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SURVIVAL E.N.D : Les méandres de la discorde

Summary:

Molly Werner et Kaiden Carter se lancent en quête de Roxan Idris, leur compagnon à la peau cyanosée. Cependant, ils réalisent rapidement que la roue du destin a tourné, plongeant la Nouvelle Ère dans un tourbillon de cauchemars qu'ils devront affronter main dans la main, tout en mettant de côté leurs différends.

Chapter 1: Heptá

Chapter Text

Cela fait maintenant sept mois depuis les joies de l'incroyable et génialissime bon moment passé à Pizzannibale Land ! C'est pas sincère ce qui est dit, là, tout de suite. Au cas où. Nombre de choses se sont produites. Beaucoup de petits trucs ici et là. Rien de bien grandiloquent— Roxan a disparu une nuit de juillet. Depuis lors, la tignasse blanche n'a plus qu'une seule idée en tête : la retrouver. Son aînée, Molly, a bien essayé de le rassurer et de le convaincre d'attendre le retour de l'hybride à la peau cyanosée, mais rien n'y fait. Il est impossible de calmer le jeune homme qui ne dort presque plus. Aujourd'hui, nous sommes le 16 novembre 2023. Toujours aucune trace de notre ami Nothique. Un brouhaha monstre éclate au premier étage de la vieille baraque à l'intérieur de laquelle la trentenaire et son cadet ont passé la nuit. La femme aux boucles serrées pousse un immense soupir et elle grimpe les escaliers, d'un bois en piteux état, pour rejoindre la source de ce boucan. Le pas attentif, elle évite les marches qui menacent de rompre sous le poids de ses pieds. Elle marche jusqu'à une sorte de pseudo-réserve où un Kaiden enragé fracasse, frappe avec le pied et balance des cartons, des petits meubles dans toutes les directions... et diverses autres merveilles recouvertes de poussière et de moisissure. Son visage exprime une rage et un chagrin immense. Il se cache le visage. Et il se griffe le visage. Il attrape une chaise et l'envoie valdinguer dans un coin de la pièce en hurlant. Ça surprendra toujours Molly de voir qu'il faut un assez haut seuil de stress pour que son compagnon Thanatique entre en phase "active".

La trentenaire pose d'abord son pied gauche sur le parquet. Vient ensuite le droit qui le devance sans une once d'embarras. Les bras pliés contre son torse et les doigts parés à tisser des toiles, pareils à une araignée consciencieuse. Pour ceux du fond qui ne comprennent pas : elle se tient en mode "posture de T. rex"... Les papattes en mode grr-grr et la marche sur la pointe des pieds. Tout le monde arrive à le visualiser ? Bien. Continuons. Attentive, elle scrute sans un mot la tignasse blanche qui, trop énervée, n'a pas encore remarqué la présence de notre pro de la gâchette. Détendue et certaine de ce qu'elle s'apprête à faire, la jeune femme s'appuie contre le mur avec son épaule gauche et avec son élégante prothèse d'un jaune éclatant, elle toque avec le dos de sa main artificielle contre celui-là même. Un très vif soubresaut. Dans un geste ralenti par la surprise et l'émotion, Kaiden dévoile un visage dégoulinant de larmes et de morve. De prime abord, ses pupilles ont l'air d'être dilatées ; chose normale lorsque l'on est triste. Tant qu'elles ne sont pas rétractées, c'est bon signe. Molly n'a rien à craindre de son camarade, le feu vert pour s'avancer de quelques petits pas. Douce et patiente, la femme aux boucles serrées ne désire pas brusquer le Thanatique en pleine crise de nerfs. D'une voix qui inspire la confiance, la survivante demande au névrosé de service s'il veut bien s'asseoir. Elle se baisse, doucement, un bras tendu et la main ouverte ; ses genoux croisent le bois et elle ajuste sa position pour installer son derrière sur le sol. Kaiden ne dit rien. Il la regarde et il accepte enfin de s'installer auprès d'elle.


«T'es plutôt résistant au stress pour un angoissé professionnel, taquine la trentenaire à l'attention de la tignasse blanche, Toutefois... Je plains le mobilier.

–Ha ha... Très drôle.

–Au lieu de casser tout ce qui bouge, communique. Je te garantis que c'est bien plus efficace. Et moins douloureux.

–T'es pas ma mère, Molly.

–Certes... En effet ! la boucle brune claque la langue ; elle fait de son mieux pour ne pas trahir son irritation. Elle sourit et elle riposte d'un ton sec : Mais tu te comportes comme un sale gosse.

–Et donc ? requiert l'homme aux yeux gonflés et rouges à force de pleurer, Ton instinct maternelle te supplie de prendre soin de moi ?

–Mon... "instinct maternelle", comme tu le dis, me hurle de t'en coller une. Mais je ne le ferai pas.»


Kaiden a un mouvement de recul en entendant ces paroles ; un geste presque instinctif lui ordonnant de se préparer à la moindre offensive. Sourcil arqué et une grimace peinte sur ses lèvres, il dévisage la fan invétérée de Rhys Strongfork. La trentenaire conserve un masque de parfaite intimidation— Ah. Non. Ses traits s'adoucissent et une esquisse taquine se présente. Une esquisse qui s'efface au moment même où elle sort un mouchoir de sa poche. Elle le tend à son cadet. Cadet qui examine le bout de papier avec une moue encore plus grande qu'auparavant. Molly lève les yeux au ciel, incapable de retenir ce soupir exaspéré qui exprime sa lassitude. La tignasse blanche accepte de le prendre uniquement parce que la boucle brune lui a promis que c'en était un neuf. Il se frotte les yeux avec et il se mouche. La jeune femme sent le coin droit de sa bouche se lever : la crainte que ce gamin d'adulte a pour les germes est agaçante et incroyable ! Cette énergumène bat très probablement les hypocondriaques et les germaphobes ! Et il y en a eu des cas, passée la crise du COVID-19. Cependant, pour Molly, la tignasse blanche est la définition même du casse-pied en matière de "politique anti-germes".

Après une ou deux minutes qui ont paru des heures (tout bonnement interminables, selon elle), la femme aux boucles serrées questionne Kaiden ; elle met l'accent sur la nécessité d'exorciser ce qui le tracasse. Sans se montrer trop insistante. Réaction prévisible. Kaiden secoue la tête. Il donne ainsi une réponse muette à son aînée qui se pince le nez, assez peu étonnée par pareil résultat. L'homme au hoodie bleu cobalt explique qu'il n'a pas particulièrement envie de confier ses sentiments à quelqu'un qui n'est pas Roxan. La boucle brune ravale un grognement... Pour cela elle se racle la gorge : ça fait presque un an, à peu de chose près, qu'ils se côtoient. Et depuis cette nuit fatidique de juillet, ils ne sont que tous les deux. Ses yeux noisette dévisagent méchamment le vieux plafond décrépit de la pseudo-réserve. Un long silence, brisé par un gloussement teinté d'une acidité sans limite. La tignasse blanche sent les traits de son visage se durcir. Sa tête attirée par le son de la voix de Molly. Cette dernière, avec une pointe de sarcasme, pose une question qu'elle sait être rhétorique.

"Tu veux vraiment passer ta vie à casser des trucs parce que l'amour de ta vie n'est pas là ?"

C'est une interrogation qui n'en est pas une. Le vingtenaire le sent. Et il le sent très bien. Le regard perçant de la jeune femme en dit long sur ses intentions. Ce qui provoque une grimace, identique à un masque de contrariété, sur les lèvres de la tignasse blanche. Ses prunelles dévient de celles de Molly. Une minute... Deux minutes... Trois et puis quatre. Tripatouillant la peau de sa bouche avec ses doigts gantés de noir. Diantre ! Le goût est abominable. Les yeux fixés sur un trou dans le sol, il réfléchit tout en se demandant comment il pourrait arrêter de martyriser ses lèvres. Il ne dit rien. La trentenaire encore moins. Il abandonne la torture buccale pour passer sa menotte dans ses cheveux blancs. Toujours muet. Sentant les noisettes de la femme aux boucles serrées sur son être tout entier. Kaiden gonfle les joues, se recroqueville sur lui-même et il marmonne un "Va te faire foutre" tout bonnement adorable et immature. Ce sont les observations de notre amie au bras d'or. Pas les miennes.


«Et tu vas avoir 26 ans à la fin de l'année ? s'esclaffe-t-elle ; elle en a presque mal aux commissures tant cette pensée l'amuse. Ce gars est un vrai gamin.

–J'ai pas choisi d'exister aussi longtemps, hein !

–Il n'a pas choisi de... Ha, ha, ha ! Sé... Sérieux ? Non, mais t'es sérieux ? Vraiment ?

–Arrête ! s'énerve le hoodie bleu en donnant un coup de coude à la trentenaire qui le lui rend bien, Aïe ! Mais pourquoi ?!

–Tu donnes ! Je redonne ! Simple et efficace. Bon. Tu veux bien me dire ce qui va pas ? Roxan te manque ?

–Oui ! Ça te pose un problème ?» croasse le jeune homme qui se lève un peu trop vite.


Désireux de fuir la conversation, Kaiden a perdu l'équilibre en se redressant ; il manque de peu de tomber raide contre le parquet vétuste et grinçant. Le rictus narquois de la femme aux cheveux bruns s'adoucit pour finalement disparaître de ses lèvres pulpeuses. Quand bien même il cacherait les délicates perles salées qui s'annoncent nombreuses à rouler, Molly ne pourrait jamais ignorer les épaules tremblantes de son cadet. La face pleine de rigueur de la trentenaire devient alors celui d'une compassion qui ne se plierait jamais au voile de la pudeur. L'avant-bras pressé contre le vieux mur pourri de cette pièce délaissée depuis des lustres, Kaiden garde le silence : il tente par tous les moyens de faire taire ses sanglots. Notre amie à la peau terre de sienne refoule la faible et nerveuse risette qui chatouille le bord de son esquisse et le fond de sa gorge. Elle se lève à son tour. Elle s'approche, tout doucement, de la tignasse blanche. Elle note à quel point il a l'air d'être désorienté et elle dépose sa main artificielle sur la partie déchirée du sweat à capuche de Kaiden. Le trou dans le tissu bleu... Un souvenir. De Roxan. Une épaulière noire est visible sous le hoodie, recouvrant l'omoplate marquée. Molly peine à comprendre pourquoi il porte cela, mais n'a jamais jugé utile de lui poser la question ; ce n'est pas son problème. Et il y a plus important sur le feu. Prudente, elle exerce une légère pression sur son épaule. Elle secoue ensuite d'un geste bienveillant celle-ci, attirant l'attention de deux yeux en amande pleins de larmes.