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— Alors… C’est ça, le rêve de nos frères ?
Cela faisait quelques dizaines de jours que Tobirama et Izuna avaient fait un saut dans le temps. Sous les yeux ébahis des shinobis spécialisés dans la recherche et le fuinjutsu, ils s’étaient matérialisés dans ce qui était à leur époque le laboratoire extrêmement secret de Tobirama.
À l’heure actuelle, c’était un centre de recherche duquel ils n’avaient pas été autorisés à sortir tant que les choses n’avaient pas été éclaircies un minimum. Ce ne fut que la veille qu’ils avaient obtenu la possibilité d’aller se balader en ville, à la condition que Tobirama se couvre le visage.
L’idée qu’il n’avait pas sa place dans l’histoire du rêve de son frère aîné avait un peu froissé Izuna, mais il avait bien fini par s’y habituer, comme à tout le reste.
Il avait passé sa vie à faire quatre à cinq fois plus d’effort que tout le monde pour que les gens ne regardent que Madara ou Tobirama, alors il pourrait bien s’accoutumer à l’idée que même après sa mort, c’était ainsi.
Son malaise et son chagrin s’étaient pourtant entièrement volatilisés quand il avait pu visiter les lieux. Le village caché dans les feuilles. L’émotion était palpable entre Tobirama et lui, alors qu’ils marchaient côte à côté, leurs mains s’effleurant.
Partout où Izuna regardait, il lui semblait que quelque chose d’impossible était en train de se passer. Des gens de clans différents attablés à la terrasse d’un restaurant et riant de bon cœur. Des armes rangées qui n’avaient pas besoin d’être à portée de main. Des enfants qui se couraient après parce qu’ils étaient en train de jouer.
— Je n’en crois mes yeux, murmura-t-il alors qu’il papillonnait des cils pour s’assurer qu’il n’était pas sous l’emprise d’un genjutsu.
Pourtant, les chercheurs qui les avaient accueillis les avait prévenus, mais Izuna ne parvenait pas à réaliser.
Plus impressionnant encore était le visage de son amant, gravé dans la pierre, comme veillant sur le village en compagnie d’un troisième visage aux traits Sarutobi.
Tobirama communiquait par pulsations de chakra. Il évitait au maximum de parler, de peur d’être reconnu. Il ne fallait pas que le monde sache que le voyage dans le temps était possible, encore moins que le Deuxième Hokage était de retour.
Ils n’avaient pas non plus eu la possibilité de rencontrer l’actuel chef du village, ou les chefs de leur clan respectif. Ces informations devaient demeurer secrètes et c’est uniquement parce que Tobirama avait garanti être parfaitement au fait des risques temporels qu’ils prenaient que les chercheurs avaient accepté de les laisser sortir. Ça ou alors, ils savaient très bien qu’ils n’étaient de toute façon pas de taille contre Tobirama Senju.
Subjugué par la taille dans la pierre de ce visage surdimensionné, Izuna fit un pas en arrière. Par mégarde, il bouscula une jeune fille aux cheveux châtains et elle alla s’écraser sur un jeune homme masqué aux cheveux blancs qui se décala pour la laisser tomber au sol. Le troisième comparse, un jeune homme aux cheveux noirs, visiblement furieux, s’apprêta à réprimander tout à la fois Izuna et le garçon aux cheveux blancs, mais il s’arrêta net en croisant les yeux d’Izuna.
— J’en crois pas mes yeux, lança le gamin.
Il releva ses lunettes pour les essuyer avec vigueur, puis il cilla rapidement.
— J’en crois pas mes yeux, répéta-t-il. Uchiha Izuna.
Pris au dépourvu, aussi bien Tobirama qu’Izuna ne trouva rien à redire. Le jeune garçon dévisageait Izuna comme si Dieu en personne avait pris vie face à lui et, peu habitué à susciter l’admiration, Izuna chercha de l’aide auprès de son conjoint qui secoua la tête, bien incapable de savoir comment réagir.
— Je suis votre plus grand fan, continua le garçon en s’inclinant si bas que son nez touchait presque le sol. J’ai lu tous vos carnets tellement de fois que je les connais par cœur.
Izuna couina. Ses carnets ? Son journal intime ? Où il racontait des trucs super privés ? Il couina de plus belle.
— Vous inquiétez pas, je ferme les yeux sur les parties olé-olé, jura le garçon. Je m’appelle Obito. Uchiha Obito.
— Il y a erreur sur la personne, finit par répondit Izuna. Je ne suis pas celui que vous recherchez, jeune homme.
Obito se redressa et réfléchit avant de secouer la tête.
— Hm, nan, sûr que c’est vous.
Il fit un pas en avant.
— Je vous considère comme le mentor que j’ai jamais eu. Je peux rester avec vous ? Siouplé, siouplé, siouplé ?
Il ignora Kakashi qui tentait de tirer son coude.
— Obito, tu nous embarrasses, affirma son crétin de camarade.
Le jeune Uchiha se dégagea d’un mouvement sec et tourna une œillade dure vers son camarade. Béguin ou pas, il n’était pas question que Kakashi le rabaisse devant Izuna Uchiha en personne.
— Va être embarrassé plus loin, personne ne te retient.
Il tourna de nouveau ses petits yeux pleins d’étoiles vers Izuna.
— Siouplé ? Siouplé ?
Quand il vit que sa stratégie ne fonctionnait pas il en changea.
— Sinon, je dis à tout le monde que la personne qui vous accompagne c’est votre amant, Tobira–
— D’ACCORD, D’ACCORD, interrompit Izuna en se retenant de rouler des yeux. Je t’en prie, tais-toi.
Tirant la langue à Kakashi, Obito bomba le torse et saisit la main tendue d’Izuna, bien trop heureux pour considérer qu’il n’avait plus l’âge pour qu’on le prenne par la main.
Il ne savait pas pourquoi son idole était là. Il ne savait pas par quel miracle son mentor de papier avait soudainement décidé d’apparaître devant lui. Mais Obito ne comptait pas le laisser filer comme ça.
Oh certainement pas.
(Il préférait avoir deux papas que zéro, de toute façon.)
