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Summer nights

Summary:

Matthew est coincé au travail pour une durée indéterminée, Emma et Thomas lui préparent une petite surprise pour son retour.

Notes:

Jour 14 : Réunion
Je poste ce texte alors qu'il pleut et fait clairement un temps d'automne. Le grand écart est présent.

Work Text:

S'il y avait une chose qu'Emma adorait dans la saison estivale, c'étaient les soirées languissantes où le soleil tardait à disparaître à l'horizon, étirant ses rayons entre les cimes des arbres, semblable à un artiste refusant de quitter le devant de la scène, et où la brise était tiède sur leur peau moite de sueur. Ce moment où ils pouvaient enfin respirer après une journée à suffoquer dans l'air trop sec des heures ardentes. Les rues redevenaient animées tandis que la population consentait à quitter leur havre de paix et de fraîcheur. La nuit prenait alors des allures de délivrance.

Dans le salon de leur petit appartement, la température frisait l'indécence et ses occupants passaient le plus clair de leur temps avachis dans le canapé, parfois même directement sur le sol, en maillot de bain, à guetter le moindre semblant de courant d'air pour calmer le feu qui embrasait leur raison. Emma était justement allongée sur le ventre sur le carrelage de la cuisine, sa peau couverte d'une fine couche d'eau du brumisateur. Thomas, par elle ne savait quel miracle, parvenait à supporter un débardeur et ne perdait pas une occasion de la charrier gentiment.

Comme chaque été depuis plus de quinze ans.

À l'autre bout de la pièce, le chat la fixait de son regard mi-clos, sa queue fouettant l'air avec nonchalance, mais se détourna rapidement pour préférer se recoucher sous les fenêtres ouvertes.

La sonnerie du téléphone de la jeune femme brisa une seconde le silence étouffant de l'appartement.

« Je sais pas à quelle heure je vais rentrer. La réunion s'éternise. M'attendez pas. »

Matthew travaillait sur un tout nouveau projet au bureau et, ces derniers jours, les réunions s'enchaînaient à un rythme soutenu, le retenant souvent jusqu'en milieu de soirée, voire bien après. Il ne manquait pas de s'en plaindre, mais ses deux amants voyaient qu'il était fier et que son esprit, constamment en ébullition et débordant d'imagination, était enfin mis à contribution à sa juste valeur.

« Visiblement, ça va être toi et moi ce soir, amour, l'informa Emma en souhaitant bon courage à son amant.

– Toi et moi ou toi avec le carrelage et moi tout seul dans le canapé ? plaisanta-t-il de sa voix de velours, rendue légèrement rauque par la chaleur.

– J'adorerais venir m'étaler sur toi mais tu tiens chaud.

– C'est donc moi qui vais devoir m'étaler sur le carrelage ?

– Tu ferais ça pour moi ? minauda-t-elle en l'implorant de ses grands yeux de chiot.

– Il faudrait que je prépare le repas d'abord. Matt risque de rentrer tard et il n'aura pas la motivation de se préparer quoi que ce soit.

– À part des glaces et de la limonade, je suis pas sûre que tu trouves grand-chose. Un reste de pâtes d'hier midi éventuellement. »

Après un rapide coup d'œil dans le réfrigérateur, Thomas réalisa que sa compagne avait raison.

« Dans ce cas, debout. On va faire un tour. Ça te fera du bien de voir autre chose que ce carrelage. »

Il lui tendit sa main, qu'elle attrapa et s'y appuya pour s'aider à se relever. Elle avait les cheveux en bataille et la trace du sol incrustée sur une de ses joues.

« Je vais finir par croire que t'es jaloux.

– J'aurais des raisons de l'être ? demanda-t-il en levant un sourcil interrogatif et amusé.

– Peut-être bien. En été en tout cas. En hiver, c'est toi que je préfère.

– Me voilà rassuré, rit-il en déposant un baiser sur son nez quand elle se pencha vers lui. »

Elle fit l'effort incommensurable d'enfiler une robe légère, se passa un coup de peigne, se rendant compte que cela n'avait aucun effet, noua ses cheveux en une queue-de-cheval haute, et, main dans la main, ils s'aventurèrent sur l'avenue encore éclairée des ultimes rayons du soleil. Le bitume irradiait de chaleur sous leurs semelles. L'air sentait bon le sel et la friture, un mélange des différents fastfoods qui s'étendaient autour d'eux. Ils arrêtèrent finalement leur choix sur un restaurant japonais, où ils observèrent la carte sans parvenir à se décider.

D'un commun accord, ils emportèrent un peu de chaque plat. Ils pouvaient déjà imaginer l'expression de Matthew quand il rentrerait – après qu'il les aurait vaguement grondé de ne pas l'avoir écouté et de l'avoir attendu.

Sur le chemin du retour, le Soleil avait laissé sa place à la Lune, même si le ciel restait presque aussi clair qu'en plein jour. Thomas tenait les sacs dans une main, celle d'Emma dans l'autre. La lumière lunaire s'écrasait sur leur visage, redessinant leurs traits et soulignant l'éclat dans leurs yeux.

Une fois rentrés, ils placèrent les assiettes dans le four et dans le micro-ondes, pour ne pas qu'ils refroidissent, et attendirent Matthew devant un film qu'ils ne regardaient que d'un œil, trop occupés à se serrer dans les bras maintenant que la fraîcheur de la soirée le leur permettait. La bouche de Thomas avait son goût habituel de menthe tandis que celle d'Emma était imprégnée du vin qu'elle avait bu pour patienter. Leurs doigts s'accrochaient à la peau comme des désespérés s'accrochant pour leur propre vie.

Il était vingt-deux heures trente quand Matthew passa enfin le seuil de la porte, les joues rougies et le souffle court, et découvrit ni plus ni moins qu'un festin sur la table du salon. Il ne songea pas même à les gronder. Il se contenta de leur tomber dans les bras, de les embrasser encore et encore et de s'installer dans le canapé, affamé comme il ne l'avait jamais été.

Même le chat eut droit à sa part, considérant qu'ils avaient des restes pour au moins une semaine.