Chapter Text
La flamme de la lanterne posée sur la table de chevet vacilla un instant. Le visage de Jimin ruisselait de sueur et son sommeil était agité de nombreux rêves sans issue. Il se retourna encore, haletant. Les démons de ses nuits l'avaient de nouveau rattrapé et il avait l'impression d'être coincé entre le feu et la glace dans un royaume fort lointain.
— COURS ! hurla-t-il en se redressant, tremblant.
— La ferme !
Jimin sursauta, un coup résonna soudain contre le fin mur et il entendit son voisin de chambre faire grincer son lit en grommelant. Le jeune homme cligna finalement des yeux, s'habituant peu à peu à la presque pénombre qui l'entourait tout en reprenant son souffle.
— Désolé... souffla-t-il bien trop bas pour qu'on l'entende.
Il s'étira la nuque et soupira. Tenter de se rendormir ne servait à rien, il le savait pertinemment. Jimin se lissa les cernes avant de se lever. Il devait lui rester au moins deux heures avant le début de son service à l'hôpital. Enfin, « hôpital » était un bien grand mot. On parlait seulement d'une ancienne caserne transformée en infirmerie de fortune. Mais Jimin aimait y être, même s'il se contentait de soigner des engelures ou les verrues de Mme Song.
Le jeune homme attrapa ses chaussures au pied de son lit avant de sortir de sa chambre, toute petite. En dehors de ses cauchemars, la vie de Jimin était plutôt monotone, ici au Nid. Il n'avait pas à s'en plaindre, il était nourri, logé et, surtout, à l'abri du monde extérieur.
L'air automnal fouetta son visage et un frisson remonta le long de son échine. S'il n'était pas encore bien réveillé jusque là, maintenant c'était le cas. Jimin s'accouda à la rambarde. De là où il était, il avait une vue imprenable sur le Nid endormi, cette petite ville qu'ils avaient construite au fil des années, perchée dans les montagnes.
— Bien dormi ?
Jimin se retourna, surpris ; il ne s'était pas attendu à croiser quelqu'un d'autre si tôt. Genri l'observa d'un air chaleureux, un peu amusé de l'effet qu'il venait d'avoir. Il lui tendit une tasse fumante d'un café au lait, comme Jimin l'aimait. Ce dernier la prit avec plaisir, s'asseyant ensuite aux côtés de l'homme d'âge mûr sur le petit banc en bois qui faisait face au paysage.
— Encore des cauchemars ?
— Hm...
Le plus jeune souffla au-dessus de son café, réchauffant ses doigts au passage. Oui, des cauchemars. Ils étaient plutôt récurrents chez Jimin, personne ne savait bien pourquoi d'ailleurs, mais c'était ainsi, il avait fini par s'y faire. Genri à ses côtés tendit ses jambes en grimaçant. Jimin l'observa du coin de l'œil, s'abstenant de boire une gorgée de son breuvage.
— Ton genou te fait toujours aussi mal, s'enquit-il.
C'était plus une affirmation qu'une question, une déformation professionnelle sans doute mais Jimin n'avait pas pu s'empêcher de le remarquer.
— Seulement lorsqu'il fait humide, répondit Genri, l'hiver va être rude.
— C'est ton genou qui te le dit ? demanda Jimin d'un ton amusé.
— Exactement ! Et il ne s'est jamais trompé en plus de quinze ans !
Jimin réprima un rire, reportant son attention sur sa tasse. Quinze années... Cela faisait-il donc autant de temps que Jimin était parmi eux ? Il s'en souvenait pourtant comme si c'était hier. De la blessure de Genri aussi d'ailleurs, puisqu'il en était la cause... Un nouveau frisson lui parcouru l'échine et le cinquantenaire lui tapa l'épaule, bien guilleret de si bon matin.
— Tu devrais rentrer te remettre au chaud, le temps ne risque pas de s'améliorer, surtout à cette période...
Son ton s'assombrit un peu en prononçant ces derniers mots et Jimin se contenta d'hocher la tête. Oui, bien sûr, l'hiver approchait...
Après avoir bu son café, Jimin retourna dans sa chambre. Il avait besoin de prendre une douche et il se dit qu'il irait bien réveiller Sama, sa petite sœur, pour s'assurer qu'elle ne serait pas une nouvelle fois en retard en classe. Le jeune homme sourit à cette pensée ; ce qu'elle lui donnait du fil à retordre !
La jeune fille, de seize ans tout juste, n'aimait ni l'école, ni la lecture, ni socialiser avec les autres. Tout le contraire – si on oubliait la socialisation – de son grand frère, en somme. Et souvent, lorsqu'elle séchait les cours, Jimin la retrouvait perchée dans les arbres de la montagne, en train d'observer les oiseaux ou de chasser pour le dîner.
En sortant des douches communes, Jimin croisa Jeom, un homme renfrogné et bougon qui lui servait de voisin de chambre. Jeom n'aimait pas Jimin, ça, il le savait bien. La raison ? Jimin s'en moquait pour être honnête, il ne faisait jamais de tort à personne et au contraire, aidait le plus possible. Mais visiblement, cet altruisme n'était pas pour plaire à tout le monde. Jeom lui offrit un sale regard dont il avait le secret, cerné de poches aussi violettes que des bleus. En fait, peut-être était-ce parce qu'il l'empêchait de dormir que Jeom n'aimait pas Jimin.
— Debout marmotte ! s'exclama Jimin après être entré dans la chambre de Sama.
La petite chambre était silencieuse, seulement bercée par le bruit des branches d'arbre qui venaient gratter à la fenêtre. Un luxe en ces lieux, tout le monde ne pouvait pas se vanter d'avoir une fenêtre vers l'extérieur. Mais Genri adorait prendre soin des plus jeunes du Nid. Sans compter que Sama était la benjamine du refuge, tout le monde se souciait beaucoup d'elle.
Une petite montagne de draps et de couvertures jonchait le lit, indiquant que la jeune fille était toujours profondément endormie. Jimin s'avança vers la fenêtre, tirant les rideaux grands ouverts pour laisser entrer la lumière du soleil qui commençait à pointer le bout de son nez.
— Tu devrais te dépêcher, poursuivit-il, le service du matin a déjà commencé alors ne traîne pas si tu veux pouvoir manger quelque chose avant le début de tes cours.
Aucune réponse.
Certes, Sama n'était pas du matin contrairement à son frère, mais il aurait au moins dû l'entendre grommeler sous sa couette.
— Sama ? s'enquit-il en s'approchant du lit. Est-ce que ça va ?
Jimin souleva la couverture, et il y vit... Rien. Le lit était complètement vide, seuls quelques vêtements faisaient office de leurre. Le jeune homme sentit son sang lui monter à la tête et une bouffée de chaleur s'empara de son corps.
— Sama ! Ce n'est pas drôle, où est-ce que tu te caches ?
Il retourna la petite pièce dans tous les sens mais, il ne trouva pas la jeune fille. Pire encore, il fit le tour du bâtiment, des chambres au réfectoire mais rien, rien du tout. Sama restait introuvable. Jimin sentit la panique l'envahir, il détestait cette sensation au plus haut point, lui qui aimait avoir un parfait contrôle sur ce qui l'entourait.
— Tout va bien ? demanda Genri au détour d'un couloir.
Il était accompagné de la vieille Mme Song, se plaignant sans doute encore de ses rhumatismes.
— Oh Jimin, tu tombes bien ! s'exclama-t-elle. Je venais justement à l'infirmerie pour–
Mais Jimin ignora la vieille dame.
— Tu as vu Sama ? la coupa-t-il en s'adressant à Genri. Elle n'était pas dans sa chambre et je ne la trouve nulle part !
— Doucement, le calma-t-il, tu as vérifié dans le réfectoire ?
— J'en viens, elle n'est nulle part ! Pas dans l'enceinte du Nid en tout cas !
Le visage de Genri s'assombrit, prenant la situation au sérieux. Tous les deux savaient très bien ce que cela voulait dire. Pourtant, à cette période, personne n'avait le droit de mettre un pied hors du Nid et ça, Sama le savait autant que les autres.
— Elle ne sortirait jamais seule alors que l'hiver arrive, elle sait bien que c'est formellement interdit ! s'exclama Mme Song.
Genri hocha la tête, pensif.
— Sama doit se cacher quelque part, elle ferait tout pour ne pas aller en classe.
Jimin se pinça la lèvre, il avait raison. Mais quand même ! Sa sœur ne disparaîtrait jamais sans lui dire quoi que ce soit. Enfin, oui, c'est vrai que ces derniers temps, elle n'était pas comme à son habitude. Mais Jimin avait mis cela sur le compte de l'adolescence, ne s'en souciant que trop peu, bien trop peu. Le jeune homme soupira, peu rassuré. Il commençait à faire vraiment froid dehors et il priait de tout cœur pour que Sama se cache quelque part dans l'enceinte du Nid.
Genri décida d'en avertir le Conseil. Ce dernier était constitué des premiers hommes à avoir bâti le Nid, vingt ans auparavant. Chaque membre était honoré et respecté par ses pairs, même s'ils n'étaient désormais plus tout jeunes.
— Il faut envoyer un groupe pour la chercher ! s'exclama Jimin, dans la salle du Conseil.
Cette dernière n'était pas très grande et peu décorée mais elle contenait une large table ronde et trois sièges où les anciens avaient pris place. C'était ici qu'ils avaient commencé à construire le Nid, juste après la Grande Eclipse. D'abord un simple refuge de montagne, le Nid était peu à peu devenu cette petite ville que Jimin connaissait à présent. Enfin, peut-être que l'appeler « ville » était un peu excessif, ils n'étaient pas tant que ça.
— Personne ne sort du Nid après le troisième cadran, tu le sais très bien ! vociféra Seungi, la doyenne.
Seungi était une vieille dame rabougrie, voûtée sur sa canne qui lui permettait plus ou moins de tenir debout. Il était difficile de croire qu'elle fut un jour celle qui bâtit cet endroit, et pourtant...
Jimin fronça les sourcils, bien sûr qu'il connaissait les règles, mais on parlait de sa sœur tout de même !
Il jeta malgré tout un œil aux quatre horloges fixées sur le grand mur de la pièce. Contrairement à une horloge classique, chaque cadran allait de un à quinze. Un mois durait soixante jours et était divisé en quatre saisons de quinze jours. Le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. Les deux premières horloges – le printemps et l'été – affichaient le numéro quinze tandis que la troisième – l'automne – terminait bientôt sa course. L'hiver approchait.
Et durant les quinze jours que composait cette dernière saison, il était formellement interdit de franchir les murs de l'enceinte. Bien, il restait donc une journée entière avant le début de l'hiver. Du moins en théorie puisque depuis quelques années désormais, le Conseil avait décidé de fermer prématurément les portes à cause d'un accident. Une équipe partie chasser avait été emportée par l'hiver alors que l'automne n'en était qu'à son treizième jour. Depuis, ils avaient décidé qu'au douzième jour, ils fermeraient les portes jusqu'à la fin de l'hiver. Même si ce dernier n'avait plus jamais refait son apparition avant le premier jour de sa saison.
Jimin s'apprêtait d'ailleurs à le rappeler lorsqu'il se fit couper l'herbe sous le pied par Jeom. Il le regardait d'un mauvais œil depuis qu'il était entré dans la pièce.
— Mon équipe surveille le mur jour et nuit, ils l'auraient forcément vu passer si Sama l'avait franchi, affirma-t-il.
Jimin se pinça les lèvres, s'empêchant d'ajouter qu'il s'était bien gardé de surveiller le mur, lui, puisqu'il était confortablement installé dans sa chambre à l'insulter à travers le mur.
— Ils peuvent très bien ne pas l'avoir vu passer, attaqua le jeune homme.
— Est-ce que tu insinues que mon équipe n'est pas suffisamment compétente pour faire son travail ?
Jeom prit un air menaçant, tapant du poing sur la table qui les séparait. Mais bien que l'homme était de nature imposante, Jimin ne se démonta pas, bien au contraire. Il avait l'habitude des excès de colère du chef de la sécurité et il en avait marre de toujours tout laisser passer. Surtout quand cela concernait sa petite sœur ! Genri dû comprendre que les choses s'apprêtaient à mal tourner puisqu'il posa une main apaisante sur l'épaule du plus jeune.
— Ce n'est bien évidemment pas ce que Jimin voulait dire, tenta-t-il avant de se faire couper.
— Je n'insinue rien du tout ! s'exclama Jimin. Il est clair qu'à chaque fois que Sama se fait la malle, c'est sous votre nez !
Bien sûr, il était de notoriété publique que la jeune Sama passait souvent de très longues heures dans la forêt, et ce sans jamais se faire avoir. Jeom voyait rouge, bien incapable d'assumer ses fautes. On pouvait d'ailleurs le voir à sa mâchoire qui se contractait, s'empêchant sans doute une nouvelle pique acerbe.
— Ça suffit ! s'exclama Seungi en claquant sa canne sur le sol.
— Jeom, retourne briefer ton équipe et ratissez le Nid dans son entièreté, des sous sols aux derniers étages.
Un vieil homme venait de parler, assis juste à côté de Seungi. C'était Gureum, son mari.
— Cela va prendre des heures ! s'indigna Jimin, persuadé que sa sœur n'était pas dans le Nid.
Jeom s'apprêtait d'ailleurs à confirmer ses dires avant de se raviser, son égo l'emportant. Il se redressa alors, l'air militaire, avant de quitter la pièce sans un mot de plus.
— Allons, reprit Gureum, si Sama n'est pas dans le Nid, alors nous aviserons.
— Mais nous ne pouvons pas risquer la vie des autres inutilement, ajouta Taheri, la dernière membre du Conseil.
C'était la plus sage des trois. Enfin, c'est ce que les gens disaient.
— Inutilement ?! s'emporta Jimin, revêche.
Mais Genri le prit par l'épaule, l'intimant de sortir à son tour avant d'énerver plus de monde.
— Genri, j'ai à te parler, l'appela Seungi.
Le dénommé se tourna alors vers Jimin, l'air plutôt inquiet.
— Ne fais rien d'irréfléchi, d'accord ? Je t'aiderai à la chercher dès que je le peux.
Jimin se contenta de serrer les dents en sortant de la salle, n'ayant pas un regard pour les gens qui l'avaient jadis recueilli. Bien sûr, il n'écouta pas un seul instant le conseil de Genri. Il devait retrouver sa sœur au plus vite et il n'avait certainement pas plusieurs heures à perdre. Il aurait aussi pu se pencher sur pourquoi Sama avait disparu tout d'un coup, mais il n'en avait pas le temps non plus.
Une fois dans sa chambre, Jimin attrapa son sac à dos et quelques vivres ainsi qu'une trousse de soin, sait-on jamais. Il dévala ensuite les escaliers des dortoirs et longea les murs pour éviter de se faire repérer. À cette heure, il aurait déjà dû commencer son service à l'infirmerie et Jana – la médecin en cheffe – devait sans doute déjà le chercher.
Il continua sa course jusqu'à arriver à l'arrière du bâtiment, là où il avait croisé Genri à peine une heure plus tôt, au saut du lit. L'air lui fouetta le visage, comme au matin, et il se pencha au-dessus de la balustrade pour évaluer la distance. Les montagnes s'étendaient à perte de vue, le Nid lui-même perché sur l'une d'entre elles. A cette hauteur, s'il tombait, c'était la mort assurée.
En contrebas, à une bonne heure de marche, se trouvait une forêt dense de sapins verts. Enfin, si on passait par le chemin habituel. Jimin savait que Sama y allait souvent pour s'évader l'espace de quelques heures, loin du Nid. La forêt n'était pas particulièrement dangereuse et Jimin y avait déjà passé de nombreux jours également. Il avait donc un avantage car il savait parfaitement où chercher sa jeune sœur. Un dernier coup d'œil le long de la muraille lui indiqua que personne ne surveillait ce flanc de la montagne. Jimin eut un rictus désabusé. Son équipe veillait jour et nuit, qu'il disait ?
Il retourna ensuite rapidement à l'intérieur, ressortant quelques minutes plus tard avec une veste sur le dos et son arc sur l'épaule. La forêt n'était pas des plus dangereuse, certes, mais sait-on jamais.
Jimin sauta alors sur la rambarde, tenant en équilibre avant de se laisser glisser sur la pierre froide à portée, qui faisait un pli dans la montagne. La descente allait être compliquée, mais Jimin l'avait déjà fait de nombreuses fois durant son adolescence, lorsqu'il ne supportait plus les jérémiades de la maîtresse d'école ou des anciens du Conseil.
Collé à la pierre, il avança par petits pas, longeant une rigole longue de plusieurs mètres. Heureusement pour lui, il n'avait pas le vertige. Plusieurs fois pourtant, il manqua de terminer une centaine de mètres plus bas, la faute à son arc qui n'arrêtait pas de glisser de son épaule. Il y perdit d'ailleurs quelques flèches mais s'empêcha de les rattraper au vol de peur de les suivre dans leur chute. Quelques longs pas plus tard, il arriva enfin dans une crevasse, une sorte de petite grotte taillée dans la montagne qui lui permettrait de descendre jusqu'à la forêt.
Jimin observait chaque recoin dans l'espoir de voir ne serait-ce qu'un indice sur où pourrait se trouver sa sœur, sans résultat pour l'instant. Il soupira, continuant sa lente descente jusqu'à l'orée de la forêt. Cette dernière était plutôt dense, peuplée d'immenses sapins, autres arbres et fourrées. Un petit chemin sinueux slalomait entre les imposants troncs, vestige d'anciennes routes.
Jimin pressa le pas, observant les alentours avec une attention particulière. Sama avait l'habitude de grimper aux arbres pour observer les oiseaux et son lieu favori se trouvait non loin de là, légèrement en contrebas. En dehors des arbres, quelques animaux tels que des lapins ou des écureuils vaquaient à leurs occupations quotidiennes. Il vit l'un d'eux grimper à un arbre, un gland fermement coincé entre ses dents. Il stockait pour l'hiver, se préparant à une hibernation de quinze jours. Jimin avait toujours été fasciné par la capacité des animaux à s'adapter, et ce très rapidement. Après tout, il y a vingt ans de cela, ces cycles n'existaient pas...
Un craquement sonore se fit soudain entendre, faisant sursauter Jimin et fuir l'écureuil. En un instant, Jimin avait dégainé son arc et encoché une flèche, prêt à tirer, le cœur battant.
— Ouhla doucement Robin des Bois, s'exclama le nouveau venu, les mains en l'air de peur de se faire trouer la peau.
Jimin baissa aussitôt son arme en soupirant de soulagement.
— Taehyung, tu m'as fait une de ces peurs !
— Désolé ! rit le dénommé en s'approchant. Je t'ai vu passer au loin, qu'est-ce que tu fais dehors ?
Jimin se mordit l'intérieur de la joue, est-ce que son ami de toujours allait le ramener par la peau du dos jusqu'au Nid ?
— C'est Sama, elle a disparu, dit-il gravement.
L'air de Taehyung se fit plus dur, toute joie d'avoir effrayé son ami s'effaçant de son visage. Il n'avait pourtant vu personne lors de sa petite escapade...
Jimin, d'ailleurs, l'observa avec intérêt, soudain curieux.
— Et toi alors, qu'est-ce que tu fais là ?
Son ami eut l'air embarrassé, cachant ce qui semblait être des fleurs derrière son dos. Un voile triste se déposa sur le visage de Jimin. Oh. Il avait oublié.
— C'est l'anniversaire de leur mort... répondit-il d'une petite voix, je voulais leur rendre visite avant l'hiver.
Jimin eut un sourire compatissant pour son ami. Cela faisait déjà cinq ans et pourtant, la douleur semblait toujours si vive.
— Tu veux qu'on y aille ensemble ? proposa-t-il.
— Et ta sœur ?
— C'est bon, c'est sur le chemin.
Taehyung se contenta de lui sourire avec reconnaissance. Jimin savait à quel point cela comptait pour lui. Ils continuèrent donc d'arpenter le chemin dont les pavés étaient couverts de mousse. La nature avait depuis longtemps repris ses droits. À un croisement, ils dépassèrent ce qui était autrefois une supérette – c'est ce qui était noté dans les livres en tout cas – un bâtiment recouvert de lierre et de plantes en tout genre, dont les vitres étaient brisées et le toit affaissé par les intempéries.
L'intérieur, quant à lui, avait depuis longtemps été pillé. Puis enfin, ils arrivèrent au sommet d'une butte, ayant vue sur une toute petite clairière en contrebas. Un endroit parfait pour s'abriter à première vue. Enfin ça, c'est ce qu'ils avaient pensé. Taehyung avait le cœur gros, Jimin le savait. Il se mit à dévaler la pente après un long soupir. Revenir ici lui demandait toujours autant de courage. Jimin le suivit, prudent.
— Désolé, je suis un peu en retard, souffla Taehyung, presque pour lui-même. Mais j'ai apporté des fleurs.
Devant lui, rongé par la mousse et le lierre, se trouvait deux statues de pierre, deux personnes, figées pour l'éternité. Avec un peu plus d'observation, on pouvait discerner d'autres silhouettes un peu plus loin. Six au total, l'entièreté de l'équipe de chasse. Celle qui n'était jamais revenue, cinq ans plus tôt. Taehyung déposa les fleurs à leurs pieds, évitant soigneusement de regarder leurs visages. Parce que ça lui faisait bien trop de mal et Jimin comprenait. Comment pouvait-il affronter les visages désespérés et figés de ses deux parents ? Lui-même ne le pourrait pas.
Taehyung s'empêcha de monologuer, sachant que la situation ne le permettait pas. Ils devaient retrouver Sama au plus vite. Un simple silence fit place et les deux amis se contentèrent d'apprécier le doux bruit de la nature avant qu'un vent particulièrement froid ne fasse frissonner Jimin, de la pointe de ses orteils jusqu'au sommet de son crâne. Il se retourna et ce qu'il vit lui glaça le sang. L'hiver était là.
