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Une Tache de Peinture sur le Recto

Summary:

Alors qu’il était piégé dans un Lumière ressuscité, Verso est expulsé de la toile avec Maelle, mais pas sans conséquences.

Notes:

Hello~

J’avais d’abord temporairement nommée cette histoire « Tiny Shoulder Angel Verso - The Beginning » Tiny Shoulder Angel Verso étant le nom de l'AU.

J'étais tellement impatiente de partager ce concept ! J'espère que vous l'apprécierez 🎶

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Sortir de la toile

Chapter Text

Verso était en train de dîner avec Maelle quand quelque chose le tirailla au plus profond de lui-même. Leur non-conversation s'interrompit, et un regard inquiet s'éclaira dans le visage de Maelle tandis que la tension soudaine faisait battre le cœur de Verso à toute allure. Il y avait une sensation nauséabonde dans l'air, comme si le monde perdait son équilibre. Quelqu'un interférait avec les fils délicats qui maintenaient la toile. 

 

Renoir avait-il perdu patience et appelé à l'aide ? Peut probable. Le chroma qui perturbait l'âme de Verso lui semblait étranger. Le monde vacilla et Maelle poussa un cri de l'autre côté de la table. Verso sentit certaines des contraintes qui pesaient sur son corps se relâcher, se déchirer et se délier alors que des pétales attaquaient furieusement la peau de Lumière la Peintre.

 

Une partie de lui aspirait à courir vers Alicia pour s'assurer qu'elle allait bien, mais ses jambes refusaient de bouger. Elle était tirée hors de la toile. C'était une bonne chose. Il resta immobile, fasciné, tandis que la chroma se tordait et se pliait à une volonté étrangère, échappant au contrôle de Maelle et brisant son vaisseau.

 

Les mêmes pétales ne tardèrent pas à couvrir ses bras. Il ressentit un peu la même chose que lorsqu'il avait franchi le portail menant au cœur de la toile, comme si quelqu'un tirait sur la peinture qui constituait son être même pour l'effacer. Il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un espoir fou faisant vaciller son cœur. Était-il enfin en train de mourir ?

 

Le monde se dissolut dans un tourbillon de pétales de rose, emportant cette dernière pensée dans son ouragan.

 

𓇢𓆸 ꒰ঌ ໒꒱ 𓍯𓂃🖌

 

La tragédie était qu’il se réveilla.

 

Verso cligna des yeux, ayant besoin d'un moment pour s'habituer à la faible lumière environnante. Il se sentait mal. Il n'était pas rare qu'il ait la nausée après une mort, mais cela ne devenait généralement pas aussi grave grâce à sa régénération. Il avait un nœud à l'estomac pire que la fois ou il avait mangé les champignons d'Esquie.

 

Des voix résonnaient bruyamment au-dessus de lui, aggravant son mal de tête déjà croissant. Les flashs visuels qu'il parvenait à capter entre deux clignements de paupières lui montraient un vaste espace rempli de géants. Il avait du mal à bouger, ses membres parcourus d'un étrange bourdonnement, mais un rapide examen et quelques étirements lents lui confirmèrent qu'ils étaient tous là, y compris le cadeau de Maman qui ornait son dos. Ses ailes étaient plus intact qu'elles ne l'avaient été depuis des années, ses plumes primaires dansant devant ses yeux comme de longues lames s'étendant depuis les tectrices. 

 

La dernière chose dont il se souvenait, c'était que le monde s'était évanoui, son corps s'étiolant en pétales. Le phénomène aurait dû projeter Maelle hors de la toile. Cela aurait dû le tuer. Pourtant, la chroma continuait de pulser lentement dans ses veines, son éclat plus faible que d'habitude, mais toujours présent au-delà du brouillard épais qui enveloppait sa conscience.

 

« Tu n'étais censé récupérer que la fille ! »

 

Le cri transperça les tympans de Verso, accompagné d'un souffle de vent qui lui souffla les cheveux dans le visage. L'adrénaline envahit ses sens d'une clarté renouvelée. Il s'efforça de stabiliser sa vision.

 

« Je... Je ne sais pas... Ce n'était pas censé attirer quelqu'un d'autre, juste n'importe quel Dessendre qu'il trouvait... »

 

La nouvelle voix semblait épuisée. Verso eut du mal à en trouver la source dans l'obscurité profonde, jusqu'à ce qu'il réalise qu'elle provenait d'une des énormes silhouettes installées à quelques centaines de mètres de là. Elle vacillait, malade.

 

« Ça a attiré tous les Dessendre sans problème. » La première voix provenait d'une grande silhouette encore plus éloignée que le géant malade, qui secouait la tête. « Ils ont dû peindre leur fils dedans. Imbéciles. » L'agacement rendait son ton sec, un froncement de sourcils déformant la partie de son visage géant qui n'était pas plongée dans l'ombre. 

 

Verso tressaillit. Quel que soit le plan de ces êtres, qu'il n'en fasse pas partie à l’origine n'augurait rien de bon. 

 

L'agacement de l'être se transforma en inquiétude lorsque le géant vacillant tomba à genoux. « George, ça va ? »

 

“George n'allait probablement pas bien, car sa seule réaction fut de se pencher et de vomir des tonnes de liquide sombre. L'odeur qui se dégageait de la flaque ainsi formée fit hérisser le duvet le long de l'épine dorsale de Verso. Le géant vomissait de l'encre.

 

Le premier géant s'approcha, ses pas suffisamment lourds pour faire vibrer le sol sous la paume de Verso. Il tapota son partenaire en soupirant. « C'est pour ça qu'on ne fait pas passer les créations dans la réalité. » 

 

La réalité ?

 

C'était impossible. À sa connaissance, les géants étaient des créatures légendaires, comme les Grandis. Ils ne pouvaient pas exister en dehors d'une toile. Aline n'aurait pas falsifié ses souvenirs à ce sujet.

 

Le géant se tourna vers Verso, le regard dangereux. « C’est un portrait de leur fils décédé, n'est-ce pas ? Nous pouvons l'utiliser. »

 

Verso recula et grogna sous le regard soudain du géant, espérant se fondre dans l'ombre. Quoi qu'il arrive, il en avait assez d'être un outil. Sa tentative échoua complètement lorsqu'une main massive l'arracha du sol avant qu'il n'ait pu s'éloigner suffisamment. « Bonjour. »

 

« Non— » tenta de dire Verso, avant de réaliser que sa gorge n'avait pas émis le moindre son depuis son réveil. Il essaya d'autres mots, voire un cri, mais c'était comme si ses cordes vocales avaient été remplacées par du coton.

 

Sa voix ne sortait pas.

 

Le géant le souleva avec intérêt. Cela n'avait rien à voir avec quand Esquie le soulevait. Son ami était généralement doux, bien conscient de la fragilité de ses camarades humains. La prise du géant quant à elle était rude et ferme, sans se soucier de l'angle incorrect dans lequel l'une des ailes de Verso était coincée ni des bleus que ses doigts laisseraient autour de sa taille.

 

« Calme-toi », gronda le géant. « Ce n'est pas toi que nous recherchons. »

 

Un gémissement rauque résonna derrière lui et il tourna la tête pour en trouver la source. Il y avait un troisième géant allongé dans l'ombre. Une fille, aux cheveux roux... dont le gémissement ressemblait à celui d'Alicia. 

 

Étaient-ils vraiment des géants ?

 

Verso jeta un coup d'œil à ses mains agrippées aux doigts du géant. Elles semblaient normales. Il se sentait normal.

 

Pourtant, sa voix ne sortait pas et ses membres étaient engourdis. Ce n'était pas comme lorsque Maelle l'avait recouvert de peinture, mais la sensation n'était pas très éloignée. La voix avait mentionné la réalité... Une telle invocation était taboue et coûtait plus de chroma qu'un peintre ne pouvait généralement en posséder. Il jeta un coup d'œil à l'autre géant, qui s'était complètement effondré à côté de la mare d'encre qu'il avait vomit.

 

Se pourrait-il que... ?

 

Les souvenirs de Verso concernant la faction des Écrivains n'étaient pas les siens, pas vraiment, mais ils hantaient tout de même son esprit. Il ne se souvenait d'aucun des visages qui l'entouraient à présent, la plupart du temps passé par Verso à Paris étant enfoui sous les douze années de sa vie, mais qui d'autre pouvait vomir de l'encre comme les Peintres vomissaient de la peinture ?

 

Un autre gémissement résonna derrière lui. Les Écrivains voulaient éliminer les derniers Dessendre. Ils voulaient Alicia.

 

Verso se raidit. Malgré tout, il ne pouvait pas les laisser lui faire du mal. C'était inscrit dans les fils qui constituaient son être même. Même s'ils n'étaient pas liés par le sang, toute itération d'Alicia serait toujours sa petite sœur. 

 

Ses efforts étaient vains : l'étreinte de l'inconnu était trop ferme pour qu'il puisse s'échapper. Verso tendit la main vers son chroma pour invoquer son épée à la place. Elle tourbillonna lentement, laissant des fourmillements dans son sillage, mais refusa de quitter son corps. Sa tête était légère, comme s'il venait de courir d'un bout à l'autre du continent. 

 

Verso jura silencieusement. Quelque chose n'allait pas avec ses pictos. 

 

La poigne autour de sa taille se resserra. « Je ne sais pas ce que tu essaies de faire, mais ça ne marchera pas ici. »

 

Verso réessaya quand même. Son chroma tourbillonna de nouveau, mais ne se manifesta pas, l'effort le laissant plus fatigué et étourdi que la fois précédente. 

 

Le désespoir envahit son ventre. Il devait arrêter les Écrivains avant qu'ils ne puissent faire du mal à Maelle. Se penchant vers la peau pâle qui le retenait, il montra les dents et mordit aussi fort que sa mâchoire le lui permettait.

 

La main s'ouvrit. « Putain. »

 

Verso voletait plus qu'il ne volait vers la silhouette géante de Maelle, son aile pliée réagissant lentement et lui faisant mal à chaque battement. Chaque respiration lui faisait mal aux côtes ; Verso était sûr que de gros bleus étaient en train d'apparaître là où il avait été maintenu. Au moment où il atteignit son nez, il se sentit trop fatigué pour atterrir correctement. Il se laissa tomber, se recroquevillant dans le creux de son cou où des rideaux faits de poils pouvaient le cacher. Il ne s'appuya contre la peau cicatrisée qu'à cause du vertige qui faisait tourner le monde, et non parce que cela lui permettait de sentir le pouls calme du sang circulant de sa carotide à son cœur.

 

Des sentiments contradictoires faisaient rage dans sa poitrine. Si c'était vraiment la réalité, alors il ne pouvait y avoir d'erreur. Dans ce monde, les peintres n'étaient pas des dieux, et son prédécesseur était la preuve vivante de la fragilité de leur corps. Tout comme l'étaient les marques rouges qui grimpaient sur le visage de Maelle.

 

Alicia...

 

Un ordre crié lui rappela à quel point ils étaient loin d'être en sécurité. « Benoît ! Viens te rendre utile. »

 

Quelque chose bougea dans le vaste espace. Une porte, supposa Verso. L'obscurité qui s'étendait à l'infini ressemblait de moins en moins à un horizon infini, et de plus en plus aux murs étirés d'un immense entrepôt. 

 

Une autre voix se fit entendre. « Oui ?

 

Le premier homme fit un geste en direction de la cachette de Verso. « Va chercher quelque chose pour mettre cette chose dedans, et dis à Marcel que George est blessé. Nous aurons besoin d'aide pour le hisser dans la voiture avec la fille. Nous partons.

 

Verso pâlit. Combien étaient-ils ? Il se tourna vers Maelle, lui poussant le menton pour la réveiller, en vain. Elle continuait de dormir, inconsciente, le seul signe qu'elle avait été violemment projetée hors de la toile quelques instants plus tôt étant les larmes mélangées de peinture et d'encre sur son visage. L'avaient-ils droguée avant de la ramener ? 

 

Il aurait aimé avoir sur lui quelque chose comme des sels pour la réveiller et s'enfuir, mais ses poches étaient vides et ses pictos ne répondaient toujours pas. Verso se glissa plus profondément sous les poils rouges alors que l'écrivain s'approchait, ses plumes s'accrochant aux fils soyeux. Il ne pourrait aider personne s'il se faisait prendre.

 

Il ne pouvait toutefois se cacher que dans le creux du cou de Maelle. Il réussit de justesse à esquiver la grande main qui descendait pour l'attraper en s'envolant, battant des ailes furieusement malgré son épuisement extrême. Il ne put rien faire contre la deuxième main qui le plaqua au sol. « Tu ne vas nulle part. »

 

Des doigts se refermèrent autour de son corps étourdi comme des barres de fer, pressant ses ailes et ses bras contre sa taille. Cette fois, il ne pourrait pas s'échapper en mordant. L'homme avait ajusté sa prise pour enrouler un doigt autour de son cou, s'assurant qu'il ne puisse ni se pencher ni se tordre.

 

Verso siffla, à la fois de douleur et de colère, mais il ne pouvait pas faire grand-chose de plus, piégé comme il l'était. Il fut soulevé et éloigné de Maelle vers la porte, chaque pas augmentant les battements anxieux de son cœur. Une troisième personne rejoignit son ravisseur à mi-chemin, un bocal en verre à la main. « Est-ce que ça ira ?”

 

“Oui, c'est parfait.”

 

Verso se débattit autant qu'il le pouvait pendant qu'on le descendait dans le récipient, mais en vain. Ses ailes se cognèrent contre les parois dures, trop lisses pour qu'il puisse s'y agripper, trop étroites pour accueillir toute son envergure. Le couvercle se referma sur lui dans un dernier claquement.

 

Un grand œil vert l'observait à travers les parois de sa prison. Verso s'enveloppa autant que possible dans ses plumes, se sentant nu sous le regard intense qui le scrutait malgré les vêtements qui le couvraient. Le combat et la fuite se disputaient toujours dans sa poitrine, comme si son cœur battant à tout rompre ne pouvait se résigner à être piégé. 

 

Il était bouleversé, le monde déformé derrière la vitre bougeait trop vite pour qu'il puisse s'y adapter. Chaque secousse le projetait contre un mur, jusqu'à ce qu'il en ait assez de perdre l'équilibre et d'être malmené à chaque pas, et qu'il s'assoie. Le monde s'assombrit, l'immensité de l'entrepôt remplacée par la texture rugueuse du tissu.

 

L'inquiétude lui serra la gorge. Que se passait-il ? Était-ce vraiment à l'extérieur de la toile ? Que voulaient les Écrivains à Maelle, à Alicia

 

Si c'était vraiment le vrai Paris, pourquoi Verso était-il là ? Faire entrer des êtres peints dans le monde était l'un des premiers tabous que les Peintres avaient appris à ne jamais transgresser. Même Aline, au comble du désespoir, n'avait pas pris ce risque. Cela coûtait trop cher, pour rien. Après les monstres qui avaient été lâchés sur le monde dans le passé, tout être créé était effacé dès sa découverte. 

 

Que ce soit une autre peinture ou le vrai Paris, quelque chose n'allait pas avec son corps. Il était trop petit et faible, décalé par rapport au reste du monde. Ce qui l’avait amené ici avait perturbé la peinture d'Aline et Maelle, y introduisant de nouveaux fils étrangers au cœur même de sa construction. Verso frappa la vitre de sa main, juste parce qu'il le pouvait, laissant la douleur envahir ses nerfs tandis que ses jointures s'échauffaient. Il se sentait encore un peu nauséeux, mais plus lucide qu'au moment où il s'était réveillé. 

 

La douleur s'estompa. Son facteur de guérison continuait à fonctionner malgré tout. Il se demandait, distraitement, combien d'air contenait ce bocal. Pouvait-il même suffoquer ? Il respira, ses poumons se gonflant et se dégonflant par habitude plus que par nécessité, l’acte aussi artificiel qu'il l'avait toujours été pour un immortel.

 

La frustration montait dans sa poitrine. Il résista à l'envie de se cogner la tête contre la vitre jusqu'à atteindre le doux oubli de l'inconscience. Verso ne pouvait pas laisser Maelle inconsciente et seule. Il ne pouvait pas manquer une occasion de s'échapper.

 

Pourtant, alors que sa cage tremblait au rythme d'une destination inconnue, des vagues de désespoir lui faisaient baisser les ailes. En fin de compte, il n'était toujours qu'un outil impuissant entre les mains de dieux impitoyables. 

 

Contraint de mener une autre vie qu'il n'avait jamais voulue.