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Furihata avait peur de tout. Il avait peur que son réveille ne sonne pas le matin, du chauffeur de bus dont le regard noir lui donnait des cauchemars et une fois il avait même failli crier en voyant un mouvement brusque dans le couloir du lycée lui avant de se rendre compte que c'était que son ombre (ce n'était pas son moment le plus glorieux). Il était un trouillard et il avait eu du mal à l'accepter, mais maintenant il s'y était fait. C'était même un sujet dont il riait et sur lequel ses amis proches le taquinaient. Il pleurait devant des films d'horreur au cinéma et refusait de dormir seul chez lui, s'arrangeant toujours pour aller chez un ami si sa famille n'était pas là. Il avait beau approcher de la majorité, il n'en restait pas moins le plus gros trouillard de son entourage (même ses petits cousins de huit ans étaient plus courageux).
C'était la raison pour laquelle il n'avait aucune honte à admettre qu'Akashi le terrifiait. Ses propres amis de longue date le trouvaient intimidant et Furihata trouvait ces amis-là intimidants, alors Akashi ? Absolument terrifiant. Et leur première rencontre n'avait fait qu'amplifier ce sentiment. Désormais, quand il faisait des cauchemars, ce n'était plus les yeux sombres du chauffeur de bus qu'il voyait, c'était le regard pénétrant d'Akashi qui l'empêchait de hurler à la mort.
La seule chose qui le rassurait était de savoir qu'il pourrait passer la plupart de sa vie à l'éviter. Mis à part pour le basket, il n'avait aucune raison de côtoyer Akashi et après le fiasco qu'avait été leurs retrouvailles à l'anniversaire de Kuroko, il s'assurait toujours qu'il n'était pas présent si on lui proposait une sortie. Les autres joueurs de Seirin partageaient un peu ce sentiment et même si Kuroko semblait attristé de voir que ses anciens amis et ses nouveaux amis s'évitaient, il ne forçait pas les choses.
Furihata lui en était extrêmement reconnaissant, tellement qu'il aurait pu l'embrasser, mais à cet instant il avait juste envie de pleurer toutes les larmes de son corps jusqu'à ce qu'il s'assèche et tombe en poussière. Cette mort très certainement douloureuse serait tout de même plus agréable que passer une seconde de plus avec Akashi dans cette situation.
Cette situation faisait de toute évidence référence au fait qu'ils étaient à probablement plusieurs centaines de mètres dans le ciel, tous deux coincés dans une montgolfière qui vacillait dangereusement de droite à gauche (et parfois même de haut en bas !)
Il ne savait pas comment il en était arrivé là.
Vraiment.
Ce n'était pas un euphémisme qu'il pourrait ensuite étoffer avec une histoire complètement rocambolesque.
Il ne savait absolument pas comment il était arrivé dans cette montgolfière. C'était le trou noir complet. Il s'était juste réveillé... là. Avec Akashi
Il était donc coincé dans une montgolfière avec comme seul compagnon son pire cauchemar qui était aux commandes et qui semblait tout à fait savoir ce qu'il faisait (de toute évidence Akashi savait tout faire). Il semblait d'ailleurs s'amuser, si on en croyait son léger sourire (que Furihata voyait plus comme un rictus démoniaque qui lui promettait mille et une douleurs). Furihata, lui, ne s'amusait clairement pas autant.
Il était accroupi dans la nacelle, ses jambes l'ayant lâché au décollage et il refusait de se redresser pour voir le paysage.
- C'est vraiment dommage, répéta Akashi pour la centième fois au moins. La vue d'ici est magnifique, Furihata.
Le fait qu'il connaisse son nom était une autre raison qui lui donnait la nausée (en plus d'être beaucoup trop loin de la terre ferme). Pourquoi le connaissait-il ? Comment avait-il retenu son nom à lui, joueur insignifiant de Seirin qui n'avait pas joué plus de cinq minutes contre lui ? Certes, il avait marqué un panier, un pauvre malheureux panier qui avait surpris tout le monde sur le terrain (et hors du terrain), mais cela méritait-il qu'on se souvienne de lui ?
(Sa fierté lui hurlait que oui, il avait marqué contre le grand Akashi, il pouvait bien se jeter des fleurs, mais la partie rationnelle de son cerveau lui rappelait qu'il valait mieux qu'Akashi oublie jusqu'à son existence s'il voulait vivre une vie paisible.)
- Tu devrais regarder.
- Merci, mais sans façon.
Il était presque sûr qu'après sa réponse il entendit Akashi rire, mais il n'osa pas lever les yeux pour savoir si c'était réel ou si ce n'était que son imagination. Et puis de toute façon, si Akashi se moquait de lui, il n'allait certainement pas s'indigner alors qu'il pourrait très bien le jeter de la nacelle et le regarder s'écraser lamentablement par terre.
(Il était presque certain qu'Akashi ne le ferait pas, mais il avait essayé de poignarder Kagami lors de leur première rencontre alors il préférait ne pas tenter le diable.)
Soudainement, il sentit son cœur bondir hors de sa poitrine lorsque la montgolfière sembla descendre bien trop brusquement avant de remonter aussitôt, comme si... comme si Akashi perdait le contrôle. Cette fois-ci il releva immédiatement la tête pour regarder l'autre garçon qui semblait concentré sur ce qu'il faisait.
- Pardon. Il semblerait que je ne sois pas aussi à l'aise que ce que je pensais.
Avant même qu'il ne puisse hurler, une secousse légère mais terrifiante se fit ressentir et il s'agrippa à la première chose qui lui tombait sous la main.
Le pantalon d'Akashi.
- Oh. Si tu as besoin d'aide pour te relever, il suffit de demander.
Il laissa Akashi l'aider à se mettre debout (de toute façon il avait trop peur pour lui dire qu'il préférait rester assis) et alors qu'il sentait qu'il allait se mettre à pleurer, il remarqua à peine Akashi passer un bras autour de sa taille... puis diriger ses propres mains autour de son cou pour qu'il puisse s'agripper à lui au lieu de ses vêtements... et il allait mourir dans les bras d'Akashi. C'était à la fois terrifiant et... non, c'était juste terrifiant.
(Alors qu'il se concentrait pour retenir ses larmes, il ne remarqua absolument pas le sourire satisfait de son compagnon.)
