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Talk talk to me

Summary:

Eddie Munson se retrouve seul pendant les vacances d'été après les évènements récents d'Hawkins. Il n'est plus la cible de Vecna ni des habitants de la petite ville mais la douleur et les traumatismes sont encore bien présents. Parmi les personnes qui lui sont chères, seule une pourrait entièrement le comprendre. Des pensées en fusion, des nuits courtes et au milieu de celles-ci, des sentiments naissants. Peut-être que Steve Harrington n'est pas aussi mauvais qu'Eddie le pensais.

Notes:

Ayo ! C'est la deuxième fic que je poste sur Ao3 mais la première en rapport avec Strangers Things ! Eddie Munson a tout simplement conquis mon coeur et sa dynamique avec Steve Harrington était trop belle pour ne pas creuser plus. Je vous souhaite une excellente lecture, en promettant de poster le prochain chapitre rapidement ! N'hésitez pas à poster des commentaires pour me donner votre avis ! :3 ✨✨

(oui le titre de la fic est une référence très maladroite à la chanson "Talk Talk" du groupe du même nom. Jeu de mot/20 xD)

Chapter 1: Call Me

Summary:

Eddie Munson se retrouve seul pendant les vacances d'été après les événements récents d'Hawkins. Il n'est plus la cible de Vecna ni des habitants de la petite ville mais la douleur et les traumatismes sont encore bien présents. Parmi les personnes qui lui sont chères, seule une pourrait entièrement le comprendre. Des pensées en fusion, des nuits courtes et au milieu de celles-ci, des sentiments naissants. Peut-être que Steve Harrington n'est pas aussi mauvais qu'Eddie le pensais

Notes:

Ayo ! C'est la deuxième fic que je poste sur Ao3 mais la première en rapport avec Strangers Things ! Eddie Munson a tout simplement conquis mon coeur et sa dynamique avec Steve Harrington était trop belle pour ne pas creuser plus. Je vous souhaite une excellente lecture, en promettant de poster le prochain chapitre rapidement ! N'hésitez pas à poster des commentaires pour me donner votre avis ! :3 ✨✨

Chapter Text

03/07/1986

C’était une journée chaude où l’air était irrespirable. Chaque seconde passée dehors s’apparentait à un supplice : le genre de journée qui n’en finissait pas.
Les matinées et soirées étaient attendues avec impatience et toute la ville avait réglée son emploi du temps en fonction de la température de la semaine. C’étaient le début des vacances d’étés.

Les après-midis des vacances d’été de 1986 étaient particulièrement rudes.
Heureusement les étés à Hawkins n’étaient pas toujours aussi étouffants mais la météo savait être très capricieuse quand elle le souhaitait. Les piscines municipales étaient bondées. Les salles d’arcades climatisées prisent d’assaut. Les glaces et les bières se vendaient à tous les coins de rue. Les cinémas devenaient des endroits de fraîcheur privilégiés. Malgré les nombreuses activités ouvertes pendant les grandes vacances, beaucoup d’habitants d’Hawkins se terraient chez eux. Les fenêtres et étaient fermés en attendant que la chaleur de l’après-midi retombe.

C’était notamment le cas d’Eddie « The Freak » Munson qui avait toujours très mal supporté les coups de soleil et l’étalage de muscles sur les plages et les piscines communes. Il n’était pas vraiment du genre à sortir et encore moins par une température pareille.

Courbé sur son bureau et un pinceau à la main, il peignait soigneusement les figurines pour son prochain jeu de rôle. Une petite armée à côté de lui attendait patiemment d’être peinte. Les autres modèles reposaient sur un papier journal, fraiches de peinture et pleines de couleurs vives. Les poils du pinceau faisaient des allers-retours délicats sur le casque d’un des barbares en plastique afin de le colorier de rouge. Le petit bonhomme arborait une expression enragée. Hache dans une main et le crâne blanc d’un de ses ennemis dans l’autre. Eddie avait passé du temps à le peindre. Il faisait donc très attention à ne pas tout rater à cause d’un moment d’inattention.

Les palmes du ventilateur au plafond tournaient lentement pendant que le tourne-disque jouait le dernier album de Billy Idol. La musique était entêtante et Eddie bougeait la tête en rythme en chantant les paroles silencieusement, comme pour lui-même. Ses longs cheveux noirs étaient relevés en une queue de cheval haute. Des mèches trempées de sueur collaient à son front et il les écarta d’un mouvement d’avant bras. Ses mains étaient recouvertes de peinture. Il portait un t-shirt sans manche barré du logo du groupe de Mötley Crüe et un short en jean déchiré. Des bracelets de force encerclaient ses poignets et il avait encore un peu de vernis noir écaillé sur la base de ses ongles.

Il finit de peindre le couvre-chef de sa création et la posa avec les autres. Ils étaient organisés entre les tubes de peintures et le sèche-cheveux qui s’était avéré inutile en raison de la chaleur. Eddie prit une minute pour étendre ses bras, faire craquer quelques os et admirer son travail. Il aimait peindre, et de manière plus large il aimait passer du temps sur ce qu’il faisait. Surtout quand il s’agissait de Donjon et Dragon. Personne ne prenait ce jeu plus au sérieux que lui. Son dévouement était salué par tous les membres à sa table. Ses campagnes étaient toutes plus réussies les unes que les autres et chaque séance était attendue comme un évènement exceptionnel. Eddie investissait beaucoup de temps et d’argent à fabriquer les cartes. Peindre les tokens lui-même et à créer de nouvelles histoires toutes les semaines. Sa place en temps que maître du jeu était indiscutable. Il s’asseyait en bout de table, écran placé entre lui et ses joueurs avec un sentiment de pouvoir au bout de ses doigts. Le jeune homme vivait pour ces moments de fierté où tous les yeux étaient sur lui. Où il sentait ses joueurs frémir d’inquiétude et de joie dans les moments de pause. Leur visages ravis de recommencer l’aventure à la même heure la semaine suivante.

Mais les vacances d’étés étaient toujours un frein concernant la régularité de ses sessions. Un joueur partait en vacances, travaillait le weekend ou allait voir de la famille. Il ne comptait plus le nombre de séances qu’il devait annuler dans le mois. Au début cela l’énervait beaucoup d’être coupé ainsi dans sa lancée. Mais cela lui permettait aussi de prendre des pauses, de faire autre chose. Mais quoi exactement ?
Il n’arrivait plus à jouer de la guitare, l’envie lui était passé. Rien que de la décrocher du mur le faisait paniquer. Son instrument n’attendait rien de lui et son groupe de rock ne le forçait plus à venir aux répétitions. Ils n’avaient aucune idée de ce qu’il avait réellement vécu dans l’Upside-Down. Ils avaient le sentiment que cela l’avait changé et qu’il avait besoin de temps pour s’en remettre. Quand il y allait, il restait juste allongé sur le canapé déchiré du garage dans lequel ils squattaient. Un joint entre les lèvres en regardant ses potes jouer des morceaux qu’il connaissait sur le bout des doigts. Le groupe sonnait moins bien sans un guitariste et un chanteur, mais qu’importe. Il ne voulait plus jouer de quoique ce soit.

 

Il était tellement doué avant toute cette histoire de … monstres d’univers parallèles et de cadavres morbides. C’était un dieu de la scène. Bien qu’il n’ait jamais joué devant personne d’autre que son groupe. Lui-même très restreint. Il fallait croire qu’être le dealer numéro un du lycée d’Hawkins n’empêchait pas d’être seul. Doué, il devait toujours l’être. Mais quelque chose était bloqué, les cordes jouaient faux et la guitare semblait trop lourde. L’ancien guitariste ne s’entraînait plus et n'avait plus la motivation d’essayer en vain de produire un son correct. Il était revenu à un niveau semblable à celui qu’il avait au collège. Comme lorsqu’il avait reçu sa première guitare, rouge brillante elle aussi. Peut-être avait-il donné son dernier solo, sa dernière prestation dans l’Upside-Down cette nuit là.

En fait, Eddie Munson était au fond du trou. Et il le savait. Même s’il ne voulait pas se l’admettre. Il ne l’était pas autant que lorsque la police et les autres abrutis du club de basket du lycée le cherchaient dans toute la ville pour lui arracher les dents et lui faire avaler sa propre langue, mais quand-même. Sa visite dans l’autre monde avait laissé des traces. Et il avait l’impression de ne pas en être sorti complètement.

Des sueurs froides glaçaient son corps à l’idée qu’il aurait pu finir en prison. Ou pire, se faire tuer chez lui. Dans sa cabine minable, les yeux levés au plafond juste à l’endroit où Chrissy était morte. Et plus récemment, sa dernière bataille contre les chauves-souris monstrueuses de l’Upside-Down l’avaient pratiquement achevé. Il se rappelle leurs dents se plantant dans sa chair. De leur queue enroulée autour de son cou pour l’étouffer. Du bruit vrombissant d’un millier de claquement d’ailes à l’unisson qui brouillait sa vue. Il revoie Dustin penché au-dessus de lui les larmes aux yeux en lui promettant de ne pas changer et qu’il allait l’emmener à l’hôpital. Et puis le noir total. Le silence.

Dustin l’avait soulevé de terre et l’avait traîné jusqu’au passage entre les deux mondes. Il avait appelé l’oncle d’Eddie qui avait lui-même appelé les secours. La ville était en feu, l’apocalypse était là et Eddie gisait sur un brancard poussé par des infirmiers débordés. Il avait perdu tellement de sang. Beaucoup de muscles avaient été endommagés. Des os avaient été brisés. Des bleus et des traces de strangulation marquaient son cou et sa peau à vif. Des cicatrices rosées zébraient son corps en miettes. Mais Eddie respirait faiblement. Un miracle niché dans la catastrophe qu’était l’effondrement de la ville d’Hawkins.
Beaucoup aurait aimé le voir mort. Mais il ne l’était pas. Après sa longue visite à l’hôpital il y eu des procès, des longues discussions avec les familles des victimes qui en voyant Eddie, criblé de bandages et de soins ne pouvaient plus se l’imaginer en tueur en série. La police l’aurait probablement tué si le centre de recherche d’Hawkins n’était pas intervenu pour couvrir l’affaire. En échange de plusieurs visites par mois et des contrôles de routines pour se voir comment se portait Eddie, son dossier était clos. Il n’avait tué personne (ce qui était vrai). Et les médias qui avaient tentés de faire passer la catastrophe d’Hawkins en une œuvre de secte avaient été coupées. La ville ne voulait plus le tuer car elle était trop occupée à penser ses plaies. Pour le moment.

Eddie y pensait constamment. Les nuits d’horreur qu’il avait vécu lui réapparaissait inlassablement. Comme un vinyle rayé dans son esprit. Cela expliquait les cernes violettes sous ses yeux et la montagne de tasses de café sales dans l’évier qu’il se forçait à prendre pour éviter de s’endormir. Car si le sommeil venait, Vecna et toutes les créatures horribles viendraient aussi. Et le cauchemar recommençait. Des branches noires rachitiques rampaient dans les recoins de sa conscience et venait lui écraser la poitrine. Elles gringottaient un peu plus de terrain dès que ses paupières se fermaient. Eddie se réveillait alors en sueur. Essoufflé. Les yeux embués de larmes. Ils savaient que même s’ils avaient vaincus cette atrocité, elle reviendrait toujours pour s’en prendre à lui.

Les seuls moments de repos qu’il pouvait avoir étaient lorsqu’il avait fumé. Trop fumé : quand il combinait l’alcool avec la drogue et que ses nuits n’étaient plus qu’un brouillard épais. Ces moments là aussi était chéris. Ces quelques heures de sommeil profond qui ressemblaient à de courts comas.
Les médicaments que lui prescrivait le laboratoire d’Hawkins ne fonctionnaient pas assez bien. Il finissait toujours par revenir à ses propres drogues. Eddie détestait tellement les épisodes où il était réveillé que parfois (quand les heures du soir et du matin se confondaient et que le survivant n’arrivait pas à trouver le sommeil) il souhaitait sa mort. La vie était trop dure pour continuer telle qu’elle était, pensait-il en allumant une cigarette avec un vieux briquet.

Il n'osait parler de ses cauchemars répétés et de ses peurs à personne. Il ne voulait pas embêter ses amis qui avaient vécu bien pire que lui. Ils s’étaient battus contres des Russes, des démongorgons, des demodog et des créatures plus dangereuses chaque année. Toutes sorties d’un manuel de monstres de donjon et dragon. Ils avaient tous manqué de mourir et avaient vu leurs amis ou connaissances de faire déchiqueter. Leurs vies étaient brisées à tout jamais. Eddie Munson ? Il avait trompé la mort à l’instar de Will Byers. Le mort-vivant renié de tous qui avait regardé la faucheuse bien en face avant de se retirer de son étreinte. « Plus tard ma belle, j’ai des affaires à finir. »

Chez les enfants s’étaient installés un espèce de silence tabou dont les évènements récents étaient entourés. On ne parlait pas de ce qu’il s’était passé. Ou alors pour le tourner en dérision, pour parler de leur bravoure. Le sang versé, les morts et la peur étaient là, dans l’esprit de chacun. Mais ils n’étaient pas abordés. Un simple regard réussissait à tout dire et les paroles semblaient vaines. Une maturité grave avait assombrie leur visage. Reprendre le cours de leur vie normale avait été dur et s’était fait lentement.

Chez les adultes on en parlait plus aisément car la parole libérait. Les horreurs vécues étaient comprises. Écoutées. Elles finissaient souvent dans l’alcool et les pleurs. Plus personne ne faisait semblant d’être brave ou d’avoir bien vécu la situation. Tous étaient fatigués, meurtris. Une partie d’eux-mêmes étaient restés dans l’Upside-Down quand Vecna a été tué. En ce sens, le monstre avait effectivement gagné.

Eddie se demandait comment il réussirait à se remettre de ce qu’il s’était passé il y a plus de trois mois. Les autres y arrivaient. Mais pas lui. La ville et ses amis se relevaient. C’était aussi le cas de Steve, surtout Steve. Comment était il encore debout pour s’occuper des enfants ? Pour draguer des clientes à la boutique de VHS et rire à gorge déployée ? Cet homme semblait immortel, presque un dieu vivant. Du moins du point de vue de Dustin. Et Eddie commençait à partager cet avis.

Le jeune homme en avait marre de ne pas dormir et de ne plus se sentir en sécurité dans sa propre maison. Il avait terriblement besoin de parler à ses amis. Il se dit, tandis que ses yeux parcourait sa chambre, que Steve pourrait peut-être le comprendre. Il avait été le premier à le retrouver à l’hôpital. Il lui avait longuement tenu la main pendant qu’Eddie était inconscient. Le jeune homme s’inquiétait sincèrement pour son ami. Il avait attendu de longues journées dans la petite chambre anesthésiée qu’il revienne à lui. Quand Eddie se réveilla il fut informé qu’Harrington et son oncle avaient apportés des vêtements propres. Ainsi que son baladeur et quelques cassettes et des livres. Des fleurs fraîches avaient été coupées et mises dans un vase. Rouges, bleus et jaunes. Les couleurs préférées d’Eleven. Bien que l’adolescente ne l’avait jamais rencontré avant ces mésaventures, elle comprenait sa douleur.

Après tout, le large groupe avait combattus ensemble et vécu des situations infernales qui ne laissaient personne intact. Steve était remonté dans l’estime d’Eddie qui n’avait plus l’envie ni la force de détester quelqu’un. Surtout après que cette personne lui avait prouvé plusieurs fois qu’elle avait changée.

Jusqu’aux vacances de printemps, Eddie n’avait jamais apprécié Steve Harrington. Il le trouvait arrogant, stupide et il avait la main lâche. Le genre de gars à racketter les plus jeunes. À ne pas respecter les femmes tout en étant des vautours. C’était l’image que s’était forgé le jeune homme en voyant Steve pour la première fois dans les couloirs. Et elle n’avait pas vraiment changée durant ses années de lycée. Il y avait quelque chose à propos de la façon dont il passait son bras autour des filles qui dérangeait Eddie. Quand leurs regards se croisaient pendant les pauses, quand l’un sortait des cours et l’autre entrait dans sa salle, l’un des deux brisait le contact immédiatement. Munson était persuadé que pour Steve, il n’était qu’un taré de plus. Que ses regards venaient d’une curiosité malsaine ou d’un dégoût notable. Au moins, Eddie « The Freak » Munson n’existait pas aux yeux de Steve Harrington.

Certes Steve, le roi du lycée était doué en sport. Sociable et avait un corps magnifique qui rendait jaloux la plupart des hommes du lycée. Mais il restait un abrutis. Même lorsqu’il saluait Eddie de la tête en allant chercher les garçons dans les locaux de l’école à la fin des sessions dnd. Même quand il le servait correctement au magasin de location de films et souriait honnêtement en le voyant entrer. Même quand …

Eddie s’arrêta un instant en fronçant les sourcils. Non … c’était la vision qu’il avait avant de le connaître. La vérité était tout autre. Steve était stupide, certes, mais pas méchant. Il avait un sens du courage admirable. Il savait gérer les situations imprévues. Il était profondément attaché à la famille qui était devenue la sienne au fil des années et des évènements digne d’une science-fiction. C’était un homme bien, qui était drôle et maladroit. Qui était dévoué à ses amis et s’en inquiétait constamment. Il voulait le meilleur pour les autres. Il avait cette façon de parler, de regarder et d’écouter les autres qui laissait poindre un amour débordant pour ceux auquel il tenait. Il était passionné par ce que les autres lui disaient même quand il ne comprenait pas tout. Au moins il essayait. Et ses efforts pour changer se révélaient être payants.

Quand Steve s’était révélé être quelqu’un de bien, Eddie avait dû déconstruire la fausse version qu’il avait de lui. Mais que faire avec des bouts de rien ? Steve ne semblait rentrer dans aucune case : ce n’était pas une connaissance ni juste un autre étudiant au lycée d’Hawkins. Robin et Nancy, les enfants, voire Jonathan étaient des amis aux yeux d’Eddie. Il les appelaient et passait les voir régulièrement, quasiment tous les deux jours en fait. Ce qu'il s'était passé plus tôt dans l’année les avaient beaucoup rapprochés et Eddie ne s’était jamais sentit aussi bien qu’avec eux. Il appartenait enfin à un groupe qui l’accueillait comme il était.

Mais Steve ? Ce n’était pas la même chose. Quand leurs regards se croisaient, ce n’était plus de l’amertume ni du rejet comme le craignait Munson. C’était quelque chose de plus familier. Comme s’ils tentaient de se dire des choses que leurs lèvres n’osaient exprimer. En ce sens, la jalousie d’Eddie envers Steve qui avait tout pour lui était maintenant claire. Car ce n’en était pas. C’était de la frustration. La frustration d’admirer quelqu’un qui ne savait même pas son existence. Alors qu’ils auraient pu se parler plus tôt si Eddie n’avait pas été aussi catégorique. Et aussi s’il avait un peu plus écouté les louanges de Dustin au sujet d’Harrington.

Mais il savait que de son côté aussi, Steve avait des préjugés sur Eddie. C’était un drogué. Un pervers. Un loser et un sataniste qui embrigadait des jeunes et buvait le sang des filles vierges. Beaucoup de rumeurs tournaient autour d’Eddie et la plupart étaient grandement exagérées ou très loin de la vérité. Une des seules qui s’avérait vraie était celle sur son orientation sexuelle : il était effectivement homosexuel. Il le savait depuis son entrée au lycée, et les autres élèves de son établissement semblait également au courant. Les abrutis du club de basket avaient pris l’habitude de lui lancer des regards dédaigneux et de l’insulter de pédé. De folle. De porc. Les personnes ayant un tant soit peu de jugeote n'écoutaient pas les sportifs de l’école. Mais l’idée que Steve ait entendu cette rumeur et soit dégouté expliquerait pourquoi il ne lui avait pas parlé depuis une semaine.

Quelqu’un l’aurait-il prévenu des penchants d’Eddie ? Est-ce-que ça avait changé la vision que Steve avait de lui ? Et si oui, qui aurait pu lui dire ? Personne n’était au courant, sauf son oncle et la meilleure amie de Steve.
Mais le jeune homme n’était pas dupe.
Quand ils s’étaient vu pour la première fois, il y eu un moment de complicité, d’épiphanie même, une compréhension mutuelle. Un courant électrique soudain qui avait parcouru Eddie et Robin en même temps. Ce genre de réactions étaient rares, presque inespérées. Une seule seconde avait suffit au métaleux perdu pour faire confiance à Robin. La jeune femme aux cheveux courts et aux idées très arrêtées.

Eddie se mordit la lèvre en y pensant tout en rapprochant ses genoux contre sa poitrine. Robin pouvait être extrêmement bavarde et son débit de parole allait trop vite pour qu’elle réfléchisse réellement avant de parler. Peut-être qu’elle avait cafté sans faire attention. Ou alors l’avait elle dit de manière très consciente à Steve. Une scène pareille était simple à imaginer : les deux travaillant au même magasin, ils auraient pu ranger des DVD un après-midi en discutant de telle ou telle personne. Le nom d’Eddie Munson aurait finit par intervenir : « Qu’est-ce-que tu penses d’Eds ? Je crois qu’il t’aime bien. » « Quoi ? Tu rêves Robin, il n’aime que sa guitare et peut-être Dustin. » « Et bien si tu me crois pas c’est que tu es encore plus débile que ce que je pensais. »

Eddie ne voulait pas perdre un ami pour ça. Et surtout il ne voulait pas perdre Steve, sous aucun prétexte. Il avait enfin fait la paix avec lui, il ne pouvait pas s’en aller maintenant. Surtout que le métaleux se posait des questions depuis quelques temps. Depuis les évènements des vacances de printemps pour être exact. Le soir, assis sur une des balançoires du terrain de jeux pour enfant désert, une cigarette allumée au bec, il pensait à Steve. Que faisait-il en ce moment ? Est-ce qu’il s’en sortait avec son travail actuel ? Prenait il le temps de se reposer ? Comptait-il l’appeler dans la semaine pour lui proposer une sortie ? Ou pour passer du temps ensemble ou juste de discuter ? Steve Harington n’occupait pas toutes les pensées d’Eddie, mais dans les moments de silence le jeune homme s’autorisait à penser à lui. Parfois il s’en voulait d’imaginer tout ça. Mais ses doutes s’envolaient quand Steve posait les yeux sur lui. Il y avait alors quelque chose qu’il n’arrivait pas à déceler. Une expression qu’il ne voyait jamais chez lui autrement que lorsqu’ils étaient tous les deux.

Il faisait rarement le premier pas car il avait peur d’aller trop vite. Peur de l’ennuyer ou de se montrer trop insistant. Top énergique ou trop familier. Il avait peur que Steve le prenne pour une folle et qu’il s’éloigne. Beaucoup de gens étaient partis de la vie d’Eddie pour cette raison. Les moments passés avec Steve Harrington lui étaient précieux, trop pour le voir quitter sa vie. Et pourtant le baby-sitter continuait d’appeler toutes les semaines pour prendre de ses nouvelles. Pour l’inviter à des soirées avec le groupe ou lui proposer de sortir avec les enfants. Eddie ne loupait aucun appel et sortait autant que possible avec eux. Sauf cette semaine. Il n’avait pas envie de se retrouver entouré de gens à faire semblant d’aller bien et à sourire.

Il se sentait trop mal et en même temps, il savait que rester bloqué chez lui ne ferait qu’aggraver son cas. Le mutisme d’Harrington n’aidait pas. Cela l’inquiétait un peu mais il n’osait pas demander aux autres s’ils savaient où était Steve. Peut-être qu’il ne voulait tout simplement pas lui parler.

Ses pensées furent interrompues par le bruit d’une sonnerie de téléphone en direction de la cuisine. Eddie regarda l’heure sur la montre Casio à son poignet : « 18 :29 » cela devait sûrement être son oncle qui l’appelait pour le prévenir qu’il ne reviendrait pas avant demain soir. Le jeune homme se leva péniblement de son siège en s’étirant. Puis il enjamba la pile de linges sales, de feuilles et de magasines de musique étalées sur le sol. Il longea le mur du couloir et décrocha le combiné qui sonnait de manière insistante. Le téléphone était coincé entre son épaule et son oreille pendant qu’Eddie ouvrait le réfrigérateur pour en sortir une bière brune.

« Ouais c’est Eds, tu rentres pas avant demain soir j’imagine ? »

Il y eu un moment de silence au bout du combiné. Puis la voix de Steve, un peu confuse finit par se faire entendre :

« Salut Eddie, c’est Steve … Et si c’est une invitation pour venir chez toi je prends volontiers »

Eddie se figea un moment. Effectivement ce n’était pas Wayne mais le garçon qui occupait la majorité de ses pensées. Il ferma le frigo d’un coup de hanche tout en décapsulant sa cannette. La bière était un peu tiède malgré la fraîcheur présumée du réfrigérateur. Elle avait un goût amer répugnant. Un sourire aux lèvres, la boule de stress qu’était devenu Eddie en entendant la voix de son ami, répondit prudemment :

« Désolé j’ai cru que c’était mon oncle … Cela dit ma porte est effectivement ouverte à tous les gigolos dans ton genre »

Steve rigola de l’autre côté du téléphone. Le genre de rire qui creusait son visage avec ses fossettes et faisait briller ses yeux.

« Je passe mon tour Munson, j’ai déjà un boulot en ce moment. Quoique mon patron me déteste. Donc si je viens toquer chez toi avec un short et un bouquet de fleurs tu ne t’étonneras pas »

« C’est pas la façon exacte dont tu t’habilles en ce moment ? »

« Il fait chaud, Munson, comment est-ce-que je suis sensé m’habiller ? Je ne vais pas traîner en maillot de bain toute la journée »

« Tu devrais peut-être, ça attirait des nouvelles clientes pour sûr. »

« Très drôle, ça. Très très drôle. Tu sais bien que j’ai pas la tête à ça. »

« À quoi princesse ? »

« À.. à draguer. Chercher une copine. Depuis les dernières vacances scolaires je me suis rendu compte que j’avais plus envie de placer des espoirs dans le vide. Et que ça me rendait pas heureux. J’ai envie de passer du temps pour moi et avec les gens que j’apprécie. »

Eds écouta silencieusement en arrêtant de boire sa cannette bon marché un moment. Il faisait partie des gens que Steve appréciait. Il l’avait dit sans retenu comme s’il n’avait aucune idée de ce que cela représentait réellement. Steve reprit :

« Et heum.. voilà j’appelais pour ça en fait. Ça fait un moment qu’on s’est pas vu alors je me disais qu’on pourrait se faire un truc. »

« C’est vrai que t’as disparu d’un coup de la circulation Stevie. Honnêtement je m’inquiétais un peu. »

« Désolé j’aurai dû te prévenir. Mais mes parents sont rentrés de leur voyage d’affaire et j’ai été obligé de faire semblant d’être content de les voir. Ils viennent de repartir aujourd’hui donc maintenant je suis disponible. »

« Tes parents sont si nuls que ça ? Je pourrais peut-être passer la prochaine fois pour leur dire d’arrêter de te faire chier. »

« C’est gentil mais ils tiennent pas assez à moi pour en avoir quelque chose à faire. Non vraiment, c’est une bonne chose qu’ils ne passent à la maison qu’une fois tous les trois mois. »

Eddie se tut un instant en passant son pouce sur ses lèvres de manière pensive. C’est vrai que Steve n’avait jamais parlé de sa famille. Chez lui il n’y avait aucune photo de famille. Les chambres étaient constamment fermées et un silence de mort régnait dans la maison comme si elle était déserte. Pas étonnant que Steve essaie constamment de dormir chez quelqu’un d’autre. Eddie se demandait si Steve se sentait parfois seul dans sa piscine immense. Ou dans son lit dans lequel il ne dormait jamais. En y pensant, Eddie ne parlait jamais de sa famille non plus, à l’exception de Wayne. Peut-être parce que c’était la seule personne qu’il pouvait considérer comme faisant partie de sa famille.

Steve reprit, sur un ton un peu plus enjoué : « Bref … tu veux qu’on se voit quand ? Je finis de bosser vers 19 heures cette semaine donc on peut se faire un truc après. Et je peux venir te chercher chez toi si besoin. »

« Ce serait cool, ouais. Mon oncle prend la camionnette tout le temps en ce moment donc c’est compliqué de se déplacer. Après 19h c’est bon pour moi. Les autres seront là ? »

Silence au bout de la ligne. Une hésitation se fit entendre :

« Non, ils sont occupés. Mais si ça te dérange on peut ne pas se vo-

« Non non c’est parfait, on se dit à demain du coup ? »

« Demain oui »

« Essaie quand-même de ne pas te faire virer du vidéo store avant demain soir trésor. Noté ? »

Et Eddie raccrocha sans laisser Steve terminer. Il aimait bien finir les conversations de manière théâtrales et inattendues. Mais dans ce cas-là c’était principalement pour ne pas savoir la réaction de Steve à la mention du surnom de l’autre côté du combiné. La plupart du temps il lui donnait des surnoms pour l’embêter ou le faire réagir. Il roulait des yeux, écartait Eddie d’un coup de coude amusé. Ou alors il répliquait sur le même ton d’un air moqueur. C’étaient des surnoms débiles mais qui fonctionnaient étrangement bien sur Stevie et jouait avec ses nerfs. Mais quelques fois, Steve ne répondait rien, détournait le regard ou cachait son visage dans sa main. Dans ces moments-là, Eddie avait gagné et cela lui donnait encore plus de raisons de recommencer.

Il jeta sa bière dans la poubelle presque pleine. Et avant de retourner dans sa chambre il regarda brièvement le téléphone. Steve ne l’avait pas donc esquivé cette semaine. Et il l’avait appelé dès qu’il avait pu pour l’inviter à sortir. Rien que tous les deux. Il sentit ses joues se réchauffer à cette perspective. Il cacha son visage dans son t-shirt en poussant un grognement désespéré. Eddie Munson avait des sentiments pour Steve Harrington. Mais le plus humiliant dans cette histoire était le fait qu’il ne venait de s’en rendre compte que maintenant.