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Doigts de fée

Summary:

Alors que le royaume des nains d'Erebor est noyé sous les flammes de Smaug, le dragon cracheur de feu, la vie de Madeleine continuait imperturbablement son cours.
Du moins, jusqu'à ce que les nains ne se réfugient dans ses collines, y attirant alors des trombes d'orcs. Créatures du Mal, ils transformèrent les campagnes en cendre, semant la terreur dans leur sillage, brûlant et réduisant au néant des dizaines de villages, terrorisant et massacrant les populations.

Obligée de fuir sur les routes enneigées et dangereuses des Ered Luin, Madeleine ne s'attendait certainement pas à jouer un jour un quelconque rôle dans le destin de la Terre du Milieu. Et encore moins à trouver l'amour en chemin.

***

OC x OC
EN COURS : histoire courte (15 chapitres).
Univers : Le seigneur des anneaux
Rating : K

Disclaimer : Bien que ce fantastique univers soit issu de la plume de Tolkien et non de la mienne (surprise !), cette histoire, les personnages et leurs aventures sont de moi. Merci de respecter mon travail et de ne pas me plagier.
© Tous Droits Réservés

Chapter 1: L'hiver des orcs

Summary:

Ceci est ma fic sur le Seigneur des Anneaux. Vous découvrirez deux personnages originaux, car j'ai toujours aimé ajouter ma patte aux univers que j'affectionne. Je traduirais sûrement cette fic en anglais lorsqu'elle sera terminée. Merci de me lire !

Chapter Text

     Elle progressait péniblement alors que ses muscles endoloris, traîtres insensibles à l’angoisse pressante qui lui remuait impitoyablement le ventre, l’empêchaient de progresser, la faisant trébucher sur les racines saillantes ou s’écrouler sous son propre poids alors qu’elle se débattait avec la neige qui alourdissait chacun de ses pas.

Son corps entier tremblait sous le vent mordant. Ses doigts de pied semblaient avoir fusionné avec la toile de ses chaussures usées jusqu’à la corde tandis que chacune de ses extrémités, doigts, oreilles ainsi que le bout de son nez étaient aussi rouges que des cerises en été, la brûlant douloureusement. Des flocons se coinçaient dans ses cils, lui brouillant la vue.

Par chance, il faisait encore jour bien que cela ne saurait durer. Bientôt le soleil allait décliner et avec la nuit viendrait un froid plus intense encore et d’autres menaces si terribles qu’elle n’osait y songer.

Elle ne craignait pas les loups, elle avait depuis longtemps appris à les effrayer et les mettre en fuite sans la moindre difficulté, elle saurait affronter la faim et la soif, après tout, les famines étaient monnaie courante dans ces contrées, et elle avait l’espoir de résister encore un peu au temps glacial, malgré sa robe lourde d’humidité et sa cape trouée qui ne la protégeait guère des morsures du gel.
Mais les collines grises étaient tristement célèbres pour être infestées d’orcs égorgeurs qui attaquaient dès la nuit tombée et jamais elle n’aurait la moindre chance de leur échapper s’ils lui tombaient dessus. Son seul espoir était de trouver refuge dans la forêt, se dissimulant au creux d’un buisson ou derrière un renflement de terre. Mais les bois étaient encore loin, la lisière se dessinant à peine au bas de l’immense butte sur laquelle elle se trouvait, le vent fouettant ses joues avec une cruauté presque rieuse.

Il lui fallut encore une heure pour atteindre les premiers arbres et une de plus pour juger qu’elle s’était suffisamment enfoncée parmi la végétation pour être capable de se dissimuler en cas de problème. La lune venait de se lever lorsqu’elle termina son installation pour la nuit.

Elle était une bonne grimpeuse, enfant, sa mère craignait constamment qu’elle ne se brise le cou en escaladant arbres et rochers. Aujourd’hui, cela lui permettait de dormir en sécurité, perchée parmi les branches les plus hautes et les plus solides d’un grand chêne dont l’odeur forte de ses glands dissimulait la sienne.

Tentant de se caler confortablement contre l’épaisse écorce, elle sombra dans un repos léger et sans rêve, protégée de la brise par l’épais feuillage qui avait résisté à l’hiver, bercée par le doux bruissement des arbres.

Ce furent des ricanements et des cliquetis d’armure qui la tirent de son sommeil. Sans bouger un seul muscle, elle était bien trop engourdie pour y parvenir de toute façon, elle ouvrit les yeux.
Elle tendit l’oreille, peut-être était-ce des hommes ? Ou des nains ? Elle savait qu’ils résidaient dans quelques villages dans les hautes collines, alors peut-être était-ce son jour de chance finalement ? Après des heures de marche dans ces étendues inhospitalières et mortelles, se sentir enfin en sécurité ne serait pas de refus.

La vie de Madeleine avait pris une tournure amère depuis que les nains d’Erebor étaient arrivés par chez elle; comme tout le monde, elle avait entendu parler du drame causé par Smaug le Terrible, l’histoire de ces nains privés de leur foyer, perdant tout ce qu’ils possédaient en seulement quelques heures avait fait le tour de la région depuis bien longtemps.
Elle avait eu beaucoup d’empathie pour eux, mais hélas, la vie dans le grand Nord était rude, il fallait se battre pour obtenir ne serait-ce qu’une bouchée de pain. Madeleine n’avait pu les aider qu’en leur offrant ses services au rabais, ne souhaitant pas abuser de ce peuple battu par la cruauté du destin.

Mais son cœur n’avait pu s’empêcher de se teinter d’amertume lorsque les orcs, avides des dernières richesses des nains, s’étaient mis à envahir la région autrefois si paisible. Le peuple du nord, qui souffrait déjà des maux de l’hiver, avait vu ses terres devenir le théâtre d’une succession de bains de sang, tous plus terribles les uns que les autres.

Comme beaucoup, elle avait fini par tenir les nains coupables de ces tragédies, ne leur refusant cependant jamais ses services, ne résistant pas à la détresse des plus affaiblis.

Hélas, ce n’était pas des nains qui s’avançaient vers le grand chêne. Ni des hommes. Ce langage sec et grinçant, aussi tranchant que la lame d’un poignard, glaçant son âme d’effroi ne pouvait être que le parler noir, la langue des orcs.

Par tous les Valar, aucun orc ne s’aventurait d’ordinaire en forêt sauf s’ils étaient une troupe suffisamment importante. De ce qu’elle percevait au son des voix et aux martellements grouillants de leurs pas, ils n’étaient que trois. Comment avaient-ils eu la jugeote de s’aventurer jusque-là ? Ces créatures craignaient les bois qui pouvaient bien souvent dissimuler des elfes ou des hordes de loups qu’ils étaient incapables de repousser.

Madeleine se pressa davantage contre le tronc, tentant de se fondre dans son ombre. L’aube pointait déjà le bout de son nez, sûrement avaient-ils souhaité se dissimuler des regards en attendant l’obscurité totale pour frapper.

Son cœur se serra. Pourvu qu’ils continuent leur chemin, car un seul regard en l’air et ils pourraient apercevoir le bleu de son jupon. Peut-être pouvaient-ils déjà entendre les battements effrénés qui soulevaient sa poitrine, que trop affolée, elle ne parvenait à apaiser. S’ils découvraient sa présence, elle n’aurait que peu de chance de s’en sortir. Peut-être s’amuseraient-ils un peu avec elle avant de l’achever après moult souffrances ? Jamais.

Elle préférait se tuer d’elle-même plutôt que d’en arriver là. Ou considéraient-ils que la tuer serait une perte de temps ? Ils devaient aller se mettre à l’abri des rayons du soleil avant que ceux-ci ne les mettent à découvert, le temps leur était compté.

Mais elle ne se faisait guère d’espoir, les orcs aimaient trop le goût du sang pour y renoncer aussi facilement. Sa respiration se coupa lorsqu’ils émergèrent soudainement d’un buisson. Ils étaient encore plus répugnants que ce que son imagination morbide le lui avait décrit.

Trapus, bossus, la bouche gonflée, des crocs jaunes barbouillés de salive et de sang, des yeux de fouines et des ongles griffus aussi redoutables que les machettes qu’ils tenaient à bout de bras. L’un deux, sûrement le chef en raison du regard craintif que lui lançaient les deux autres, sembla humer l’air d’un air concentré qui tranchait affreusement avec son visage de brute épaisse.

Pourtant, aucun d’eux ne sembla s’apercevoir qu’un regard affolé les observait depuis la cime des arbres et bientôt, ils disparurent derrière un amas de terre, s’éloignant.

Elle était sauvée. Madeleine ne put empêcher une grosse larme de rouler sur sa joue alors que le soulagement l’étouffait. Les mains encore tremblantes sous le coup de la peur, elle entreprit de descendre à la hâte de sa cachette, souhaitant quitter la forêt au plus vite. Ce n’était plus un lieu sûr.
Elle s’immobilisa un instant, s’assurant que le danger était bel et bien passé avant de s’élancer à travers les arbres, courant à perdre haleine pour rejoindre les chemins marchands qu’elle savait être à l’ouest du bois. La neige qui recouvrait le sol rendait sa progression bruyante et difficile, l’obligeant à se retourner de nombreuses fois, craignant d’être suivie.

Elle gémit lorsqu’elle s’étala brutalement sur la glace après s’être pris les pieds dans une racine et grogna quand elle remarqua sa robe à moitié déchirée par les ronces.

Mais peu importe, elle était vivante. Épuisée, frigorifiée, affamée certes, mais encore suffisamment forte pour se sentir capable d’atteindre la ville la plus proche saine et sauve, après tout, Axas n’était plus qu’à une dizaine d’heures de marche, elle y serait bien avant la tombée de la nuit.

Le soulagement vint étirer ses lèvres gercées lorsqu’elle reconnut le ruisseau des garrigues. Elle n’était plus très loin maintenant, là, juste derrière ce tournant, elle serait enfin hors de danger.
-Regardez-moi cette jolie petite souris.

Empêtrée dans la neige jusqu’aux genoux, Madeleine releva la tête, ses yeux s’écarquillant d’horreur. À quelques pas seulement se tenaient cinq orcs. Elle reconnut sans mal ceux qu’elle avait aperçus plus tôt dans la matinée. D’où venaient les deux autres ? Elle l’ignorait mais était bien consciente du regard carnassier qu’ils avaient posé sur elle.

Alors c’était ici qu’elle allait mourir ? Après avoir survécu aux pillages des villages et aux marchands d’esclaves, elle allait finir à la merci de ses horribles créatures dépourvues de cœur ? Même les bêtes sauvages possédaient plus d’empathie que ces monstres. Madeleine ne dit rien. Cela faisait de toute façon si longtemps qu’elle n’avait pas prononcé le moindre mot qu’elle se demandait si elle en serait de nouveau capable un jour. Les orcs la fixaient de leurs petits yeux jaunes, caressant la tranche menaçante de leurs armes avec délectation.

Si la peur et l’épuisement avaient rendu ses muscles aussi consistant que de la bouillie, l’envie de vivre, plus forte et plus intense que tout le reste agit alors sur elle tel un coup de fouet, la sortant vivement de sa pétrification alors qu’avec l’énergie du désespoir, elle s’élançait dans les fourrés, ne prenant pas la peine d’écarter les branches qui lui giflaient le visage et lui griffait les bras.

Madeleine ne se faisait pas d’illusions, elle n’avait guère de chance de s’en sortir. Mais il était hors de question qu’elle se laisse abattre sans avoir tenté de résister ne serait-ce qu’un peu. Elle ne savait se défendre et encore moins se battre, ses bras frêles et minces, dépourvus de muscles et bourrés de carences dues aux famines étaient à peine capables de porter un seau d’eau, qu’aurait-elle donc fait d’une épée ?

Mais Madeleine était endurante, elle était une bonne coureuse à force de marcher des heures après le bétail, à l’époque où la campagne possédait encore moutons et vaches.

Alors faisant fi de la faiblesse de ses jambes, elle accéléra, ignorant la douleur qui lui vrillait les cotes. Au-delà son souffle erratique et des battements effrénés de son cœur, elle entendit sans mal les bruits de course qui la poursuivaient.

Évidemment qu’ils n’allaient pas la laisser filer. Elle entendait leurs rires gras et mauvais lui remuer les entrailles, elle sentait leur souffle nauséabond dans sa nuque, le grincement de leurs lames qui s’apprêtaient à s’enfoncer dans sa chair affaiblie.

Elle n’osa regarder derrière elle, elle n’en avait nul besoin pour savoir qu’ils gagnaient du terrain, plus trapu et léger qu’elle sur le sol enneigé, se rapprochant inexorablement. Bientôt, il leur suffirait de tendre la main pour lui attraper les cheveux ou la jupe avant d’accomplir leur sombre dessein.

Un gémissement affolé lui échappa alors qu’un sanglot étouffé lui bloquait la respiration. Elle allait mourir ici, sans rien avoir accompli de sa vie. Son nom serait oublié, sa mémoire effacée et personne jamais, ne se souviendrait de son existence. Elle était désespérément seule.

Son cœur se brisa lorsqu’elle se sentit brutalement tirée en arrière et plaquée violemment contre le sol, une main noire de crasses enserrant sa gorge avec un rictus pervers. La dominant, faisant pression sur ses jambes, l’un des orcs la maintenait immobile alors qu’elle tenait vainement de lui faire lâcher prise, ses doigts gelés griffant et suppliants la poigne implacable de laisser l’air emplir de nouveau ses poumons.

Avec horreur, elle sentit le froid tranchant d’une lame remonter le long de sa cheville, se glissant sous son jupon.

-Non, pleura-t-elle faiblement. Pitié.

Hoquetant, elle sentit les larmes brouiller sa vue alors que son souffle s’éteignait et que sa peau si pâle devenait lentement dénuée des dernières couleurs de la vie.

Sa vision se ternit et elle se sentit partir, fermant lentement les yeux sous les ricanements des orcs, n’entendant alors ni leurs hurlements, ni le son des lames qui s’entrechoquaient avec fureur, ni le bruit moite du sang qui éclaboussait vivement ses vêtements, tachant la neige de noir.

Elle ne sentit et n’entendit ni les mains pressantes sur son pouls, ni les chuchotements rassurants, ni les bras qui la soulevèrent, l’enveloppant dans une cape, cherchant à la réchauffer.

Perdue dans les brumes de l’inconscience, Madeleine observait la silhouette sombre de la Mort attendre qu’elle ne se décide à franchir le fossé qui les séparait.

Elle avait le choix, si elle la rejoignait maintenant, toutes ses souffrances, toutes les horreurs et les malheurs resteraient à jamais derrière elle. Madeleine avança d’un pas. Plus de famine. Un pas. Plus d’hiver mortel. Un autre pas. Plus douleurs inutiles. Encore un. Elle ne connaîtrait plus la peur ou la tristesse. Car elle serait morte.

Affolée, Madeleine recula. Elle ne pouvait pas mourir maintenant, pas comme ça, pas avant de pouvoir être fière de son existence. Elle fit demi-tour, s’éloignant de la Mort qui la fixait, déçue, avant de disparaître.

Madeleine ouvrit brutalement les yeux, se redressant en se débâtant avec ce qui semblait vouloir l’étouffer, la bloquant dans ses mouvements désordonnés et agités. Ses yeux se plissèrent, agressés par la luminosité vive du soleil qui se reflétait sur la neige étincelante.

Elle était seule. Enveloppée dans une cape qui n’était pas la sienne, allongée contre un sac qui ne lui appartenait pas, nez à nez avec les flammes d’un feu qu’elle n’avait pas fait. Près d’elle, il n’y avait ni orcs, ni quoi que ce soit qui pouvait ressembler de près ou de loin à un quelconque danger. Elle jeta un regard anxieux à ses poignets. Ils n’étaient pas entravés par la moindre corde comme l’auraient fait des marchands d’esclaves.

Peut-être que le destin semblait enfin lui accorder sa grâce ? Dans un grognement, elle tenta de se lever. Ses jambes tremblantes et sa cheville douloureuse hurlèrent de protestations mais Madeleine ne leur accorda pas la moindre attention. Elle avait senti une présence, là, derrière le petit monticule de terre.

-Rasseyez-vous. Vous tenez à peine sur vos jambes, inutile de vous épuiser davantage.

Madeleine retint un glapissement de frayeur en découvrant un homme surgir de derrière elle, à l’exact opposé de vers où elle regardait. Elle ignorait comment il s’y était pris pour effacer sa présence. Bien que n’ayant jamais été particulièrement observatrice, elle n’était pas la dernière des écervelées et avait appris à ne jamais baisser bêtement sa garde. Étrangement, qu’il ait réussi à déjouer sa prudence avec tant de facilité la déconcertait plus que cela ne l’effrayait.

Légèrement confuse de recevoir des ordres de la part d’un inconnu, elle obtempéra cependant, ne souhaitant le brusquer. Il venait visiblement de lui sauver la vie et il serait plus que malvenu de lui tenir tête simplement par pure fierté.

D’autant plus qu’il avait raison. Elle tremblait si fort, de fatigue, de froid ou de peur, qui sait, qu’il lui semblait presque sentir ses poumons s’entrechoquer entre eux. L’homme l’observa sans un mot avant de fouiller dans sa poche et de lui tendre un petit paquet soigneusement emballé.

-Tenez, dit-il d’une voix rauque. Vous avez l’air affamé. C’est du lamba, ajouta-t-il devant sa mine interrogative. Du pain elfique si vous préférez. Cela vous fera du bien.

-Je n’ai pas d’argent.

Il se retourna vers elle, haussant un sourcil. La femme tenait le paquet entre ses mains abîmées mais ne l’avait pas ouvert, se contenant de le fixer d’un air désolé. Ses lèvres, à mi-chemin entre le mauve et le bleu, s’étaient plissées, se réduisant à une fine ligne ennuyée. Ses yeux d’un bleu si pâle qu’elle en paraissait presque aveugle laissaient transparaître sa détresse.

-Je ne peux pas vous payer pour vos services, continua-t-elle. Jamais je ne pourrais vous rembourser la dette que j’ai envers vous, je ne peux accepter de continuer d’abuser de vous ainsi en volant et en profitant de vos vivres et de votre temps en sachant que je ne pourrais vous remercier comme il se doit.

Les sourcils de l’homme se froncèrent alors qu’il s’agenouilla devant elle.

-Je ne veux ni sous, ni compensation. Un simple merci me suffira. Mangez maintenant.

-Mais pourquoi ? souffla-t-elle. Refuser de l’argent c’est…

-Je n’en ai nul besoin, la coupa-t-il plus vivement qu’il ne l’aurait voulu. Vous en revanche, vous aviez besoin de mon aide. Rien ne m’a forcé à intervenir si ce n’est mon propre cœur. Écoutez, je ne vous demande rien hormis de faire ce que je vous dis et de croquer dans ce pain avant que nous nous ne mettions en route.

-Nous ?

-Je n’ai pas l’intention de vous laisser seule au milieu de nulle part, vous ne tiendriez pas une seule journée de plus dans votre état si je vous quittais maintenant et je tiens à avoir la conscience tranquille. Je me rends dans la ville de Bree pour affaire, si vous le souhaitez, vous pouvez m’y accompagner. Je connais des gens qui pourront vous offrir un nouveau départ.

Il hésita un instant.

-Vous n’avez pas à me craindre. Je suis un rôdeur. Vous savez ce que cela signifie ?

-Protecteur sauvage du peuple, dit doucement Madeleine.

-Bien. Maintenant, mangez.

Au mépris des paroles sèches de l’homme et de son visage agacé, Madeleine sourit. Le seul depuis plusieurs longues semaines. Pour la première fois depuis qu’elle s’était retrouvée livrée à elle-même après l’incendie et le massacre du village, l’espoir effleurait son âme.

Alors elle défit maladroitement la ficelle qui retenait fermement le paquet scellé et planta ses dents dans la pâte sèche mais épaisse, laissant échapper un grognement appréciateur. Elle avait épuisé ses dernières vivres il y avait de cela plus de deux jours et n’avait rien trouvé de plus à se mettre sous la dent depuis, si ce n’est un misérable reste de baie qui n’avait miraculeusement pas succombé aux gelées.

Pendant qu’elle mâchonnait avec ravissement ce pain étrangement fade et pourtant très doux, Madeleine ne put empêcher ses yeux de se poser sur son étrange compagnon. Grand, les cheveux bruns sales et emmêlés, une barbe de plusieurs jours, vêtu de vêtements boueux mais qui avait l’air solides et chaud. S’il n’inspirait pas la sympathie de par son visage fermé et ses manières un peu brusques, Madeleine trouvait dans son expression concentrée alors qu’il nettoyait une de ses dagues, un sentiment d’apaisement tel qu’elle n’en n’avait jamais ressenti auparavant.

Bien qu’elle ne pouvait s’empêcher de se montrer encore méfiante, après tout, rien ne lui garantissait son honnêteté, il y avait quelque chose dans la pâleur des yeux de cet homme, dans le ton grave de sa voix, dans son silence respectueux, qui chassait ses craintes.
Au plus profond de son esprit, elle avait le fébrile et étrange sentiment que le Mal n’avait pas d’emprise sur cet homme.

Un rictus amer étira ses lèvres. Elle avait parfois tendance à oublier que la dernière fois qu’elle avait osé penser ce genre de chose au sujet de quelqu’un, elle s’en était cruellement mordu les doigts. Dans ce monde dur et sans pitié, rien ne lui permettait de s’assurer que cette fois, tout irait bien.

-Vous sentez-vous capable de marcher un peu ?

Madeleine hocha la tête. Peut-être qu’elle ne pouvait pas lui faire réellement confiance mais pour le moment, il était sa seule chance. Alors elle se releva, grimaçant lorsque ses jambes la tiraillaient lourdement, ajusta sa cape miteuse et le suivit sans un mot alors qu’il dégageait efficacement la neige, rendant la progression moins ardue pour la jeune femme qui lui succédait.

Sans le savoir, alors qu’elle observait songeusement la carrure solide de l’homme qui la devançait, Madeleine venait d’entraîner son sort vers une toute autre destinée.