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Cachotterie

Summary:

Suite à la visite des Vees, Alastor profite d'un moment de calme sur le toit de l'hôtel. Il est rejoint par ni plus ni moins que la princesse de l'Enfer elle-même.

Notes:

Disclaimer: Vivienne "Vivziepop" Medrano.
Chronologie: Juste après la Saison 2, Épisode 3: Hazbin Hotel: Behind Closed Doors.
Note: Pour Ista. Tu sais très bien ce que tu as fait. Alastor m'a cassé les couilles bis parce que bordel de Dieu, il PARLE. Bonne lecture. :;)

Work Text:

Cachotterie

 

La visite de Vox et de son acolyte à l'Hôtel Hazbin s'était soldée par un cuisant fiasco.

Si Alastor avait été une âme un tant soit peu plus compatissante, il aurait déploré cette issue malheureuse mais ô combien prévisible. Vox était peut-être le dernier des parvenus mais s'il fallait lui reconnaître un quelconque talent, c'était définitivement sa capacité à pouvoir tourner n'importe quel récit à son avantage. Les Vees n'avaient même pas eu la décence d'avoir attendu d'être hors de l'hôtel pour s'affairer à mettre en marche leur sordide propagande : Vox n'avait eu qu'à tirer les meilleurs angles des différents enregistrements qu'il avait pris durant la journée pendant que Velvette se chargeait d'enrober l'histoire de paillettes et de controverses sulfureuses, destinées à être postées dans la minute sur ce média tragiquement limité qu'elle appelait « réseau social ».

Quelles méthodes vulgaires. Retorses et criantes d'efficacité, certes, mais vulgaires.

Alastor, pour sa part, avait refusé de prendre part à cette mascarade. Il s'était éclipsé dès qu'il avait entendu la voix mielleuse de son vieux rival résonner à travers le lobby de l'hôtel, désireux d'échapper à l'attention du vampire médiatique le plus vite possible, sans toutefois s'éloigner trop loin - quelquefois que son ancien ami perde tout sens des convenances et se mette à attaquer les braves membres du personnel placés sous sa protection. Peut-être avait-il été mal avisé. A en juger par les protestations d'Husker, les cris d'allégresse de Niffty et ceux définitivement moins enjoués d'Angel Dust, le nouveau plan de la princesse avait atteint un seuil de catastrophe suffisamment élevé pour mériter d'être la prochaine source de ragots de la semaine. Nul doute que tous les journaux locaux en feraient leurs choux gras pendant un moment, à moins qu'un nouveau cataclysme digne de l'Apocalypse daigne se produire dans la semaine.

Ce qui, connaissant la princesse et son talent presque inénarrable pour s'attirer les pires ennuis, était toujours de l'ordre du possible. Presque malgré lui, Alastor porta une main à son torse, là où les vestiges sanguinolents de son combat contre Adam pulsaient douloureusement sous sa chemise. Le geste lui valut un nouveau flash cuisant, lui arrachant un sifflement courroucé tandis que ses doigts se frayaient un chemin vers la poche intérieure de sa veste. Il en tira un briquet et un paquet de cigarettes entamé, allumant l'une d'entre elles dans la foulée.

La nicotine n'était qu'un maigre rempart face à la lente agonie que lui valait sa blessure infusée d'un pouvoir plus vieux que le monde mais c'était tout de même mieux que rien.

Le Démon de la Radio jeta un coup d'œil vers la sphère immaculée qui trônait au milieu du ciel rougeoyant du Cercle de l'Orgueil avant de tirer une nouvelle bouffée sur sa cigarette fraîchement allumée. Le temps commençait à lui manquer : chaque jour qui passait amenuisait son pouvoir déclinant et le rapprochait d'une fin définitive. Un homme moins cynique – ou avec davantage de piété, c'était selon – aurait sans doute cherché du réconfort dans cette vision éthérée mais Alastor était suffisamment lucide sur l'état du monde pour se passer de croire en un quelconque salut. Il n'était pas dupe : personne là-haut ne s'intéressait aux luttes inconséquentes des mortels, ni au salut de leurs sacro-saintes âmes. Non, le Démon de la Radio allait devoir trouver de quoi se sortir de ce guêpier tout seul et il n'aurait besoin ni de Dieu ni du diable pour parvenir à ses fins.

En parlant du diable... On en voyait la fille.

Cette dernière venait de faire irruption sur le toit de l'Hôtel en claquant lourdement la porte de service contre le mur, son costume carmin troqué pour une chemise au col défait et un pantalon sombre. La voir surgir dans une tenue plus casuelle que son apparat de travail était suffisant pour arracher un haussement de sourcils au Démon de la Radio : la princesse portait son costume de cérémonie comme un bouclier, une barrière de tissu qui la gardait à distance des pécheurs dont elle se prétendait si soucieuse. Si on lui demandait son avis, elle sabotait peut-être sa propre cause en cherchant à graviter hors de leur orbite – mais qui était-il pour reprocher à Charlie Morningstar de singer son père ?

Alastor ne comprenait que trop bien l'instinct juvénile, presque honteux de chercher du réconfort dans l'exemple d'un parent. Dommage que le seul modèle qu’il restât à Charlie soit le moins brillant des deux…

— Dure journée ? l'interpella-t-il.

Bien lui en prit. Charlie poussa un glapissement étranglé avant de se tourner brusquement vers lui, ses pupilles virant au carmin tandis que ses cornes perçaient la peau de porcelaine qui ornait son front. Manifestement, elle n'avait pas compté sur la présence de quelqu'un d'autre lorsqu'elle avait cherché à trouver refuge ici. Son expression se détendit d'un cran lorsqu'elle le reconnut ; ses pupilles se colorant de nouveau d'or lorsqu'elle aperçut la cigarette qu'Alastor tenait au bout de ses doigts.

— Je peux tirer une taffe ? demanda-t-elle en pointant l'objet du délit.

L'hôtelier haussa un sourcil de surprise avant de le lui tendre en silence. Sans se faire prier davantage, la démone se saisit du bâton de tabac avant de le porter à ses lèvres, tirant une longue bouffée avec une fluidité qui trahissait l'habitude. Presque malgré lui, Alastor sentit son sourire s'élargir d'un cran. La sainte petite princesse de l'Enfer cachait donc quelques vices ? Voilà qui était fort intéressant.

— J'en conclus que la réponse est « oui ».

— On peut dire ça, ouais, commenta Charlie en inspirant une autre goulée de tabac avec l’urgence d’une assoiffée, les yeux plissés par le contentement. J'ai un peu enchaîné les conneries aujourd'hui.

— Nous avons tous nos jours sans, ma chère, philosopha faussement Alastor en observant les volutes de fumée s'échapper des lèvres sombres de la démone. Il se demanda vaguement si elle crachait du feu lorsqu'elle se mettait en colère – comme Lucifer.

Hm, quitte à ce que ses idées soient parasitées par leur roi fantoche...

— Sois sans crainte, poursuivit le démon en empruntant le ton de la connivence, je n'en soufflerai pas un mot à Sa Majesté.

— Quoi, pour ça ? demanda Charlie en agitant la cigarette sous son nez. Mon père peut aller se faire foutre s'il pense pouvoir me donner des leçons à propos du tabagisme. C'est pas comme si je l'avais jamais surpris en train de fouiller les tiroirs de Maman pour lui piquer ses clopes.

Alastor pouffa de surprise, enjoué par ce petit acte de rébellion de la part de l'héritière du trône. La relation entre le diable et sa fille s'était quelque peu adoucie depuis leur réunion quelques mois plus tôt mais visiblement, tout était loin de s'être réglé à coup de pancakes matinales et de chansons mièvres.

L'expression de Charlie s'était quelque peu détendue sous l'effet de la nicotine. La frustration avait glissé vers une tension songeuse alors qu'elle laissait son regard embrumé survoler le paysage du Pentagramme. On ne pouvait définitivement pas lui en vouloir de se laisser aller à ce genre de rêverie : qui donc se priverait volontairement de contempler son héritage sur son temps libre ?

Et pourtant, la princesse semblait mélancolique. A mille lieues de sa si distrayante façade dégoulinante d’optimiste. Le spectacle aurait été amusant si l'image qui en ressortait n'était pas aussi troublante.

— Je peux te poser une question ? demanda-t-elle après un court silence, ponctué d'exhalations enfumées.

— Tu viens de le faire, ma chère, ricana Alastor.

Charlie leva les yeux au ciel avant de tirer une nouvelle bouffée de sa cigarette volée. Visiblement, elle ne semblait pas décidée à lui rendre son butin ; le démon haussa les épaules avant d'en conjurer une autre qu'il alluma d'un coup sec.

— Tu connais Vox, n'est-ce pas ? Il a mentionné ton nom.

Alastor ferma les yeux et inspira une longue taffe de fumée à son tour. Évidemment.

— Nous sommes tous les deux des Seigneurs Suprêmes, se contenta-t-il d'affirmer en faisant tomber un peu de cendre par-dessus la rambarde. Il est de bon ton de connaître ses rivaux, lorsqu'on prétend à naviguer dans les hautes sphères.

— C'est tout ce que vous êtes, alors ? Rivaux ?

Oui. Non. Beaucoup plus et rien de moins à la fois. Une nuisance comme un besoin, un moteur comme une faiblesse. Le démon de la Radio préféra inhaler une nouvelle lampée de nicotine plutôt que de répondre ; Charlie persista, cependant.

— C'est juste que... Vu la façon dont Vox a parlé de toi, cela semblait... personnel.

Tout était toujours si désagréablement personnel avec Vox.

(Ses gestes, ses compliments, sa voix suave, ses propositions de partenariat... Rien de ce que faisait Vox n'était laissé au hasard. Il se faufilait dans toutes les fissures, comblait toutes les tentatives de mettre de la distance, cherchait toutes les failles potentielles dans lesquelles se glisser. Oh, à l'époque, Alastor avait volontiers joué le jeu, quitte à faillir...)

« Les amis, ça n'existe pas en Enfer, Vincent ! »

— C'était il y a très longtemps, Charlie, admit le démon du bout des lèvres, presque à contre-cœur. Nous sommes deux hommes différents aujourd'hui. Pourquoi me poses-tu cette question ?

— Tu penses que son âme pourrait être sauvée ? S'il le voulait ?

Alastor cligna des yeux, pris de court par la question. Vox, racheté ? Trônant au Paradis parmi les anges et les saints, sa tête en forme de télévision auréolée de la grâce divine ? L'image semblait grotesque. Absurde, au-delà même d'imaginer un Seigneur Suprême recevoir l'absolution. Que Pentious soit un miraculé, il pouvait le concevoir – le serpent était un lâche avant tout et il n'y avait rien à tirer de plus ce genre de déchets qui n'attendait que le moment opportun pour se soumettre à un plus grand pouvoir – mais le manque d'ambition n'était définitivement pas ce qui faisait défaut à quelqu'un comme Vox.

Tout de même... La vision de son ancien ami affublé d'une chasuble d'enfant de chœur et d'une paire d'ailes blanches était singulière. Distrayante, presque, si elle ne grattait pas la psyché d’Alastor avec une insistance presque dérangeante.

— Tu songes à lui offrir une chambre à l’hôtel ? questionna-t-il en se détournant de la princesse, désireux de masquer son trouble. Je paierai pour voir ça. Ce serait cocasse.

— Je n'aurais pas dû lui répondre, admit la blonde en écrasant son mégot contre la rambarde avant de jeter ce qui en restait dans le vide. Je sais qu'il cherchait juste à me provoquer mais... Si je ne crois pas que la rédemption est possible pour quelqu'un comme Vox, qu'est-ce qui me rend différente de lui ?

Alastor garda le silence, préférant exhaler une dernière goulée de nicotine que de s'engager sur ce genre de terrain. Tout ce fracas autour de la rédemption ne l'intéressait guère ; il était ravi de laisser les considérations philosophiques à la princesse et à ses amis haut placés.

Et pourtant...

— Qui sait, ma chère ? hasarda-t-il en jetant d'une pichenette son mégot tiède. Cet hôtel aura fini par racheter une âme, en fin de compte ! Et si celle de Vox doit être la prochaine à atteindre le Ciel, je ne vois personne de mieux placé que toi pour l'y conduire.

D'une manière ou d'une autre, termina-t-il en son for intérieur.

Charlie, bienheureuse Charlie, ne lui donna pas la réplique, se contentant de lui lancer un sourire fatigué mais sincère à la place. Le tabac avait créé un voile grisâtre autour d'elle, adoucissant par la même occasion les angles de ses joues. Si on faisait abstraction de sa peau blafarde et de la symétrie horriblement belle de son visage – un autre héritage déplorable de son géniteur angélique – elle aurait presque eu l'air humaine sous la lumière écarlate du ciel.

Presque.

— Tu devrais essayer d'arrêter, tu sais, fit-elle en pointant le paquet qui dépassait de sa poche. Tout ce tabac, c'est mauvais pour toi.

— Et prendre exemple sur toi, trésor ? Impossible ! minauda Alastor sur un air de fausset. Il en va de ma réputation de Seigneur Suprême !

— Ça restera notre secret, alors, conclut Charlie en lui lançant un clin d'œil. Comme si le démon allait s'amuser à rapporter un si délicieux petit vice ! Il se prêta cependant gracieusement au jeu, traçant une croix invisible par-dessus son torse blessé.

— Croix de bois, croix de fer ! Si je mens...

— Tu es déjà en Enfer, Alastor.

Le rire qui s’échappa de la gorge du Démon de la Radio lui laissa la poitrine douloureuse pour le restant de la soirée. Sans doute le contrecoup de sa blessure angélique.

Sans doute.

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