Chapter Text
A 6 ans, Anthony se considérait comme un petit garçon chanceux. Il avait ses parents adorés, Edmund et Violet Bridgerton, le Vicomte et la vicomtesse. Il avait son frère Bénédict qui allait avoir 5 ans et qui était son meilleur ami pour la vie et sa maman venait de donner naissance à son deuxième frère Colin. Le bébé était joufflu et avait plein de cheveux.
Edmund avait assis Anthony dans le grand fauteuil et avait posé le bébé dans ses bras en lui disant « Tu seras un grand frère attentionné et gentil Anthony. Tu prendras soin de ton petit frère. Bénédict et toi êtes mes seconds pour prendre soin de la famille ».
Anthony avait hoché la tête et avait promis à son papa.
A 10 ans, Anthony et Bénédict s’occupaient de leu petit frère et de leur petite sœur Daphné. Il obligea Bénédict à faire un pacte « Répètes après moi Bénédict : Nous jurons de protéger notre petite sœur contre tous les garçons qui voudraient lui faire du mal et de les défier en duel s’ils lui manquent de respect ».
Bénédict avait juré en levant la main droite « Je jure ». Anthony avait une nouvelle fois hoché la tête, ramassant Colin qui s’accrochait à sa jambe. Colin avait regardé ses deux aînés « Je jure » avait-il dit lui aussi. Anthony avait souri en voyant la mine sérieuse du petit garçon.
Cette année là sa maman donna naissance à Eloïse. Le bébé pleurait fort et Bénédict en se penchant sur le berceau avait conclu « Pas besoin de la protéger ses cris feront fuir tous les prétendants ».
La naissance de Francesca avait été une drôle d’affaire. Anthony avait 12 ans, enfin presque 12 ans. Sa maman avait expliqué à son amie Agatha qu’elle n’avait pas vu qu’elle était enceinte. Elle ne l’avait découvert que très tard. Pas de symptômes et pas de ventre gonflé. Lui et Daphné écoutaient la conversation, cachés dans le petit salon. Daphné avait demandé ce qu’était un symptôme et Anthony lui avait expliqué que c’était comme avoir de la fièvre quand on attrape froid. La fièvre est le symptôme.
Francesca était venue au monde, sans pleurer (contrairement à Eloïse) et sans faire de bruits. Violet avait dit que c’était l’accouchement le plus rapide de la création depuis Adam et Eve.
Violet rencontra les nouveaux voisins d’en face, à peu prés à cette période. Le Baron Featherington vint rencontrer le vicomte accompagné de son épouse, Portia et de leurs deux filles Prudence, qui était de l’âge de Bénédict et Philippa qui était de l’âge de Colin.
« Combien avez-vous d’enfant Lady Bridgerton » avait demandé la baronne qu’Anthony n’aimait pas. Son parfum était trop fort. Elle riait trop fort et sa robe lui donnait mal aux yeux.
« Six enfants très chère. Trois garçons et trois filles avec le bébé qui vient de naitre ».
« Oh Une grande famille dites-moi ». Portia avait eu un sourire pincé.
« Et vous-même ? »
« J’ai mes deux beautés Prudence et Philippa. Elles me comblent de bonheur ».
Les deux filles, fagotées dans des robes qui les faisaient ressembler à des sapins de noël étaient vulgaires pensa Anthony. Il n’aurait pas dû penser cela. Elles étaient des demoiselles. Mais il ne les aimait pas trop. Il vit la grimace de Bénédict et comprit qu’il n’était pas le seul à penser cela.
Les Featherington devinrent des habitués de Bridgerton House. Les jours où les trois dames venaient, Bénédict fuyait car il sentait, en dépit de son jeune âge, que Portia Featherington faisait des plans sur l’avenir entre lui et Prudence. Il s’enfermait dans l’atelier que personne n’utilisait et commença à dessiner.
Anthony et Bénédict étaient partis à Eton et avaient confié la protection des frères et sœurs à Colin. Grégory était né alors qu’Anthony finissait le collège. 16 ans, l’âge des premiers amours et des premiers émois.
Edmund lui avait expliqué qu’il était un gentleman et qu’il devait être un homme qui se comporte bien avec les demoiselles. Anthony avait écouté son père. Il savait qu’il pourrait aller au bordel quand le moment viendrait et qu’en dehors de ces maisons closes, son comportement devait être irréprochable.
C’est pendant les vacances que Colin qui entrerait à Eton l’année suivant lui confia un secret « Je crois qu’il y a un fantôme chez les Featherington ».
« Colin, les fantômes n’existent pas. A ton âge ! »
« Alors reste avec moi et tu verras. Quand les dames partent chez la modiste et que le Baron n’est pas là, un fantôme se promène dans la maison d’en face ».
Intrigué, Anthony accepta de surveiller la maison du Baron. Un après-midi, il vit Colin débouler dans sa chambre et le tirer par la manche. « Ils sont partis, viens voir par toi-même ».
Colin s’installa à la fenêtre de sa chambre et prit les jumelles que ses parents utilisaient pour L’opéra. Anthony qui avait entrainé Bénédict avec lui, regardait par la fenêtre et ne nota rien de particulier.
20 minutes s’écoulèrent « Colin. Nous n’avons pas de temps à perdre » releva Anthony.
« Regarde » Colin lui montra le rideau qui bougeait à la fenêtre d’en face.
« Il y a un courant d’air … très bien » commenta Bénédict.
Colin tendit les jumelles « Non il y a plus que ça »
Bénédict prit les jumelles et poussa un « Oh ». Il donna les jumelles à Anthony qui regarda vers la maison d’en face. Il vit une petite main s’appuyer sur la vitre puis une touffe de cheveux roux. Les cheveux disparurent sous une masse de tissu blanc et la masse apparut à la fenêtre immobile.
Bénédict pouvait la voir sans les jumelles.
« Vous voyez. » demanda Colin, excité.
« Oui » répondit Anthony.
« Il y a un fantôme qui regarde par la fenêtre des Featherington ».
Anthony en parla à son père. Edmund leva un sourcil très haut. « N’était-ce pas l’une des filles qui jouaient ? »
« D’après Colin elles étaient sorties avec Lady Featherington ».
« Peut-être l’un des enfants d’un domestiques. Les Featherington n’ont que deux enfants »
« L’enfant aurait les cheveux aussi roux que ceux de Prudence et Philippa, Papa ? » Anthony se pencha en avant, le regard suspicieux.
« Te souviens-tu ce que je t’ai expliqué sur le code d’honneur d’un gentleman ? »
« Bien sûr » Anthony savait de quoi parlait Edmund.
« Archibald Featherington a une réputation épouvantable mon garçon. Peut-être a-t-il pris des libertés avec une bonne et elle aura eu un enfant ».
« Oh je n’avais pas pensé à cela ».
Edmund expliqua à Colin que non il n’y avait pas de fantômes, et que regarder la maison des voisins avec des jumelles n’était pas digne d’un gentleman.
Anthony découvrant les joies de côtoyer des filles oublia l’affaire du fantôme. Des années plus tard, il s’en voulut. Mais le passé ne pouvant être changé, il préféra se tourner vers l’avenir.
A 18 ans, le monde d’Anthony s’écroula. Edmund mourut subitement, propulsant Anthony à la tête de la vicomté et lui donnant la responsabilité de gérer sa famille et le dernier bébé de la famille, Hyacinthe.
Il passait des heures au milieu des responsabilités et des contraintes sociales. Il était étouffé par tout cela et par les attentes de sa mère qui commençait à le pousser sur le marché du mariage. Anthony était un débauché. Il savait que son père désapprouverait son comportement. Mais Edmund était mort et Anthony pouvait faire ce qu’il voulait sans que personne ne puisse le contraindre à arrêter de coucher avec des filles, même en dehors des bordels.
Un soir, il était enfermé dans sa chambre. Il avait eu une dispute avec Daphné qui devait faire ses débuts. Elle l’avait accusé de lui gâcher la vie, de l’empêcher de se faire courtiser par l’homme qu’elle voulait.
Daphné pensait savoir mieux que lui, l’homme qui lui conviendrait. Que connaissait-elle des hommes ? Anthony savait de quoi ils étaient capables. Il savait, il était de cette trempe des hommes à la réputation sulfureuse.
Il était contrarié et observait par la fenêtre, les femmes Featherington partir en calèche. Un rendez-vous chez la modiste, certainement pensa Anthony.
C’est alors qu’il la vit. L’espace d’une seconde il repensa au fantôme de Colin. Une jeune fille à la fenêtre. Elle colla son visage à la vitre et Anthony releva la couleur de ses cheveux. Il plissa les yeux pour mieux voir. Sapristi où était les jumelles qu’il utilisait pour regarder les oiseaux quand il sortait avec Gregory ?
Il se dépêcha de les chercher, espérant que la jeune fille serait toujours à la fenêtre. Sa présence était intrigante. Anthony trouva ce qu’il cherchait et revint à la fenêtre. A travers, les jumelles, il vit la jeune fille de petite taille. Elle ne semblait pas habillée comme une servante (Anthony se souvenant de l’hypothèse d’Edmund). Il fut intrigué quand il vit Varley, la gouvernante de la maison Featherington faire une révérence à la jeune fille avant de quitter la pièce. Les rideaux furent tirés et Anthony se demanda « Mais qui es-tu ? »
Il imagina une cousine de la famille. Lady Featherington n’avait-elle pas évoqué la venue d’une cousine éloignée qui devait faire ses débuts en même temps que Prudence et Philippa.
Ce soir-là, autour de la table, il écouta sa mère et Daphné converser sur la présentation du lendemain.
« Tu feras tes débuts en même temps que les filles Featherington ».
« Evitons le sujet mon frère » dit Daphné en faisant une grimace.
« Pourquoi cela ? » Anthony posa un coude sur la table pour poser sa tête dans sa main et écouter attentivement sa sœur.
« Elles sont horribles. Je suis désolée de le dire. Mais Lady Featherington a fait de ses filles de vrais pestes ».
« Daphné ! Ton langage » s’offusqua Violet.
« Je m’en moque mère. Elles se moquent des autres débutantes qui sont différentes d’elles et c’est intolérable ».
« Différentes ? » Bénédict s’intéressa à la conversation.
« Emma Wiltromp est un peu ronde et ces filles lui ont dit qu’elle ne trouverait jamais de mari car elle était hideuse. La pauvre Emma a fini en larmes ».
« Emma ? la sœur de Charles ? » demanda Colin.
« Oui »
« Elle a des yeux verts magnifiques je trouve ».
« Je suis d’accord » Anthony n’aurait certainement pas évoqué devant les filles de la famille que les courbes généreuses étaient à son goût. Même si son amante du moment, Sienna, était plus mince que les filles qu’il côtoyait habituellement, Anthony aimait les femmes pulpeuses ».
« Les Featherington n’accueillent-ils pas une cousine qui doit faire ses débuts » intervint Eloïse.
« Oui Marina Thompson » répondit Violet.
« Sait-on à quoi elle ressemble ? » Anthony se tourna vers sa mère.
« Non. Elle vient de la campagne ».
Alors, la jeune fille à la fenêtre était Marina Thompson pensa Anthony. Une petite voix se fit entendre dans le cerveau d’Anthony « Mais si c’était Marina, pourquoi n’est-elle pas allée à la modiste avec Portia ».
Une petite voix bien vite oubliée alors qu’Anthony décida de rejoindre Bénédict chez White’s et qu’il retrouverait ensuite Sienna.
