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Language:
Français
Stats:
Published:
2026-01-26
Words:
948
Chapters:
1/1
Comments:
4
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3
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24

Cette ombre est effrayée

Summary:

« Changer d’avis, c’est mourir ? 
— Ne sois pas si malhonnête », Akechi roule parfaitement des yeux. « Changer d’avis, ça se construit fastidieusement à force d’aiguiser son opinion, ça n’a rien à voir avec la métanoïa. »

Notes:

Commencé en cours de jeu pour évacuer une frustration avec le fait qu'on ne peut pas réellement parler éthique de la manipulation mentale avec Akechi ; fini après la fin du jeu principalement pour l'exercice de style. Posté pour arrêter d'en écrire des versions alternatives. Bonne lecture <3

Work Text:

« Au fond », relance Akechi après un silence contemplatif – dans sa main le verre à moitié plein, la courbe délicate du poignet qui fait osciller la surface du contenu, « la rupture psychique n'est-elle pas plus clémente que la métanoïa ? »

Le bras sur le dos de la chaise, les épaules en arrière, le balayage châtain sur le col de chemise – il est un spectacle de décontraction. Ren cherche, pour vérifier, le sourire en coin, l'éclat espiègle sous sa frange : une provocation sans menace. La manufacture d'un désaccord idéologique pour l'amour de l'art. 

Akechi porte des façades en lieu de masques. Ren aimerait saluer la performance, mais ce serait comme adresser ses louanges au théâtre lui-même. 

Ren est dans un bon jour. 

« La métanoïa ne mène pas à la mort, fait-il impudemment remarquer.

— C'est la mort de l'ego », balaie Akechi.

Dix chaises métaphoriques, spirituellement empilées dans l'espace qu'occupe celle, bien réelle, du Jazz Jin, où Ren s'affale avec moins d'élégance que son hôte. L'assemblée ainsi superposée de ses grotesques se secoue et s'insurge. Qu'est-ce que ce gamin peut savoir de l'ego ? demande – masque animal, œil fou : le diable, mais il est vite tenu en laisse par la force et la tempérance, qui songent qu'un ado forcé de se montrer si souvent en public doit avoir une ou deux choses à apprendre sur l'ego à la cacophonie désincarnée qui en joue le rôle pour Ren. 

« Changer d’avis, c’est mourir ? »

Akechi roule parfaitement des yeux. « Ne sois pas si malhonnête », se permet-il, puisque c’est apparemment moins une conversation qu’un concours du plus hypocrite. « Changer d’avis, ça se construit fastidieusement à force d’aiguiser son opinion, ça n’a rien à voir avec... 

— Qu’est-ce qui te fait dire qu’une métanoïa n’est pas longue et fastidieuse ? »

En réponse Akechi lui jette un regard de porte de prison. Ren ne peut s'empêcher de sourire plus large. Même quand il laisse filtrer un agacement sincère, Akechi reste inhumainement imperturbable.

« S’il fallait plusieurs années aux Voleurs Fantômes pour effectuer une métanoïa, crois bien que j’aurais déjà terminé mon enquête », se targue le petit détective. 

Quelque chose rit électrique en Ren. Parfois, en compagnie d'Akechi, le froissement d'éventails sur sa nuque susurre qu'il pourrait tomber amoureux, mais il préfère quand c'est la lance de l'empereur qui pique, qui pense Akechi comme un contre-pouvoir.

« D’accord, s’incline-t-il. Développe. »

Akechi ne se laisse pas si facilement convaincre – un balancement d’épaule, de tête, qui hésite. Mais Akechi se tuerait avant de se montrer contrarié, alors, il porte le verre à ses lèvres, et le voilà retranché à nouveau derrière ses murs, la muraille de marbre de son sourire.

« Peut-être que c'est le mélodrame qui me déplaît, fait-il semblant d’admettre. L'accusation publique suivie de ces confessions larmoyantes… mais le fond de la chose reste en lui-même une perte de dignité, non ? Il s’agit de forcer une personne à devenir quelque-chose qu’elle ne serait jamais devenue de son plein gré… au moins, la rupture psychique tue le sujet sans le transformer.

— Eh bien, il est transformé en cadavre.

— Tu es insupportable », rit Akechi, et il se penche, pose son coude sur la table entre eux. Il part à la recherche de Ren, derrière sa frange et ses lunettes. « Ignore un instant…

— … les victimes de meurtre ?

— … les résultats, je te parle du processus. La métanoïa n’est pas un miracle par lequel les criminels se découvrent une soudaine grandeur d’âme. Quelqu’un les force à ressentir des regrets si puissants qu’ils se mettent à genoux. C'est une oblitération. A ce stade, autant leur offrir au moins l’honneur de les tuer tout de suite. »

Il y aurait des dizaines d’arguments raisonnables à opposer à cette idée. A propos de se faire justice soi-même, de réparations pour les victimes, même à propos des termes dans lesquels Akechi fait tenir leur petit jeu : la compassion pour les criminels… un autre jour, Ren aurait lancé Akechi sur une de ces pistes, mais les autres jours, Akechi n’utilise pas de provocations si grossières.

Il voudrait que Ren montre sa main, sans doute. Défende la métanoïa si ardemment qu’il en révèle un composant inconnu du public. Ren a besoin de ces moments avec Akechi pour se rappeler de se méfier. Sur les sièges de son amphithéâtre, les spectateurs se sont réduits au silence. Leurs masques sont ceux d’animaux à l’affût.

Il se penche, à la rencontre d’Akechi.

« À moins que le mélodrame ne soit le but, c’est ça ? Tu penses que les Voleurs Fantômes ont une idée derrière la tête.

— Bien sûr qu’ils en ont une. Personne ne se met à traquer les criminels pour l’amour de l’art.

— Ah non ? »

Akechi se raidit, d’abord, bien sûr. Ren sent sa confrérie défigurée ruer dans les brancards – condamner le mat et son trop d’audace. Il les fait taire. C’est cela qu’il veut : l’éclat embué du regard, la crispation de la mâchoire. Un visage qui le surveille à la fenêtre.

C’est cela, aussi, que veut son adversaire : la crainte que Ren puisse entrer.

« Je suis content que tu trouves ces conversations amusantes, Amamiya », ironise Akechi. « Le jour où tes précieux justiciers auront fini de s’entraîner sur la lie de l’humanité, passeront aux masses innocentes, et que tu ne pourras plus faire confiance à personne pour exprimer une opinion sincère sur quoi que ce soit, au moins, ça t’aura fait rire une dizaine de minutes. »

Son menton sur le dos de sa main, son coude sur la table. S’il se penchait un peu plus, Ren pourrait sentir la voix d’Akechi, le sourire derrière lequel il se dissimule, soufflé directement sur ses lèvres.

S’ils se touchaient, là – lequel des deux serait transformé par l’autre ?

« Tu dramatises, » décide Ren, à l’unanimité. « C’est déjà impossible de faire confiance à qui que ce soit. »