Work Text:
Dans la solitude de sa chambre, encerclé par le silence et perclus de doutes et de peur, Izuna a le cœur en diagonale.
C’est la seule explication qu’il peut trouver à la nausée qui l’habite et lui compresse les tripes. Le remous dans son cœur lui retourne l’estomac et ses mains tremblent, mais il sait qu’il a pris sa décision. Et c’est pour ça qu’il a aussi peur.
Mais depuis longtemps déjà, sa vue vacille. Il a vu son amant devenir de plus en plus flou et une frustration immense tempête dans son âme à l’idée de ne plus pouvoir détailler avec précision les imperfections de la peau de Tobirama, observer ses micro-expressions alors qu’il se concentre sur son travail.
Sans sa vue, Izuna ne sera plus en sécurité. Il n’a aucun moyen de compenser, il sera à la merci de n’importe quel assassin, comme ceux avec lesquels il doit vivre depuis qu’il est enfant.
En secret, Izuna rêve d’un monde où son amant pourrait être en sécurité. Un monde comme celui que Madara décrivait quand ils étaient enfants et quand Izuna était trop jeune pour comprendre. Il rêve d’un endroit où il pourrait se blottir contre Tobirama et respirer son odeur, toucher sa peau et la sentir frissonner au contact de ses doigts gelés.
Mais dans son âme qui tangue, Izuna sait qu’il ne verra jamais cet avenir. Vaguement, il se demande si Tobirama trouvera quelqu’un d’autre à aimer avant de mourir à son tour, mais une sensation diffuse, un demi-souvenir, lui fait croire que non.
La respiration suivante est difficile, mais il fronce les sourcils et tâtonne, à la recherche de son carnet. Il ne peut pas laisser son histoire inachevée, juste au cas où quelqu’un prenne le temps de la lire.
Son écriture n’est plus ce qu’elle était. Il n’arrive plus à distinguer suffisamment le papier pour produire quelque chose de propre, mais il espère que ce sera lisible. Il veut expliquer son geste. Il veut créer des conditions favorables à la paix, mais Madara n’écoute plus personne. Même si Izuna tentait d’argumenter, la folie qui gagne son frère et commence à le rendre paranoïaque aura tôt fait de le condamner à mort.
C’est le chakra qui s’accumule dans leurs yeux. Certains deviennent aveugles, comme Izuna. D’autres deviennent fous. Le pouvoir a un prix et, honnêtement, Izuna n’est plus sûr d’avoir jamais eu envie de payer un tel prix.
Mourir est la seule option valable. Tout est calculé. Tout est pensé. Sa mort permettra la greffe de ses yeux sur Madara, ce qui fera diminuer la pression du chakra sur son cerveau. La paranoïa baissera, la folie reculera et Madara redeviendra capable d’entendre les arguments.
Le déséquilibre que sa perte entraînera sur le champ de bataille permettra de démoraliser les Uchiha, assez pour que certains rendent les armes et trahissent. Ses effectifs en berne, Madara n’aura pas d’autre choix que de renoncer et d’accepter la main tendue d’Hashirama.
Il ne reste plus qu’à trouver comment mourir.
Une fois de plus, Izuna déglutit et cette fois, il lâche son pinceau qui roule un peu plus loin sur le bureau.
Longtemps, il demeure dans cette position, légèrement en diagonale, comme son cœur, comme son écriture et il prie pour qu’un jour, quelqu’un comprenne ce qu’il a fait et demande à Tobirama de lui pardonner.
