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Bloomsbury, Londres, Royaume-Uni
27 novembre 2029, 18h39
La neige tombait encore, c’était devenu le quotidien depuis le début de l’hiver. Les petits flocons qui virevoltaient, s’accrochaient à son manteau, bientôt l’extérieur de sa veste serait trempé. Il soupira à cette idée, laissant s’échapper un petit nuage de chaleur. Dans la journée le mercure avait approché les six degrés, mais il était sûr que la température était retombée depuis que le soleil s’était caché.
La journée avait été longue pour Hajime. D’abord elle avait commencé tôt, son chat avait décidé de le réveiller avant le lever du jour, pour une raison suffisante : il voyait le fond de sa gamelle de croquettes. Alors son gentil maître l’avait servi une ration bien trop importante avant de se préparer son petit déjeuné. Il avait quitté son appartement beaucoup plus tôt que ses voisins, un couple de retraités dont le mari allait toujours chercher son journal et son lait à six heures tapantes. A ce moment, les rues étaient désertes et Hajime pouvait profiter de l’air frais qui emplissait ses poumons à chaque inspiration.
A peine était-il arrivé à son travail qu’il avait commencé par une séance intensive de sport. Après deux heures à alterner tractions, abdominaux, pompes et sauts à la corde, il s’était octroyé une pause, pendant que ses collègues arrivaient. Le reste de la journée avait été ennuyant au possible, son travail ne lui apportait aucun plaisir mais il payait bien. Cette fois, le patron l’avait autorisé à partir une demi-heure plus tôt, sûrement en récompense de toutes ces heures supplémentaires qu’il faisait.
Et ce fut ainsi qu’Hajime Iwaizumi se retrouvait dans les rues de la capitale anglaise, à déambuler au milieu des passants pressés et des enfants émerveillés par la neige. Emporté par la foule, il se retrouva sans le vouloir au beau milieu d’un marché de Noël qui débutait à peine. Il eut un petit rictus en imaginant ses collègues se foutre de sa tronche s’ils apprenaient qu’il était au marché de Noël mais prit du temps pour regarder tous les stands.
Depuis qu’il était arrivé en Angleterre, il ne s’était pas souvent autorisé de moments pour lui. Cela faisait plusieurs années qu’il avait mis de côté ses passes temps et activités personnelles pour se concentrer sur son travail. Et en y repensant, il aimait assez l’ambiance des fêtes de fin d’années.
« ― Chouchou ! Churros !
― Beignets et bretzel ! »
Il avait abandonné les échoppes de commerçants quand il était passé devant des masques de carnaval ridicules. Sérieusement, qui achetait des masques de carnaval alors que Noël approchait !? Un Allemand apparemment, qui trouvait l’un d’eux à son gout. Hajime soupira en se dirigeant vers les stands de friandises. Il s’acheta un cornet de churros gras, trempés dans le sucre collant.
Comme si ça pouvait absorber la graisse… Et pourtant c’est tellement bon.
Hajime jura qu’il se ferait une séance de sport beaucoup plus intensive le lendemain, pour éliminer toutes les calories accumulées, tout en mordant avec hargne dans l’un des délicieux bâtonnets frits. La musique se faisant trop forte, il s’éloigna dans une rue moins fréquentée, profitant du calme. Enfin, la musique et les cris d’enfants se firent rapidement remplacés par des hurlements d’hommes probablement bourrés dans un pub, un groupe de supporter de l’équipe de rugby dans la petite télé.
Au bout de la rue, Hajime tourna en direction de son appartement. Il n’était qu’à quelques minutes de marche, il ne pouvait rien lui arriver. Après tout, il était un jeune homme fort et musclé, les rodeurs et pervers qui trainaient dans les rues ne s’attaquaient pas à ce genre de personnes. Et en y repensant, il aurait peut-être préféré tomber sur un détraqué que sur celui qui se trouvait devant lui à l’instant, celui qui avait hanté ses pensées durant des mois.
Une silhouette arrêtée à cinq mètres de lui. Des cheveux châtains entremêlés de flocons. Des joues rougies par le froid. Des petits vagues de buée provoqué par un souffle erratique. Les mains ramenées devant sa bouche en quête d’un peu de chaleur pour se réchauffer. Un nez légèrement retroussé rougi par le froid. Et de grands yeux cognac, écarquillés par la surprise. Des yeux dans lesquels Hajime pouvait se perdre pendant des heures. Des yeux que son propriétaire trouvait trop quelconques et ordinaires, autant par la couleur que par la forme. Mais Hajime avait toujours aimé ces yeux. Il s’y était noyé tellement souvent, il les avait chéris tant de fois.
Aucun des deux corps ne bougeaient ; les deux hommes se dévisageaient, à quelques pas l’un de l’autre, sur le trottoir d’une des rues de Londres.
Enfin, l’inconnu bougea.
« ― Iwa-chan. »
Hajime sortit de sa stupeur en sentant le corps chaud contre le sien. Il enfouit son visage dans les cheveux soyeux, respirant cette odeur apaisante qu’il pensait avoir oubliée.
« ― Shittykawa. »
