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Bientôt la fille s'agrippant obstinément

Summary:

Elle n'est pas seule.

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Work Text:

"Encore sans dragon," dit Grand-mère. "Il est peut-être temps de trouver un nouvel oeuf. Peut-être un de la ponte de Syrax."

Rhaena n'en voulait pas un de la ponte de Syrax. Elle voulait que son oeuf éclose. Elle priait au-dessus de celui-ci avec des paroles de tendre chant maternellement enseignées.

Baela s'avança d'un pas. Elle était sûre que l'oeuf de Rhaena éclorait un jour.

"L'oeuf de Rhaena a la coloration de la Terreur Noire, Grand-mère ! Elle sera le prochain Aegon, lorsque l'oeuf éclora ! Je ne vous laisserai pas lui prendre cet oeuf !" dit Baela. Avec défiance. Mère aurait maîtrisé sa défiance, si Mère—

Grand-mère voulut parler à nouveau, mais elle secoua la tête et les laissa seules. Rhaena ne pouvait supporter de regarder le rictus de chagrin sur le visage de Grand-mère. Baela le pouvait. Baela claqua de la langue et suivit Grand-mère avec des pas précipités, impétueuse et défiante et tout de cœur comme toujours, refusant de permettre quelqu'un qu'elle aimait de faire son deuil seul.

Rhaena resta dans l'antichambre, s'agrippant à son oeuf, et lui chuchota à nouveau des paroles de tendre chant maternellement enseignées.

---

Elle ne pouvait trouver le sommeil. Elle se glissa en haut des escaliers de la tour, dans cette chambre silencieuse où avaient retenti des cris agonisés.

"Rhaena."

"Princesse."

"Tu ne dois pas m'appeler Princesse," dit Rhaenyra. "Nous sommes une famille, Rhaena."

Père aimait Rhaenyra. Mère, également, avait—

La chambre n'empestait plus de fièvre et d'agonie. Elle était stérile. Les cris s'émanaient en dehors de la tour cette nuit. Vhagar pleura.

"Viens ici."

Elle s'approcha de la Princesse. Rhaenyra était plutôt comme Syrax, son dragon. Telle une matrone. Elle ne possédait pas la minceur de Mère ou Grand-mère. Sa robe, somptueuse et brochée, n'aidait guère à dissimuler sa corpulence.

Ils disaient que le Conseil Restreint et la Reine moquaient Rhaenyra pour ses seins dégoulinants. Le Roi n'avait rien fait pour maîtriser les voix cruelles qui transformaient sa fille en risée.

De près, l'odeur de Rhaenyra était de lait et de bébé. Cela réconforta Rhaena. Elle se laissa tomber aux pieds de la Princesse et osa reposer sa tête contre la chaleur des jambes de Rhaenyra.

"Daemon est un homme bon," dit Rhaenyra doucement.

Mère disait cela également. Rhaena n'était pas sotte.

"Il est bon avec ceux qu'il aime," amenda Rhaenyra.

Cela, Rhaena savait, était la franche vérité. Elle souhaitait—

"Pourquoi le Roi n'arrête-t-il pas la Reine lorsqu'elle vous moque ?" demanda-t-elle doucement. Elle devait le savoir. Elle devait le savoir si elle serait pour Père ce que Rhaenyra était pour Viserys. Aimée en apparence et abandonnée dans le besoin.

La main de Rhaenyra vint caresser ses cheveux. Mère avait fait cela également, lorsque Rhaena ne pouvait trouver le sommeil. Mère avait toujours eu du mal à dormir. Une insomniaque. Mère n'avait jamais été moins joyeuse malgré sa privation de sommeil.

Rhaena avait entendu Mère crier et pleurer une seule fois. Cela avait été sur ce lit de fièvre. Tout était silencieux dans la tour. Dehors, Vhagar pleura.

"Si Daemon se remarie, il ne mariera pas une femme qui fera du mal à ses filles," dit Rhaenyra doucement.

Le Roi s'était remarié car le Conseil l'avait ordonné.

"La Reine fut jadis mon amie," continua Rhaenyra.

"La Reine ?"

"Oui. Elle était alors lady Alicent." Rhaenyra rit. Il n'y avait pas de gaité dans le son. "Son père l'envoya séduire mon père. Elle ne m'a rien dit. Un secret, jusqu'à ce que Père annonce sa décision de la marier."

Un secret avait déchiré la Princesse et la Reine, disaient-ils. La Reine et ses Verts traitaient la Princesse de putain.

"Puis elle se retourna contre moi car je lui ai menti sur le souvenir de ma mère dans un Bois-sacré."

Père et Mère n'avaient pas suivi la Foi des Sept. Que du spectacle, Père disait en dérision. Leurs dragons portaient des noms des dieux de l'Ancienne Valyria. Mère avait vu peu d'utilité dans les Dieux. Rhaena priait aux Sept pour son oeuf. Peut-être devrait-elle les abandonner également.

Rhaenyra avait menti à Reine Alicent dans un Bois-sacré, et avait juré sur le souvenir de sa mère.

"Auriez-vous pu lui faire confiance avec la vérité ?" demanda Rhaena.

"Non."

"Alors elle n'était pas une amie," dit Rhaena, surprise.

"Tu es aussi franche que ton père," répondit Rhaenyra. L'affection fit monter des larmes aux yeux de Rhaena. La main dans ses cheveux la caressa jusqu'à la quiétude.

Mère et Rhaenyra avaient été amies. Des cousines.

Père n'avait pas quitté Pentos depuis dix ans. Mère avait volé à Lamarck à dos de Vhagar avec Baela et Rhaena, de temps à autre, afin qu'elles puissent rencontrer leur famille et grandir en sachant qu'elles appartenaient à une famille. Rhaenyra et Laenor volaient pour voir Mère, et ils emmenaient Luc et Jaque avec eux. Rhaena aimait ses cousins. Elle n'aurait pas grandi avec eux, si Père avait eu ce qu'il voulait et les avait gardées à Pentos. Ils l'appelaient Rhaena de Pentos, car elle y était née. Mère s'était assurée qu'elle était également Rhaena de Lamarck.

"Père sera-t-il énervé ?" avait autrefois demandé Baela, lorsque Rhaenyra et Laenor et Mère les avaient tous emmenés à un pique-nique à Peyredragon.

"Il est seulement énervé lorsqu'on l'apaise," avait dit Mère. Rhaenyra avait ri et avait acquiescé en accord ironique et tendre.

Peut-être Rhaena devrait-elle défier Père plus souvent. Il aimait les défiants et les fougueux. Il évitait les dociles et les consciencieux.

Mère n'avait porté qu'une chevalière. Les doigts de Rhaenyra étaient ornés de bagues. Père portait des bagues également. Les ornements s'emmêlaient dans les cheveux de Rhaena tandis que la Princesse la caressait telle Mère l'aurait fait.

Où était Baela ? Avec Jaque et Luc ? Non, elle devait être avec son dragon. Père et Mère n'avaient pas enchaîné les dragons, comme ceux dans la Fossedragon le faisaient. Baela aimait dormir avec Danselune enroulée autour d'elle. Rhaena aurait aimé dormir dans le même lit que sa sœur, mais Danselune était un dragon possessive.

La porte s'entrebâilla alors.

Rhaena reconnut les bruits de pas. Elle ne pouvait se résoudre à lever les yeux. Mère ne se souciait pas que Rhaena dorme avec elle. Père appelait cela enfantin. Rhaena n'avait pas dormi depuis que Mère—

Elle enviait Baela, qui s'enroulait avec son dragon et dormait telle seulement une enfant couverte par un dragon le pouvait.

"Il fait froid et venteux ici," murmura Père.

Rhaena entendit alors le bruissement de son surtout. Il tomba comme une pluie de soie et laine autour d'elles, tandis qu'il enroula le tissu autour de la Princesse et elle. Parfois, si Rhaena et Mère s'étaient assoupies dans les premières heures de l'aube, lasses par une longue nuit d'insomnie, elles s'éveillaient et trouvaient le surtout de Père enroulé autour d'elles.

"Tu es contrariée," continua Père. "Qu'ai-je fait maintenant ?"

Rhaenyra soupira.

"Toi et moi savons que je ne possède aucune aptitude avec les mots," dit Père. Rhaena garda les yeux fermés étroitement. La frustration dans la voix de Père avait un tranchant qui l'effrayait. Cela n'avait pas effrayé Mère.

Cela n'effrayait pas Rhaenyra, car elle rétorqua audacieusement, "Père resta assis tel un idiot tandis qu'Alicent et les Verts me moquèrent pour mes seins dégoulinants. Il s'excusa plus tard. Toi et moi savons que je ne possède aucune aptitude avec les mots, dit-il."

"Rhaenyra—"

"Tu dis que tu n'es pas ton frère, Daemon."

Rhaena s'agrippa aux jambes de la Princesse lorsque les mains de Père vinrent à ses épaules en tendresse maladroite.

"Vas-y," dit Rhaenyra doucement. Elle se pencha pour presser un baiser chaleureux sur la joue de Rhaena et retira sa main des cheveux de Rhaena. "Donne-lui une autre chance, veux-tu ?"

"Fais-le," dit Père. Rhaena remarqua le chagrin et l'envie dans sa voix. "Donne-moi une autre chance."

Rhaena se demanda si il parlait à elles deux.

"Emmène-la en bas. Il fait froid et venteux ici," ordonna Rhaenyra

"Que fais-tu ici ?" demanda Père, imperturbable face à son ton.

"Pourquoi es-tu venu ici ?" demanda Rhaenyra à la ronde.

"Tu sais pourquoi."

Rhaenyra et Père vinrent dans cette chambre pour la même raison que Rhaena, pour la même raison qui causait Vhagar à pleurer seule dans la nuit, pour la même raison que Baela et Grand-mère et Grand-père étaient silencieux et broyaient du noir.

Père souleva aisément Rhaena dans ses bras. Il était maladroit avec les mots, avait-il dit. Il n'y avait de pas de maladresse dans son étreinte.

"Elle était mon amie," dit Rhaenyra sombrement. "Ma dernière amie." Elle soupira.

"Ta première amie, également," la corrigea Père.

"Alicent et toi étiez mes premiers amis."

"J'étais inquiet que tu dirais ça," dit Père, rieur. "Oh, Rhaenyra."

Son rire n'était pas cynique. Mère avait autrefois dit à Rhaena qu'elle appréciait Père parce qu'il refusait d'être cynique, malgré tout.

Rhaena osa placer ses mains en étreinte lâche autour de la nuque de Père. L'étreinte de Père autour d'elle se resserra. Il embrassa sa joue.

Sel et dragon et charbon. Il empestait de sel et dragon et charbon. Rhaena et Baela s'étaient tenues avec Jaque et Luc et Oncle Laenor, pendant que Grand-père étreignait Grand-mère, pendant que Rhaenyra parlait doucement à Père. Les bras de Père avait été pleins et tremblants. Il avait porté Mère au bûcher. Vhagar l'avait brûlée.

Rhaena ne pensait pas que Père aurait été capable de regarder si Rhaenyra n'avait pas été à ses côtés.

Rhaena était perdue dans le gouffre de son chagrin. Baela était plus altruiste. Baela réconfortait Grand-mère et Grand-père, du mieux qu'elle le pouvait. Rhaena demeurait centrée sur elle-même.

Il y en avait d'autres qui pleuraient Mère aussi.

Et Père s'agrippait à elle aussi fort qu'elle s'agrippait à lui.

"Vas donc, alors," dit Rhaenyra. "Je dois m'occuper des arrangements pour demain."

Les arrangements funéraires cérémoniels réalisés pour le cortège royal. Rhaenyra agissait à la place de Grand-père et Grand-mère et Père, s'occupant des aspects pratiques de la cour, pendant qu'ils étaient hébétés et endeuillés.

Le pouls de Père était faible à son cou. Il n'avait pas dû manger après—

Vhagar pleura seule.

---

Père était silencieux après qu'ils aient quitté Rhaenyra.

Rhaena souhaitait que Rhaenyra les aient accompagnés. Rhaenyra savait comment susciter des paroles de Père. Mère l'avait su également.

"As-tu mangé ?" demanda Père.

Rhaena secoua la tête. Elle n'avait pas faim.

Ils passèrent devant la salle du trône. L'ombre de Grand-père s'étendait longuement dans la lumière de la lampe, divisant le couloir.

Père ébouriffa ses cheveux avant de pénétrer la salle du trône.

"Corlys."

"Prince Daemon."

Grand-père appelait Père par son titre seulement quand il était furieux. Ce n'était pas la faute de Père. Père avait fait ce que Mère voulait. Ce n'était pas la faute de Père. Rhaena n'était pas Baela. Elle n'était pas défiante. Elle trouva une étincelle de défiance en elle, néanmoins, et leva la tête pour jeter un regard noir à Grand-père.

La fureur de Grand-père se transforma en chagrin. Cela laissa Rhaena nauséeuse.

"Je suis surpris que tu saches porter ton enfant," cracha-t-il.

"Toi et moi n'allons pas nous quereller ce soir," dit fermement Père. "Le cortège royal arrive demain. Nous devons nous montrer unis. Alicent et Otto ne doivent pas—"

"Comme tu oublies vivement mon enfant."

"Je ne me suis pas lavé, car je ne puis supporter d'être nettoyé de ses dernières traces." Les mains de Père se serrèrent autour de Rhaena. "Ma fille a faim. Et je sais que tu n'as pas eu de chère depuis—" Il se racla la gorge. "Viens avec nous, Corlys."

"Mon gardien, toi ?"

"Laisse-moi faire ce qu'elle aurait fait."

Corlys le foudroya du regard. Il se préparait pour une tirade, Rhaena pouvait le voir. Elle sollicita du courage et de la défiance elle-même, mais ne trouva que de la lassitude.

"Grand-père, s'il vous plaît."

---

Père ne les mena pas aux cuisines. Il ne les emmena pas dans la pièce à dîner. Au lieu de cela, il les mena dehors, à travers un passage utilisé seulement par les domestiques.

Grand-père avait montré à Baela et Jaque et Rhaena et Luc cette entrée autrefois, car il l'utilisait fréquemment pour atteindre les docks. Il aimait s'échapper aux docks lorsque le devoir l'accablait. Grand-mère avait un dragon. Grand-père avait la mer.

Ils n'étaient pas en direction des docks.

"Messire !"

Grand-père congédia les gardes Velaryons qui les approchaient.

Père les emmena en haut du mont sur lequel Caraxès gisait, enroulé telle une corde. Syrax était introuvable. Au-delà, Rhaena discerna une forme lourde qui pleurait. Le sol sous eux tremblait à cause du cri de dragon.

Il pleuvait. La pluie n'avait pas cessé depuis—

Le surtout de Père était drapé autour de Rhaena. La peau ébréchée de son cou était froide au toucher.

"Eh bien ?" demanda Corlys.

"Viens."

Père ne posa pas Rhaena. Elle s'agrippa à lui lorsqu'il gravit Caraxès. Puis il l'installa dans la selle avant de se tourner pour offrir sa main à Grand-père.

"Je t'aurais accompagné même si tu n'avais pas emmené l'enfant avec toi," lança sèchement Corlys.

"Dis l'homme qui a agi comme si j'allais assassiner la famille de ma femme dans leurs lits et m'enfuir avec Rhaenyra avant que le cortège royal n'arrive demain."

Caraxès s'élança dans l'air, fouettant à travers la tempête avec un cri jubilant. Rhaena s'agrippa à Père. Elle n'était pas effrayée de Caraxès, mais Caraxès n'était pas Vhagar. Vhagar avait toujours été prudente lorsque Mère avait volé avec Baela et Rhaena.

À travers la foudre et le balayage de la tempête ils volèrent. Rhaena rit, malgré tout, lorsque Caraxès commença à chasser la foudre en serpentant et ondulant. Père ne parlait pas à Caraxès telle Mère avait parlé à Vhagar, ou tels Baela et Luc et Jaque et Laenor et Grand-mère et Rhaenyra parlaient à leurs dragons. Mère avait dit que c'était car le lien entre Père et Caraxès était plus profond que celui de dragon et dragonnier. Rhaena souhaitait avoir l'audace de poser des questions à Père à ce propos.

Caraxès piqua. Rhaena cria et s'agrippa à Père. Elle pouvait entendre l'exclamation exultante de Grand-père.

Un cerf.

---

Trempés jusqu'aux os, réchauffés par de la chaleur de dragon, ils se blottirent dans une petite cave perchée sur un affleurement de pierre et regardèrent la tempête danser.

Ils mangèrent le cerf qu'ils avaient chassé.

"Elle allait chasser avec Vhagar," dit Père à voix basse. "Elle nous nourrissait avec le butin de sa chasse."

"De la chair cuite. Seuls les dragons et les humains mangent de la chair cuite," médita Grand-père.

Baela n'aimait pas la viande. Elle préférait le poisson. Mère avait préféré le poisson également. Pour Rhaena et Père, Mère chassait. Elle avait préféré les nourrir avec le butin de sa chasse. Rhaena et Père avaient mangé jusqu'au contentement pendant ces jours.

"Tel père, telle fille," disait Mère avec la plus profonde affection.

Rhaena se pressa contre Père. Son bras était lourd autour de ses épaules en tant que protection.

"Lorsqu'on se courtisait, Rhaenys m'offrait le butin de ses chasse," dit Grand-père. La foudre tailla du chagrin lumineux sur son visage. "Elle disait qu'Alysanne lui avait appris."

"Mère m'avait dit que Grand-mère lui avait appris," chuchota Rhaena.

"Et toi, Rhaena ?" demanda Grand-père. "Vas-tu faire perdurer leur tradition ?"

"Oui," promit-elle. Si son oeuf éclosait. Si elle devenait dragonnière. Si—

Vhagar pleura seule.

"Tu t'inquiètes de ce que je pourrais faire," dit Père. Rhaena s'agrippa à lui. "Tu devrais t'inquiéter de ce que Vhagar pourrait faire. Elle ne peut supporter la solitude."

"Tu abhorres la solitude également," bougonna Corlys. "Tu t'étais enfui à ton frère et à Rhaenyra, car tu te sentais seul aux Degrés de Pierre."

"C'était avant que ta fille fasse de moi un homme."

Grand-père se tut.

Rhaena avait entendu des récits à propos du passé de Père de la part de Mère et Grand-mère et Rhaenyra. Elle ne pouvait le reconnaître dans ces récits.

Vhagar pleura seule.

"Père."

Il émit un son en guise de réponse.

"Pourrions-nous chasser à nouveau ? Pourrions-nous apporter à Vhagar de la nourriture ?"

"Elle n'a pas d'appétit," dit Grand-père. "Les gardes lui ont amené une vache. Elle refusa de manger."

"Elle ne peut supporter la solitude," répéta Père. "Rhaena."

Il prononçait son nom comme si celui-ci portait une réponse.

Elle voulait que son oeuf éclose. Mère avait promis qu'elles pourraient voler ensemble, avec Baela et Rhaenyra et Grand-mère, après que l'oeuf de Rhaena ait éclos.

Elle voulait—

La main de Père vint à son front dans une caresse affectueuse.

Baela avait dit qu'elle nommerait son premier enfant après Mère.

Rhaena ne connaissait pas de certitudes comme Baela les connaissait. L'oeuf de Baela avait éclos. Et Rhaena chantait au sien le chant de prière que Mère lui avait enseigné.

Père empestait de charbon et de dragon et de sel. Grand-père l'observait comme si elle en était une autre. Vhagar pleurait seule.

Pouvait-elle—

"Mon oeuf n'a pas éclos," dit Père abruptement. Caraxès rugit un joyeux rugissement en réponse jubilante. "Je suis convaincu que Caraxès a trouvé les moyens de le saboter."

Rhaena rit et même Grand-père se fendit d'un sourire.

Pouvait-elle—

"J'étais le second né également," remarqua Grand-père. "Un chemin plus dur. Un chemin plus long. Un que j'ai dû paver avec mes mains nues et ma perspicacité."

Grand-mère et Mère et Rhaenyra et Baela étaient des premières-nées. Rhaena était la seconde. Elle siégeait dans un cercle de seconds-nés dans une cave sur un affleurement, tandis qu'un dragon pleurait seule. Ils avaient chassé et mangé de la chair cuite.

"Je revendiquerai Vhagar après les funérailles."

La tempête s'arrêta subitement. L'hurlement de dragon s'évanouit.

Père embrassa le sommet de sa tête. Grand-père se pencha pour lui tapoter l'épaule.

Elle n'était pas seule.

---

Au seuil de ses chambres, ils s'immobilisèrent. Grand-père s'était retiré. Le château était silencieux. Trois heures jusqu'au point du jour.

Le père de Rhaena se tenait à ses côtés. Le vaurien qui avait bravé la tempête était introuvable. Elle le regarda et vit un homme veuf et vidé et au bord de l'effondrement.

"Le cortège royal arrive aujourd'hui, Père."

Il acquiesça. 

"Vous devez être alerte. Vous devez être présentable."

Il ébouriffa ses cheveux. 

Il n'était pas un insomniaque telle Mère l'avait été. Le linceul du manque de sommeil trempé de chagrin était visible clairement sur lui.

Rhaena n'était pas Mère, mais elle savait ce qui devait être fait. Elle le mena à la chaise dans ses appartements. Elle alla alors chercher un des livres qu'elle avait volé de sa librairie. 

"Rhaena."

"Chut."

Elle lui lit à propos de l'Ancienne Valyria, à propos des foyers où les femmes vénéraient Vhagar, la déesse de la fertilité et de la maison.

"Je l'ai emmenée en Valyria." Sa voix tremblait. Il enfouit son visage dans ses mains. "Je ne l'aurais pas dû. C'est un endroit maudit."

"Elle nous a dit que vous l'aviez emmenée au bout du monde, que même les Dieux n'avaient pas vu les vues que vous lui avez montrées."

Son premier sanglot lui montra le fond de sa foi. Il lui faisait confiance. Il commença à pleurer pour Mère, pendant qu'elle regardait.

"Je ne vais pas—" dit-il. "Corlys avait tort. Il avait raison également. Mais je ne vais pas—"

"Rhaenyra aurait été le choix de Mère," dit Rhaena doucement. "Elle est mon choix aussi."

Il commença à pleurer à pleins poumons. Des sanglots désordonnées et rauques qui n'avaient ni grâce ni mélodie. Une vue laide. Un effondrement. Un qu'il ne pouvait se permettre dans trois heures, une fois l'arrivée du cortège royal.

Alicent et les Verts avaient moqué Rhaenyra pour les tâches de lait sur ses vêtements. Rhaena serra son père contre elle et le protégea du monde qu'il devait supporter dans trois heures.

"Tu ne devrais pas avoir à me voir ainsi. Je devrais être ton réconfort," dit-il avec des paroles rauques, sa voix dépouillée de suavité et de sang-froid et de toute autre chose par ses larmes.

Il pleurait telle Vhagar avait pleuré.

"Je dois t'envoyer à Pentos. Ce n'est pas sûr."

Baela était défiante et fougueuse. Père parlait aisément à Baela. Ils étaient semblables. Il ne savait pas comment parler à Rhaena. Dans les bras de Rhaena, il s'effondra et pleura Mère. Son chagrin était exacerbé par la crainte. Il craignait pour sa vie. Il craignait ne pas pouvoir la protéger.

"Que cela soit la guerre alors." Elle embrassa son front. "Vhagar et moi volerons avec vous."

Une fille s'agrippant obstinément avait jadis recherché le réconfort maternel. Une fille s'agrippant obstinément protégea son père tandis qu'il pleurait.

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