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Sleepyhead

Summary:

Si j’étais un pokémon, je serais un Métamorph qui se prend pour un Dracaufeu.

Notes:

Pour Magicarpe.

J'ai écris ça à trois heures du matin avec Sleepyhead de Passion Pit dans les oreilles, désolée pour les fautes d'orthographe.

Work Text:

La pluie pleure. Roy offre un mouchoir garanti sans pesticide en offrande. Le ciel est une bien belle invention du monde.

Tarak reste sous les larmes ; il a encore perdu son chemin. Il vient vers lui comme un Voltoutou battu, le poil trempé et l’œil humide.

— Tu saurais…

Oui, car je sais que tu ne sais pas.

S’il parle, il s’évapore. Goutte de thé qui reste sur la langue. Ses écouteurs vomissent de la musique. Tout le monde veut passer ses sons. Il adore le rock'n'roll, le metal et la pop déjanté. Tarak préfère le bruit de ses paroles. Katapom, font ses mots en tombant au sol. Roy se penche pour les ramasser. Un Rival se promène au sol. Il le laisse là. Le mot prendra son indépendance et rencontrera un autre beau mot, fondra une famille et aura une belle voiture.

Les bras débordant de non-dits, il s’approche de Tarak. Il recule. Il s'approche. Ils reculent. Maintenir une distance égale, deux lignes parallèles, géométriquement incompatibles. Kickenham est grande, Kickenham est petite. Elle mesure cinq mètres et tient dans la paume de sa main. Un jardin d’enfant. Quand j’étais petit…

Le plus important, c’est la contre-attaque.

Tout bave. Kickenham bave, la lumière bave, les gens bavent. Un océan de bave. Les lumières lui noient les yeux.

— Tarak…

Tarak ne répond pas.

— Faut que je parle à ma mère.

Sa mère, c’est Maman. Son père n’a jamais existé.

— Roy. Il faut que tu parles à ta mère.

Echo. Retentit. Dans. Sa. Tête.

— Je..

— Silence. Tu parles trop, lui disent les voix. Tu ne seras jamais assez.

— Si j’étais…

Si j’étais un pokémon, je serais un Métamorph qui se prend pour un Dracaufeu.

Paroles cubiques dans un univers rond. Tarak veut quitter le jardin, alors que Roy est encore sur la balançoire. Il touchera le ciel.

— Le train, dit Tarak, je ne sais pas…

Il ne sait pas grand-chose. Adorable. Il lui montre la gare, juste à côté. Que ferait-il, sans lui ? Le fer rouille, il doit partir. Train qui attend. Depuis quand ? Depuis toujours. Il les attend. Retour à la Maison. Ils montent dans le train de minuit. Le silence est d’or, Tarak a des paillettes d’argent sur les cils. Roy veut les retirer une à une avec son pouce.

— Si…

Si j’étais toi, si, si j’étais toi

— Sinon, comment va ta mère ?

Le ciel part se coucher. Orage. Il aime quand les nuages deviennent lourds et gris et méchants et forts.

— Ah mais, ce n’est pas ça, tu sais.

Non, il ne sait pas. Maman est Maman, ne sera jamais rien d’autre que Maman. Maman, laisse-moi à la terre des héros dont je ne fais pas partie. Tu m’enterreras avec de la cendre et des petits mouchoirs.

— C’est ta mère, il faut l’aimer malgré tout.

Les fantômes applaudissent. Roy a été un enfant, un jour. Tarak a toujours été Tarak.

Train de minuit

Emmène moi

Loin d’ici

Quand il est né, son père était déjà parti. Pauvre Maman. Il ne peut pas détester Maman. Il déteste Maman. Maman ?

— Elle pleut. — Oui. Galar pleut.

Galar est gracieuse, elle danse à travers les vitres embrumées.

Si j’étais Galar, je serais là où tout se termine. La contrée sans fin, où chacun disparaît derrière les étoiles.

Les vitres se dissolvent sous la pluie. Tarak touche le verre et sa main disparaît. Roy se regarde et voit des pixels ; il est en 144p.

— Je suis…

Toi. Moi. On.

Ses jambes cognent contre la table. Lui s’efface carré par carré. Tarak sourit.

— Tu es toujours le même, Roy.

Non, je suis toujours comme toi, nuance. À ton niveau, rivaux, jamais autre chose.

La lune se cache. Roy veut l’arracher pour l’offrir à Tarak.

— Qu’est-ce que je ferais de la lune ?

— Une maison.

Notre maison. Pour nous. Pour eux. Nos enfants.

— Tu ne sais pas, commence-t-il, que ma mère…

— Oui.

— Ma mère est…

— Oui.

— Elle est, tu sais, enfin, c’est…

— Oui.

— Merci.

Le silence trébuche. Roy part en fou rire. Tarak applaudit.

— Si je dois partir… dit Tarak.

— Tu ne partiras pas.

— Si je dois partir…

— Pas maintenant.

— Si je dois…

— Ne le fais pas !

Tarak le regarde lui, puis la vitre, puis le fantôme d’enfant allongé sur le siège. L’enfant dort.

— Mais si je dois ?

Le jardin, le jardin, notre jardin…

Tarak cligne des yeux. Des poussières d’argent tombent. Roy regarde ses mains et elles ne sont plus là.

— Je partirai avec toi.

Le train s’allonge, se raccourcit, comme un accordéon. Ils font une mauvaise mélodie.

— Ma mère…

— Je sais.

Je sais.

— Si c’est la fin…

— Ce n'est que le commencement, dit Tarak.

— Le commencement…

— Le début…

— Et là où tout se terminera…

— À Galar.

Tarak se penche vers lui. La pluie traverse la vitre.

— Tu crois en moi ?

— Oui.

Je crois en nous.

— Alors ferme les yeux.

Roy le fait.

Le train ne s’est jamais arrêté.