Chapter Text
Luo Qingyang repousse une mèche rebelle derrière son oreille. Ça ne sert à rien. Les vents ici, dans les montagnes, sont juste trop forts aujourd’hui pour que sa coiffure sophistiquée ne soit pas dérangée. Elle aurait attendu un temps moins venteux, mais il fait bon plutôt que caniculaire, et ils ont une intro pour un programme télé à filmer.
Luo Qingyang aime son métier. Elle adore cette émission. Essayer de faire se retrouver des gens qui se sont perdus de vue mais qui se languissent l’un de l’autre - même si le but premier de l’émission est de divertir - lui donne l’impression de faire quelque chose d’utile de sa vie. Elle connait des pays ou ce genre de cas sont complètement scénarisés, mais l’émission pour laquelle elle travaille ne s’occupe que de cas réels. C’est incroyable ce que vous pouvez faire avec les bonnes personnes et la bonne somme d’argent, mais elle se délecte de la joie qu’elle apporte aux gens avec cette émission, que ce soit les candidats ou les téléspectateurs. Pourquoi ne pas partager ces histoires ?
Elle en a vu beaucoup, de personnes séparées par des divorces ou par la guerre, ou même par des catastrophes naturelles. Des gens adoptés qui veulent connaître leurs racines. Des amis d’enfance qui ont été séparés.
On lui a dit que les épisodes finalisés arrachent des larmes aux spectateurs. Elle n’en doute pas ; quelquefois, rien que lire les lettres de candidatures la fait pleurer.
Luo Qingyang ne pense pas qu’elle oubliera ce cas particulier. Un jeune homme, juste avant sa majorité, leur avait écrit à propos de quelqu’un qui avait disparu dans son enfance. La lettre était accompagnée de la permission de son père adoptif - en fait un personnage public assez connu ! - décrivant en détail comment il allait soutenir la quête de son fils pour retrouver son ami perdu, et qu’il donnerait même son autorisation pour une analyse ADN si son fils exprimait le souhait de faire des recherches plus poussées sur sa famille biologique.
Le cas avait été clôt et résolu ; tout ce qui restait à faire était d’en filmer l’intro et la conclusion, Luo Qingyang qui ne regardait jamais les épisodes auxquels elle participait, voulait vraiment voir celui-là quand il serait diffusé.
“Bienvenue à Forget-Me-Not. Le cas de cette semaine nous emmène à Gusu, où un jeune homme recherche quelqu’un qui a été déterminant pendant sa tendre enfance. Élevé dans un orphelinat aux abords de Gusu jusqu’à ses quatre ans, Lan Sizhui, le fils adoptif du romancier et professeur d’université célèbre, Lan Wangji, avait noué des liens très forts avec un jeune homme qui travaillait à l’orphelinat en tant que personnel soignant volontaire dans ce même orphelinat - jusqu’à ce qu’il disparaisse sans laisser de trace. Aujourd’hui, treize ans plus tard, Lan Sizhui nous a contactés pour que nous l’aidions à retrouver son ami disparu depuis des années - et peut-être aussi aider son père adoptif par la même occasion.”
“Parlez-nous de vous. Comment vous appelez-vous et qu’est-ce qui vous a poussé à nous contacter ?”
“Je m’appelle Lan Sizhui. J’ai dix-sept ans et je recherche un homme qui faisait du volontariat dans l’orphelinat où je suis resté jusqu'à mes quatre ans.”
Lan Sizhui est perché sur le canapé de sa salle de séjour. La pièce est spacieuse et claire, le soleil pénétrant à travers les grandes fenêtres, se reflétant sur la surface du piano qui trône fièrement dans le coin.
Il est nerveux. Il essaie d'être correct et de se concentrer sur les questions que lui pose la gentille dame assise dans un fauteuil en face de lui, mais les caméras l’effraient un peu. Il peut comprendre pourquoi son père ne veut pas être filmé, au moins s’il peut l’éviter. Il sait que Lan Wangji aurait préféré rester pendant l’interview, mais il n’avait pas pu annuler une réunion de travail. Sizhui l’avait rassuré en lui disant que tout se passerait bien, Lan Wangji était donc parti, bien qu’à contre-coeur, lui répétant qu’il ne se trouvait qu’à distance d’un coup de fil si nécessaire.
Luo Qingyang, l’hôtesse de l’émission “Forget-Me-Not”, qui s'efforce de réunir des personnes qui se sont perdus de vue dans les circonstances les plus folles, lui sourit. Sizhui ne l’avait vu qu'à la télé jusqu’à maintenant. Son père n’est pas le plus grand fan de ces émissions de télé-réalité, prétextant croire que beaucoup d'entre elles sont scénarisées, mais Sizhui soupçonne que la véritable raison pour laquelle il ne les regarde pas est qu'il ne veut pas pleurer devant son fils. Le copain de Sizhui, Ouyang Zizhen, adore l’émission. Lors de leur dernière pyjama partie avec deux autres de leurs amis, Jin Ling et Lan Jingyi, il les avait convaincus d’en regarder trois épisodes. A la fin, tous les garçons étaient en larmes, et Sizhui avait fomenté un nouveau plan. Il n'avait pas encore rencontré la seconde présentatrice de l'émission, Qin Su qui se déplaçait généralement pour rechercher des gens et rassembler des informations.
“Dites m’en plus sur cet homme. Comment était-il ?,” lui demande Luo Qingyang.
Lan Sizhui ne peut s’empêcher de sourire.
"Je me souviens de lui comme étant... radieux," lui dit-il. “Son entière personnalité irradiait le soleil et la chaleur. Il souriait tout le temps, faisait tout le temps des blagues. Il aimait jouer et nous rudoyer, nous les enfants, mais il pouvait aussi être très tendre s’il le voulait. Quand j’y repense, il ne pouvait pas avoir plus de vingt-cinq ans ; il était probablement même plus jeune que ça, maintenant que j’y pense. Mais malgré le peu de temps que nous avons passé ensemble alors qu’il s’occupait des enfants de l’orphelinat, il a toujours été comme un père pour moi.”
Sizhui peut encore le voir très clairement, peut toujours entendre la voix de Xian-gege aussi nettement qu’il le pouvait alors -
“Xian-gege - plus haut !” crie A-Yuan alors qu’il est lancé dans l’air, juste pour être rattrapé par une paire de mains fortes. Il n’a pas peur de tomber ; il sait que Xian-gege le ratrappera toujours.
“Aiyoh, Ah-Yuan, si je te lance plus haut, il va te pousser des ailes et tu vas t’envoler dans le ciel comme un oiseau ! Comment ferais-je pour te retrouver pour jouer avec toi et te faire des câlins, hmmm ?” dit Xian-gege, en le gardant près de lui, faisait un bruit de pet sur une de ses joues
A-Yuan rit et se tortille dans les bras de Xian-gege. “Tu peux avoir des ailes aussi.”.
Il est sûr que Xian-gege sait faire ça aussi. Xian-gege peut être très stupide, mais il peut faire les plus merveilleuses des choses.
“Hmmm,” Xian-gege le dépose au milieu du bac à sable où ils jouent. “ Je pense que je préférerais te planter. Comme un radis.”
“Un radis ?” lui demande A-Yuan alors qu’il regarde comment Xian-gege lui envoie du sable sur les jambes avec ses mains nues
“Oui, un radis ! Peut-être qu’il y aura même des frères et sœurs qui pousseront, qui sait ?"
“Vous étiez encore très jeune quand vous étiez à l’orphelinat. Étiez-vous conscient de ce que cela signifiait ?" Sizhui cligne des yeux, la question le fait sortir de ses pensées et il hoche la tête.
“Oh oui. Je savais que je n’avais pas de parents. Je ne sais pas si j’ai d’autres membres dans ma famille, mais j’ai eu la chance d’être dans une institution où ils s’occupaient bien de nous. Nous étions heureux, aussi heureux que nous le pouvions dans ces circonstances. Je savais que quelquefois, des gens qui voulaient un enfant, venaient et en choisissaient un pour l’élever. Je ne comprenais pas forcément comment ça marchait, ou pourquoi quelqu’un ne ferait pas simplement - vous savez, un enfant lui-même. Maintenant que je suis plus vieux, je comprends qu’il y a de multiples raisons pour lesquelles quelqu’un choisit d’adopter.”
“Espériez-vous qu’il vous choisirait comme étant le sien ?” demanda Luo Qingyang.
“Oui,” dit Lan Sizhui. “Je l’aimais comme s’il était mon père. En un sens, c’est ce qu’il était, avant que mon père adoptif ne vienne et me recueille. Mon père avant mon père. J’aime mon père adoptif aussi ; dans mon cœur c’est mon vrai père maintenant. Mais, mon Xian-gege me manque, et j’aimerais savoir ce qu’il est devenu.”
“Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?”
“Un jour, il a disparu. Il y avait des périodes où je le voyais moins. Il travaillait comme bénévole à l'orphelinat, et j'ai toujours su qu'il avait une autre occupation en dehors de ça, mais je ne sais pas ce que c'était.
Il aurait pu être étudiant. Il aurait pu travailler ailleurs. Je savais qu’il n’avait pas toujours le temps de venir, mais un jour, il est parti, m'a dit d'être sage comme il le faisait toujours avant de partir, et m’a promis de me rapporter un autre livre qu’il me lirait la semaine d’après. Mais il n'est jamais revenu."
“Vous nous avez dit que vous aviez essayé de le retrouver avant mais que ça avait été difficile. Parlez-nous en.”
Sizhui bouge sur son siège. “Mon père…mon père adoptif savait que je voulais revoir cet homme et il m’a toujours soutenu. Comme je ne suis pas encore majeur, j’ai dû compter sur lui pour demander certaines informations, mais…je ne me souvenais de l'homme que je cherchais que sous le nom de "Xian-gege", ce qui n'est évidemment qu'un surnom. Je suppose que les personnels qui travaillent à l’orphelinat sont nouveaux parce que personne ne se souvient de quelqu’un qui portait ce surnom et qui travaillait là. Et mon père - il a essayé de trouver plus d’informations, mais comme il n’était pas de la même famille que Xian-gege, ils n'étaient pas autorisés à lui donner des infos concernant d’anciens employés. C'est la raison pour laquelle je me suis tourné vers vous, avec sa permission, parce que je sais que vous avez des intermédiaires spécialisés qui sont légalement autorisés à avoir accès à ce genre d’informations. Peut-être pourriez-vous trouver quelque chose.”
Luo Qingyang le regarde avec un sourire. “Sizhui, vous aurez dix-huit ans dans un an. Vous avez attendu si longtemps déjà ; pourquoi ne pas attendre jusqu’à ce que vous soyez légalement autorisé à demander ces informations ?”
Lan Sizhui réagit à la question par un sourire. “Parce que…quelque chose d’incroyable s’est passée l’autre jour.”
“Oh, je me souviens de ça !” dit Lan Sizhui, la voix joyeuse. “C’est quand j’ai eu treize ans, et que Jingyi a cassé une assiette pendant mon anniversaire et qu’il était tellement choqué et effrayé de te le dire qu’il a commencé à pleurer !”
Il montre une photographie à son père. Lan Wangji repose le livre qu’il vient de finir de lire sur l’étagère avant de rejoindre Lan Sizhui sur le canapé.
Il y a pléthore de photos étalées sur la table basse, à côté de quelques albums photos et d’une ancienne boîte à chaussures.
“Hum, et après il s’est excusé et je lui ai demandé s’il allait bien, puisqu’on pouvait remplacer une assiette mais pas ses doigts, et il a pleuré encore plus,” Lan Wangji se souvient, le coin de sa bouche se relève en un semblant de sourire. “C’était une bonne journée. Qu'est-ce que tu fais ?”
“Je cherchais quelque chose ce matin et j’ai trouvé cette vieille boîte à chaussures pleine de photos non classées, dit Lan Sizhui. “Je sais qu'on a encore de la place dans nos albums photos, alors j’ai pensé que j’allais passer l’après-midi à les regarder et les coller. Tu vas m’aider ?”
Lan Wangji hoche la tête. “Je vais nous préparer du thé, puis je vais venir et t’aider à les trier.”
Le rire doux de Lan Sizhui atteint Lan Wangji même au-dessus du bruit de la bouilloire. La journée est pluvieuse, la luminosité dans la maison est un peu plus sombre que d’habitude, mais l’ambiance est chaleureuse et affectueuse. Sizhui remercie les Cieux chaque jour que Lan Wangji ait eu l’approbation pour devenir son responsable légal, cet homme qu’il a rencontré par hasard, un jour qu’il s’était perdu pendant une sortie avec un groupe d'enfants de l’orphelinat. Ils s'étaient mutuellement appréciés dès le départ. Après que Lan Wangji avait réussi à le faire se réunir avec ses superviseurs, il avait commencé à lui rendre visite régulièrement, jusqu’à ce qu’un jour, il le prenne chez lui et l'accepte dans sa vie comme son fils.
Même si à l’époque, Lan Sizhui s’appellait encore A-Yuan, et qu'il pleurait la perte de l'homme qu'il aurait aimé être son père, il ne pouvait pas être plus heureux avec son parent adoptif. Pour beaucoup, Lan Wangji semble froid et distant, ce qu’il peut être s’il le veut, mais Sizhui le connaît comme une personne chaleureuse et juste, d’une sollicitude sans faille, toujours là pour lui. Il aime son père adoptif de tout son cœur.
Malgré tout, même si sa vie est stable et sûre et qu’il est heureux et aimé, Sizhui ne peut oublier. Il ne le veut pas. Dernièrement, le désir de retrouver son accompagnant bien-aimé de cette époque là, a refait surface férocement. Il ne sait pas ce qui a ravivé ce désir - il a toujours été là, pour être honnête. Peut-être que c’est parce qu’il se rapproche de l’âge adulte lui-même et que son père lui parle d’études supérieures, ce qui impliquerait qu’il quitte la maison et qu’il devienne indépendant pour la première fois de sa vie.
Sizhui secoue la tête et se replonge dans les photographies. Il y en a quelques-unes du mariage de son oncle et d’autres de l’époque où Sizhui était enfant. Il en aime particulièrement une, qui a dû être prise soit par son oncle, soit par l’oncle de son père : Lan Wangji, sur le canapé avec le petit Sizhui sur les genoux, son lapin en peluche favori dans les bras. Les deux s’étaient endormis pendant que Lan Wangji lui lisait un livre, le livre encore ouvert sur la poitrine de Lan Wangji.
Lan Wangji s’approche et pose le thé sur la table basse.
“Est-ce que je peux avoir une copie de celle-ci ?” demande Sizhui. “C’est adorable, je me rappelle de ce moment.”
“Bien sûr que tu peux,” répond Lan Wangji. “C’est un de mes souvenirs favoris aussi. Tu t’es réveillé, et la première chose que tu as dite c’est ‘Baba, soif’ Tu ne l’avais jamais appelé ‘Baba’ avant.
Sizhui rit. “Vraiment ?”
Lan Wangji acquiesce, un sourire aux lèvres. “J’ai eu du mal à retenir mes larmes.”
Sizhui lui répond avec un sourire avant de prendre une gorgée de son thé. Il continue à fouiller parmi les photos quand l’une d’entre elle le fait s’arrêter.
Le papier est plus vieux, les couleurs un peu plus passées. Elle ne semble pas appartenir à cette boîte particulièrement ; elle doit être tombée d’un des albums et avoir glissé.
“Qu’est-ce que c’est ?” demande doucement Lan Wangji, sentant que quelque chose semble troubler son fils. Sizhui tient la photo dans sa main pour que Lan Wangji la voit. “Baba, c’est toi ?”
Lan Wangji prend la photo et la lâche presque. Il lui faut une seconde pour se reprendre.
“Oui.” confirme-t-il “Je devais avoir environ dix-neuf ans quand elle a été prise. D’après ce dont je me souviens, Xichen doit l’avoir prise.”
“Et…la personne à côté de toi ? Qui est-ce ?”
Sizhui observe son père qui déglutit péniblement. Alors que ses yeux deviennent doux, et pendant un moment, se couvrent de larmes contenues avant qu'il ne les fasse disparaître d'un clignement d'œil. Alors que ses pouces caressent doucement la silhouette qui se tient debout près de lui, comme pour lui caresser le visage.
“C’est…Wei Ying.”
“Vous voyez,” dit Sizhui à Luo Qingyang, “j’ai instantanément reconnu le jeune homme près de mon père. Il avait quelques années de moins sur cette photo, mais je l’aurais reconnu n’importe où. Ce jeune homme était sans aucun doute mon Xian-gege”
Luo Qingyang dresse l’oreille. “Donc votre père et Xian-gege se connaissaient ?”
Sizhui hoche la tête. “Apparemment oui. Mon père ne parle pas beaucoup de lui. C’est douloureux, énormément, mais j’ai été en mesure de comprendre que le nom complet de Xian-gege est Wei Wuxian. Mon père et lui sont allés à l’école ensemble et étaient très proches. Il m’avait parlé à de multiples occasions pendant mon enfance, d’une personne qui représentait le monde pour lui, mais qu’il avait perdu, et j’en ai déduit que cette personne est en fait Wei Wuxian. Mon père ne semble pas être conscient du fait que Wei Wuxian et Xian-gege sont une seule et même personne, et je ne lui ai pas dit que je sais que c’est lui, parce que…”
Lan Sizhui hésite. Il ne pense pas que Lan Wangji serait furieux contre lui s’il en parlait. Il pense à la tristesse dans les yeux de Lan Wangji quand il avait regardé la photo, au déchirement dans sa voix. Sizhui n’avait jamais vu son père comme ça, et cela lui avait brisé son propre cœur. S’il peut y avoir une chance pour qu’il aide son père à guérir de cette ancienne blessure qui semble toujours saigner, même si c’est seulement pour qu’il puisse tourner la page, alors il fera de son mieux.
“Il m'est apparu que Wei Wuxian et mon père avaient eu une liaison dans leur jeunesse,” explique Sizhui. “Je lui ai demandé directement, et mon père a confirmé que Wei Wuxian et lui étaient amoureux. Quand je lui ai demandé ce qui c'était passé, il m’a dit que Wei Wuxian avait disparu soudainement, sans laisser ni note, ni message. Il avait essayé de le contacter plusieurs fois, mais ses lettres lui avaient été retournées, non ouvertes, et son numéro de téléphone avait été déconnecté. Il avait perdu toute trace de lui.
Mais je connais mon père, et je suis sûr que - après toutes ces années : il aime toujours Wei Wuxian.”
“Oh, donc vous ne voulez pas seulement retrouver votre figure parentale perdue, mais aussi l’amour perdu de votre père ?” demande Luo Qingyang. Il y a de l’émotion dans sa voix, même si elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour rester professionnelle.
“S’il vous plaît, oui," dit Lan Sizhui. “Je sais qu'il y a une chance que Wei Wuxian ne ressente plus la même chose à l’égard de mon père, et je pense que mon père en est conscient également. Mais…mon baba est dans la souffrance depuis si longtemps, il porte cet amour dans son cœur depuis de si nombreuses années. Je pense qu’il mérite de savoir ce qui s’est passé, même si cela ne lui apportera qu’un moyen de conclure cette histoire.”
Le jour est passé d’ensolleillé à lugubre en quelques heures. Il fait déjà sombre, le ciel est lourd d’une promesse de pluie. Lan Wangji est assis devant son piano, mais il ne joue pas. Il ne peut pas d’une certaine façon. Il le veut, mais…c’est comme si toute la musique de son âme, toute la joie qu’il a toujours ressenti quand il joue, lui ont été arrachées par une simple photo.
Lan Wangji ne savait même pas qu’il avait toujours cette photo. Toutes ces années il avait pensé que c’était Wei Wuxian qui les avait toutes, parce que c’était habituellement lui qui prenait les photos d’eux deux, ne lui en ayant pas laissé quand il avait disparu.
Et maintenant, soudainement, il y avait cette photo d’eux deux, prise en pleine conversation. Les yeux de Wei Wuxian, croissants de lune dans son visage alors qu'il rit à quelque chose que Lan Wangji a dit, Lan Wangji lui rendant son regard avec un sourire si éperdu que Lan Wangji ne se demande pas une seconde pourquoi Sizhui lui a demandé s'ils étaient amoureux. C’est clair comme de l’eau de roche sur cette photo, à la vue de tout le monde qui poserait les yeux sur elle.
Leur amour, immortalisé pour l’éternité
Lan Wangji passe la main sur son visage. Cela fait treize ans depuis la dernière fois qu’il a vu Wei Wuxian.
Il ne devrait pas pleurer maintenant. Il a tellement fait pour continuer à vivre. Il a fini ses études, s’est construit une belle carrière et a adopté le garçon le plus adorable du monde. La paternité ne lui était pas venue facilement, mais il s'est magnifiquement adapté à son rôle de parent au fil des ans.
Il ne manquerait ça pour rien au monde.
Pourtant, il emporte Wei Wuxian avec lui partout où il va, gardant leur amour en sécurité, le berçant dans son cœur.
Il ne pense pas qu’il pourrait le laisser aller. Il ne le veut pas.
Il ne veut pas s’enterrer dans la souffrance non plus, même si des fois, les nuits difficiles, elle menace de l’avaler entièrement. Non, il veut vivre sa vie dans la joie et le plaisir, comme Wei Wuxian l’aurait voulu.
Comme il l’aurait voulu pour eux.
Ce soir cependant, son coeur est lourd. Il se lève du piano, regardant le vaste jardin qui flanque la maison, alors que les premières gouttes frappent la fenêtre, la tâchant comme des larmes sur une joue. Il laisse ses larmes couler avec.
“Wei Ying,” dit-il, doucement, silencieusement, plus pour lui que pour quelqu’un d’autre. Pour l’univers peut-être.
“Wei Ying, si tu es encore là…ou que tu sois, mon amour, j’espère que tu vas bien. Tu me manques.”
