'une voix si absurdement aigüe qu'Harry sourit encore plus. Pointant sa baguette vers son nez, Draco prononça une incantation qui fit pousser les poils de son nez en boucles. "Interdit de rire!" s'exclama Draco, sa voix aigüe faisant trembler les boucles.
Harry rigola.
Draco rayonna. "J'ai dit, interdit de rire! A partir de maintenant, que des sorts sérieux:" Il pointa sa baguette sur lui-même encore une fois. "Finite incantatem," dit-il en se ratant. "Finite incantatem," il répéta, se loupant à nouveau. "Ructo papillon," un papillon s'échappa de sa bouche.
"Oh non!" Harry rit de plus belle.
"Finite incantatem," Draco dit, ses poils de nez rétrécissant à leur taille normale. "Je dois trouver un moyen de stopper ces bêtises. Expecto patronum!"
Harry reconnut l'incantation, mais le sort était totalement différent. La pièce entière était remplie du nuage scintillant cette fois, et le fil d'argent qui sortait de la baguette de Draco se déroula jusqu'à former un renard lumineux. "Dis bonjour à Harry," Draco s'adressa au renard, tapant sur le papillon pour le faire disparaître.
Le renard s'avança vers le côté du canapé d'Harry et s'assit, levant les yeux vers lui. Il semblait assez fin, quelque chose de plus sauvage chez lui que chez les renards du zoo. Il ressemblait à un renard qui avait bravé l'hiver, le froid, et ayant peiné à trouver à manger. Harry ne pouvait le quitter des yeux. "Il peut te comprendre?"
"C'est un Patronus. Elle peut me protéger s'il y a un danger."
"Elle?" dit Harry, surpris. "Elle a un nom?"
"Non. Le sort change selon qui tu es ou ce qui est le plus important pour toi au moment où tu le lances. Le mien n'était pas toujours un renard."
Harry regarda Draco. "Qu'est-ce que c'était, avant?"
"Un paon." Pour quelque raison, Draco semblait un peu triste.
Harry allait lui demander pourquoi, mais le renard posa ses pattes translucides sur l'assise du canapé et sauta entre eux. Harry se poussa pour faire de la place à la renarde, ce qui ramena un sourire sur le visage de Draco.
"C'est bon," dit-il. "Un Patronus est incorporel. Elle ne peut pas te sentir."
Harry ne savait pas ce qu'incorporel voulait dire, mais il trouvait que ça avait l'air cool. "Donc, elle ne peut… Je ne peux pas, euh." Harry voulait la caresser, mais il savait déjà que c'était une idée stupide. Draco venait de lui dire qu'elle ne pouvait pas le sentir.
"Tu peux la caresser," dit Draco gentiment. "Elle est certes incorporelle, mais je suis sûr qu'elle appréciera quand même."
Quand Harry tenta de caresser la renarde, cependant, sa main traversa son corps. Il lança un coup d'œil vers Draco pour voir s'il se moquait de lui, mais ce n'était pas le cas. Il avait cette expression étrange – celle qu'il avait eu avec Héloïse – presque rude. Harry essaye de caresser la renarde de nouveau, gardant sa main sur les lignes lumineuses de sa fourrure. Même si elle semblait sauvage et affamée, il n'avait pas l'impression de lui faire mal. Draco lui avait dit qu'elle était une protectrice, et quelque chose dans son regard de chasseuse faisait croire à Harry qu'elle pouvait se battre.
La renarde se leva, marcha sur les genoux d'Harry, et se mit en boule.
"Elle t'aime bien," dit Draco doucement, et la poitrine d'Harry se serra. Draco éteignit les bougies une à une. Quand la pièce était éclairée uniquement par le feu devant eux et le doux scintillement du Patronus, Draco pointa sa baguette vers le plafond. "Celeste revelo," murmura-t-il.
Harry leva la tête et faillit pousser un cri de surprise. Le plafond avait disparu, et était maintenant rempli d'étoiles.
Draco éteignit le feu. "Ma mère faisait ce sort pour moi chaque soir," expliqua Draco, regardant les étoiles. Leur lueur rendait son visage pâle dans l'obscurité de la pièce. "Son côté de la famille portait tous des noms célestes."
"Draco – c'est le nom d'une étoile?" Harry demanda, devinant ce que "céleste" voulait dire.
"Une constellation. J'ai oublié – la plupart des Moldus ne font pas attention aux étoiles comme les sorciers." Draco fit jaillir des étincelles argentées de sa baguette. Elles dérivèrent vers le ciel, traçant des lignes entre les étoiles. "Ça, c'est la grande ourse," dit-il se rapprochant d'Harry pour lui montrer. "Tu vois? Ça ressemble à un ours."
Harry suivit la ligne du bras de Draco jusqu'à la ligne argentée qui connectait les points dans les airs. Ça ressemblait plus à un chien dans le style bonhomme-bâton qu'à un ours, mais Harry se dit que Draco n'était peut-être pas un grand artiste. "En quelque sorte," répondit-il.
"Elle pointe vers Polaris." Draco pointa vers une étoile, la faisant briller plus que les autres. "C'est l'étoile polaire."
"Je connais celle-ci," dit Harry. "On l'a appris à l'école."
"Très bien," murmura Draco, et Harry sentit sa poitrine se gonfler. Il n'avait jamais été bon élève, mais en même temps, il n'avait jamais eu un professeur comme Monsieur Malefoy. Il était assis tout près maintenant, et Harry pouvait sentir la chaleur du bras de Draco à travers sa manche. Il sentait bon le gâteau et le feu. "L'étoile polaire fait partie de la grande ourse," continua Draco. "La queue du dragon se trouve entre les deux ours."
"Sa queue?" Harry était intéressé. Il l'était vraiment, mais il voulait aussi que Draco continue de parler parce que sa voix était douce, et que la pièce était chaude et sombre, et qu'il était très fatigué.
"Oh, oui Harry. Draco est un dragon." Il bougea sa baguette vers le ciel, connectant les points pour dessiner une longue forme de ver avec une boîte en guise de tête.
Harry voulait lui dire que ça ne ressemblait pas du tout à un dragon, mais c'était si beau dans le ciel, et Monsieur Malefoy vibrait un peu quand il parlait.
"Minerva le jeta là-haut ," raconta Draco. "Tordu et blessé, il tenta de se frayer un chemin hors du ciel nordique, mais il a gelé."
"C'était méchant," dit Harry, réalisant alors que ses paupières s'étaient fermées. Se forçant à les rouvrir, il regarda Draco. "Qu'est-ce qui est arrivé ensuite ?"
Draco baissa les yeux vers lui, un sourire se dessinant doucement sur ses lèvres sous la lueur des étoiles. "Et bien, il y avait une reine vaniteuse qui s'appelait Cassiopée." Il lui raconta l'histoire de cette reine qui fut punie pour sa vanité.
"Oui," murmura Harry, se sentant la chaleur s'installer dans son dos, puis se presser contre son flanc. Il était réchauffé, et Monsieur Malefoy continuait de raconter des histoires qu'Harry n'entendait plus, mais il sentait les vibrations qui l'entouraient. Tout s'assombrissait, et un renard magique dormait en boule sur ses genoux.
Dans l'ensemble, ça avait été une bonne journée. Harry voulait qu'elle ne se termine jamais.
