Chapter Text
Il fit un pas dans la terre fraîchement mouillée par la rosée qui avait déjà fait son apparition à cette heure tardive. Debout sur ce grand rocher, le jeune homme tremblait de tout son corps. Ses yeux d'un vert si pur et éclatant étaient fixés sur l'eau à quelques mètres en dessous de lui alors que celle-ci était calme et silencieuse. Cette eau d'une couleur sombre, dans laquelle se reflétait l'immense croissant de lune grisâtre de cette nuit. Le souffle du vent était froid pour ce mois de juin, mais le jeune ne semblait pas s'en soucier. Il avait le cœur en feu et tremblait de peur. La douleur mêlée à l'appréhension créait un creux en lui.
Il s'avança encore un peu plus vers le vide qui régnait devant lui, pour réussir à pouvoir voir son visage reflété dans la mer face à lui. Mon Dieu que c'était haut. Ses bras s'étaient resserrés contre son torse, et ses mains ne s'arrêtaient plus de trembler. Il ne se contrôlait plus. Était-il réellement conscient de ce qu'il était en train de faire? Malheureusement oui, il en était pleinement conscient.
C'est pour cette raison que des larmes glissèrent en silence, laissant derrière elles une joue humide et rougie. Il aurait voulu que quelqu'un vienne le serrer dans ses bras, le prenne par la main, et lui dise: « Arrête !» pour le réconforter, mais rien ni personne n'aurait pu l'empêcher de faire ce qu'il s'apprêtait à faire, d'une seconde à l'autre.
_ Je t'aime!
Un nouveau sanglot suivit le premier, après ce murmure, ce chuchotement qui paraissait si fort à ses oreilles. Le jeune homme retira lentement sa veste et la jeta derrière lui dans les herbes hautes qui l'entouraient dans un mouvement brusque comme pour se débarrasser de ses peurs. Derrière se trouvait un boisé laissant passer les lumières du village où il vivait, de l'endroit qu'il voulait fuir. Là-bas régnait tout ce qu'il n'arrivait plus à supporter, mais aussi la seule chose qui le ferait rester. Secouant la tête, il refit face à l'eau, à cette infinie étendue d'eau.
On pouvait lire sur son visage tout le désespoir, toute la colère, la peur, la tristesse qu'il y avait au plus profond de son cœur. En cette soirée d'été, il s'était mis à nu. Il lui semblait que le monde entier l'avait oublié, là-haut, sur cette falaise, en cet instant de pure folie. Son cœur serré, les mains moites et les jambes tremblantes, il décroisa les bras et affronta sa réalité. Il voulait sentir toute la puissance du vent qui fouettait ses cheveux bruns chocolat.
Son regard rempli de tourment ne pouvait plus quitter cette étendue d'eau, il était comme fasciné par les vagues qui venaient s'écraser contre la falaise, fascine par les mouvements crées par l'eau dans lesquels il s'apprêtait à sauter. Comme hypnotisé le jeune homme ne pouvait plus dévier son regard. Son cœur battait si fort avec tant de difficulté. Il avait la terrible sensation d'être en train de faire la pire erreur de sa vie. Allait –il regretter ? Songeant à cette hypothèse le jeune homme marqua une pause. Sa mère et son père allaient probablement en souffrir. Pourquoi personne n'était là? Il était seul. Mais au fond, il avait choisi d'être seul. Cet isolement volontaire l'avait poussé à se tenir debout sur ces roches. Ce soir, il aurait très bien pu rester avec les autres sur le bord de la plage, au lieu de dire: «Je vais me promener»... Qu'auraient dit ses amis s'ils avaient su que c'était la dernière fois qu'ils le voyaient ?
Il se mit à respirer de plus en plus fort. Ses yeux fiévreux, perdus et confus regardaient l'horizon. Non, Il ne pouvait pas quitter ces eaux des yeux. Car dans les douces vagues, il voyait le réconfort. Une délivrance qui l'attendait les bras ouverts, c'était si tentant. Il y avait si longtemps qu'il voyait ce sentiment, cette sensation, celle qu'il avait caressé tant de fois lorsqu'il se baignait dans ces eaux étant plus jeune.
Le jeune homme fit un pas en avant. Une partie de lui avait très peur car maintenant, il n'était qu'à deux millimètres du bord et si par maladresse il tombait il allait se retrouver au fond de l'océan. Mais une autre partie de lui ne voulait que s'échapper de cette souffrance. S'envoler comme un oiseau s'envole lorsqu'il en a marre d'errer sur la même île.
_ Je t'aime tant, si tu pouvais au moins le savoir.
La voix s'élevait dans la soirée calme, lançant ses dernières paroles à quiconque l'entendrait, alors qu'il faisait un nouveau pas devant, sachant très bien que devant lui il n'y avait plus d'espace. Plus que du vide, comme celui dans son cœur.
Le jeune garçon tomba. Son corps plongea dans l'eau, éclaboussant la falaise et ses pensées se rassemblèrent avant que le manque d'oxygène ne lui fasse perdre connaissance. Ouvrant les yeux, il regardait les ténèbres autour de lui en se laissant aller au courant, sans même se débattre...
Après tout, il ne voulait pas remonter à la surface. Son cœur était déjà noyé. Non, il ne remontrait pas à la surface. Il préférait s'éteindre, s'abandonner. Il préférait ne plus souffrir. C'était bien plus facile que de vivre.
