Chapter Text
Felicity ouvrit les yeux sur un monde flou et gris. Tout était recouvert de poussière, à chaque inspiration, elle s’infiltrait dans sa gorge et l’étouffait. Ou c’était peut-être la fumée. À quelques mètres d’elle, les flammes dansaient dans son champ de vision, menaçantes, brûlantes, dévorantes. Les cris, le vacarme du feu, son cœur affolé qui battait à ses tempes l’empêchaient de penser clairement.
-Oliver ?
Sa voix était éraillée, troublée. D’instinct, elle réajusta ses lunettes sur son nez, le mouvement déclenchant une douleur fulgurante dans son bras droit qui lui soutira un cri. Un morceau de verre de la taille d’une main était enfoncé dans son épaule. Prise d’un haut le cœur, elle détourna le regard et tenta de se redresser, en vain. Tout le bas de son corps lui était inaccessible, un poids mort qu’elle reconnaissait trop bien. Ravalant un hoquet de détresse, elle observa frénétiquement ses alentours à la recherche de son mari.
Des gens criaient, couraient, pleuraient. D’autres restaient au sol, inconscients ou coincés sous des débris. Oliver s’était tenu juste là, devant elle, s’adressant au groupe de bénévoles qui avait donné naissance à ce centre d’accueil pour jeunes en difficulté. Tout était détruit.
-Felicity !
Le soulagement la fit presque pleurer. Oliver se ruait sur elle, favorisant son côté droit, des égratignures sur le visage, mais bien en vie. Il posa un genou à terre en lui demandant si elle était blessée, l’analysant de la tête aux pieds. Ses doigts survolèrent sa blessure comme s’il voulait la faire disparaître. Il détestait la voir souffrir.
-Je ne sens plus mes jambes, dit-elle d’une voix rauque qui ne lui ressemblait pas. L’implant a dû prendre un coup, je ne sais pas…
Il posa la main sur sa joue et ancra son regard dans le sien, lui communiquant de sa force.
-On doit sortir de là. Je vais te porter mais ta blessure à l’épaule va faire mal.
-C’est rien.
Avec une incroyable douceur malgré l’urgence, il passa un bras sous ses genoux, l’autre dans son dos alors qu’elle s’agrippait à son cou de son bras valide. Il la porta comme si elle ne pesait rien et un sentiment de sécurité l’enveloppa instantanément. Le visage enfoui dans son cou, elle inspira son odeur malgré la fumée, rassurée de l’avoir à ses côtés.
En boîtant un peu, Oliver se fraya un passage parmi les décombres et les personnes à terre, en direction de la sortie. Le chaos régnait autour d’eux et Felicity s’agrippa un peu plus fort à lui, réalisant combien ils étaient chanceux d’être encore en vie. La bombe aurait pu les tuer sur le coup. Dès qu’elle aurait un clavier sous la main, elle chercherait qui était l’auteur de cette attaque contre le maire et lui ferait payer.
Devant eux, un des gardes du corps d’Oliver soutenait une femme qui avançait en claudiquant, blessée à la jambe. Dans leur dos, les cris et les appels à l’aide étaient incessants, et Felicity pria pour que les secours arrivent rapidement, le cœur pris en étau.
Son mari s’arrêta à deux pas de la sortie et elle lui adressa un regard confus.
-Qu’est-ce que…
-Je ne peux pas les abandonner.
Évidemment. Oliver ne tournait jamais le dos à quelqu’un en détresse, peu importaient les risques. Ce n’était pas nouveau, c’était dans son ADN. Malgré tout, elle décela de l’hésitation et un déchirement dans son regard et comprit ce qui le retenait. Il avait besoin de son approbation, elle était blessée et si elle lui demandait de rester à ses côtés, il le ferait.
-Reviens-moi en un seul morceau.
Soulagé, il murmura que c’était promis et l’embrassa avant de lui redire qu’il l’aimait. Felicity n’eut pas le temps de répondre, son mari appelait Alan, leur garde du corps, qui revenait dans le bâtiment détruit après avoir déposé la femme blessée à l’extérieur. Il lui confia Felicity avec délicatesse, faisant attention à ne pas malmener son épaule blessée. Sa chaleur lui manqua immédiatement.
-Dépose-la loin de l’entrée et ne la quitte pas d’un cheveu, lui ordonna-t-il.
-Mais…
-Elle a perdu l’usage de ses jambes, assena-t-il. Tu restes à côté d’elle et tu la protèges. Fin de la discussion.
Il repartit vers le chaos sans attendre de réponse, emportant le cœur de Felicity avec lui.
Heureusement, elle avait l’habitude de ce sentiment et savait gérer les situations de vie ou de mort. Elle lui faisait confiance pour lui revenir sain et sauf.
Alan souffla de frustration à voir son protégé se jeter tête la première vers le danger et Felicity lui intima qu’il était temps de partir. Lui aussi la portait comme si elle était un poids plume, ce n’était pas pour rien qu’il faisait partie de la garde rapprochée du maire, elle pouvait sentir ses muscles puissants se mouvoir pour les sortir de là, mais il était loin de lui apporter le même sentiment de sécurité.
Elle fut soulagée d’être déposée au sol de l’autre côté de la rue, un peu à l’écart des autres rescapés. Tout était gris à cause de l’explosion mais l’air était plus respirable à l’extérieur. Des personnes blessées étaient étendues ou assises sur le trottoir dans l’attente des secours. Alan allait l’allonger mais elle refusa et s’agrippa à son épaule, l’idée même lui retournant l’estomac. Elle était trop nerveuse et inquiète pour supporter d’être allongée, elle devait garder l’œil sur la porte du bâtiment, guetter son âme sœur.
-D’accord, je vais chercher quelqu’un qui vous soutiendra, juste une minute.
Sa prise se referma sur lui, comme Oliver, elle ne voulait pas qu’il se jette à nouveau dans le danger. Et une part d’elle était complètement affolée et terrifiée de ne plus sentir ses jambes et avait besoin d’une présence protectrice à ses côtés. Oliver l’avait su avant elle.
-Ne me laissez pas seule avec un inconnu. S’il vous plaît.
Alan plissa les lèvres et pendant un instant, elle crut qu’il allait refuser, mais il rendit les armes devant sa détresse évidente et s’assit à ses côtés, passant un bras dans son dos pour la soutenir. Il lui demanda si elle était à l’aise, et elle s’appuya un peu plus contre lui avant d’acquiescer. Son épaule l’élançait, et ses poumons et sa gorge étaient encore gênés par le goût âcre de la fumée, mais elle pourrait patienter comme ça aussi longtemps qu’il le fallait pour revoir son mari.
Devant elle, l’office de jeunesse offrait un triste spectacle. D’énormes fissures craquelaient la façade, les flammes sortaient par deux des fenêtres de l’étage, la porte avait été soufflée et des débris jonchaient le sol. Des blessés sortaient encore au compte-goutte et elle pria pour qu’Oliver ne reste pas longtemps cet enfer.
Lorsque les sirènes des pompiers se firent enfin entendre, elle réussit à esquisser un petit sourire. Les renforts étaient là, Oliver serait bientôt à ses côtés.
