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On ne se rend pas compte à quel point les routes nous mènent n’importe où si bien qu’elles s’occupent de votre destinée si vous leur donnez une confiance aveugle. Elles sont toutes différentes les unes des autres et ont toutes une particularité que ce soit la route en elle-même mais ce qui l’entoure aussi. Il n’y a pas une route identique à une autre. Je ne sais pas pourquoi mais ces derniers mois, la route m’appelle mais pas comme on pourrait l’imaginer. C’est cette unicité qui m’appelle à toutes les découvrir et finalement, la route n’est peut-être qu’un prétexte pour découvrir le monde qui m’entoure. Dans ce monde même où on peut tout avoir presque instantanément, j’ai choisi de ne pas m’en préoccuper et de vivre cette expédition à la découverte du monde selon ma vision. La vie est courte et peut s’arrêter du jour au lendemain. Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie comme disait Thoreau. C’est sur cette citation que je base ma vie pour éviter des regrets. Et sur Dieu aussi. Il veille sur nous tous depuis toujours et je ne veux pas gâcher le don gracieux de la vie. Après chacun son avis sur ce domaine mais le voir ainsi donne un sens plus profond à ma vie. Je ne me sens pas comme un vagabond errant en marge de la société mais plus comme une personne unique vivant selon ses choix.
C’est la fin de l’année scolaire, le soleil fait maintenant rage et on s’étouffe dans ces salles à peines ventilées par des fenêtres faisant de leur mieux pour nous apporter de l’air dans cette fournaise. Cette année scolaire fut différente en commençant par mon entrée en internat. C’est la première fois que j’y suis envoyé et finalement, ce que je qualifiais de « prison scolaire » en début d’année s’est transformé en « cocon de paix » au fur et à mesure des mois. Je suis au lycée d’où ce changement de qualificatif.
J’y suis toute la semaine y compris le weekend et je rentre chez mes parents sur les vacances. Ce lycée nous encadre au niveau des horaires notamment pour le matin et surtout le soir pour ceux qui sortent. Le weekend, il nous laisse carte blanche sur nos activités, il nous en propose si besoin, et nous laisse entrer et sortir à notre guise. Attention tout de même à la gardienne, si vous ne rentrez pas avant 22h, vous risquez le sermon devant tout le monde. C’est vrai que ça sent le vécu mais j’ai toujours suivi à la lettre les règles et ce sont plus les fêtards du samedi soir qui se retrouvaient le lendemain, après que tout le monde avait reçu une jolie invitation de la part de la gardienne, à subir un grand sermon au milieu de tout les internes. C’est assez drôle à regarder mais on pouvait voir dans leur regards la honte et la gêne. Ils me font de la peine à ce moment là mais c’est pour leur propre sécurité et la responsabilité de l’établissement si ces règles sur la ponctualité sont là.
On ne sait jamais ce qui peut nous arriver. Nous voulons tout contrôler mais tout est imprévisible. Comme en ce moment même où notre professeur de mathématiques monsieur Ramona a décidé de tester notre logique en nous demandant de démontrer certaines expressions. Je n’aime pas beaucoup démontrer des expressions mais je m’en sors plutôt bien. C’est un vieux professeur qui est de la vieille école et enseigne donc différemment des autres. Il est assez sévère mais je le respecte et l’apprécie beaucoup.
Je ne vois jamais mes semaines passer. Entre les cours, les devoirs, le travail personnel plus ma vie personnelle à côté même si, pour être honnête, est quasiment inexistante, le moment que j’attends n’empêche avec impatience est le weekend, et plus particulièrement le samedi. En plus du sport au lycée, je fais du vélo et j’aime rouler à travers les petites routes autour de la ville. Je prends souvent les mêmes itinéraires mais je ne m’en lasse jamais. Toutes mes sorties restent uniques entre les conditions météo, les paysages changeant au fil des saisons et de l’imprévisibilité de la vie. Faire du vélo m’apaise d’une manière dont je ne pourrais l’expliquer. Dès que je me mets à pédaler, toutes pensées parasites disparaissent et je me sens vraiment en paix. C’est là que je me sens acteur de ma propre vie et que j’en profite. La route est lisse et me permet de pédaler librement. Celles que j’empreinte sont peu fréquentées pour m’éviter un accident grave ou pire, un terminus pour la morgue. Elles me permettent entre-autres de vraiment découvrir la région sous un autre angle que par les routes nationales. C’est calme, on peut croiser des fermes, des animaux sauvages et quelques cyclistes qui ont décidé de faire confiance à la route pour se perdre au milieu des champs et des petits villages.
La chaleur de la salle de classe me fait divaguer dans mes pensées et en plus, nous sommes vendredi ce qui veut dire que demain je vais pouvoir pédaler. Je ne sais pas où je vais aller cette fois-ci mais j’ai encore le temps d’y penser. Mes pensées cessent automatiquement lorsque mon meilleur ami, Louis, me donne un coup de coude à l’avant-bras droit. Je le regarde comme si je venais de découvrir de l’or devant moi. Je remarque surtout que Louis n’est pas le seul à me regarder, toute la classe me regarde avec des yeux ronds ainsi que le professeur. Zut, il a dû m’interroger et j’étais tellement dans mes pensées que je ne l’avais pas du tout entendu.
« Antoine ? Maintenant que vous êtes revenus d’entre les morts, veuillez passer au tableau pour corriger la démonstration s’il vous plaît. » Ramona avait l’air agacé et le coup de grâce est que je n’ai même pas fait cette démonstration. Je tente dans ma tête quelque chose pour me sauver la mise et ne pas me taper la honte devant tout le monde mais foutu pour foutu, nous allons improviser quelque chose.
