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Bientôt le garçon - Traduction

Summary:

Elle enseigne.

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Work Text:

I

"Ils n'éclosent pas tous, tu sais."

Le garçon serra son oeuf encore plus étroitement. Il est d'un vert argenté, tel l'écume de mer sous un soleil serein. La couleur des bannières Velaryon sur Lamarck sous un ciel balayé par la tempête.

Le garçon traînait son oeuf partout, après qu'Alyssa—

Il ne faisait pas ses nuits. Son appétit était maigre. Viserys pouvait l'inciter à être raisonnable, de temps en temps, mais Daemon était à peu près aussi incliné à la raison qu'Alyssa l'avait été, que Baelon l'était.

"Tu seras dragonnier un jour, Daemon."

Le garçon leva les yeux vers elle, visage maussade et inquiet. 

"Grand-Mère," chuchota-t-il.

"Oui ?"

"Peut-être puis-je revendiquer Songefeu."

Songefeu. La Songefeu de Rhaena. Alysanne s'était rendue trois fois à Peyredragon, pour faire la paix avec Rhaena. La petite Aerea avait supplié Alysanne de lui permettre de retourner à Port-Réal. Aerea avait été une enfant fougueuse, mal taillée pour les rochers désolés et brumes de Peyredragon.

"Laisse-la venir avec moi, soeurette," avait imploré Alysanne à Rhaena.

"Tu as tout. Je n'ai rien ! Tu as mon trône. Tu ne prendras pas ma fille aussi," avait dit Rhaena, brisée et larmoyante et furieuse.

Alysanne n'avait jamais raconté à Rhaena ce qui était arrivé à Aerea avant sa fin.

Daemon lui rappelait Aerea. Aerea avait revendiqué Balerion. Daemon voulait revendiquer Songefeu.

Un petit garçon de trois ans. Elle se pencha pour le soulever dans ses bras. Il ne pesait pas grand chose. Os et yeux lumineux et mains agrippantes. Sa tête vint se reposer sur son épaule avec un abandon doucement remporté. Il s'agrippa comme seulement un garçon sans mère pouvait s'agripper.

"Elle avait une voix de chanson exquise," dit Alysanne au garçon. "Elle chantait aux animaux."

"Chanter aux animaux ?" demanda Daemon, scandalisé. "Comme c'est bête !"

"Elle a revendiqué Songefeu avec du chant-dragon, le savais-tu ?"

Le garçon leva la tête, afin de mieux lui montrer son regard noir.

"Laisse-moi te montrer," suggéra-t-elle.

Aile-d'Argent attendait dans la cour du Donjon. Un jour d'été. Ceux restant dans le Donjon étaient peu nombreux. Une chasse organisée par Aemon. Alysanne remarqua son épée-jurée, Jonquil, la suivant discrètement.

À Aile-d'Argent, elle chanta, dans la cour vide du Donjon. Sa voix était fluette et éraillée. Elle chanta la chanson de sa sœur pour réveiller le dragon. Elle enroula son étreinte autour du garçon sans mère de sa fille et le berça au son de ce simple chant-dragon d'été.

Aile-d'Argent rugit, s'éveillant avec intention.

"Allons-nous voler au-dessus de la ville ?" demanda Alysanne à son petit-fils.

Daemon étreint son oeuf de dragon et la regarda comme seulement le sang du dragon le pouvait.

"Votre sœur vous l'a-t-elle enseigné ?"

Elle chanta la chanson de sa sœur de mémoire. Rhaena n'avait pas su ce qu'était le chant-dragon. Rhaena avait chanté à Songe-feu comme elle avait chanté à n'importe quel animal croisant son chemin. Alysanne avait appris le pouvoir du chant-dragon d'une autre. La Reine douairière Visenya Targaryen chantait à Vhagar des paroles de pouvoir et fureur.

"Laisse-moi te l'enseigner," dit-elle à Daemon. "Tu dois me promettre que tu chanteras à ton oeuf chaque nuit avant de sommeiller."

Il hocha la tête vigoureusement, enthousiaste comme seulement un garçon de trois ans pouvait l'être.

Elle lui enseigna, et à sa voix la sienne s'éleva, se doublant en chant. Comme un seul, ils élevèrent leurs voix en chant, et tous les dragons rugirent comme un seul homme.

"Grand-Mère !" s'exclama le garçon. "C'est—" Il rit. C'était son premier vrai rire depuis la mort de sa mère.

Visenya avait enseigné Alysanne lorsqu'elle vivait à Peyredragon en tant qu'otage de la Vieille Reine. La Reine avait une froide disposition, mais quand Alysanne éleva sa voix en chant pour la joindre à celle de Visenya, la femme plus âgée s'adoucit et lui accorda un maigre sourire.

Ce qui vint à Alysanne de Visenya, elle donna à son petit-fils. Il était ravi maintenant, chantant à Aile-d'Argent avec une assurance croissante. Une voix exquise, il n'avait pas, mais elle portait les courbes du pouvoir qui avaient marqué la voix de Visenya.

Elle embrassa son petit nez.

"Alysanne !"

C'était Jaehaerys. Pourquoi était-il revenu de la chasse à la hâte ?

"Saera a batifolé avec les chevaliers de la cour !" cracha Jaehaerys. Il fut animé jusqu'à la fureur.

Saera était une fille impétueuse. Alysanne savait que sa fille était déchaînée.

"Telle une putain !" rugit Jaehaerys.

La garçon dans l'étreinte d'Alysanne s'agrippa plus fort à elle. Elle posa son petit-fils parterre.

"Retourne à tes appartements, Daemon."

Daemon hésita pour un mince moment, avant de s'enfuir.

Alysanne se tourna vers son mari.

Il faisait les cent pas, une main pressée sur son cœur. Une vieille habitude, lorsqu'il était endeuillé. Elle le vit faire les cent pas comme ceci, lorsque le Mestre œuvrait à faciliter le décès d'Aerea.

Saera était son enfant la plus chère. Il refusait de croire une mauvaise parole prononcée à son encontre. Il fut jusqu'ici aveugle aux méfaits volontaires de leur fille, Alysanne le savait. Que s'était-il passé ce jour-ci pour transformer son aveuglement en fureur endeuillée ?

"Elle n'est pas mon enfant !" déclara-t-il.

Jaehaerys était prédisposé à transformer son chagrin en action furieuse. Alysanne aurait souhaité connaître un chant-dragon pour lui chanter jusqu'à sa quiescence. 

"Plus loyale que n'importe quel mari," avait dit Visenya de Vhagar, une fois.

"Plus chaleureuse que n'importe quel amant," avait dit Rhaena de Songe-feu.

Aile-d'Argent exsudait un calme auquel Alysanne s'agrippa, tandis que Jaehaerys indiquait ce que devait être la pénitence de Saera.

II

"Il chante à l'oeuf incessamment ! Le Mestre est furieux contre lui car il est inattentif à ses leçons." Viserys soupira.

"Il apprend vite."

"Quand ça concerne l'histoire des dragons !" marmonna Viserys.

"Pourquoi m'enseignez-vous ?" demanda une fois Alysanne à Visenya.

"Car tu es la seule de mon sang m'autorisant à t'enseigner," lui répondit Visenya. La solitude avait été le manteau de la Vieille Reine.

Alysanne aimait enseigner le garçon ce que Visenya lui enseigna avec réticence à Peyredragon. Ses filles trouvaient peu d'intérêt dans l'histoire. Ses fils étaient intéressés par l'histoire de Westeros de Barth. Son mari était préoccupé par des lois et héritages. Daemon sollicitait Alysanne avec enthousiasme, comme Alysanne avait sollicité Visenya, visage radieux avec le désir d'apprendre.

"Grand-Mère ! Vous ne devez l'encourager."

Viserys était un garçon de dix ans, mais il était devenu un père pour Daemon.

Il n'y avait personne d'autre.

Leur père, Baelon, était devenu un hermit renfermé après la mort de leur mère. Jaehaerys fut un père absent pour ses enfants. Aemon choyait son enfant, Rhaenys, mais il avait peu de temps pour ses neveux.

Viserys choyait son frère et l'élevait tel un père aurait dû, en veillant tendrement à sa santé et son éducation et tout autre. Et Daemon, enfant renfermé qu'il était, se précipitait vers Viserys tel un ciel poursuivant la mer dans le baiser de l'horizon, à chaque fois qu'ils se rejoignaient après quelques heures de séparation. Viserys le soulevait et serrait la tête de Daemon à sa poitrine comme l'on étreint un trésor.

C'était comme jadis—

"Je t'étreignais comme ceci," se remémora Jaehaerys.

"Oui," répondit Alysanne. "Je me précipitais vers toi comme ceci."

Les mains de son frère-époux vinrent l'attirer dans une étreinte-de-trésor.

---

"Grand-Mère ?"

Elle lui fit signe d'entrer. Il se cramponnait à son oeuf et la regardait avec inquiétude.

"Comment vas-tu aujourd'hui ?" lui demanda-t-elle.

"Nous allons aller voler," décida-t-il.

Il secoua la tête lorsqu'elle voulut prendre la parole. Daemon avait en lui quelque chose de Jaehaerys, dans son impériosité. Son frère, Viserys, lui rappelait Père. Père lui manquait. Elle avait été horrifiée d'assister à sa détérioration après qu'ils eurent fui les émeutes de Port-Réal. Après leur arrivée à Peyredragon, elle se cramponnait à son oeuf et s'était recroquevillée au pied du lit de Père, terrifiée. Visenya l'avait emmenée dans les tunnels du Montdragon.

"Pleure," commanda Visenya.

Elle pleura à ses ordres, déversant en larmes l'angoisse dans son cœur pour la faible volonté de Père et sa grave maladie. Rincé de son chagrin, son oeuf éclot dans le cœur de la montagne.

"Que cela soit ta première leçon," avait enseigné Visenya. "Le chagrin porte un pouvoir à part entière."

"Allez," dit Daemon, distrayant Alysanne de ses souvenirs. "Grand-Mère, allons voler."

Elle suivit Daemon comme elle avait une fois suivi Visenya.

Aile-d'Argent les emmena au-dessus de la ville. Les douces susurrations d'émotions à travers son cœur de son dragon commencèrent à adoucir Alysanne de chagrin statuaire à femme brisée.

"À Peyredragon ?" cria Daemon.

La peur dans sa voix était aussi claire qu'un chant de clairon. Il n'aimait pas les hauteurs, même si il aimait voler avec elle sur Aile-d'Argent et avec Baelon sur Vhagar.

Cela devait être perturbant, elle supposait, de voler à dos de dragon sans lien au dragon. Elle n'avait jamais volé sur un autre dragon. L'amusement d'Aile-d'Argent ruissela en elle. Une menace, également, car Aile-d'Argent n'accepterait pas qu'Alysanne vole au dos de n'importe quel autre dragon.

Daemon se serait agrippé à elle, n'importe quel autre jour. Il s'agrippait anxieusement à la selle. Elle enroula une main autour de lui pour le tenir à elle. Sa tête vint volontiers se reposer sur sa poitrine.

Septon Barth avait dit que Daemon était aussi obstiné que Saera. Saera—

Elle commença à pleurer. Le chagrin a du pouvoir, avait maintenu Visenya. Les larmes d'Alysanne vinrent rincer l'oeuf étreint par Daemon. Il n'éclot pas. Peut-être le chagrin, aussi, perdait-il son pouvoir, après être devenu une chose récurrente de peu d'importance dans la vie de quelqu'un.

Aile-d'Argent les amena au Bois sacré.

"Elle sera heureuse à Lys, Grand-Mère."

En tant que putain. Dans une maison close. Elle étreignit son petit-fils et pleura silencieusement. Aile-d'Argent s'enroula autour d'eux.

"Je pense qu'elle fera un très bonne putain," continua Daemon vivement. "Elle aime embrasser les garçons."

Alysanne rit malgré elle. Saera aimait ses jeux de baisers. Jaehaerys—

"Vous devriez lui écrire."

"Il me l'a interdit."

"Et ?" demanda Daemon, perplexe.

Ils règneraient ensemble, lui avait une fois promit Jaehaerys. Deux couronnes, même s'il n'y avait qu'un trône, avait-il dit.

"La promesse d'un frère à une sœur est tel que des mots aux vents," avait dit amèrement Visenya, une fois. "Il m'a rejetée et l'a abandonnée."

"Je lui écrirai," décida Alysanne. Elle désignera ses propres agents pour veiller sur Saera.

Dans le Bois-du-Roi, ils gisaient blottis contre l'un l'autre en une après-midi froide, réchauffés par Aile-d'Argent. 

"T'ais-je déjà parlé des Quatorze Flammes de l'Ancienne Valyria ?" demanda Alysanne à son petit-fils.

Il secoua la tête, les yeux brillants de curiosité.

"Il y avait une propriété. Construite par les seigneurs dragons. Et leur capitale était au sein d'une péninsule, ourlée par quatorze grand volcans. Une ville d'émerveillement."

Daemon l'écoutait, ébahi.

"Ils pratiquaient la magie du sang et d'autres arts sombres, puisant profondément dans la terre pour ses secrets et déformant la chair de bêtes et hommes pour créer des chimères monstrueuses et contre nature. Il est cru que pour leurs péchés, les Dieux, dans leur indignation, détruisirent Valyria."

"Les Dieux ?" demanda Daemon, sceptique.

"Les Dieux," réitéra Alysanne.

"Comment sont apparus les dragons, Grand-Mère ?"

Elle pinça sa joue.

"De notre chair. Nous sommes de leur sang, Daemon."

Les épouses Maegor lui donnèrent des bébés déformés et grotesque, rapportaient les Mestres.

"De la chair de bêtes et d'hommes, les seigneurs dragons réveillèrent des chimères," avait enseigné Visenya à Alysanne. Elle avait hoché la tête vers la petite Aile-d'Argent, qui gisait enroulée autour des épaules d'Alysanne. "Elle est de notre chair. Elle est de notre sang."

"Septon Barth dit que nous avons besoin des dragons pour garder le royaume en paix," dit Daemon. "Il dit que nous ne devrions pas en avoir trop, car ça pourrait tourner famille contre famille, comme les enfants de Maegor et Aenys."

Alysanne appréciait Barth. Il était son plus cher ami, mais il ne comprenait pas plus le sang du dragon que Jaehaerys. Elle ne les blâmait pas pour cela. Visenya en avait enseigné seulement une. Visenya aurait enseigné Jaehaerys également, si il ne l'avait pas rejetée. La Vieille Reine était seule et frêle. Vhagar fut sa consolation et son réconfort dans ses derniers jours. Elle avait pleuré avec douleur lorsqu'elle fut incapable de rassembler l'énergie pour voler.

Les écailles d'Aile-d'Argent brillaient d'un éclat terne sur l'oeuf que Daemon tenait. Cela rappelait à Alysanne le soleil matinal perçant les brumes maussades au-dessus des eaux de Lamarck.

"Comment nommeras-tu ton dragon ?"

"Fumée-des-Mers," confessa-t-il.

Un bon nom. Alysanne se demandait si l'oeuf éclorerait pour lui. Il deviendrait dragonnier. De cela, elle ne doutait pas. Cet oeuf, par contre, ne lui allait pas. C'était une chose sereine de printemps, et son esprit était d'une férocité d'été.

"Quand mon dragon aura grandi, nous pourrons voler à Lys ensemble," promit-il.

Alysanne voulait persuader Jaehaerys jusqu'à ce qu'il cède et autorise Saera à revenir à la maison.

"Votre Grâce !"

Jonquil. L'épée-jurée d'Alysanne. Elle se leva du corps enroulé d'Aile-d'Argent.

"C'est la princesse Viserra," dit Jonquil doucement. Le parchemin qu'il remit à Alysanne était enroulé d'un ruban de soie noire.

---

Les Sœurs du Silence recousirent tête coupée à corps brisé.

"Il se peut que ça apporte malheur de scruter ce que l'Étranger a touché," dit Barth.

Jaehaerys faisait les cent pas, une main pressée contre son coeur.

"L'Étranger ne se soucie pas que mes yeux soient ouverts ou fermés. Il visite ma demeure et prend ce qui lui plaît," cracha Jaehaerys.

"Ramène Saera," lui dit Alysanne. "Je ne la laisserai pas mourir en Essos."

Jaehaerys cessa ses cent pas et se tourna vers le travail des Sœurs du Silence. Ils étripaient la fille pour enlever les organes et entrailles. Il amena une main à son cœur encore une fois.

"Est-ce ma punition pour avoir chassé la putain ?" demanda-t-il.

"Je dois avoir mes filles à mes côtés ! Ce qu'il reste d'elles !" rétorqua Alysanne.

"La putain est morte."

"Jaehaerys !"

"Mon Roi," intervint Barth. "Le pardon est une force à part entière."

"Assez !" rugit Jaehaerys.

Les femmes de leurs familles étaient maudites, peut-être. Visenya mourut seule, consciente que sa ligne périrait. Rhaena mourut le cœur déchiré à Harrenhal. Aerea était l'enfant la plus chérie de Rhaena, et Jaehaerys et Alysanne avaient regardé avec chagrin le Mestre facilitant le décès de la fille. Daenerys fut la première-née d'Alysanne. Jaehaerys l'ignora et nomma Aemon son héritier. La fille mourut de maladie. Daella et Alyssa moururent dans le lit de couche. Les Sœurs du Silence embaumaient Viserra. Maegelle se plaisait à la Citadelle, à l'abri du lit de couche. Saera se plaisait à Lys, à l'abri de son devoir pour Père et Roi et royaume. Gael était une enfant simplette, et la dernière fille vraiment aux côtés d'Alysanne. Peut-être était-ce la malédiction d'Alysanne, placée sur elle par le chagrin de sa sœur. Il y avait des enfants qu'elle avait nommés et perdus. Il y avait des enfants qu'elle avait perdus avant de les nommer.

"Je vais à Peyredragon," leur dit Alysanne.

"Les funérailles," commença Barth, inquiet.

"Vermithor peut la brûler," répondit Alysanne. "Elle est morte. Le spectacle est pour le royaume et les seigneurs. Vous et moi savons que le Roi est bien capable de s'occuper du spectacle."

Jaehaerys ne la dissuada pas. Il se tenait là, aussi immobile que de la pierre, et son visage était tordu de colère et angoisse telles les statues chimériques de Peyredragon.

---

"Les chastes sœurs prirent en mariage leurs frères brûlants, sous l'augure des quatorze flammes contre un ciel de soirée solitairement étoilé. Les juvéniles portaient des couronnes d'argent et les vierges portaient des couronnes d'or. Ces couronnes seraient reforgées dans la flamme-dragon pendant la promesse, afin qu'elles soient en alliage, afin qu'elles soient torsadés et attelées, afin que le métal vierge soit souillé à l'or-vert du mariage."

Les sentiers côtiers étaient débraillés et délavés par la mer après une semaine de tempêtes. Ils se frayèrent un chemin à travers les bois flottants et les rochers. Une femme usée vêtue de noir et un vif garçon de six ans se cramponnant à un oeuf de dragon vert tel l'écume de mer. Elle lui conta des histoires de l'Ancienne Valyria et il lui prêta l'oreille avec fascination. Elle leva les yeux vers le noir imposant du château, et du sommet marqué de brume du volcan surplombant le château.

"Viens, nous allons chercher des œufs de dragon." Elle lui ébouriffa les cheveux. "Allons améliorer tes chances."

"Maintenant ?" demanda-t-il, surpris. "Les chemins de la montagne seront glissants."

"Le meilleur moment pour ça. Les dragons aiment chasser après la fin des pluies."

Elle lui présenta une sacoche de cuir d'auroch.

"Pour ton oeuf."

Il la suivit dans la montagne comme elle avait une fois suivi Visenya. Ensemble, ils grimpèrent les périlleuses crevasses et les falaises s'effondrant, et descendirent dans les étroites grottes d'où la chaleur volcanique jaillissait en vapeurs.

Une bougie solitaire brûlait sur un autel de pierre. Il y avait une inscription creusée dans la pierre.

"Puisse-t-elle brûler jusqu'à ce que le sang de notre sang s'estompe," lit Daemon.

Alysanne le souleva pour un baiser. Il eut appris leur langue maternelle d'elle. Il la parlait plus couramment que Jaehaerys. Jaehaerys. Elle refusait de penser à Jaehaerys.

"Qu'est ce que ça veut dire, Grand-Mère ?"

Qui avait été le dernier à se hisser au cœur de la montagne ? Visenya. Cela devait être Visenya.

Visenya était morte. Sa ligne était morte. Elle avait fait naître le Donjon Rouge de rien. Elle avait défendu son frère vaillamment toute sa vie, bien qu'il ne soit jamais resté loyal à elle. Elle avait protégé le père d'Alysanne, du mieux qu'elle le pouvait, jusqu'à ce que l'homme meure. Elle ne fut pas cruelle envers Alysanne ou Jaehaerys ou leur mère pendant qu'ils étaient otages à Peyredragon. Elle pleura amèrement et cria pour Vhagar et mourut seule. La mère d'Alysanne avait pris Jaehaerys et elle et fui l'île dès la mort de Visenya. Alysanne se demanda qui avait incinéré Visenya. Quelqu'un l'avait-il même fait ?

"Grand-Mère ?"

Le sang de leur sang.

"Elle brûlera jusqu'à la mort du dernier dragon," expliqua Alysanne.

"Pourquoi les dragons s'éteindraient-ils ?" demande Daemon, horrifié. "Ils se multiplieront à force que notre famille s'agrandira."

"Tout à fait," le rassura Alysanne. "Maintenant, suis-moi. Mettons-nous sur la piste de nos œufs, d'accord ?"

---

Elle rêva de Visenya. La Vieille Reine était un frêle et émacié spectre dans le rêve d'Alysanne, telle elle l'avait été dans les derniers mois de sa vie.

"Souviens-toi de qui tu es !" implora Visenya, amenant une main atrophiée au visage d'Alysanne.

Et autour d'elles, les dragons achevaient les dragons et une comète rouge survola les morts. Alysanne chanta et chanta, mais les morts ne s'éveillèrent pas. Seulement une rugit en réponse misérable.

Aile-d'Argent.

Elle rêva de Rhaena, sa sœur morte. Rhaena ne portait qu'un manteau de cendres.

"Aerea," expliqua sa sœur. "Je porte ma fille."

Alysanne alla pour l'éteindre, mais Rhaena se tourna.

"Je suis seule aussi !" lui hurla Alysanne. "Je n'ai rien ! J'ai perdu mes filles ! Je t'ai perdue ! J'ai perdu Aerea, douce Aerea ! J'ai perdu Mère. Même—"

"Es-tu incapable de me pardonner ?" implora-t-elle à sa sœur. "Que dois-je perdre de plus ?"

Rhaena rit et rit et sa chair craqua telle celle d'Aerea, et des veurs jaillirent de son ventre et sein. Alysanne hurla, mais des flammes argentées réduisirent sa sœur en cendres.

"Souviens-toi de qui tu es !" lui rugit Aile-d'Argent.

Aile-d'Argent la ramena à la maison. Des bras l'entourèrent en étreinte-de-trésor.

"Alysanne ! Soeurette ! Soeurette !"

Elle s'éveilla pour voir Jaehaerys et un Mestre se concertant à son chevet. Daemon était pale et cireux, recroquevillé proche d'elle.

"Alysanne," chuchota Jaehaerys. "Mestre, veuillez ramener le garçon à ses appartements."

"Que s'est-il passé ?"

"Les domestiques n'ont pu te trouver dans ton lit un matin. Elles t'ont cherchée de fond en comble. Elles firent appel à moi." Jaehaerys agrippa ses cheveux de ses mains en fureur. "J'aurais dû être là. J'aurais dû venir plus tôt. J'aurais dû te ramener à la maison. J'aurais dû—"

"Frère."

"Ils t'ont trouvée dans le Montdragon."

"Ils ?"

"Daemon a suivi Aile-d'Argent dans la montagne. Tu as été trouvée dans son antre, insensée et fiévreuse."

Ce n'était pas sûr. Le garçon n'aurait pas dû—

Elle se releva, terrifiée. Elle n'aurait pas dû enseigner au garçon ces vieux contes. Ils y avait des dragons sauvage dans le mont. Il n'était qu'un enfant.

"Alysanne," dit Jaehaerys doucement. "Reviens avec moi."

"Ramène Saera à la maison."

Il la regarda avec angoisse, avant que sa fierté ne le rende froid envers elle encore une fois.

---

"Il a pleuré à ton chevet, pendant des semaines," murmura Daemon.

"Hmm."

"Grand-Mère."

"Oui ?"

"Quand vous étiez malade, vous parliez à votre sœur. Vous lui avez demandé de vous pardonner."

"Une supplication plutôt vaine. Elle n'était plus capable de pardonner. La vie l'avait brisée, vois-tu."

"Viserys me pardonnera n'importe quoi," dit-il fermement. "Je pense que votre sœur vous avait pardonnée aussi, même si elle ne vous l'avait pas dit."

Viserys rappelait à Alysanne Père. Père fut un homme indulgent. Jaehaerys et Rhaena et Alysanne n'étaient pas faits du même bois. Ils maintenaient leurs rancunes avec fierté et amertume et silences solitaires, tel Visenya l'avait fait.

Peut-être pourrait-elle être comme son père. Peut-être pourrait-elle pardonner.

"Je devrais revenir à Port-Réal. Voir ce qu'il a fait du royaume en mon absence."

Elle n'avait qu'à monter Aile-d'Argent. Aile-d'Argent l'avait toujours portée à la maison, à Jaehaerys.

---

"Frère."

"Alysanne." il la prit dans ses bras en étreinte-de-trésor.

Et cette nuit, dans leur lit, il pleura à sa poitrine l'excuse qu'il ne pouvait dire à ses oreilles.

"Tu ne m'as pas demandé quel seigneur avait essayé de me vendre sa fille lorsque tu n'étais pas là."

Elle avait été jalouse de ses attentions, avant. Elle ne l'était plus. Peut-être était-elle devenue sûre de lui. Peut-être—

"Tu deviens aussi froide que Visenya," chuchota-t-il. L'angoisse dans sa voix était une chose écorchante. "Qu'ai-je fait ?" continua-t-il. "Qu'ai je fait, Alysanne ? Comment t'ai-je fait du tort ? Je n'ai regardé aucune autre. Je n'ai jamais pensé à aucune autre. Tu es tout."

"Ce n'est rien, mon amour."

Elle embrassa son front et le serra contre elle.

Et quand elle rêva, elle vit ses filles mortes gisant bouche ouverte parmi dragons achevés. Aile-d'Argent rugit dans la désolation, l'appelant à la maison.

--- 

"Mon Roi, Ma Reine."

Barth.

"C'est le Prince Aemon. Lord Corlys a envoyé mot de sa campagne, que le Prince avait souffert une blessure fatale."

"À dos de dragon ?" demanda Jaehaerys.

"Non. Caraxès mangeait des chèvres lorsqu'une flèche trouva Prince Aemon."

---

Elle se trouvait à Peyredragon encore une fois, montant et descendant péniblement les sentiers côtiers. Aile-d'Argent la survolait, n'acceptant pas de lui permettre la solitude, la protégeant même d'elle-même. Son dragon la connaissait que trop bien.

Un rugissement bas brisa le silence figé de la côte morose.

Vermithor ? Non, ce n'était pas le dragon de son mari. C'était—

Une ligne de rouge rasa la mer, bronze contre le sang du coucher de soleil. Une chose chétive, rendue encore plus chétive par la famine. 

Alysanne appela Aile-d'Argent à elle. Ensemble, elles suivirent l'intrus en poursuite. Caraxès était affaibli par la famine, et son dragonnier était mouillé jusqu'aux os. Le garçon chevauchait sans selle. Son rire compléta celui d'Alysanne tandis qu'ils se coursèrent jusque Peyredragon.

Là, visage sévère et maussade, se tenait Viserys.

"Grand-Mère ! Daemon !" Viserys se précipita vers son frère, malgré le dragon rugissant se dressant au-dessus de lui avec possessivité.

Daemon embrassa Caraxès sur le cou puis dégringola dans les bras de son frère. Viserys le souleva en étreinte-de-trésor et se tête vint en doux abandon à l'épaule de Viserys.

"Grand-Mère !" se plaint Viserys. "Devez-vous l'encourager ? Il ne verra pas ses vingt ans !"

Daemon était intrépide. Il ne verrait peut-être pas ses vingt ans, mais Alysanne savait qu'il vivrait librement et gaiement, comme sa mère l'avait fait. Que restait-il après vingt ans ? Le prix de l'Étranger qui doit être payé pour les joies précédentes ? Elle ne connaissait personne dans leur maudite famille qui eut été heureux après l'âge de vingt ans.

Aile-d'Argent se torsada avec Caraxès.

Alysanne emmena ses petits enfants dans son hall.

Là, attendant, se trouvait Baelon, leur père.

"Mère."

"Baelon."

"Je ne souhaite pas usurper Rhaenys."

"Le Roi a tranché en ta faveur."

"Je le sais," dit doucement Baelon. "Je le sais, Mère. Je lui parle. Je parle au Conseil restreint. Nous allons codifier sa prétention au trône. Elle sera nommée Princesse de Peyredragon. Laissez-moi régler ça pour vous, et pour elle."

Alysanne aimait son fils. Elle savait, cependant, qu'il ne possédait pas la force de volonté nécessaire pour lutter contre Jaehaerys. Aucun de ses fils ne l'avait. Était-ce son erreur en tant que mère ? Elle ne les avait pas élevés à questionner leur père.

"Donnez à Rhaenys mon oeuf de dragon," suggéra Daemon. "Pour le bébé qu'elle porte."

"Une proposition des plus judicieuses !" Viserys claqua des mains. Il embrassa la joue de son frère avec approbation. Daemon sourit, nerveux, et baissa sa tête, et s'agrippa au manteau de son frère.

Baelon était aveugle dans son deuil. Alysanne voyait, malgré son deuil. Les garçons s'agrippèrent l'un à l'autre comme les chastes jouvencelles de Valyria s'agrippaient à leurs jeunesses brûlantes, comme Alysanne s'était une fois agrippée à Jaehaerys à Peyredragon.

Au diner, ce n'était qu'Alysanne et ses petits-fils. Baelon, homme reclus et endeuillé qu'il était, ne participait dans la famille au-dessus du strict nécessaire.

"Et puis Caraxès me donna un coup de patte. Et puis je crois que Caraxès s'est lassé de mon bavardage. Et puis Caraxès—"

Viserys rigolait tandis qu'il écoutait avidement le conte de son frère. Ses yeux étaient radieux de fierté. Existait-il un frère plus aimé par son frère ?

Viserys avait eu un oeuf de dragon placé dans son berceau. Il ne lui avait pas chanté et traîné partout comme Daemon l'avait fait. Il n'était pas du genre à se préoccuper des dragons. Peut-être, tel Barth, croyait-il qu'ils étaient un mal nécessaire pour la paix du royaume, et rien de plus. Deux frères, et leurs natures disparates. Ils s'aimaient, mais Alysanne se demandait comment le ciel pouvait aimer la mer. L'horizon était un endroit lointain, hors de portée de tous, et pourtant le seul endroit où le ciel épousait la mer. Viserys se préoccupait de son devoir et du patrimoine de Jaehaerys. Daemon se préoccupait des dragons et de son frère. Alysanne avait été tel Daemon une fois. Elle errait sur les sentiers côtiers de Peyredragon, brisée de cœur et fanée de peau.

"Tu dois revendiquer un dragon également," dit Alysanne à Viserys.

"Tu le dois !" approuva Daemon. "Alors nous pourrons voler ensemble."

Peut-être pourraient-ils voler ensemble, en tant que frère et frère, par-dessus Westeros et Essos. Ils ne seraient pas encombrés comme Rhaenys le sera, par le trône.

"Peut-être Balerion," décida Viserys. "Je ne serais surpassé par toi, frèrot."

"Balerion est vieux et lent et gras !" protesta Daemon. "Frère ! Tu dois revendiquer Songefeu ! Elle est agile et véloce. Oh, les danses que nous pourrions danser ! Même au-dessus de l'Oeildieu !"

Viserys pinça ses joues et embrassa son nez et ébouriffa ses cheveux.

Alysanne avait espéré qu'une de ses filles revendiquerait Aile-d'Argent un jour après elle. Il ne restait que Gael. Gael était une enfant simplette. Alysanne avait espéré qu'un de ses petits-enfants revendiquerait Aile-d'Argent. Aemma était effrayée par les dragons. Aile-d'Argent resterait-elle seule, après la mort d'Alysanne ? Songegeu n'eut personne après la mort de Rhaena.

Alysanne avait espéré que Daemon revendiquerait Aile-d'Argent, après sa mort. Il aurait chanté à Aile-d'Argent les chants-dragons qu'Alysanne lui avait chantés. Il aurait aimé Aile-d'Argent tel Alysanne l'eut aimé, tel le sang de son sang.

Aemon avait volé avec Caraxès pour bataille et plaisir. Le leur fut un lien de dragon et dragonnier. Caraxès s'était enroulé autour de Daemon telle la vigne épousée à l'orme.

Il ne restait qu'Aemma et Gael, des filles et petites-filles d'Alysanne.

Peut-être Aemma revendiquerait-elle Aile-d'Argent un jour.

"Maintenant, nous devons profiter d'un festin et une danse !" décida Viserys. "Mon frère a revendiqué un dragon !"

"Cela ne serait pas approprié," murmura Daemon, jetant un coup d'oeil vers Alysanne.

"L'Étranger ne se soucie pas de mon deuil," régla Alysanne. "Allons jouir d'un festin et une danse."

Ce n'était pas une affaire grandiose, mais Viserys aimait célébrer son frère. Ils dansèrent avec des filles des villages de pêcheurs. Le barde venait de Volantis et chantait des chants d'amour Ghiscaris datant du Siècle de Sang.

"Chantez-nous des routes-dragon qui ramenèrent les armées qui détruisirent l'empire de l'Ancien Ghis," ordonna Viserys.

Il connaissait la fascination de son frère avec la Possession. Le barde chantait des seigneurs dragons qui détruisirent l'Ancien Ghis. Daemon s'assit aux côtés d'Alysanne, enchanté par le récit tissé par le barde. Le sort le maintenant en place fut brisé seulement quand son frère commença à danser avec une femme de village qui pressait ses seins contre le prince.

"Tu souhaiterais être sa sœur," dit doucement Alysanne.

Il ne répondit rien à cela.

"Je suis soulagée que tu ne le sois pas," continua-t-elle.

"Pourquoi pas ?" demanda-t-il, surpris. "Grand-Père et vous êtes frère et sœur. Père et Mère également. Le Conquérant et ses sœurs."

"Et cela est pourquoi je ne le souhaite pas pour toi."

Visenya mourut seule et amère. Alyssa mourut dans le lit de couche et un garçon sans mère fut laissé à élever son frère. Alysanne vivait à Peyredragon tandis que son frère régnait à Port-Réal, et il demeurait clivé d'elle par fierté et royaume, et par leurs enfants morts et vivants.

"Viserys n'est pas Grand-Père. Il ne—" Daemon s'arrêta, démontrant un tact inhabituel.

Elle sourit à son attention, touchée malgré elle.

Viserys se préoccupait des avis des seigneurs. Jaehaerys était décisif. Viserys ne l'était pas.

Si Jaehaerys devait encore rejeter Rhaenys, si Baelon devait laisser le trône à Viserys, Alysanne craignait que les seigneurs ne le détournent du droit chemin, et que Daemon serait le premier à passer au fil de l'épée, car ils ne pourront ruiner Viserys tant que Daemon vivra. Les Rois et les seigneurs dragons n'étaient pas les même, Alysanne savait. Le dernier seigneur dragon fut Visenya. Son frère avait régné car elle l'avait protégé.

"J'aimerais voir la bougie dans le cœur de la montagne encore une fois."

"Vous êtes frêle," marmonna Daemon. "Peut-être quand vous serez en pleine santé à nouveau."

"Je ne nécessite pas ta permission."

Il soupira.

"Très bien," elle décida d'être généreuse. "Tu peux m'accompagner."

"Vous étiez accablée par la fièvre et les délires, la dernière fois que nous y sommes allés."

"Daemon."

"Comme vous voulez."

---

Elle amena sa main à la flamme.

"Alysanne," lui dit Visenya. La Reine portait une armure striée de sang. Ses yeux étaient tels des étoiles. Quand Alysanne ouvrit son heaume, elle vit une femme pleurant du sang.

"Alysanne," l'appela Visenya une fois encore. Sa voix était amère et froide et abandonnée.

"Je suis là," lui promit Alysanne. "Je suis là."

"Le chagrin est un pouvoir," chuchota Visenya.

"Je m'en souviens."

"Ils sont notre sang. Notre sang ne doit s'estomper."

"Je m'en souviens."

"Promets-le-moi !" hurla Visenya, pleurant du sang solitaire. "Promets-le-moi !"

Alysanne l'embrassa en promesse.

"Je ne serais fausse, pas comme votre frère l'était, pas comme mon frère l'est," elle jura.

"Bientôt le garçon," s'écria Visenya, tombant dans les bras d'Alysanne.

Elle s'éveilla dans son lit à Peyredragon. Daemon conférait avec le Mestre en chuchotements urgents. Elle entendit le rugissement d'un dragon.

"Laisse-moi," dit-elle à Daemon.

Il se renfrogna.

Jaehaerys entra en trombe, tel la fureur elle-même. Alysanne se releva, mais sa tête s'étourdit, devenant légère. Elle entendit des disputes. Elle entendit Jaehaerys crier et Daemon élevant sa voix en retour. 

Ses enfants, elle n'avait pas élevé à interroger leur père. Son petit-fils, elle éleva comme Visenya l'avait élevée.

"Assez !" cria Jaehaerys. "Tu vas retourner auprès de ton frère. Immédiatement ! Tu ne l'accompagneras plus jamais à Peyredragon ! Sous peine d'exil."

"Frère," Alysanne l'appela à elle.

"Tu ne lui parleras plus jamais !" continua Jaehaerys.

Daemon hocha la tête et battit en retraite. Menteur. Alysanne savait à comment il réagissait aux ordres. Elle devait dissuader son mari de cette décision déraisonnable. Daemon n'était pas Saera.

"Otto avait raison !" lui dit Jaehaerys. "Je n'aurais pas dû laisser ce maudit garçon te—"

"Je te pardonnerai, si tu le pardonnes."

"Alysanne ! Dois-je marchander avec ma propre soeur-épouse ?" Il s'assit à ses côtés, affaissé en horreur et défaite.

"Souhaites-tu que je rentre à Port-Réal avec toi ?"

"Oui," répondit-il sans un moment d'hésitation. "Oui. Je t'en prie, Alysanne. Je ne peux—" il secoua la tête avec épuisement.

"Le garçon pourra solliciter ta compagnie et tutorat à ta guise," dit-il, contrarié. "Mais je ne laisserai pas devenir Maegor."

"Maegor ?" rit Alysanne. "Frèrot, il est aussi dévoué à Viserys que je le suis à toi."

"Tu m'as laissé. Deux fois."

"Tu m'as dit d'enterrer ma fille encore en vie."

"Ne parlons plus d'elle," cracha-t-il. "Reviens avec moi."

III

Aile-d'Argent l'appela, tourmentée.

Elle ne pouvait—

Elle pleurait telle Visenya, dans un lit de solitude. La bougie vacillante dansait à ses sanglots déchirants. Son ombre grandit et grandit, jusqu'à ce qu'elle l'avale toute entière.

"Je dois mourir à dos de dragon," chuchota-t-elle, comme Visenya avait chuchoté pendant ses derniers jours.

"Alysanne," Jaehaerys l'apaisa. "Tu dois te reposer. Tu dois te reposer, ma très chère."

"Je n'ai aucune envie de vivre si je ne puis voler !"

"Tu dois vivre pour moi, mon amour," lui rappela-t-il. "Je te l'ordonne."

Elle était devenue frêle et faible. Elle ne pouvait plus monter son Aile-d'Argent. Elle voulait—

Les Mestres lui donnèrent une cane. Les domestiques et les chevaliers vinrent à ses côtés sur la pointe des pieds et parlèrent à sa bonne oreille. Elle était confinée à ses appartements dans le Donjon, à cause de sa santé déclinante. Son frère lui apporta des livres. Il modela une chaise pour elle afin que les chevaliers puissent la porter partout, afin qu'elle puisse sortir de ses appartements, afin qu'elle retrouve un peu de mobilité.

"Je me renseigne pour te façonner une selle qui te permettra de monter Aile-d'Argent encore une fois," lui promit Jaehaerys. Il s'assit à ses côtés et lui remit la bague de Gael.

Elle ne pleura pas. Il pleurait pour eux deux.

"Soeurette," implora-t-il.

"Je suis là, mon amour," promit-elle.

---

"Grand-Mère !"

"Daemon."

"Otto," cracha-t-il. "Il manigance à nouveau."

Elle secoua sa tête. Jaehaerys était raisonnable, malgré sa rigidité. Il savait, tout comme Alysanne, que Daemon ne ferait pas un bon mari à toute femme n'étant pas de son sang. Rhaenys avait une fille. Ils devaient seulement attendre. D'ici là, il devait être clivé de son frère, de peur que—

Otto haïssait Daemon. Alysanne savait pourquoi. Les seigneurs Ouestriens avait haï Visenya.

"Otto déclare que je suis Maegor revenu," confessa Daemon, assit à ses côtés et prenant distraitement ses mains frêles dans les siennes pour les réchauffer.

"Tu n'es pas Maegor."

Que connaissait Otto de Maegor ? Jaehaerys et Alysanne avaient connu Maegor en feu et sang. Leur sœur, Rhaena, fut son Épouse Noire. Il avait achevé leurs frères.

"Que suis-je alors ?" chuchota Daemon. "Un deuxième fils possédant ni valeur ni mérite, qui doit tout à la grâce et générosité de son frère ?" Il secoua sa tête. "Je comprends maintenant pourquoi tu ne souhaitais pas que je sois sa sœur." Il rit doucement. "Je souhaitais l'être, voyez-vous. Ça m'aurait garanti une place à ses côtés. J'aurais été une compagne au lieu d'un chien mendiant pour ses restes. Il ne me choisirait pas au-dessus d'Otto. Il ne me choisirait pas au-dessus de son bouffon, Champignon."

Le ciel et la mer se rencontraient à l'horizon, au final. Alysanne se demandait combien de temps Daemon passerait à languir pour Viserys, avant qu'il ne devienne un homme brisé et ne fuit son frère. Alysanne avait fui son frère encore et encore, revenant seulement à cause de sa chaîne sur son cœur rancunier.

"Caraxès t'a choisi," rappela-t-elle à Daemon.

Aile-d'Argent l'avait choisie.

"Plus loyale que n'importe quel mari," avait dit Visenya de Vhagar, une fois.

"Plus chaleureuse que n'importe quel amant," avait dit Rhaena de Songe-feu.

"C'est ce que ça signifie," Alysanne dit à un garçon chagriné qui cherchait du réconfort auprès d'une femme frêle. "C'est ce que ça signifie d'être choisi par un dragon. Vous aurez le lien le plus sacro-saint et incontestable, malgré ce que l'Étranger te prendra, malgré ce que enfants ou amants pourront briser de toi, malgré les guerres et maux qui doivent être les tiens. Tu ne seras pas seul."

Elle souhaiterait pouvoir—

"Laissez-moi vous porter à Aile-d'Argent," dit-il doucement.

"Daemon."

"Je sais. Je sais que vous voulez mourir à dos de dragon." Il embrassa son front. 

"Jaehaerys ne va jamais—"

"Il comprendra, un de ces jours. Laissez moi vous porter à la maison. Laissez moi vous porter à Aile-d'Argent."

Elle avait souhaité qu'une de ses filles revendique Aile-d'Argent après sa mort. Elle avait souhaité qu'un de ses petits-enfants revendique Aile-d'Argent après sa mort.

"Après ça, après ça, vas-tu—"

"Je lui chanterai les chants-dragons que vous m'avez enseignés," promit-il. Son sourire était faible, mais il souriait pour elle. Elle ébouriffa ses cheveux et le tint à elle en faible étreinte-de-trésor.

"Bientôt le garçon," dit-elle, frappée, tandis que l'épiphanie lui apparut.

"Grand-Mère ?"

"Daemon," l'appela-t-elle encore une fois.

"Je suis là," lui promit Daemon. "Je suis là."

"Ils sont notre sang. Notre sang ne doit pas s'estomper."

"Ils ne s'estomperont pas," l'assura-t-il.

"Promets-le moi !" chuchota-t-elle, serrant ses mains dans les siennes.

Il embrassa ses mains en voeu.

---

Aile-d'Argent la porta doucement, telle une mère berçant son bébé jusqu'au sommeil. Elle ferma les yeux et laissa l'été rugissant effleurer son visage.

Visenya mourut seule, pleurant alors qu'elle cherchait futilement à atteindre Vhagar. Un petit-fils avait porté Alysanne à Aile-d'Argent. Et Aile-d'Argent la soulevait au-dessus des nuages, encore une fois, une dernière fois.

Elle entendit le rugissement de Vermithor, tandis que son mari les poursuivait en chasse véloce. Ils s'étaient coursés à travers tempêtes et nuages, jadis. Ils se coursèrent une fois encore.

Elle chuchotait à Aile-d'Argent des couplets éraillés de leur ancien chant-dragon. Radieuse était le caresse d'Aile-d'Argent dans son cœur.

"À la maison," murmura-t-elle à Aile-d'Argent.

Aile-d'Argent la ramena à la maison.