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Les feuilles bruissaient doucement dans la brise légère et le fabuleux miroitement de la canopée éclaboussait la clairière d'une myriade de reflets d'or. Les racines millénaires s'y enchevêtraient en un chaos inextricable d'une beauté rare et les énormes rochers, oubliés là comme des gravillons par quelque géant étourdi, disparaissaient sous une épaisse couche de sphaignes à l'endroit de la résurgence. De splendides fleurs jaillissaient de la terre au bord du minuscule bassin où l'eau rebondissait avant de poursuivre sa course en un filet mince mais puissant entre les troncs noueux des arbres.
Allongés l'un contre l'autre au pied d'un chêne majestueux, un prince et son serviteur goûtaient toute la somptuosité de l'instant en écoutant le murmure du vent. Leurs yeux exploraient chaque recoin de ce lieu hors du temps, avides des secrets immémoriaux qu'il renfermait. Des oiseaux de toutes les couleurs chantaient pour eux une ravissante sérénade que le doux clapotement de l'eau vive accompagnait à merveille. L'air était pur, l'herbe moelleuse ; même la râpeuse écorce du chêne rouvre leur semblait souple sous leurs nuques.
Cet endroit, pensait Arthur, ce fantastique endroit était comme Merlin. Aussi extraordinaire qu'insoupçonné, d'une beauté formidable et d'une douceur sans pareille. Ici, il ressentait un bien-être profond et un sentiment rassurant de réelle sécurité. À ses côtés, Merlin inspirait délicieusement l'odeur entêtante des iris et des hémérocalles. Son visage rayonnait de ce sourire solaire qui faisait chavirer le cœur de son prince.
Lorsqu'il s'aperçut qu'il le regardait, Merlin pencha la tête vers lui, les coins de ses beaux yeux bleus en amande joliment plissés et Arthur accueillit tendrement ses lèvres pleines. Ses bras l'entourèrent et il le serra contre lui avec bonheur tandis qu'ils s'embrassaient, sublimés par le paysage enchanteur qui veillait leurs amours.
Merlin, avait murmuré Arthur quand ils s'étaient séparés, montre-moi. Fais chanter ta magie.
D'abord hésitant, le jeune sorcier avait tendu une main timide et une petite flamme rougeoyante en avait jailli. Elle avait dansé en tremblotant, puis le prince avait dit : « C'est magnifique. », alors le feu avait grandi, il s'était tordu et contorsionné pour créer une forme nouvelle. Soudain, il lui poussa des ailes et elle se mit à voler. Le minuscule dragon ignescent ondoyait entre les branches basses et les feuilles qu'il chatouillait de ses flammes inoffensives. D'un piqué grandiose, il plongea dans le bassin clapotant et disparut dans un nuage de vapeur qui se mua aussitôt en un beau cheval flavescent. Le noble coursier se cabra avec un hennissement silencieux avant de se dissoudre dans la brise.
Émerveillé, Arthur restait bouche bée face au spectacle que lui offrait Merlin. Comme la magie pouvait être belle, comme elle pouvait être douce entre les mains d'une personne telle que lui. La haine de son père l'avait trop longtemps aveuglé. Désormais, Arthur voyait la magie à travers Merlin et il apprenait à la respecter car au même titre qu'une épée pouvait semer la mort ou sauver la vie, la magie était capable de protéger comme de détruire. Ce n'était pas elle qu'il fallait craindre, mais les mains qui la maniaient et quand Arthur voyait de quelles fantastiques choses elle était capable, il regrettait que l'on puisse s'en servir à mauvais escient.
Avec Merlin, il avait découvert la beauté de la magie, la magnificence de l'amour vrai et le bonheur que l'on ressent lorsque l'on a enfin trouvé sa place en ce monde. Auprès de lui, Merlin s'apercevait qu'il pouvait être lui-même et quel bonheur il en retirait. Ces deux jeunes gens, destinés l'un à l'autre depuis toujours, comprenaient qu'ils avanceraient dorénavant ensemble et qu'en temps voulu, ce sera ensemble qu'ils construiront le nouveau royaume de Camelot, celui qui traversera les âges et entrera dans l'histoire.
