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Il s'empara de son poignet à l'instant où elle allait repartir. Emma, surprise, se retourna vivement vers lui, les yeux écarquillés, les joues rougies par un mélange d'alcool et d'euphorie. Autour d'eux, la musique battait à plein régime. Matthew se contenta d'ignorer le sentiment de culpabilité qui explosa dans son ventre.
« Est-ce qu'on peut rentrer ? »
Elle sembla parfaitement sobre tout à coup tandis qu'elle détaillait son visage avec minutie, son regard comme une caresse sur sa peau brûlante – sa brûlure à lui n'avait rien à voir avec l'alcool, elle était d'un tout autre genre. Un genre qui ne s'éteignait pas aussi facilement qu'une gueule de bois.
« Évidemment. Laisse-moi juste prévenir Thomas et on y va. Tu préfères attendre dehors ou rester avec moi ? »
Il voulait rester avec elle. Il ne voulait plus passer la moindre minute loin d'elle parce qu'alors il était certain qu'il se briserait en un millier de morceaux tranchants comme du verre et impossibles à recoller.
« Dehors, s'entendit-il répondre malgré tout.
– D'accord. Je me dépêche. »
Sans attendre, elle fit volte-face et disparut dans la foule, ne laissant que la trace de son parfum vanillé dans son sillage. Matthew regretta aussitôt de ne pas l'avoir accompagnée. Il était seul, son cœur cognait à tout rompre entre ses côtes et ça faisait mal. La sortie lui tendait les bras, aussi il s'y précipita comme un désespéré, savourant la brise légère sur son front perlé de sueur. Il ne sut combien de temps s'écoula avant qu'une main glisse sur sa nuque, fraîche et réconfortante, si familière. Les yeux bleus de Thomas lui souriaient.
« Tout va bien ?
– Ça ira mieux quand on sera à la maison. »
La maison. Il avait découvert ce principe en emménageant avec ses deux amants. Avant, la maison n'était qu'un toit et des murs, bien pratique, mais facilement remplaçable. Aujourd'hui, il savait que c'était beaucoup plus que cela. La maison c'était regarder leur ombre se fondre sur le trottoir. Parmi tant d'autres choses.
Son petit sac en cuir à la main, Emma tenait celle de Thomas dans l'autre, tandis que lui-même avait les escarpins de cette dernière suspendus au bout des doigts. Matthew suivait un pas derrière, souriant bêtement en les observant se donner des coups d'épaule, la façon dont la brune devait se tenir sur la pointe des pieds si elle voulait atteindre le blond et la façon dont il aimait lui compliquer la tâche en se grandissant un peu plus.
Ils étaient au beau milieu d'un passage piéton quand Matthew s'arrêta, son visage éclairé par les différents feux de signalisation autour de lui. Emma et Thomas se retournèrent doucement, une moitié de sourire aux lèvres mais les sourcils froncés.
« Tommy ? appela-t-il d'une voix faible et déterminée à la fois.
– Matthew ? Ça va ?
– J'ai quelque chose de très important à te demander. »
Il prit son expression la plus sérieuse. La plus inquiète aussi. Le bleu de son regard était troublé et il commençait déjà à se mordre l'intérieur de la lèvre.
« Je t'écoute.
– Embrasse-moi. »
D'ordinaire, Matthew évitait les démonstrations affectives en public, quelles qu'elles soient, du simple fait de se tenir la main aux embrassades plus appuyées. Ce fut sûrement pour cette raison qu'il reçut un rire mi-soulagé mi-effaré de la part de son amant.
« Maintenant ?
– Oui, maintenant. Est-ce que tu veux que je te signe une décharge ?
– Non, non, c'est bon, rit-il encore. »
Et il s'exécuta. Parce que pouvait-il réellement lui refuser ça plus que tout ? De sa main libre, il enveloppa la mâchoire du brun et se pencha pour poser ses lèvres sur les siennes. C'était doux. Probablement plus doux que ce que Matthew aurait voulu, mais c'était Thomas et c'était parfait. Il s'accrocha un instant à la veste impeccable de son smoking. Lorsqu'il s'éloigna, il garda les yeux fermés.
« J'espère que c'est mon tour, lui parvint néanmoins la voix, on ne peut plus amusée, d'Emma. »
Dans sa longue robe noire, les bras croisés sous la poitrine, elle était sublime. Et intrépide.
« Évidemment, trésor, approche. »
Elle ne se le fit pas demander une seconde fois, ses pieds nus sautillant sur les bandes blanches et ses bras s'agrippant à sa nuque comme à une bouée de sauvetage. Sa bouche avait le goût intense du rhum. Son souffle était chaud et humide sur sa joue. Son rire crépitait sur sa langue. Parfait, encore. Quelques passants gloussèrent en arrivant à leur hauteur, les sortant de leur bulle après un ultime baiser.
« Que nous vaut ce plaisir ? »
Reprenant leur route, Emma se risqua à enlacer ses doigts à ceux de Matthew et fut récompensée d'une pression de sa part. Les étoiles brillaient plus que jamais au-dessus de leur tête.
« Un connard au bar qui a décrété qu'il allait me pourrir la soirée. Et j'ai décrété que j'allais pourrir son plan en lui prouvant qu'il avait tort.
– Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Thomas, sa voix de velours roulant sous la peau de Matthew.
– Qu'on avait rien à faire ensemble. Nous trois. »
Emma pouffa à côté de lui et haussa les épaules. Thomas profita de son moment d'inattention pour attraper son autre main. C'était étrange de tenir leur main en même temps dans les siennes. Étrange mais infiniment apaisant. Évident. Il ne comprit pas pourquoi ils ne l'avaient jamais fait auparavant.
« Connard, marmonna la brune entre ses dents.
– Connard, approuva le blond en écho. »
Matthew se mit à rire et resserra ses doigts autour des leurs. Il ne prononça plus un mot du reste de la soirée. Il n'y avait bien que l'amour qu'il éprouvait pour ces deux êtres hors du commun pour le faire taire.
