Work Text:
Izuku…
Izuku, tu te souviens de notre première rencontre ?
Izuku, tu faisais quoi cette journée là ? Je me souviens juste de l’odeur de la pluie sur le sol, je me souviens que le vent soufflait fort. Si fort qu’il était impossible de sortir mon parapluie. Et le tien ? L’avais-tu ouvert ? Portais-tu un manteau ?
Izuku ?
Je vois tes cheveux, pourquoi es-tu si loin ? Viens me voir, mes bras te réclament. J’ai besoin de te voir de plus près.
Oh, je me souviens. Tu avais oublié ton manteau, tu t’étais assuré au matin de la météo, mais tu n’avais pas regardé le bon jour.
Je me souviens aussi, tu avais le poignet rougit par le coup que ton parapluie t’avais mis. Le professeur avait pourtant bien dit d’attendre que le vent se calme, pour éviter que les parapluies ne se retournent.
Tu n’en fait toujours qu’à ta tête.
Je me souviens aussi, tes cheveux. Je n’avais jamais vu des boucles aussi bien définies malgré le vent qui faisait rage. Peut-être étaient-elles encore plus jolies et visibles avec la pluie.
Izuku, regarde moi. Je vois ton visage, ta peau si bronzée par le retour des vacances. Je vois tes taches de rousseurs décorer ta peau, comme une grande constellation en pleine nuit d’été.
Izuku, pourquoi ne me regardes-tu pas ? Parles moi. J’ai besoin de t’entendre.
Je sens la chaleur de ton corps, je sens ton odeur près de mes lèvres. Je te sens tout près, pourquoi tu me sembles si loin ?
Izuku, je ne me lasserais jamais d’entendre ta voix. Angélique et réconfortante.
Izuku…
Izu-
—
Le souffle court, il se réveille en sursaut. Les yeux grand ouverts, il prend quelques minutes à reprendre ses esprits avant de dévier sur son réveil qui annonce huit heures du matin. Aujourd’hui il ne travaille pas, alors inutile de se presser.
Il reste dans les draps de son lit si chaud et doux. Au milieu des tissus blancs, une boule de poils noir se frait un chemin pour se poser non loin de sa tête. D’une main, Shoto caresse le chat. Son chat. L’animal se met alors à ronronner et frotter son visage à sa main.
Pendant un long moment, le bicolore ne bouge pas, trop accablé par ce même rêve qu’il ne cesse de faire. C’est toujours le même, il s’en souvient très bien. Comme il se souvient de sa rencontre avec Izuku, il se souvient de tout dans les moindres détails. Pourtant dans ses rêves tout semble disparaître de sa mémoire, les images sont floues et il ne cesse de se dire qu’il invente sûrement ces détails.
Peut être que la peau d’Izuku n’est pas si foncée. Peut-être que ses taches de rousseurs n’ornent pas son visage de la même manière qu’il l’imagine. Peut-être qu’il ne pleuvait pas si fort ce jour-là. Peut être que son poignet n’était pas rougit. Est ce qu’il a un jour inventé tout cela ? Il n’en sait rien.
Au bout d’un certain temps, il sort finalement du lit avant de refaire la même routine en boucle, comme si les jours se ressemblaient sans exception. C’est toujours les mêmes choses, sauf qu'aujourd'hui il ne travaille pas. Et c’est sûrement la chose qui différencie ce jour aux autres.
Pour l’heure, au lieu de prendre la route vers son travail, Shoto dévie le volant jusqu’à l’hôpital. Il s’y rend le cœur lourd.
Il y a un certain temps, sûrement plusieurs années à vrai dire, le bicolore se rendait dans cet hôpital pour voir sa mère. Il passait une grosse majorité de son après-midi le mercredi, lorsqu’il n’avait pas cours, avec sa mère. Il racontait sa vie à l’école, comment il se sentait et même si c’était assez dur de parler de ses sentiments, revoir sa mère après tant d'années le poussait à s’ouvrir plus.
C’était au début du lycée où ses visites se faisaient plus nombreuses mais beaucoup plus brèves qu’auparavant. Il ne passait que quelques minutes par ci par là. Le trajet n’était pas le même, ni l’emploi du temps. Les cours à Yuei étaient très fatigants alors lorsqu’il ne pouvait pas s’y rendre, il écrivait des lettres qu’il envoyait le lendemain. C’était une routine qui s’était créée pendant plus de 2 ans, jusqu’à ce que Rei sorte officiellement de l’hôpital.
Plus d’un an était passé à la suite de cela, et Shoto n’était pas retourné une seule fois à l’hôpital. Sa mère ne s’y trouvait plus, alors il n’avait aucune raison d’y aller de nouveau.
Mais à présent ce n’est plus pareil. Il doit y aller, il s’efforce d’y aller avec les mêmes sentiments qu’il lui compresse les voies respiratoires, qui l’angoisse et qui lui donne toujours cette envie de ne pas y aller, de rentrer chez lui enfermé jusqu’à ce que ça passe.
Mais il se l’est promis. Et il l’a promis à Yaoyorozu. Ça faisait des semaines que ce “rendez-vous” était fixé, il était noté sur son frigo, sur son téléphone et épinglé dans la conversation avec sa meilleure amie. Il ne pouvait pas faire marche arrière, plus maintenant.
Devant l’hopital, le bicolore voit la jeune femme aux cheveux noires l’attendre de pieds ferme, emitoufflé dans un gros manteau. L’hiver était déjà bien installé.
– J’ai cru que tu n’allais pas venir !!
Shoto sourit timidement avant de lui checker la main dans un mouvement que seul les deux amis connaissent.
– T’es venu, c’est déjà énorme Shoto. Aller, viens.
Momo sait que Shoto n’aime pas être touché d'une quelconque manière, mais a cet instant elle sait également très bien qu’il a besoin de sentir la présence de quelqu’un à ses côtés, pour ne pas se sentir seul et abandonné.
Elle passe sa main en dessus du bras de son ami, puis le tire tout doucement vers l’accueil. Les pas de son ami sont lourds, et lui demande un effort considérable à chaque seconde qui défilent. Plus ses pas se rapprochent, plus il se sent mal. Est-il vraiment obligé d’assister à tout ça ? Il ne peut pas, ça lui fait bien trop de mal.
Lorsque les deux passent les portes automatique de l’établissement ils se présentent directement à l’accueil, tirés par la jeune femme qui discute brièvement avec l’hôtesse d’accueil. Pendant ce temps, Shoto essaye de garder les pieds sur terre alors que son regard dévie partout autour de lui.
Il fixe les piles de papiers derrière le comptoir, puis les bancs dans le grand haul blanc, une petite fille avec un platre attends sagement pendant que sa mère lui épluche une clémentine. Juste derrière, une femme enceinte serre les dents alors que son homme lui tiend tendrement la main. Son regard défile directement vers la porte d’entrée qui est également la porte de sortie. Il pourrait lâcher le bras de Momo et s’en aller en courant.
Il pourrait le faire parce que cette odeur de désinfectant qui flotte lui brûle les narines, parce que cette légère odeur de sang mélangé lui donne le tournie, parce que ces bruits en tous genre qui se mélangent le pousse à penser à son chez-lui, dans lequel il serait mille fois mieux.
Mais il l’a promis cette fois, et si Shoto sait bien une chose, c’est qu’il tient ses promesses les rares fois où il en fait. Il a promis de venir aujourd’hui et il y est, alors il n’est pas question de faire demi-tour. Il a bien supporté cela pendant des années afin de rendre visite à sa mère, il pourrait très bien le supporter ne serait-ce qu’une seule journée de plus.
Momo lui tire de nouveau le bras, le coupant dans ses pensées. D’un pas lent, il la suit à travers les escaliers et les différents couloirs qui longent plusieurs services. Au bout d’un petit moment, Shoto voit le panneau réanimation dans une couleur orangée très pâle, qui s’étend sur les murs sur couloir.
– Écoute Shoto, on peut y aller à deux si tu en as envie. Mais ne t'enfuis pas s’il te plait.
– Je vais y aller seul.
– D’accord. Elle acquiesce de la tête. Je t’attends ici dans ce cas.
D’un doux sourire, elle s’assoit sur le banc et lui indique le numéro de la chambre, qui se trouve devant eux. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que le bicolore connait ce numéro par cœur, et même s’il n’avait jamais mis les pieds dan ce couloir jusqu'à aujourd'hui, il se rappelle encore du numéro qu’on lui avait envoyé il y a des mois de cela.
Il souffle pour essayer de paraître détendu et ouvre délicatement la porte sans un bruit,. Lorsqu’il pénètre dans la chambre, il garde d’abord la tête baissée tout en refermant derrière lui. Bloqué dans une vive angoisse, il reste plusieurs secondes face à cette porte qu’il voudrait bien rouvrir afin de s’enfuir, mais cette idée fuit son esprit aussi vite qu’elle à pu le traverser.
Finalement, il se retourne. Dans cette vaste chambre, seuls les bip des machines se font entendre. Le lit est positionné vers la fenêtre qui donne sur la ville. Un bouquet de fleurs à été mis sur la petite table à côté du lit, Shoto reconnaît les quelques fleurs de Sakura qui n’ont sûrement pas été assez entretenues.
Les long rideaux filtrent les quelques rayons de soleil qui s’invitent dans la chambre. En temps normal, le bicolore aurait trouvé cette chambre froide et hostile, mais ce n’était pas le cas.
Sur le lit médical se trouvait le corps d’Izuku, endormi et fragile, relié à plusieurs machines qui l’aident à vivre malgré le profond sommeil dans lequel il est plongé. Son visage est pâle, loin de l’image que retenait Shoto dans son esprit. Pourtant, ses tâches de rousseur ressortent avec une couleur foncée, contrastant avec son teint de porcelaine.
Immobile, presque mort. Le bicolore l’avait vu mourir plus d’une fois dans ces cauchemars, mais au fil des mois ces horribles images s’étaient adoucies, jusqu’à se transformer en rêve qui le laissait toujours avec l’esprit lourd lors de ses réveils.
Chaque jour qui passait, le jeune Todoroki pensait à son ami. S’il voyait un chat, il pensait à Izuku en se disant qu’il ne pourrait sûrement jamais le voir. S’il mangeait quelque chose de délicieux, il aimerait en mettre un bout de côté pour que le bouclé en goûte un bout.
C’était comme une routine qui s'était installée dans son esprit.
Mais à cet instant, alors que le bicolore avait imaginé de nombreuses fois des discussions en tout genre, il ne savait pas quoi dire. Izuku était plongé dans un coma depuis un certain temps, est-ce qu’il l’écoutait ? Serait-il en colère de l’entendre alors qu’il n’était pas encore venu ? Avait-il seulement l’envie d’écouter le bicolore parler ?
Shoto ne savait pas, il se sentait perdu.
– Izuku…
Il n’eut même pas le temps de s’avancer en terminant sa phrase que de lourdes larmes dévalaient ses joues. Sa gorge lui faisait mal, tandis qu’il essayait de s’installer à son chevet, il continuait de réfléchir à ce qu’il pourrait bien dire, sans être maladroit.
– Je suis désolé…de ne pas être venu avant…
Son esprit se faisait lourd mais les paroles encore plus, il avait du mal à les sortir, comme si ça lui valait un effort incommensurable.
– Je n’ai aucune excuse mais…tu m’as manqué.
C’est vrai, il n’avait aucune excuse. S’il l’avait vraiment voulu, il aurait passé son peu de temps libre dans cette chambre. Au lieu de ça, il a préféré rester chez lui. Des fois sur son téléphone, devant un film, plongé dans un livre ou simplement allongé fixant le plafond jusqu’à ce que ses pensées l’écrasent.
Le son régulier des machines tenant en vie Izuku se faisaient entendre en plein milieu du silence. Que pouvait-il dire de plus ?
– Je ne sais pas si tu es d’accord pour m’entendre parler Izuku, mais je peux te raconter ma journée.
Ainsi, le bicolore commença à narrer sa journée pourtant si banale. Il sait qu’en temps normal Izuku lui aurait posé des tonnes questions et leur discussion se serait sans doute étendue pendant des heures. Mais à présent Shoto est le seul à parler, à raconter son quotidien qui se veut fade, mais qui pourtant reste extraordinaire pour quelqu’un dans le coma.
*
Lorsqu’il rentre chez lui, Shoto s’empresse de retirer ses chaussures et son manteau avant de presser le pas jusque dans sa douche. Là, son corps se détend au contact de l’eau chaude.
La taille simplement entourée d’une serviette, il remet des croquettes à son chat puis s’en va dans sa chambre afin de prendre un pyjama. Il se sent détendu, totalement détendu.
Pendant plus d’une heure, il n’a fait que parler à Izuku. Il faisait les questions et les réponses, racontant sa vie en ce moment.
Il lui a parlé de Satan, son chat qu’il a adopté peu après que Izuku soit plongé dans le coma. Le bouclé le saura, mais le prénom fait référence à un livre qu’ils adorent tous les deux, que Shoto à d’abord lu avant de lui recommander. Et il n’avait pas fallu beaucoup de temps au vert pour se plonger dans ce même roman.
C’était le plus jeune qui lui disait depuis quelques années maintenant d’adopter un chat, parce qu’il trouvait le bicolore attentif et gentil, surtout auprès des animaux.
Il n’avait jamais fait le pas d’en adopter un, mais la solitude avait pris trop de place, et cette place avait été comblée par un petit animal aux poils noirs, ronronnant sans arrêt près de son maître.
Le lendemain, alors que la sonnerie de son réveil retentit dans son grand appartement, Shoto l’éteint d’une main dépourvue de toute motivation. Une journée de travail recommence, il s’efforce de l’affronter comme chaque jour. Mais aujourd’hui est différent, il se sent légèrement de bonne humeur, sûrement sa visite à l'hôpital hier. Peut-être qu’avoir revu Izuku lui a fait du bien, après tout, il n’a pas fait de cauchemar pendant sa nuit.
Malgré tout, cela reste une journée que le bicolore aimerait écourter afin de revoir son ami plongé dans un lourd sommeil. Il aimerait lui raconter chaque détails de sa journée comme il l’avait fait la veille.
C’est seulement lorsque le soleil commence à se coucher que Shoto presse le pas vers l'hôpital. Habillé d’un simple t-shirt recouvert d’un pull avec son jean noir, il n’a pas besoin de se présenter auprès des infirmières pour qu’il soit reconnu.
Une fois devant la porte, il l’ouvre d’un geste lent avant de refermer derrière lui. La chambre n’a pas bougé, les derniers rayons se cachent derrière les bâtiments, offrant un ciel dégradé de rose et d’orange. Les bruits des différentes machines continuent de résonner dans cette chambre qui semble si vite. Et le lit est toujours dans cette même position, le corps tiède de Izuku allongé entre les draps.
Comme la veille, le bicolore s’approche et s’assoit sur le petit fauteuil juste à côté du lit.
– Bonsoir Izuku.
Puis, tout doucement il commence à lui raconter sa journée. Il est toujours conscient de l’état de son ami, mais il se dit que peut-être il l’écoute, peut-être que connaître l’extérieur via des mots lui fait du bien, peut-être qu'entendre la voix de quelqu’un le fait se sentir moins seul. Il n’en sait rien, mais toutes ces sensations restent en suspens dans son esprit.
Cependant, Shoto n’a pas le temps de finir l’histoire de sa journée que la porte coulissante s’ouvre dans un léger bruit qui le fait sursauter. Aussitôt il se tait en se retournant, pour faire face à Inko.
– Oh, bonsoir Shoto !
– Bonsoir Inko.
– Comment tu vas ? Ça fait si longtemps que je ne t’ai pas vu !
Tout en parlant, la verte se met de l’autre côté du lit et pose un nouveau bouquet de fleurs qu’elle arrange dans le vase nacré, elle dépose une pomme qu’elle commence à éplucher avec une délicatesse sans nom.
– Je vais bien. Et vous ?
– Je suis heureuse de te revoir.
Shoto lui offre un petit sourire avant de reposer son regard sur le corps du bouclé.
– On ne s’est pas vu depuis une éternité, raconte moi tes nouvelles !
– Et bien, je suis maintenant second dans le classement des héros.
– Oh comme c’est formidable !
– Ca ne m'intéresse pas tellement d’être classé, en tout cas pas dans ces circonstances. Mais je suis content que sauver des gens soit mon métier, même si des fois c’est fatiguant, je ne suis pas à plaindre.
– J’imagine. C’est très bien que tu t’épanouisse Shoto. Tu es nettement plus souriant qu’avant, tu as une allure de grand garçon en bonne santé. Je ne suis pas vraiment au courant des actualités concernant les héros, tu sais, c’est Izuku qui m’informait sans arrêt.
Il hoche la tête, toujours bloqué sur les boucles vertes contre l’oreiller. Il le sait, il le sait très bien. Ce n’est un secret pour personne, Izuku à toujours été un fan de héros. Il en parlait souvent, même beaucoup trop souvent. Pour Shoto aussi c’était comme ça, il ne s'intéressait pas vraiment à l’actualité en détail, il ne connaissait que les grandes lignes. Mais en étant ami avec Izuku, impossible de louper quelque chose les concernant.
– Oui, pas besoin de télévision quand Izuku était dans les parages.
Malgré le ton mélancolique, Inko lâche un léger rire.
– Il est toujours là, Shoto.
Ledit Shoto aimerait avoir le courage de s’excuser. S’excuser de ne pas avoir pris de ses nouvelles, s’excuser de ne pas avoir plus protégé Izuku, s’excuser de ne pas être venu à son chevet après tous ces longs mois passés.
Un long silence s'ensuit, tandis que la mère s’affaire maintenant à couper la pomme.
– Tu es toujours le bienvenue chez moi mon garçon.
– Oui…c’est très gentil. Il soupire en détournant le regard vers ses chaussures. Sans Izuku ce n’est pas pareil.
– Je le sais, mais je veux que tu le saches. Même sans Izuku, tu peux passer à la maison. J’essayerai de ne pas être trop ennuyante, une vieille femme quoi moi ne pourrait pas t’offrir le luxe d’un grand moment de divertissement. Elle rigole d’un rire franc avant de tendre un morceau de pomme au bicolore. Mais si tu as besoin d’une présence, ne reste pas seul. Tu comprends ?
– Bien sûr, vous êtes loin d’être ennuyante Inko.
Shoto prend avec plaisir le morceau de pomme. Une odeur s’y dégage, la même odeur qui embaumait la chambre de Izuku. Il croque dedans, et un goût sucré lui chatouille la langue.
– Passe à la maison un de ces jours.
– Si je viens, je ne ferais pas de tarte à la pomme.
– Oh non !! Ne recommence plus jamais cela, je tiens à ma cuisine.
Tous les deux se mettent à rigoler en se rappelant de cet ancien souvenir. Shoto ne se rappelle plus très bien de la date, mais il est presque sûr que c’était lors de leur première année de lycée, à la fin des cours.
Izuku l’avait invité pour qu’ils puissent passer du temps à deux. Et il avait eu l’idée de faire plaisir à sa mère en lui faisant une jolie tarte aux pommes. Mais c’était sans compter les talents désastreux de Shoto en cuisine.
– Combien de temps aviez vous passé sur cette pauvre tarte ?
– Je ne sais plus, peut-être trois ou quatre heures.
Inko rigole de plus belle. Izuku et Shoto avaient passé un temps fou en cuisine, la tarte n’avait déjà pas une belle tête, mais tout avait empiré lors de l’étape du four. C’était un fiasco, le plan de travail était sans dessus-dessous.
– Je revenais du travail et la seule chose qui m’a interpellé c’était cette odeur de cramé dans le four, mon dieu j’avais eu si peur.
– Izuku savait que je n'étais pas fort en cuisine, pourtant il a insisté pour ne pas faire cette tarte seul.
Ce jour-là, c’était également la première fois que Shoto allait chez un ami. La première fois qu’il cuisinait avec un ami, dans une maison qui n’était pas la sienne. La première fois qu’il pouvait rire en faisant malencontreusement tomber de la farine au sol.
– Merci beaucoup Inko, je vais y aller.
Shoto se lève, lui souris et s’incline poliment.
– Bonne soirée Izuku. Bonne soirée à vous aussi Inko.
– Bonne soirée Shoto. Merci d’être venu.
De retour chez lui et allongé entre les draps de son grand lit, le bicolore ne peut s’empêcher de repenser à ses années de lycée. Il rit toujours lorsqu’il se souvient de ce cauchemar en cuisine.
Toutefois, il rigole moins lorsqu’il repense à sa toute première soirée pyjama. Toujours grâce à Izuku qui avait initié cette idée, Shoto avait été invité chez les Midoriya pour passer la nuit. Là aussi c’était sa première fois, dormir chez un ami, un endroit qui n’est pas chez lui.
Il avait beaucoup cogité sur ça, pendant plus d’une semaine alors que la date était fixée. Mais Izuku, toujours d’une douceur incroyable l’avait rassuré en l’informant de plein de petits détails pour qu’ils se sentent prêts et non comme un intrus.
Il avait pu réellement discuter avec Inko sans qu’elle le voit comme une catastrophe qui avait failli brûler sa maison plusieurs semaines auparavant, ils avaient rit, mangé et parlé. Puis la soirée s’était poursuivie dans la chambre du bouclé, à regarder des films puis des vidéos. Là encore, ils avaient beaucoup parlé.
Et le bicolore ne se lassera jamais de ce souvenir. L’ambiance, le sentiment de confort qui l’avait bercé, les odeurs qui sont toujours ancrées dans son esprit, et le son du rire si familier du bouclé.
Izuku était gentil et pur, ce n’était pas source d’angoisse de discuter avec lui. Au contraire, c’était léger, réconfortant et doux. Un peu comme l’odeur de pomme, une odeur propre à son ami.
*
La pluie tombe. Les gouttes frappent la fenêtre. Il fait noir.
Aucune odeur. Aucun bruit.
Juste le bruit de la pluie battante.
Quelqu’un bouge à côté, il fait chaud tout à coup.
Une faible lumière est filtrée par le volet, il ne fait plus aussi noir. Ce n’est pas ma chambre, c’est celle d’Izuku.
– Mhm.
Il bouge soudainement, sa main se pose sur mon épaule. Je sens son souffle contre mon oreille.
Je bouge la tête vers lui. Il est là, endormi, ses boucles folles contre son visage.
Les minutes passent, son visage est toujours d’une tendresse à en couper le souffle. Ses tâches de rousseur, ses cils, ses lèvres.
Je détourne la tête vers le plafond. Izuku va sûrement se réveiller bientôt. Je referme les yeux, il fait de nouveau noir.
Mon cœur bat vite, j’ai chaud.
*
– Comment se porte ta maman ?
– Elle va plutôt bien. Elle se reconstruit tout doucement, surtout socialement.
– Oh, je vois. C’est bien pour elle, vous êtes tous là pour elle.
– Je vais souvent la voir mais c’est Fuyumi qui s’occupe le plus d’elle. Natsuo passe souvent, tout comme moi.
– Je ne pense pas que tu ais besoin d’aller la voir tous les jours pour qu’elle sente votre présence. Tu travailles, ta sœur tout comme ton frère, vous faites de votre mieux.
Inko avait le don de trouver les mots juste pour apaiser les angoisses de Shoto. A chaque fois qu’il vient dans cette tendre demeure, il se sent à l’aise et chez lui. La mère prend le temps de l’écouter, de le questionner tout en le réconfortant. Il faut dire que le bicolore n’y a jamais été habitué.
– Je suis désolé de poser cette question, mais pensez-vous qu’Izuku va se réveiller ?
Aussitôt dit, le jeune homme regrette ses paroles et souhaite qu’un vilain se pointe pour détourner cette conversation si maladroite. Pourtant, Inko y répond. Sa mine se fait plus triste mais son regard se concentre sur sa tasse de thé bientôt vide.
– Se réveiller oui, je n’en doute pas, je garde espoir. Mais quand ? Ca, je n’en sais rien et c’est terrifiant.
– Je comprends Inko. Je m’en veux souvent de vivre des choses banales alors qu’il est endormi, de rigoler alors qu’il n’est pas avec nous. J’ai espoir qu’il se réveille.
– Il le faut. Imagine si sa propre mère ne l'attend pas à la maison, ce serait immonde.
– Bien sûr que non, vous êtes humaine.
– Il aura tellement de choses à redécouvrir à son réveil.
– Vous êtes là pour lui, il ne sera pas seul.
La verte hoche la tête et offre un sourire à Shoto. Brusquement, un éclair lui traverse le cœur. Un sentiment vif qui lui fait mal autant qui le surprend. Pendant une seconde, il a cru voir Izuku devant lui, Izuku et son sourire si angélique. Mais il n’a pas le temps de rassembler ses pensées que son téléphone sonne.
Il s’excuse et quitte la table en s’éloignant dans l’entrée. L’appel ne dure que quelques secondes, Shoto retourne dans la salle à manger et prend son manteau.
– Je suis désolé Inko je dois y aller, une urgence.
– Oh non ne t’en fais pas, je t’ai alpagué un long moment !
– C’était un plaisir de venir ici Inko, merci pour tout.
Ils se souhaitent une bonne soirée mutuellement avant que Shoto ne reprenne la route vers l’agence pour régler les quelques dossiers qui l’attendent.
Malgré les “quelques dossiers”, lorsque Shoto sort de son agence il fait nuit noir dehors. Une affaire sur une suspicion de trafic d’être humain à eut de nouveaux détails qui ne pouvaient pas attendre, et finalement le temps s’est longuement étendu. Heureusement, demain il gère la patrouille de nuit, il pourra donc dormir plus longtemps au matin.
Il se sent fatigué et son dos lui fait mal, mais pas question de rentrer chez lui. Avant d’aller dormir, il a envie de voir Izuku. Même s’il va sans aucun doute parler seul, il en a très envie.
Sur le chemin, le bicolore se sent impatient, il pense au visage de son ami si tendre et reposé. Il repense à ses souvenirs, et il repense à ce rêve qu’il a fait il y a quelques jours. Qui, pourtant, continue de le tourmenter. Il revoit encore les images de ce rêve, flou mais parfaitement reconnaissable.
Il sent encore la sensation de son cœur battant trop rapidement pour que ce soit normal, de cette sensation enivrante de chaleur soudaine. Il y pense beaucoup, beaucoup trop.
*
Sa journée de travail vient à peine de commencer que son téléphone sonne. Un départ de feu dans un immeuble. Ni une, ni deux, Shoto s’empresse d’aller sur le lieu à l’aide de sa glace. Arrivé en quelques secondes, il éteint le feu au fur et à mesure de sa marche pour tenter de dégager le reste des blessés bloqués.
Malheureusement il ne peut pas lancer sa glace d’un seul coup, il pourrait blesser les gens.
Au loin il entend une femme crier dans une pièce qui semble fermer à clé, avec sa technique mélangeant la glace et le feu pour créer de l’eau, il éteint les quelques flammes avant de faire sortir la jeune femme. Cette dernière tousse, le bicolore s’empare d’une serviette qu’il humidifie en lui collant au visage, puis la soutiens par l’épaule jusqu’à la sortie.
Là, ses collègues arrivent peu à peu, l’aidant pour les secours.
L’incendie n’a rien de criminel, le peu de gens bloqués arrivent à s’en extirper. Lorsque Shoto sort de l’immeuble avec un jeune garçon dans les bras, la pluie se met à tomber, rien de mieux pour éteindre un feu aussi grand.
Une femme en larme accourt vers le héro.
– Merci, merci !!
Il pose le petit au sol le laissant dans les bras de sa mère en lui indiquant d’aller tout de même checker sa santé auprès des pompiers sur place.
Encore une fois, il n’a pas le temps de se réjouir que son téléphone sonne de nouveau.
– Un vilain détient une femme enceinte en otage, il y a déjà des héros en place mais c’est une galère sans nom. Je t’envoie l’adresse.
– Ok, j’y vais de suite.
Il regarde son téléphone et lance sa glace pour aller plus vite.
Le ciel est gris, et la pluie tombe de plus en plus fort. La journée n’a fait que démarrer, mais Shoto sait déjà qu’elle va être longue, très longue. Son cœur se fait lourd alors qu’il pense à Izuku.
Le vent souffle d’une rafale inattendue, mais il n’a aucunement le temps de s’attarder sur la météo, une mission l'attend.
Sur place une horde de spectateurs se bousculent pour voir le vilain et les héros en action, malgré la barrière de policier qui les éloignent rien n’y fait. Les gens sont toujours trop curieux, s’en est presque embêtant. De plus, la pluie semble s’être freinée.
– Shoto !
Le concerné n’a pas besoin de demander, un agent de police lui fait un rapport détaillé.
– Il est là depuis un peu plus d’une heure, impossible de l’approcher la plupart des héros sont déjà occupés, la femme enceinte a été relâchée mais il faut un alter pour arrêter ses flammes.
– Son alter ?
– Il manipule les flammes. Il ne peut pas les créer, mais un équipement sur lui le permet. Il s’est logé dans une ruelle.
Shoto le remercie et file vers le vilain afin de l’arrêter. Ça doit sûrement être la même personne qui à déclaré l’incendie de l’autre côté de la ville.
La chaleur émanant de la ruelle lui frappe le visage lorsqu’il s'engouffre dans celle-ci. Nous ne sommes qu’en début d'après-midi, pourtant il fait plutôt sombre, sans aucun doute la faute à cet énorme nuage noire qui recouvre de plus en plus la ville.
– Héros Shoto, ils ont fait appel à de gros renforts.
Le principal concerné ne s’attarde pas sur ses paroles, il n’a vraiment pas le temps pour cela. Aujourd’hui la ville semble être remué de crime en tout genre, aux quatres coins. Il sait pertinemment que le devoir l’appel autre part que face à cet homme avec la langue bien pendue.
– Je sais user des flammes moi aussi.
Toujours dans le même état d’esprit, Shoto ne répond pas. Au lieu de ça, il balance un élan de glace pour faire enfermer le vilain, qui d’un geste précis fait tout fondre avant que ça ne l’atteigne.
Ca le fait légèrement tiquer, parce qu’il va sans doute devoir s’attarder ici plus qu’il ne l’aurait pensé.
– Ta glace est inutile.
Immédiatement il relance sa glace. Le vilain la fait fondre toujours dans ce même mouvement de bras, mais Shoto ne vacille pas. La glace et le feu s'entrechoquent, créant bientôt une large flaque d’eau à leur pied.
Malheureusement, pour une raison qu’il ignore, le bicolore est énervé. Outre le fait que ce vilain soit arrogant et l’empêche d’aller aider d’autres gens, l’air le fait se sentir comprimé, la luminosité baisse à cause du ciel qui se couvre, et son coeur lui rend une drôle de sensation.
Cependant, il essaye de ne pas y prêter attention. Sans attendre son reste, Shoto court au fond de la ruelle en jetant sa glace de tous les côtés. Le vilain sait manipuler les flammes mais non les créer, l’agent de police lui a expressément dévoilé qu’il utilisait un équipement. Ce qui, par conséquent, veut dire que ce même équipement à forcément une source épuisable.
Ne pas utiliser son feu, c’est tout ce à quoi il doit se tenir. Il a réussi à le faire pendant des années, il peut très bien le refaire aujourd’hui.
Des souvenirs du lycée le submergent alors qu’il tente de les mettre de côté, ce n’est pas du tout le moment. S’il y pense, il va forcément être déconcentré.
– Ta glace ne sert à rien Shoto !!
– Je vous interdis de me tutoyer, on ne se connait pas.
Satisfait d’avoir enfin une réponse, le vilain se dégage sur le côté avant de prendre de l’élan sur la benne à ordure, en une seconde il se retrouve en l’air à jeter ses flammes sur le héros, qui lui, se défend avec sa glace.
Les gouttes d’eau tombent, mais personne ne saurait dire si c’est la fusion de leur alter ou le ciel qui fait rage.
Le vilain recommence à courir et traverser la petite largeur de la ruelle par les airs alors que Shoto reste au sol, se défendant. Il se tient à son plan, l'endurance. La glace prend presque tout l’espace pendant une seconde avant d’être réduite en liquide, d’une seule main il ne s’arrête pas tout comme l’homme en face de lui.
Ce dernier s’amuse d’autant plus à le faire tourner en bourrique avec son étonnante vitesse.
– Pourquoi semblez vous énervé ?
– A quoi bon sauter partout comme vous le faites ? Je finirais par vous avoir.
Mais le vilain ne répond plus, un sourire file sur son visage alors qu’une immense flamme s’abat contre Shoto qui fait front de justesse. Son corps vacille pendant une milliseconde avant qu’il reprenne appuie sur ses deux pieds. Son regard continue de fixer le vilain, maintenant immobile non loin de lui.
N’attendant plus les mouvements de son adversaire, Shoto relance sa glace puis en profite pour s’avancer dangereusement vers l’homme. Il sait que le maintenir à distance ne sert plus à rien, il doit l’affronter au corps à corps. Ce n’est pas ce qu’il préfère mais il n’a pas vraiment le choix.
Au lycée c’était sûrement le dernier à vouloir du corps à corps, puis au fur et à mesure de l’année Izuku lui avait proposé de revoir ses stratégies en travaillant à deux. Shoto n’avait pas été partant, avant que le bouclé lui parle de tout ce qu’il l’avait amené vers lui. Point par point, dans une liste aussi grande que l’admiration qu’avait Izuku.
Il avait remarqué que Shoto n’aimait pas le contact physique, que par conséquent il ne voulait pas faire de corps à corps et fuyait quand c’était le cas. Puis ils avaient parlé, et le bicolore avait accepté de travailler avec son ami. Grâce à lui, ses techniques s’étaient améliorées et il était devenu plus fort.
Le héros chasse ces pensées de son esprit afin de se reconcentrer sur le vilain qui semble à bout de souffle, mais qui pourtant garde ce même sourire horrible sur son visage. Et ça, ça a le don de mettre à rude épreuve les nerfs de Todoroki.
Ce dernier se jette sur l’autre homme qui se décale, mais il ne s'attendait sûrement pas à ce que l’attaque du héros soit directe, sans alter. Esquiver n’a servi à rien puisqu’il se prend directement un coup de poing en plein visage, sa joue est heurtée et son visage se fend sur le côté.
Au même moment, il tente de lever sa jambe dans l’espoir de blesser le héros, sans grand résultat puisque Shoto lui croche son seul puis pieds d’appuie à terre. Le vilain tombe et le bicolore en profite pour nouer ses mains derrière son dos.
– Alors vous n’aimez vraiment pas le corps à corps.
– J’en ai rien à faire !!! Si vous ne m’aviez pas capturé, je serais mort de toute manière.
Perplexe, il le questionne tout en le relevant et en faisant un signe à la police qui attendait au bord de la ruelle.
– Je ne faisais que perdre votre temps. Je n’ai servi qu’à ça.
La police arrive et remercie Shoto en prenant en main le vilain maintenant capturé. Son sourire idiot n’est plus sur son visage, au lieu de ça il se laisse faire sans aucune résistance.
Et là Shoto comprends. Son esprit fait le lien entre cet homme qui l’a maintenant à distance pendant un moment, et l’affaire de trafic d’être humain lors de la longue réunion.
– Putain de merde.
Caché au fin fond de sa poche, son téléphone vibre pendant un moment mais il n’a pas le temps de regarder ni de décrocher, le bicolore utilise son alter pour s’élancer vers la frontière. Son cœur bat rapidement, si rapidement qu’il le sent taper contre ses tempes. Si vite qu’il ne se rend pas compte que la pluie tombe de nouveau, cette fois-ci en épaisses gouttes. Porté par des rafales de vents, la météo le fouaille le visage. Les vibrations de son téléphone se sont arrêtées pour laisser place à une seule, signe qu’un message l'attend.
Il prend son téléphone dans la main sans quitter la route des yeux. Et malgré le fait qu’il n’y voit pas grand-chose avec ce vent et cette horrible pluie, Shoto distingue le message. Les lettres s’alignent et se marquent dans son esprit avec une douleur qui lui retourne l’estomac.
Inko - 16:32
Il s’est réveillé.
*
– C’est bon Shoto, va voir les médecins et va te reposer !
Ledit Shoto pousse un soupir avant de se relever. Creaty, venue en plein milieu de ce qu’ils appellent un énorme “foutoire”, tend la main à son meilleur ami pour l’aider. Son flan à été touché avec une balle d’arme à feu, malgré le pansement fait rapidement avec ce qu’ils avaient sous la main, le second du classement perds pas mal de sang.
La jeune femme l’aide à marcher jusqu’au camion de médecin qui le prenne en charge rapidement. De là, elle lui tient la main et reste à ses côtés.
– Tu n’es pas obligé de rester tu sais, je serais encore vivant d’ici demain.
– Ah-ah, très drôle. Est-ce que le grand Shoto Todoroki aurait pris des cours de second degré ?
Les deux amis rigolent quelques instants avant que le jeune homme ne grimace quand il sent les mains des soignants sur lui. Des minutes passent dans un silence que la fine pluie rompe.
– Vous n’êtes plus en danger Monsieur Shoto, vous devriez dormir et vous reposer.
Le concerné les remercie et s’en va du camion, toujours en compagnie de sa meilleure amie qui le soutient par les épaules.
– Momo ?
– Oui, c’est bien moi.
– Izuku s’est réveillé.
– QUOI ?!
Plus que surprise, la jeune femme s’arrête et se fige en face du bicolore. Elle a beau ne pas être très proche de Izuku, il restait un camarade et un ami avant tout.
– Depuis quand ?!
– Je ne sais pas, j’ai reçu un appel et des messages de Inko, c’était vers seize heures.
– Bordel Shoto, il va être vingt-deux heures !! Qu’est-ce que tu fais encore là, va le voir !
– Pourquoi seulement moi ? Tu devrais venir aussi !
– Tu es toujours lent à la détente dis-moi. Elle souffle et reprend le bras du Todoroki avant d’avancer de nouveau. J’irai le voir plus tard, tu es plus prioritaire.
– En quoi ? Il est ton ami à toi aussi.
– Fais pas l’idiot Shoto. Quand tu as vu le message, ça t’as fait quoi ?
– Je sais pas trop, j’étais en route pour la frontière, alors j’ai pas vraiment eu le temps de m’attarder dessus.
En soit, ce n’était pas vraiment faux. Shoto avait rapidement lu le message alors qu’il approchait dangereusement de la frontière, la pluie battait tellement fort que la visibilité était réduite. Sans parler de son altercation avec le vilain juste avant, tout s’était emmêlé dans sa tête.
– Alors après ?
Il sait très bien où veut en venir Momo. Il le sait, et il sait également qu’elle l’a sans aucun doute vu dans un état pitoyable.
– Tu m’as très bien vu.
– C’est justement ça le souci. Tu as failli mourir.
Sur ce point là non plus elle n’a pas tort. Si le bicolore s’est prit une balle c’est uniquement parce qu’il voulait en finir avec cette histoire au plus vite, c’est parce qu’il voulait voir Izuku, c’est parce que ses pensées étaient accablé de souvenir du lycée, des souvenirs avec Izuku.
Pendant l’arrestation des contrebandiers, il s’est laissé diriger par ses sentiments. Sa tête qui tournait à plein régime, ses mains qui tremblaient, ses jambes qu’il sentait fragiles, son souffle court, cette rage qui bouillonnait en lui, et son cœur. Son cœur qui battait comme il n’avait jamais battu auparavant.
Mais ce n’était pas comme d’habitude lorsqu’il rêvait de son ami. Ce n’était pas comment les fois où ils avaient eu un contact physique, les fois où il voyait le sourire de Izuku, les fois où il entendait son rire. Ce n’était pas comme ça.
Aujourd’hui son coeur lui avait fait mal, et il ne saurait dire si c’était un manque, de l’angoisse, de la peur, de l’appréhension ou de l’impatience. Sans doute un mélange de tout.
– Maintenant que tout est fini, je…je ne sais pas si je dois y aller.
– Fais moi une liste des raisons pour lesquelles tu ne devrais pas y aller !
Le bicolore réfléchit quelques instants.
– Je ne lui ai pas rendu visite une seule fois pendant ces premiers mois de-
– Objection !! Izuku était endormi. EN-DOR-MI. Il ne saura même pas que tu n’es pas venu, et tu connais beaucoup mieux Izuku que moi. Il ne t’en voudra pas le moins du monde. Suivant.
Mais son ami reste silencieux. A vrai dire, aucun autre argument ne lui vient en tête.
– Je déteste faire ça Shoto mais, imagine seulement ; à cette heure-ci Izuku doit être seul dans sa chambre d'hôpital, seul dans son lit. Il s’est endormi l’année dernière pendant un combat et il se réveille un an plus tard, il ne sait même pas à quoi ces amis ressemblent ni même s’ils sont vivants. Et attention, flash info, tu comptes parmi ces amis. Sûrement bien plus, qui sait.
Momo détestait prendre les gens par les sentiments, et Shoto détestait entendre cela en sachant pertinemment qu’elle avait raison. Il avait cette image d’Izuku, assis dans son lit inconfortable, regardant par la fenêtre, sans doute inquiet. Et c’était horrible.
– Merci Momo.
– Fais quand même attention à toi sur le chemin.
La jeune femme le lâche et Shoto s’en va rapidement.
Il ne lui faut que quelques minutes avant d’atteindre l'hôpital, à cette heure-là l’entrée est fermée et les visites sont interdites, mais heureusement le bicolore connaît une sortie de secours qui s’ouvre également de l’extérieur.
D’un pas discret, il se faufile entre les couloirs en prenant bien soin d’éviter les soignants et soignantes de nuit. Arrivé devant la porte, il souffle discrètement en essayant de voir l’état dans lequel il est. Mais il fuit vite l’idée d’être présentable lorsqu’il voit son reflet dans la caméra de son téléphone. Hormis ses cheveux plutôt bien, son visage est sale et son costume tout abîmé, sans parler de cette énorme tâche de sang. Il aurait sûrement mieux fait de rentrer chez lui et revenir en meilleure forme.
Pas le temps de s’attarder sur ça, il est devant la porte, il ne lui reste plus qu'à entrer. Il ne prend pas la peine de toquer, si Izuku dort alors il repassera demain.
D’un geste lent, il pousse la porte coulissante sans un bruit puis la referme avant de se tourner vers le lit, dans lequel Izuku est assis, la tête vers la grande fenêtre.
– Bonsoir, Izuku.
Dans un petit sursaut de surprise, le bouclé tourne la tête et écarquille les yeux.
– Shoto…
Sa voix est faible et enrouée, le bicolore l’a entendue alors qu’il s’avance lentement vers le fauteuil à son chevet. Il s'assoit sans un bruit, sans qu’aucun des deux ne se lâche du regard.
– Comment tu te sens ?
– J’ai dormi pendant si longtemps, pourtant je suis encore fatigué.
Izuku sourit et Shoto sent son esprit fondre comme neige au soleil. Il a rêvé du bouclé des centaines et des milliers de fois, son sourire à toujours été gravé dans sa mémoire, pourtant ce sourire, il a l’impression de le redécouvrir.
– C’est normal, tu dois retrouver toutes les fonctions de ton corps.
Le bouclé se remet à rire doucement, mais bien vite son sourire fane et des larmes se créent aux coins de ses yeux. Et même si le bicolore ne l’a pas vu depuis plus d’un an, il reconnaît le visage d’Izuku qui se met à pleurer. Il reconnaît ce pli au coin de sa joue, il reconnaît ce battement de cils.
– Izuku…
Ses larmes dévalent ses joues sans qu’il n’arrive à les arrêter. Aussitôt Shoto se relève et lui prend la main en faisant de léger cercle sur sa peau.
– Je suis désolé de ne pas être venu avant.
– Ce n’est rien Shoto, je ne t’en veux pas.
– Je suis désolé quand même.
Les minutes passent rapidement, les larmes sortent comme un chagrin contenu trop longtemps, et les caresses sur sa main continuent, même quand les larmes se sont taries.
– Izuku, je suis désolé. En fait, je ne suis pas venu te voir pendant un an. Je n’ai aucune excuse, je n’y arrivais pas, tout simplement. A chaque fois je disais à Momo que j’allais venir, et à chaque fois je ne venais pas.
– Tu n’es pas venu une seule fois ?
– Si, bien sûr. Mais je ne suis venu que récemment.
– Donc tu es venu.
Shoto ne dit rien, toujours assis la main liée sur la peau si tiède du bouclé. Leurs regards se lient une fois de plus, alors que son estomac se retourne agréablement. De nouveau, Izuku lui sourit. Toujours ce même sourire rempli de douceur, qui apaise son âme entière.
– Je ne t’en voudrais jamais pour ça Shoto, tu le sais.
– Oui, je le sais.
– Je suis juste…un peu perdu. Je suppose que c’est normal après avoir dormi pendant une année entière. Je me réveille et le monde à changé, mes amis sont devenus adultes et ont un travail. Et moi, je suis là.
– Mais c’est un miracle que tu sois là.
Le bouclé détourne le regard vers la fenêtre tout en haussant les épaules. Il fallait s’en douter, Izuku ne pouvait pas se réveiller et simplement être joyeux, apprécier la vie comme il le faisait avant. Il a loupé un an de sa vie, il doit tout réapprendre.
– Je ne sais même plus marcher.
– Oui, c’est généralement ce qui arrive quand on dort pendant un an. On appelle ça un coma, tu le sais ?
Ahuri, le vert tourne vivement la tête vers le bicolore. Il prend quelques longues secondes à la détailler, sans savoir quoi dire. Puis il se met à rire, serrant sa main contre son ventre.
– Tu maîtrises le second degré, c’est fou !
Tendrement Shoto le rejoint dans son rire.
– Tes cheveux sont si courts, et ton visage à changé.
Mais là, il ne sait pas quoi répondre. Est-ce que Izuku à toujours regardé ses cheveux jusqu'à se souvenir de sa longueur, as-t-il toujours fixé sa mâchoire jusqu’à y voir un changement ?
D’un geste un peu gêné, il gratte sa joue qui doit sûrement être rouge puisqu’il sent une vague de chaleur le submerger.
– Raconte moi ce que j’ai loupé, Shoto.
Il lui sourit et accède à sa requête. D’une voix calme et posée, le jeune Todoroki lui raconte les quelques événements qu’ils jugent importants, en commençant par des nouvelles de tout le monde. Puis comme il le sait si bien, Izuku commence à poser des questions, et leur conversation dévient sur la vie sur héros numéro deux. Il est tard mais aucun des deux ne souhaite dormir, parce qu’ils sont nettement plus intéressés par leur conversation que par leur corps qui leur quémande du repos.
Shoto aurait aimé lui parler de ce qu’il ressent. De tous ces rêves, ces cauchemars, cette affection qui a pris trop de place, de ces sensations qui l'envahissent quand il est trop proche de lui.
Mais il s’est rendu compte que ce n’était pas le moment, Izuku n’a pas la place pour cela dans sa vie. Il doit tout d’abord se reconstruire, réapprendre à vivre et réformer sa place dans cette société qu’il a transformée il y a un an.
Il l’ignore toujours, mais des milliards de gens attendent son réveil, attendent de le voir sur pieds pour le remercier. Une tonne de gens attendent son retour.
Surtout Shoto. Il n’a qu’une seule hâte, que leurs vies redeviennent comme avant.
– Et puis il y a Satan aussi, le chat que j’ai adopté.
– Oh tu l’as appelé Satan, je veux absolument le voir !!
Izuku pose sa tête contre son matelas, puis retire sa main de celle de Shoto pour mieux entrelacer leurs doigts. Leurs peaux se touchent et leur chaleur se mélangent, comme si elles n’avaient jamais été séparées.
