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Il était tard, beaucoup trop tard pour être encore au bureau, la Lune ayant depuis longtemps remplacé les éclats du Soleil, lorsque Tara releva les yeux des papiers dans lesquels elle était plongée corps et âme depuis ce qui lui semblait être de trop nombreuses heures. Elle n'avait pas pour habitude de prendre du retard de cette façon, au point d'avoir une montagne de paperasse prête à s'effondrer sur le coin de son bureau, mais ces dernières semaines avaient été on ne peut plus mouvementées, les enquêtes s'accumulant les unes après les autres, les criminels apparemment peu familiers avec le concept de week-end et de vacances. Aussi, elle s'était vu obligée de sacrifier ces précieuses soirées tranquilles à savourer un verre de vin bien mérité dans le confort de son canapé et à écouter une téléréalité qu'elle ne suivait que d'un œil, pour enfin s'occuper de ce qu'elle aimait le moins dans son métier ; remplir des dossiers qui lui posaient sans cesse les mêmes questions et auxquelles elle donnait immanquablement les mêmes réponses. Personne n'aimait vraiment cela dans l'équipe, même si personne ne s'en plaignait réellement, mais il fallait bien reconnaître que, parfois, elle avait juste envie de tout jeter à la poubelle dans un élan d'agacement.
Mais alors il y aurait encore plus de paperasse à remplir, encore plus de questions à répondre, encore plus d'heures à perdre et encore moins de sommeil à gagner. Tara se contenta donc de soupirer bruyamment tout en apposant, pour la énième fois, sa signature au bas d'une page.
Après tout, elle connaissait une personne qui détestait le côté administratif de leur boulot bien plus que n'importe qui d'autre et qui y était pourtant bien plus confrontée que chacun d'entre eux, son poste de Cheffe de Bureau l'obligeant ; c'était Emily. Certains soirs, certaines nuits, Tara était littéralement obligée de la traîner jusqu'à sa voiture, le trajet de l'ascenseur à travers le parking accompagné des plaintes et des protestations de sa supérieure, quand bien même celle-ci finissait par s'endormir d'épuisement à peine installée à l'intérieur du véhicule, si elle ne voulait pas la retrouver aux aurores penchée au-dessus de son bureau avec l'équivalent d'une citerne de café dans le sang et des poches sous les yeux aussi sombres que le regard qu'elle ne manquait jamais de lui adresser quand elle avait l'audace de lui faire remarquer qu'elle travaillait trop.
Et, alors qu'elle levait les yeux vers son bureau, où la porte était entrouverte et la lumière encore allumée, Tara devina que ce soir serait un de ces soirs là.
Tandis qu'elle remettait un peu d'ordre dans ses affaires, elle jeta un rapide coup d'œil autour d'elle pour constater que le reste de l'équipe était parti, même Penelope qui avait pourtant insisté pour rester le plus tard possible par pure solidarité, l'analyste n'ayant pas de problème de paperasse comme ses amis, et que Rossi avait dû menacer pour la renvoyer chez elle. Tout l'étage était plongé dans le calme et l'immobilité, aux antipodes de l'agitation qui y régnait en pleine journée et qui s'apparentait régulièrement à un mélange entre une fête étudiante pour le niveau sonore et une tempête pour le désordre qu'elle laissait derrière elle, aussi, quand elle arriva devant la porte d'Emily, Tara ne songea pas vraiment à toquer avant d'entrer et se contenta d'avancer jusqu'à se tenir devant la cheffe de bureau, ouvrant la bouche dans le but de réciter son petit discours habituel pour essayer de la convaincre de partir... cependant, aucun mot n'en sortit et elle resta plantée là, bouche-bée, à fixer le visage d'Emily.
Un visage d'ordinaire à moitié caché par le rideau de cheveux argentés qui lui tombait sur les yeux, mais qui était à présent aussi dégagé que le ciel en plein mois de juillet alors qu'elle les avait attachés en un chignon improvisé.
Un visage aux traits tirés par la fatigue et aux sourcils froncés à la fois d'irritation et de concentration, mais qu'elle aurait malgré tout pu admirer pendant des heures sans jamais s'en lasser comme elle en avait pris l'habitude depuis qu'elle avait enfin trouvé le courage de faire le premier pas et de l'inviter à dîner après une enquête particulièrement difficile, quelques mois plus tôt.
Un visage en tous points semblable à celui qu'elle découvrait à chaque fois qu'elle entrait dans son bureau et la trouvait en plein travail, l'inconscience encore d'être observée lui conférant une allure presque irréelle.
À une exception près néanmoins.
Une exception qu'Emily essaya de son mieux de dissimuler quand elle prit enfin conscience de la présence de Tara face à elle, mais elles savaient toutes les deux que c'était trop tard ; Tara l'avait vue et il n'y avait aucune chance pour qu'elle prétende le contraire.
« Depuis quand tu portes des lunettes ?? »
Emily roula des yeux, mais garda ses mains fermement appuyées sur la monture sur son bureau, comme si ce simple geste était capable de la faire disparaître pour de bon ; elle et cette conversation qu'elle avait bêtement pensé pouvoir éviter.
« Depuis dix jours, finit-elle par avouer en grommelant.
— Dix jours ?! s'étrangla Tara. Et tu comptais me l'annoncer par pigeon voyageur ?
— J'avais pas vraiment l'intention de te l'annoncer tout court. C'est pas comme si j'allais les porter tous les jours.
— Et pourquoi pas ? »
Emily dévisagea Tara comme si cette dernière venait de suggérer de quitter le BAU sur l'heure et de déménager sur Mars et, en n'importe quelle autre circonstance, elle en aurait probablement ri, après tout, il était rare de voir Emily arborer une expression aussi adorablement stupide, mais l'image encore très nettement imprimée sur sa rétine de sa petite-amie avec une paire de lunettes sur le nez l'empêcha de se laisser aller à un éclat de rire et elle dut évincer cette image de son esprit si elle voulait continuer cette conversation jusqu'au bout.
Même s'il était on peut plus évident qu'aucune d'entre elles ne voulait continuer cette conversation jusqu'au bout.
Ce ne fut que lorsque le silence s'étira un peu trop longtemps dans l'air que Tara remarqua le regard fuyant d'Emily, errant à travers le joyeux bazar sur son bureau, les tas de papiers désordonnés et les crayons éparpillés, mais évitant soigneusement de s'approcher de ses mains, d'où les branches noires des lunettes dépassaient entre ses doigts, ses lèvres pincées et ses épaules tendues en une posture d'inconfort, et elle fronça les sourcils.
Était-ce parce qu'elle l'avait surprise en train de les porter ? Pourtant, elle n'était pas la seule dans l'équipe à avoir des lunettes. Penelope en avait toute une collection qu'elle se faisait une joie d'associer avec ses robes et ses chaussures et ses bijoux et ses sacs à main et dont elle était extrêmement fière. Rossi s'était mis à en porter depuis quelques temps, bien qu'elle devinait qu'il en avait besoin depuis des années mais qu'il avait fini par s'y résigner récemment en constatant combien la vie était beaucoup plus facile avec des yeux qui lui permettaient de lire plutôt que de déchiffrer. Même Spencer en portait.
Alors pourquoi cette réaction ? Depuis le temps qu'elles se connaissaient et travaillaient ensemble, Emily devait savoir maintenant que Tara n'était pas le genre à se moquer ou à juger. Bien sûr, parfois elle aimait taquiner ses collègues, mais seulement quand elle était certaine que ses blagues ne les blesseraient pas et, s'il arrivait que ça soit le cas, alors elle arrêtait tout de suite et s'excusait aussi vite.
Sans compter qu'elle n'allait certainement pas se moquer d'une paire de lunettes.
La seule chose dont elle aurait pu se moquer, éventuellement, c'était de sa propre réaction à la vue de ladite paire de lunettes et de sa capacité à tout trouver à tomber chez sa partenaire, comme si tout ce qu'elle touchait, tout ce qu'elle portait se transformait en or et en diamants.
Quand bien même cette dernière refusait de la croire chaque fois que Tara essayait de lui expliquer.
Tout comme Tara refusait à présent de changer de conversation, comme elle l'aurait fait en temps normal en usant de ses charmes pour faire oublier ce moment de tension à Emily et les inviter à passer à autre chose ; comme par exemple à la raison initiale de son intrusion dans son bureau.
Encore dix minutes plus tôt, elle avait été prête à traîner Emily jusqu'à l'ascenseur tout en ignorant ses complaintes, mais, désormais, elle était bien résolue à ne pas partir avant d'avoir eu le fin mot de cette histoire.
Malgré les lieux désertés depuis plusieurs heures, Tara referma doucement la porte avant de contourner le bureau d'Emily, s'y appuyant juste à côté de l'endroit où les mains de sa petite-amie n'avaient pas bougé, où elle s'évertuait à cacher les lunettes comme si celles-ci représentaient une menace.
« Em ? appela-t-elle dans un souffle. Tu veux bien me dire ce qui te tracasse comme ça ? »
Les yeux bruns se relevèrent jusqu'à rencontrer les siens et Tara jura d'y voir quelques larmes briller sous la lumière blafarde des néons au-dessus de leurs têtes. Elle sentit son cœur se serrer dans sa poitrine et l'envie brutale d'attraper Emily dans ses bras et de la serrer très fort, assez fort pour recoller tous les morceaux d'elle-même que d'autres avaient brisés au cours de son passé.
« C'était pour ça, mon rendez-vous chez le médecin l'autre jour. Je lui ai parlé de mes migraines et il m'a conseillé d'aller voir un ophtalmologue et... voilà, raconta-t-elle dans un soupir de défaite, soulevant ses mains pour dévoiler la paire de lunettes dessous, les laissant retomber mollement sur ses cuisses.
— Et ça va mieux depuis ? Tes migraines, je veux dire. » Emily acquiesça. « Alors pourquoi tu ne les portes pas plus souvent si elles te font du bien ? Elles sont plutôt jolies, en plus. »
Tara s'empara d'une des branches et la leva à hauteur des yeux pour les examiner d'un peu plus près. Elles n'étaient pas très originales, ni particulièrement sophistiquées, d'un noir très sobre et classique, mais qui avait l'avantage d'aller avec tout. On était loin de tous les modèles que Penelope possédait, c'était certain, mais là encore Emily était loin d'avoir l'extravagance vestimentaire de leur amie analyste. De plus, elle était persuadée que la monture sombre se marierait à merveille avec les yeux sombres de sa propriétaire.
« J'ai l'air vieille. »
Elle était si concentrée sur son examen des lunettes - et aussi un peu sur l'image mentale d'Emily en train de les porter, de sa robe portefeuille qu'elle avait achetée le week-end dernier et qu'elle n'avait pas encore eu l'occasion de revêtir et qui serait parfaite avec ces lunettes, accentuant encore un peu plus le côté autoritaire de son rôle de Cheffe de Bureau qui plaisait à Tara un peu plus que de raison - qu'elle faillit ne pas entendre la déclaration soufflée du bout des lèvres.
Aussitôt, son attention se déporta de la monture à sa petite-amie, qui faisait un effort visible pour ne pas la regarder, triturant ses ongles comme chaque fois qu'elle était anxieuse.
L'envie de la serrer dans ses bras revint en force. Ainsi que l'envie de la secouer comme un pommier.
« Vieille ? répéta Tara, comme elle aurait prononcé un mot inconnu. Si tu as l'air de quelque chose en particulier, c'est sexy, Emily. Tu as l'air sexy.
— Tara..., soupira Emily en roulant des yeux.
— Quoi ? Tu ne me crois pas, peut-être ?
— C'est pas que je ne te crois pas, c'est juste que tu dis ça parce que tu n'es pas objective. Tu es adorable et tu m'apprécies, alors évidemment que tu penses ça. »
Cette fois, ce fut au tour de Tara de regarder Emily comme si cette dernière venait de sortir la plus grosse aberration de tous les temps, bien plus aberrant encore que de déménager sur Mars.
« Il n'y a absolument rien qui va dans ce que tu viens de dire. Tu veux de l'objectif ? Premièrement, je ne suis pas adorable. » Emily ricana, mais jugea préférable de se taire, le regard de Tara la dissuadant de la contredire. « Deuxièmement, je crois qu'on a passé l'étape au-dessus de l'appréciation entre nous, Emily. En tout cas, moi je l'ai dépassée depuis longtemps. » À cela, les joues d'Emily se colorèrent de rose et ses yeux tombèrent une seconde sur la bouche de Tara en une mimique qui lui était familière lorsqu'elle s'apprêtait à l'embrasser. Et quand bien même Tara mourait d'envie de la laisser faire et de s'abandonner dans le baiser, elle s'obligea à continuer avant d'oublier ce qu'elle voulait dire. « Et, troisièmement, ce que je ressens pour toi n'a rien à voir avec le fait que je te trouve sexy. Je te trouvais déjà sexy à l'époque où tu n'étais que mon amie. Donc, objectivement, tu as l'air sexy. »
Elle aurait voulu prendre le temps de développer davantage, de lister chacune des choses qu'elle trouvait sexy chez sa petite-amie, de ses tenues même les moins recherchées à la façon dont sa voix tombait dans les graves quand elle donnait ses ordres sur le terrain ou quand elle interrogeait un suspect, en passant par son incapacité à cuisiner quoi que ce soit avec plus de trois ingrédients ou sa manie de voler ses t-shirts et de les porter devant le reste de l'équipe sans même s'en cacher. Elle aurait voulu lui répéter, certainement pas pour la première fois, encore moins pour la dernière, à quel point elle la trouvait parfaite en tous points et d'autant plus dans ses imperfections, si bien que parfois il lui arrivait d'en avoir mal au ventre et mal aux joues à force de sourire aux anges à trop la regarder, si bien que, parfois, elle avait l'impression qu'elle allait déborder de tout ce qu'elle ressentait pour elle, mais elle se trouva incapable de prononcer le moindre mot supplémentaire car Emily se dressa sur ses pieds et passa ses bras autour de sa nuque, l'étreignant avec assez de force pour lui briser les côtes, mais que Tara lui rendit en passant ses propres bras autour de sa taille, l'attirant plus près jusqu'à ne plus laisser un souffle d'air entre leurs corps.
C'était comme un automatisme désormais ; dès qu'Emily se tenait dans son espace personnel, elle avait besoin de la serrer contre elle, et si c'était Emily qui initiait le câlin, alors elle la serrait encore plus fort, jusqu'à entendre ce petit gloussement qu'elle laissait toujours échapper quand elles étaient si entremêlées l'une à l'autre qu'il aurait été facile de croire qu'elles ne formaient plus qu'un seul corps.
Cette fois n'échappa pas à la règle, même si Tara distingua sans mal les larmes dans son rire et la légère pression qu'Emily exerça dans son dos, où elle tenait sa veste fermement entre ses doigts, où elle s'agrippa comme une noyée perdue en plein océan s'agrippait à sa bouée de sauvetage.
Ses lèvres vinrent frôler son oreille, semblables à un marshmallow dans lequel elle ne rêvait plus que de planter les dents, son souffle chaud et moite s'écrasant sur sa peau et Tara frissonna.
« Moi aussi j'ai passé l'étape de l'appréciation avec toi, lui murmura-t-elle et Tara sentit aussi bien qu'elle entendit son sourire.
— Me voilà rassurée, répondit-elle sur le même ton avant d'embrasser sa tempe, juste à la naissance de ses cheveux, où ils devenaient de plus en plus blancs avec le temps qui passait. Maintenant, tu veux bien me faire plaisir et me laisser t'observer avec tes lunettes ? »
Emily soupira, mais consentit, se dégageant de leur étreinte à contre-cœur et s'emparant de la monture pour la déposer sur son nez, avec cet air d'enfant rebelle qu'on obligeait à se soumettre à un ordre plaqué sur le visage.
Tara avait eu raison ; le noir de ses yeux semblait encore plus éclatant, encore plus profond, encore plus vivant ainsi encerclé de la même couleur. Elle songea qu'il ne manquait plus qu'un détail. Lentement, elle leva le bras jusqu'à ce que ses doigts frôlent la pince qui retenait ses cheveux attachés.
« Je peux ? demanda-t-elle à voix basse, comme s'il s'agissait d'un secret. »
Emily acquiesça. Du coin de l'œil, Tara vit sa gorge remuer tandis qu'elle déglutissait, non sans peine. D'une simple pression, elle libéra la cascade d'argent qui retomba souplement sur ses épaules et ses omoplates, encadrant son front et créant un contraste saisissant avec les lunettes.
Jamais elle n'avait été plus belle qu'en cet instant.
« C'est bien ce que je craignais..., déclara Tara tout bas, si bas que les yeux d'Emily étaient obligés de suivre le mouvement de ses lèvres pour saisir les mots qui s'en écoulaient. Ça va être difficile de me concentrer si tu commences à les porter au boulot. »
Sa petite-amie éclata de rire, rejetant la tête en arrière, laissant le son s'envoler à travers la pièce pour mieux exploser aux oreilles de Tara, qui sentit son propre sourire étirer ses joues. Le regard d'Emily, quand il se reporta sur elle, était de nouveau empli d'émotion, mais une émotion qui n'avait plus rien à voir avec l'embarras, si proche de la honte, qu'avait suscité la découverte de la paire de lunettes. Il n'y avait plus que cette affection qu'elle ne réservait qu'à leurs moments en privé, durant les rares minutes qu'elles volaient au bureau quand il n'y avait plus personne, comme c'était le cas ce soir, ou durant les longues heures qu'elles passaient tantôt chez l'une, tantôt chez l'autre, à se prélasser dans les draps défaits d'un lit qu'elles ne consentiraient à quitter que lorsque Penelope ferait résonner leurs téléphones d'un appel leur indiquant une nouvelle enquête.
Cette affection qui avait pris Tara au dépourvu quand elle l'avait aperçue pour la première fois dans les yeux d'Emily alors qu'elles discutaient à voix basse dans le jet pour ne pas réveiller leurs collègues, tous endormis après une enquête qui les avait menés aux confins de l'humanité, et dont elle ne pouvait plus se passer aujourd'hui.
Cette affection qu'elle sentait se refléter dans son propre regard.
« Je croyais que votre professionnalisme était à toute épreuve, Agent Lewis.
— À toute épreuve, sauf quand ça implique ma petite-amie. Dans ce cas-là, je suis juste bonne à virer.
— Heureusement, j'ai entendu dire que tu étais la préférée de la Cheffe de Bureau.
— Ah vraiment ? demanda Tara en haussant un sourcil.
— Mhmh, acquiesça Emily en capturant sa lèvre inférieure entre ses dents. »
N'y tenant plus, Tara se pencha, sa main plongeant dans les mèches grises, et captura la bouche d'Emily en un long baiser qui leur tira un soupir à toutes les deux, les mains d'Emily trouvant leur place sur les hanches de Tara à la fois pour garder son équilibre mais aussi pour la rapprocher d'elle. Le temps, alors, se suspendit autour d'elles. Leur montagne de dossiers à signer n'existait plus, l'heure tardive n'existait plus, les criminels qu'elles arrêtaient jour après jour n'existaient plus. Seules elles existaient encore dans ce monde qu'elles avaient créé et dans lequel elles retournaient chaque fois que leurs lèvres se touchaient. Et, comme chaque fois, Tara sentit ses genoux se transformer peu à peu en gelée tandis qu'elle laissait Emily prendre le dessus sur le baiser, réduisant sa raison à une flaque de pensées incohérentes.
« On rentre ? souffla-t-elle sans réellement se détacher de sa bouche. »
Tara ne put qu'acquiescer ; contrairement à sa petite-amie, elle n'avait pas la capacité d'articuler une phrase tout en l'embrassant, aussi, elle déposa une suite de baisers d'un coin à l'autre de ses lèvres, autant parce qu'elle en mourait d'envie que pour appuyer son enthousiasme à l'idée de rentrer et de poursuivre ce qu'elles étaient clairement en train de commencer, puis continua sur sa joue, derrière son oreille et dans sa nuque pendant qu'Emily cherchait son manteau et son sac à main à l'aveugle, remplissant l'air de ses brefs éclats de rire que Tara dévora les uns après les autres.
Pour la première fois, elle n'eut pas à traîner Emily jusqu'à l'ascenseur puis jusqu'à sa voiture. Pour la première fois, Emily ne s'endormit pas sur le trajet. Et, pas pour la première fois, Tara songea à combien sa vie était nettement plus agréable aux côtés d'Emily et combien elle avait hâte de vieillir avec elle.
