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Chute libre

Summary:

Où la relation entre Leon et Luis lui sauve la vie, comment, et les conséquences qu'elle apporte.

Notes:

Mariage : fait
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Work Text:

- Tu hurlais tout du long, Luis.

- Allons, Sancho. Je t'ai vu sourire.

- Je grimaçais.

- Tu souriais, et plus qu'un peu.

- Eh bien la prochaine fois que tu veux nous emmener dans des montagnes russes, choisis un circuit qui est entier et avec un arrêt à la fin.

- C'est toi qui a dit de sauter du wagon sans compte à rebours ! J'ai encore mal partout, tu sais !

- Tu avais déjà mal partout avant.

- Ça, c'est aussi ta faute, querido .

Leon sourit réellement cette fois, parce qu'il a raison. Lui-même n'est que légèrement courbaturé, mais la constitution de Luis est autrement moins bonne que la sienne. Ça lui apprendra à lui sauter dessus à tout bout de champ. Même si la dernière était plutôt de son fait à lui.

Il passe devant Luis pour sonder les alentours à l'aide de sa lunette de fusil, satisfait de ne détecter aucun insecte entre eux et le monte-charge de l'autre côté des tunnels. Il revérifierait dans quelques mètres, mais à eux deux, ils ont fait un ménage meurtrier dans les mines. L'Espagnol lui caresse la main, souriant.

- Mon fidèle écuyer. Aucun danger ne menace plus ton preux chevalier ici, et si tu veux, j'ai même un raccourci pour nous.

- Ça inclut de prendre cet ascenseur, j'espère ?

- Heu... pas tout à fait. Mais il y a des cordes !

Leon soupire, mais cède une nouvelle fois, évidemment. La connaissance de Luis des souterrains lui a été précieuse et lui a fait gagner un temps fou par rapport à s'il avait dû explorer tout ça seul ; il peut lui faire confiance, même si ça implique de laisser tomber le confort d'un monte-charge pour crapahuter dans les ravins. Après tout, c'est lui qui est fatigué, pas Leon.

Il le suit donc dans un boyau latéral qui semble partir vers l'ouest, et qui débouche rapidement sur un gouffre vertical parsemé de plate-formes rocheuses. En levant la tête, Leon ne voit pas le plafond. Il se tourne vers Luis, incrédule.

- Tu sais que je n'ai pas de grappin ?

- Ne t'en fais pas, querido . Tout est prévu.

Il le mène de côté, longeant l'abîme d'une façon qui noue les entrailles de Leon quand il voit ses chaussures à semelles lisses si près du bord... mais de l'autre côté de la roche courbe, dans un recoin, il y a une série de planches et de cordes. Luis en attrape une qui pend et tire dessus, testant la solidité.

- Tu es sûr que tu sais ce que tu fais ? demande Leon, guère rassuré de voir la poussière qui tombe de là-haut.

- Normalement, oui.

- En quoi est-ce que c'est mieux que le monte-charge ?

- C'est une sortie de secours d'urgence. Pendant l'excavation, ce n'était pas sûr, et j'étais, hum, trop précieux pour me mettre en danger. Le seul scientifique qualifié, le pilier du projet. Mais je voulais tout de même sélectionner les spécimens moi-même ici, alors Saddler m'a mis ces poulies à disposition pour ressortir très vite en cas d'éboulement.

Leon l'écoute sans mot dire, touché. Luis a du mal à parler de tout cela, et ne lui aurait jamais expliqué ni montré ce passage s'il n'avait pas aussi bien réagi quand il a avoué son véritable rôle dans la situation avant les wagons.

- Et tu ne l'as jamais utilisé, et tu n'as pas pu résister cette fois ?

- ¡Exactemente! Et maintenant, on va voir s'il avait raison et que c'est presque instantané. Ça a l'air très drôle. Par ici pour la suite des montagnes russes !

- On va se rompre le coup, grommèle Leon en prenant la corde que tient Luis.

Il y a un disque de bois que la corde traverse en son centre, sur lequel Luis et Leon placent leurs pieds. Pressentant déjà ce qui va se passer, l'agent plie légèrement les genoux et s'accroche fermement. Il passe également un bras derrière le dos de Luis pour l'assurer. Ce dernier est en train de chercher à tâtons dans la paroi de roche derrière lui, et Leon entend le grincement d'un vieux levier, un son qu'il commence à bien connaître.

Aussitôt, la petite plate-forme est projetée dans les airs, tirée par la corde qui remonte à toute vitesse. Luis pousse un cri mais ne lâche heureusement pas prise. Leon regarde déjà en l'air. Ils vont effectivement à toute vitesse. Le levier doit avoir libéré un poids là-haut. Et en effet, il voit un gros rocher ficelé passer près d'eux, ce qui lui apprend qu'ils sont déjà à mi-hauteur. Il voit à peine les multiples strates de roche saillante qui ressemblent à des champignons géants bordant cet immense puits naturel.

Contre lui, Luis pousse des exclamations ravies comme s'il était réellement sur une attraction d'un parc, accroché à la corde d'une main et à Leon de l'autre. Celui-ci a le temps de regarder ses cheveux qui battent au vent, et son sourire éclatant, ses dents blanches ressortant contre son visage foncé dans la pénombre des souterrains. Il se prend à sourire aussi en le regardant. Ça lui arrive souvent quand Luis est d'aussi bonne humeur ou rit de ses propres plaisanteries. Il a davantage souri depuis son arrivée à Valdelobos que depuis Racoon City.

L'arrivée est moins amusante. Le contrepoids a été mal calculé, et la plate-forme claque sous leurs pieds quand il atterrit enfin en bas, les déséquilibrant. Ils sont arrêtés dans le vide, sous un quai de planches vermoulues, près du plafond étançonné. Une lanterne éclaire à peine les environs au-dessus.

Reprenant leur souffle, les oreilles bouchées, les deux hommes se hissent le long de la corde jusqu'à la poulie, et doivent sauter sur le quai en priant pour qu'il tienne bon. Leon se dépêche de les tirer à l'abri dans la partie en pierre sans attendre de voir si les planches vont céder. Luis lui atterrit dans les bras en riant.

- Tu vois que ça valait le coup ! Toi qui veux toujours aller plus vite !

- J'ai toujours une gamine à ramener chez elle, signale Leon en le stabilisant. Mais je ne sais pas si les quelques minutes qu'on a gagné par rapport au monte-charge valaient vraiment de me faire tomber le cœur dans l'estomac.

- Ah, Sancho, tu es bien placé pour savoir que quelques minutes peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Viens, je pense que c'est par là.

Il l'entraîne dans un des tunnels qui s'ouvrent devant eux, et en effet, il y a une porte au bout, qui s'ouvre sur une petite pièce de contrôle au fond vitré. Des entrepôts et étagères de caisses d'ambre sont visibles en contrebas, à travers le verre sale. Leon avance sur la mezzanine de métal industriel, regardant les environs avec vigilance. Les vieilles machines rouillées qui encombrent l'endroit ne lui plaisent pas. Il doit y avoir des ganados par ici.

- Tu étais le seul scientifique ?

- Bien sûr ! Tout ce que savent faire les autres, je leur ai appris moi-même.

- Pourquoi ?

La question est sortie toute seule, mais Leon la regrette en voyant Luis se crisper, sa main blanchissant sur la rambarde.

- Parce que je suis un scientifique fou, querido .

- Tu n'as pas besoin de répondre si tu n'as pas envie.

Luis descend les quelques marches qui mènent dans la pièce et parcourt les machines à l'arrêt sans les voir. Leon le suit.

- Tu aimerais que je te dise que je n'avais pas compris ce que faisaient Los Illuminados, comme pendant mes années chez Umbrella où j'ai été jeune et stupide. Mais non. Cette fois, je savais.

Leon le rejoint sans faire de bruit, attentif à leurs environs pour deux, car Luis, plongé dans ses souvenirs, ne fait pas attention. Il se tourne vers lui et s'adosse à un plan de travail, le regardant dans les yeux.

- Je voulais comprendre ce qui a tué mon abuelo , en premier lieu. Je voulais tout savoir sur las plagas. J'ai travaillé sur les échantillons, je les ai cultivés, soumis à des tests, des modifications, des façons de les affaiblir ou de les renforcer. Puis Saddler a commencé à injecter mes meilleurs résultats dans les villageois... et ma première réaction en voyant cela a été la satisfaction. J'avais l'impression de me venger.

Sa voix ne tremble pas et il ne cherche pas à enrober ses mots. Leon apprécie cela. Il préfère les faits, la logique, la vérité, dans toute sa laideur et son pragmatisme. Il ne veut pas juger Luis pour ses actes ou ses émotions ; seulement le comprendre. Voyant que Leon se contente de hocher la tête, l'Espagnol se détourne et regarde par les endroits de la baie vitrée qui sont encore transparents.

- Mais évidemment, les choses ont vite empiré. Le fanatisme a envahi le village... et Saddler... il a absorbé le parasite dominant que j'avais créé comme garde-fou, et tout le projet a sombré dans l'obscurantisme le plus total. J'étais dépité et écœuré. J'étais dans un mauvais état à cette période. Il a fini d'infester tout le monde, y compris les membres du projet, y compris moi – et j'ai dû accepter, sous peine qu'ils se retournent contre moi, et d'être probablement sacrifié. C'est là que j'ai développé le suppresseur, qui empêchait Saddler de me contrôler, et que j'ai pu mettre au point ma machine à opérer las plagas.

Leon s'est approché de lui et lui passe un bras autour du dos en silence. Il réalise qu'il est probablement le premier étranger à qui Luis raconte cette histoire sordide. Leon a enfin toutes les informations sur le vécu de ce village assis sur une mine d'ambre, qui vient mettre en corrélation les documents qu'il a trouvés. Tout part de, et revient à, Luis Serra Navarro, l'enfant prodige de Valdelobos.

- Ça craint, finit par dire laconiquement Leon.

Luis laisse échapper un ricanement amer, et appuie sa tête sur l'épaule de Leon. Devant eux, en contrebas, la plate-forme de chargement et de stockage encombre une ample cavité. Leon resserre sa prise sur son compagnon et le serre contre son flanc. Il est en colère. Pas contre Luis ; contre Saddler, et contre le genre de projet horrible qui corrompt des scientifiques aussi doués que Luis, qui pourraient utiliser leurs compétences pour améliorer le monde à la place.

Ce dernier se tourne contre lui et l'enlace par le côté, enfouissant son visage dans son cou. Pris de cours, Leon ne le lâche pas. Il a l'impression d'être l'ancre de cet homme tourmenté, son nouveau pivot, son roc sur lequel il s'autorise à s'appuyer, et la sensation est nouvelle et grisante. Il lui caresse le dos, ses doigts glissant sur le cuir usé et rayé de sa veste.

- Et maintenant ?

- Maintenant, je suis toujours passionné par la biologie et les parasites... et j'ai encore envie de déménager et continuer à étudier des organismes inconnus et dangereux. Mais comment faire ça sans que mes recherches finissent inévitablement dans les mains des mauvaises personnes ?

- Il y a des organismes gouvernementaux qui luttent contre ça, tu sais.

- Ce sont les pires, querido .

Leon ne le détrompe pas. Il ne connaît pas de gouvernement qui refuserait une technologie capable de leur donner un ascendant sur les autres pays... et toutes les équipes qu'il connaît qui luttent contre le bioterrorisme sont subventionnées.

Luis tourne la tête pour lui déposer un baiser dans le cou, qui fait frissonner Leon. Il allait manifestement continuer dans cette voie, quand il relève soudain la tête pour regarder plus attentivement par la baie vitrée.

- Ah, mierda. Pas de repos pour les braves. On nous attend.

Leon suit son regard et découvre un homme massif accroupi dans les poutres devant l'arrivée du monte-charge. Quelqu'un leur tend une embuscade, qui s'attend à les voir sortir de là ; mais grâce au "raccourci" de Luis, ils l'ont vu le premier.

- Il est seul ?

- Oui, et je crois que je vois lequel c'est. Un ancien militaire qui travaille avec Saddler. Krauser.

Leon sursaute violemment en entendant ce nom.

- Le major Jack Krauser, des US-SOCOM ? C'est impossible ! Il est mort en Amérique du Sud il y a des années.

- Je suis désolé, Sancho. Il est bien vivant, et il est à ma poursuite depuis des jours.

 

Il faut beaucoup plus d'explications de la part de Luis pour que Leon revienne de son choc et finisse par accepter le fait que son mentor a trahi les États-Unis et a monté un groupe militaire indépendant. Ça explique trop de choses – notamment la présence incompréhensible de la fille du président américain en Espagne.

Et si Luis dit vrai, il est également ici pour le tuer.

Et Leon ne peut pas le laisser faire.

C'est donc avec un plan et la plus extrême prudence que les deux hommes quittent la pièce de contrôle pour le prendre à revers. Luis était d'avis qu'ils l'attaquent ensemble, mais Leon, lui, sait exactement à quel point le major est dangereux, et a été intraitable ; il le confrontera seul. Il est bien plus à même de lui tenir tête que Luis.

C'est donc sans lui qu'il s'avance par derrière, avec l'idée de le faire tomber au sol par surprise et le neutraliser sans avoir à le combattre de front. Mais évidemment, Krauser surveille ses environs et se retourne à intervalles irréguliers, et il n'y a pas assez de cachettes pour que l'agent arrive à échapper à sa vigilance. Puisque Leon est très visiblement en train de chercher à l'attaquer en traitre, Krauser ne perd pas de temps en vaines paroles et se jette sur lui, dégainant son couteau.

Le combat est vif et sans honneur. Le major n'a plus du tout le même style de combat qu'avant, et il est surnaturellement rapide. Leon ne cherche pas à le prendre à la loyale. Aucun des deux ne parle, concentré sur ses mouvements et ceux de l'autre. Les lames s'entrechoquent. Les pieds avancent et reculent, mais Leon recule plus que lui, désavantagé par le gabarit et ses réflexes trop aiguisés de son adversaire.

Puis un coup de feu part derrière Leon, et Krauser titube en arrière – juste assez pour que Leon le percute et le fasse tomber au sol. Il attrape le couteau qui tombe de sa main et le jette de côté, hors de sa portée, puis finit de le désarmer.

- Luis, bordel ! crie-t-il sans quitter Krauser des yeux. Je t'avais dit de ne pas intervenir !

Sous le major, une tâche de sang s'épanche. Luis l'a atteint vers le bas du dos, touchant sans doute un organe du ventre. En tout cas, ça fait assez mal pour que Krauser ne parvienne pas à se dégager de la poigne de fer de Leon.

- Luis Serra ! hoquette le major. Comme on se retrouve ! Il fallait vraiment que les deux mous du village s'acoquinent ensemble !

En effet, derrière Leon, Luis sort de l'ombre et s'approche d'eux, arme en main. Il est trop près pour être resté à la place qui était prévue à l'origine ; il avait donc déjà commencé à viser bien avant de tirer. Et si Leon doit être honnête avec lui-même, c'était un sacré beau tir. Il faut un peu de talent et des nerfs d’aciers pour toucher une cible mouvante si près de son amant.

L'Espagnol s'agenouille près des deux combattants et passe les ongles sur le front couturé de cicatrices de Krauser.

- Hazte a un lado, bichito.

Aussitôt, le major se détend sous Leon, qui se relève en grimaçant. Il se souvient un peu trop bien de la sensation que ça fait, et il se sent nauséeux à l'idée que Luis s'en serve sur un autre homme. Depuis le début, l'idée l'a rebuté, mais c'était leur meilleure chance. Il aurait probablement pu rivaliser avec Krauser au couteau, mais l'intervention de Luis lui a donné un avantage décisif. Il est furieux qu'il se soit mis en danger, mais plutôt que d'argumenter en vain, il sort une longueur de ficelle de son équipement et s'en sert pour neutraliser Krauser, qui a les yeux révulsés.

- Qu'est-ce que tu fais, Leon ? Il faut l'abattre. Il a un plaga dominant, que je ne peux plus lui retirer.

- Je vais le ramener aux États-Unis et le livrer à l'armée. C'est un déserteur et un criminel.

- Et laisser un exemplaire du parasite en vie et actif ? Je ne crois pas, Sancho. Rien ne doit quitter cette île. Je n'ai pas livré l'ambre à Ada. Il est encore temps d'isoler la contamination.

Leon se mord la lèvre sans cesser de ligoter son ancien mentor. Il ne peut tout de même pas lui loger une balle dans la tête comme un chien ! Mais Luis a raison aussi, et Krauser a rejoint le culte de Los Illuminados. C'est un ennemi, un parmi tant d'autres infestés, comme Leon en a éliminé des dizaines depuis son arrivée. Pourtant, il a du mal à dissocier le monstre qu’il est devenu du mentor qui l’a poussé à donner le meilleur de lui-même, à sa manière brutale et condescendante, mais efficace. Il sait qu’il devrait le pouvoir. Il a assez vécu et vu ce genre de chose pour le pouvoir.

Il se relève et jette le reste de la ficelle sur le torse du major.

- Laissons-le là, alors. Il est hors d'état de nuire.

- Non, querido . Son esprit peut encore nous nuire, même s'il est incapacité physiquement. Si tu ne veux pas le faire, pour ma part, je n'aurai pas tes scrupules. C'est sa vie contre la mienne.

Avant que Leon ait pu réagir, il plaque son Red9 contre la tempe de Krauser et tire. Le sang et les matières corporelles giclent sur le côté, en une gerbe rouge striée d'un noir peu naturel. Leon recule d'un pas alors que sa poitrine se serre comme dans un étau. Il l'a cru mort pendant longtemps, il a fait son deuil, il l'a retrouvé, et il le perd une seconde fois après avoir appris qu'il est passé à l'ennemi. Il serre les dents, choqué et dégoûté. Le même genre d'écœurement qu'a dû ressentir Luis en voyant son projet livré aux mains des fanatiques... il le regarde d'un air désabusé.

- Il est vraiment mort ?

- Presque.

Luis part ramasser le couteau de Krauser et palpe son torse jusqu'à s'arrêter sur un point précis entre les poumons. Puis il enfonce la lame et la tire de côté, la faisant s'incliner à l'intérieur. Le temps qu'il l'enlève, la peau de Krauser a viré au gris et un léger chuintement organique se fait entendre.

- Maintenant, le parasite est mort aussi et ne peut plus le sauver.

- À l'avenir, j'apprécierais qu'on discute de ce genre de chose au préalable.

- Je prends bonne note. Mais je ne m'excuserai pas.

- Je n'attendais pas d'excuses, grommèle Leon. Et tu avais raison, alors oublions tout cela et avançons.

Il récupère le couteau souillé de Krauser et l'essuie sur le t-shirt du mort. C'est une excellente arme, parfaitement entretenue et de bien meilleure facture que le couteau à cran standard de Leon. Il remplace donc le sien dans son étui, où il se clipse avec un petit déclic. Pas tant un trophée qu'un rappel, que Leon portera avec lui pour ne pas oublier de ne rien prendre pour acquis.

Ils repartent en silence vers le danger, l'extérieur et l'air frais. L'ambiance est morose. Leon ne sait pas comment gérer tout ce qui vient de se produire, et Luis ne semble pas savoir si Leon lui en veut ou pas. Il finit par reprendre la parole pendant que l'agent fouille dans les caisses à la recherche de quelque chose d'utile.

- Est-ce que ça remet en question, eh, ce qu'il y a entre nous ?

Leon soupire en empochant les munitions qu'il a trouvées, et se tourne vers lui. Il n’en veut pas à Luis ; il a simplement l’impression de ne pas avoir été à la hauteur de trop de choses.

- Non, ça ne remet rien en question. Tu peux continuer à me donner des petits noms tant que tu veux et me plaquer contre des murs aux moments les moins propices.

- Oui ?

Luis s'approche de lui et le pousse contre l’étagère avec une expression qui se rapproche assez de son habituel air aguicheur pour rappeler à Leon qu'il lui donne des papillons dans le ventre chaque fois qu'il fait ça. Ses mains se placent automatiquement de part et d'autre de ses hanches comme s'ils se fréquentaient depuis des années et non pas depuis quelques jours. Au lieu de l'embrasser, Luis se glisse contre son oreille et lui susurre :

- Je saurai m'en souvenir, corazón .

Leon expire un peu trop bruyamment l'air qui s'était bloqué dans ses poumons. La chaleur lui monte au visage. Luis s'écarte juste assez pour le regarder par en-dessous, et ce qu'il voit semble le troubler. Il tente un sourire hésitant.

- Tu as le droit de me donner des petits noms aussi, tu sais.

- Pas mon genre. Je préfère entendre les tiens.

- Je n'en doute pas.

Leurs lèvres qui s'approchaient lentement pendant cet échange se touchent. Luis penche la tête pour l'embrasser à son aise. Le cœur de Leon rate un battement, puis repart beaucoup trop fort pendant que le goût de Luis inonde ses sens. Il ne voit pas comment il va pouvoir se passer de cette intimité tellement juste s'il arrive à quitter cette île en un seul morceau, avec son objectif saine et sauve. Luis ne voudra pas venir. Il est trop fuyant, trop méfiant. Et Leon se brisera en mille morceaux qu'il passera encore quelques années à recoller dans un ensemble branlant.

Les deux hommes s’écartent pour pouvoir se regarder dans les yeux, trop longtemps par rapport à un simple coup ici et là, trop brillants pour une relation d’entraide en milieu hostile, trop intenses pour deux personnes qui se sont rencontrés si récemment.

Et Leon prend sa décision.

Il n’y aura pas de morceaux de lui à recoller cette fois.

 

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