Work Text:
Assis à son bureau, Warrius Zero but une gorgée de thé brûlant et soupira en regardant la pile monstre de documents et rapports qu’il avait à remplir. Il était devenu officier pour le champ de bataille, pas pour remplir de la paperasse, non mais! Il contempla la possibilité de déléguer la lourdeur bureaucratique à Marina et s’esquiver pour une partie de shogi avec Unabara, imagina le regard réprobateur de son second, se ravisa. Il était le capitaine, il devait montrer l’exemple. Ce n’est pas du papier qui allait l’intimider (mais Marina, si). Il avait saisi la première feuille lorsque son bipeur émit un son aigu qui le fit sursauter. Qui donc le contactait à cette heure? Las, il but une autre gorgée de thé avec laquelle il s’étrangla en lisant le message.
« Rendez-vous chez Bob. 2300. - H »
Il étouffa un juron. H… Harlock?! Cela devait bien faire trois, quatre ans qu’ils s’étaient vus? Par un heureux (ou malheureux) hasard, le pirate avait dû faire escale sur la même planète que lui et apercevoir le Karyû dans l’astroport. Chez Bob? Ah, il devait faire référence à ce bar sordide où ils avaient pris un verre à quelques reprises par le passé. Un peu culotté quand même d’interpeler ainsi le commandant de la Flotte Indépendante pour aller boire un verre. Très culotté même. Surtout quand on est le pirate le plus recherché de la galaxie. Zero regarda sa montagne de paperasse. Comme d’habitude, Harlock avait un timing impeccable. Le militaire hésita entre se sentir irrité d’être dérangé pendant son travail ou reconnaissant d’avoir une bonne excuse de procrastiner. Il choisit la deuxième option, se leva et balaya d’un revers de la main ses pensées qui lui reprochaient que « aller boire un verre avec un criminel » était loin d’être ce qu’on pouvait appeler une « bonne excuse ». Merci, Harlock.
Zero avait rejoint le lieu de rendez-vous quelques minutes d’avance et s’était installé au bar. Il sirotait déjà un verre de bourbon lorsqu’une voix familière se fit entendre derrière lui.
- Je te suis reconnaissant de ne pas être venu en uniforme, ça aurait pu nuire à mon image d’être vu en compagnie d’un représentant des forces de l’ordre.
Warrius tiqua. C’est comme ça qu’il le saluait, après toutes ces années?!
- C’était plutôt pour préserver mon image et éviter d’être remarqué en ta compagnie, espèce de…
Il se figea net en se retournant pour faire face au capitaine pirate. L’idiot immature et téméraire qu’avait été le jeune Harlock avait laissé place à un homme plus taciturne, drapé dans une cape et tout habillé de noir, une tête de mort provocante recouvrant son torse. Le regard de Warrius s’attarda au cache-œil qui recouvrait l’œil droit du pirate. Harlock porta deux doigts à sa tempe en guise de salut.
- Salut, Zero. Ça faisait un bail.
Le militaire se remit de sa surprise et répondit à son salut en levant son verre.
- Salut, Harlock. C’est quoi ce nouveau look? Et… ton œil?
Le visage du pirate s’assombrit momentanément, et eut un sourire amer.
- Un souvenir du passé…
Warrius sentit qu’Harlock n’avait pas envie de s’attarder sur le sujet. Il se retourna vers le bar pour commander un autre verre.
- Bah, au moins maintenant, tu ressembles à un vrai pirate. Il te manque plus que la jambe de bois.
Harlock s’assit à ses côtés avec un sourire plus franc et commanda un bourbon rouge.
- Je pensais que tu me ferais la morale et me dirais que je l’avais bien cherché.
- À quoi bon te faire la morale, tu n’écoutes jamais personne. J’espère que perdre un œil n’a pas affecté ta tolérance à l’alcool?
Le sourire d’Harlock s’élargit.
- Si, je peux boire encore plus maintenant.
Ils trinquèrent à leurs retrouvailles. Bien que Warrius eut envie d’en savoir plus, il comprenait mieux que quiconque que les douleurs du passé pouvaient prendre longtemps avant de s’estomper. Sa main se porta instinctivement à sa montre-gousset dans sa poche. Lui-même avait eu des moments où il doutait être en mesure de sourire à nouveau. Il savait aussi que la vie était une suite de joies et de peines, et qu’un jour il serait capable d’en parler. Un jour.
Après quelques verres à ressasser quelques-unes de leurs aventures, Zero prit un air plus sérieux.
- Allez, Harlock, au fait. Tu ne m’as pas invité ici seulement pour picoler, pas vrai? Tu n’es pas le type nostalgique.
Le pirate posa son verre et soupira.
- Toujours aussi pressé de gâcher la fête, Warrius. J’aurais espéré t’alcooliser encore un peu plus avant d’aborder le sujet.
Ça ne disait rien qui vaille.
- J’ai besoin d’accéder à la forteresse du Trident.
Warrius avala son bourbon de travers.
- Que… quoi?! Mais t’es fou?!
- C’est ce que les gens disent.
- C’est hors de question. De toute façon, je n’ai pas le grade pour avoir les accès à la forteresse.
- Relaxe, je ne te demande pas de m’ouvrir la porte, j’ai juste besoin que tu me donnes sa position. Et que tu fasses diversion.
- Tu es conscient que je risque ma carrière juste pour venir boire un verre avec toi?! Si en plus je t’aide à accéder à des secrets d’état… je risque la cour martiale, la prison, voire l’exécution pour haute trahison…
- Allons, Warrius, ne fais pas le bon garçon comme si tu n’avais jamais enfreint les règles. En fait, t’es plutôt doué pour les ignorer quand ça t’arrange. Et tes supérieurs aussi.
- Faut pas abuser tout de même! Le nombre de lois et de règlements que j’enfreins juste en ayant cette conversation…
Harlock posa sa main sur l’épaule de Zero et le regarda d’un air sérieux.
- Warrius, je te l’ai déjà dit… il y aura toujours une place pour toi parmi mes pirates. Si tu te fais arrêter, je viendrai te chercher. Tu pourras te battre pour tes idéaux à mes côtés. En fait, dès maintenant… si tu le souhaites, tu n’as pas besoin de retourner en arrière. Un mot de ta part, et tu es libre.
Zero eut un regard hésitant. Il n’était pas malheureux dans sa situation actuelle. Il aimait son travail, sa vie. Pourquoi ce satané pirate réussissait-il à le faire tout remettre en question? Harlock eut un demi-sourire et reporta son attention sur son verre en haussant les épaules.
- Mais en même temps je ne te cache pas que c’est assez pratique d’avoir un haut gradé de l’armée dans mon cercle d’amis. Dépêche-toi d’avoir une promotion et de devenir amiral, afin de devenir vraiment utile.
Warrius laissa échapper un soupir amusé qu’il tenta de camoufler derrière une gorgée de bourbon. Ami, hein… Leurs idéaux n’étaient pas si éloignés, seule la mise en œuvre pour les défendre les distinguait. Il y avait un avantage certain à se battre pour la même chose des deux côtés de la loi. L’idée de tout abandonner pour suivre le pirate était tentante (il repensa à la montagne de paperasse qui l’attendait sur son bureau), mais il n’avait pas à faire ce choix maintenant. Il avait encore une belle carrière devant lui – s’il ne se faisait pas prendre – et peut-être qu’un jour, s’il changeait d’idée, il prendrait Harlock au mot.
- Alors, c’était quoi exactement ton plan pour faire diversion?
