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Little misconception

Summary:

Razzia n'avait rejoint les Légendaires que depuis quelques jours et, alors qu'il essayait de se rendre utile, il se rendit compte que ce groupe de héros était un peu différent de ce qu'il avait imaginé...

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

Razzia avait rejoint le groupe des Légendaires depuis quelques jours maintenant. Tout se passait plutôt bien, mais la culpabilité d’avoir servi aussi longtemps auprès du sorcier noir ne le quittait pas. Surtout lorsque son groupe et lui-même aidaient des victimes directes, qui avaient parfois souffert de ses propres actions, ou de celles de Ténébris. Ces remords permanents l’incitaient à redoubler d’efforts, aussi bien dans leurs missions qu’auprès de l’équipe. Il voulait s’intégrer, et surtout faire comprendre à ses camarades qu’il était quelqu’un sur qui iels pouvaient compter. Même si les héros l’avaient très bien accueilli, le trio voyageait ensemble depuis un moment, et lui-même n’avait pas encore l’impression d’avoir trouvé sa place dans ce groupe.

C’est pourquoi, alors qu’iels avaient levé un camp à la lisière de la forêt pour la nuit et que ses camarades étaient en train de débattre de ce qu’iels allaient manger, il proposa de s’occuper du repas. Il ne pensait pas voir les yeux de Gryfenfer et Jadina s’illuminer.

- Tu sais cuisiner Razzia ?? s’enquit la magicienne, avec une excitation qu’il jugeait un peu excessive.

- Bien sûr, quand j’étais enfant, c’était moi qui cuisinais pour ma famille. Quand j’étais au service de Darkhell aussi d’ailleurs… Entre les Dragonites et les Ombres, je ne vous raconte pas les quantités que j’ai dû préparer…

L’image mentale des Dragonites et de tous les lieutenants de Darkhell faisant la queue avec leur assiette en attendant d’être servi par Razzia déconcerta Gryfenfer un instant, avant qu’il ne reprenne ses esprits.

- Mais c’est génial ! Adieu la nourriture dégueu de Danaël !

- Hé ! s’offusqua le concerné. Ce sont des rations militaires ! C’est ce que je mangeais quand je faisais partie des Faucons. C’est pas censé être bon, c’est censé nourrir. Et à ce qui me semble, vous n’avez jamais été affamé.

- Non, mais parfois j’aurais préféré, retorqua Jadina. Sérieusement, tout est sec, rien n’est assaisonné ! Et je ne parle même pas de la diversité ! De la bouillie de blé, de la bouillie de seigle, de la bouillie d’avoine… Tu parles d’une alimentation… Sans oublier la consistance… Danaël fronça les sourcils.

- Peut-être, mais au moins c’est comestible. On peut pas en dire autant de ce que tu nous as préparé.

- Tu m’excusera, je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de m’entrainer à cuisiner au château, figure-toi !

- Ah parce que moi à la caserne j’avais que ça à faire ?

- Et puis c’est pas une excuse, renchérit le jaguarian. Sérieusement, comment est-ce que t’as pu faire brûler des pâtes ??

- C’était une seule fois !

- Forcément ! On t’a pas laissé approcher de la cuisine après ! On n’a pas envie de mourir carbonisés !

- Et puis ne pas faire cuire des aliments avec ton bâton aigle, ça me parait être du bon sens plus qu’autre chose… ajouta Danaël.

- Au moins j’essaye de faire cuire les aliments, ce qui n’est pas le cas de tout le monde ! Parce que je n’oublie pas la fois où tu nous as fait manger du girawa cru Gryfenfer ! Le chevalier grimaça en se remémorant le plat.

- C’est vrai que quand tu nous as dit que t'allais chasser notre repas, j’avais compris que ça impliquait aussi de le cuire…

- Roh ça va ! J’ai pris l’habitude de manger du milkshark cru dans les montagnes de Lovinah. Étonnamment, ça débordait pas de restaurants là-bas !

- Arrête, tu vas pas me faire croire que t’avais pas moyen de faire un feu…

- Avec la neige c’était pas évident ! Et en plus y’a plein de nutriments dans la viande crue…

- Pour toi peut-être, mais moi j’ai été malade pendant deux jours !!

- En même temps, quelle idée de l’avoir mangé… retorqua la magicienne.

Plus il les écoutait, plus Razzia était horrifié. De la viande crue ? Des pâtes brulées ?? C’était à se demander comment de tels héros avaient réussi à se débrouiller aussi longtemps. Et à combattre sans être empêchés par des problèmes digestifs. Maintenant qu’il y repensait, iels avaient mangé à peu près la même purée de céréales préparée par leur leader à chaque fois qu’iels ne s’étaient pas arrêtés dans une auberge. Mais il n’avait pas réalisé que c’était comme ça tous les jours !

- Sincèrement, comment est-ce que vous avez fait pour survivre jusque-là ?

- On a survécu grâce à ma cuisine militaire !

- Je dirais plutôt qu’on a survécu malgré ta cuisine militaire, précisa Jadina.

- Non mais c’est pas possible, quelle ingratitude !

- Ce n’est pas être ingrate d’admettre que ce que tu nous fais manger c’est insipide et franchement répugnant !

- Ouais bah c’est ça l’aventure, on sauve pas le monde accompagné d’un chef cuistot ! Ni d’une esthéticienne !

- Ah non, ne commence pas ! Parce que ce n’est pas moi qui ai mis 3h à me coiffer avant-hier !

- T’en fais des tonnes, j’ai jamais mis 3h !

- Non, seulement 2h50 !

- Mais quand toi tu nous prends la tête pendant une journée entière pour qu’on dorme à l’auberge, y’a pas de problème !

- Désolée de pas avoir envie d’avoir des compagnons qui sentent le jajar mouillé ! Et puis t’as eu l’air de bien apprécier l’auberge, puisque t’as passé 3h à t’y coiffer !

- Et toi t’as passé combien de temps dans ton bain, hein ? Et rappelle-moi qui est allé te chercher de la camomille, d’ailleurs ?

- C’était la moindre des choses, après nous avoir fait dormir sous la pluie !

- Mais c’est pas vrai ça, c’était y’a 5 jours ! Comment j’étais censé savoir qu’il allait pleuvoir en plus ?!

- Je te l’ai dit ! Mais comme d’habitude, tu as préféré ne pas m’écouter !

- Tu dis tout le temps qu’il va pleuvoir !

- Et cette fois j’avais raison !

- Et bah ça fera pour toutes les fois où t’as eu tort !

Alors que le ton était en train de monter entre le chevalier et la princesse, Razzia réfléchissait à ce qu’il allait bien pouvoir cuisiner. Certes, la barre n’était pas très haute, mais quand même, il voulait préparer quelque chose à la hauteur de ses capacités. Au début, il avait surtout l’intention de se faire une place dans l’équipe. Maintenant, après avoir compris ce qu’iels mangeaient tous les jours, il avait surtout de pris ses compagnons en pitié. Il avait aussi noté qu’iels se disputaient beaucoup. Il ne fallait pas être migraineux, parce que les décibels montaient rapidement… Ça tombait bien, il avait à la fois trouvé la recette qu’il lui fallait, et une façon de séparer ses deux camarades qui continuaient à se crier dessus – cette fois à propos de croissants.

- Je vais pécher pour le plat principal. Jadina ! Je vais avoir besoin de fruits pour le dessert, est-ce que tu peux aller m’en chercher dans la forêt ?

- Bien sûr ! la princesse fit volte-face et s’exécuta sur le champ. Parfait, la dispute était brisée. Mais à peine quelques secondes après que la brune fut partie, Danaël s’écria :

- Je vais avec elle !

- Hein ? Razzia ne comprenait pas, n’étaient-iels pas en train de se disputer une minute plus tôt ? Il aurait pensé qu’iels préfèreraient être séparés un moment. Non Danaël t’inquiètes pas, c’est pas la peine, tu peux m’aider avec le poisson à la place.

- Non mais si, mais c’est parce qu’on ira plus vite à deux. Comme on a faim et tout… Et puis on pourra trouver plus de variété, tout ça… se justifia le blond. Puis, sans attendre la réponse de son camarade, il s’élança à la suite de Jadina.

Razzia était confus. Il se tourna vers Gryfenfer, qui était actuellement en train de tailler ses griffes à l'aide d'un caillou.

- Je comprends pas, ils étaient en train de s’insulter de tous les noms- il se stoppa en voyant le sourire en coin du jaguarian. Qu’est-ce que ça signifiait ? Il y avait-il quelque chose qu’il ne savait pas ?

- Razzia, Razzia, Razzia… commença le roux en passant – difficilement – son bras sur les épaules du colosse. Laisse-moi te donner les raisons pour lesquelles je suis très content que tu sois parmi nous. La première, évidemment, c’est ton expérience, ce que tu sais de Darkhell, tout ça, blablabla. Mais c’est pas la plus importante. – Ah, Razzia aurait pourtant pensé que c’était son plus gros atout – La deuxième, que je viens d’apprendre, c’est que tu sais cuisiner. Et la troisième, surtout, c’est que, enfin, je ne vais plus être seul à tenir la chandelle.

- Qu- Pardon ? Comment ça "tenir la chandelle" ?

- Bah oui ! continua Gryfenfer avec un grand sourire. T’as jamais remarqué qu’à chaque fois qu’ils se touchent, ils maintiennent le contact une plombe, où qu’ils essayent souvent d’être ensemble dès qu’on doit se séparer ? Ils sont vraiment pas subtils, y’a qu’eux pour pas le voir.

Maintenant qu’il y pensait, Razzia se rappelait en effet une fois où, lors d’un combat, Danaël avait rattrapé Jadina et l’avait gardé dans ses bras bien plus longtemps que nécessaire, pendant que Gryfenfer et lui étaient en train de manger la poussière. Il aurait presque vu une espèce d’aura rose autour d’eux, s’il n’avait pas été en train de se faire violement éclater au sol. Ou encore d’une fois où Jadina avait passé un objet quelconque à Danaël et, quand leurs mains s’étaient touchées, ils s’étaient regardés dans les yeux en rougissant, sans bouger, pendant une bonne minute. Il se rappelle maintenant que son camarade jaguarian avait l’air tout à fait excédé à ce moment.

- Ils font tout le temps ça, repris Gryfenfer. Un coup ils rougissent dès que leurs regards se croisent, et la seconde d’après, ils se crient dessus comme des marchands d’Eisleymos ! Et encore, maintenant ça va, t’as pas assisté à la phase du vouvoiement.

- C’est quoi ça la phase du vouvoiement ? Razzia avait réussi à attraper un premier poisson et fit signe à son coéquipier de commencer à le faire cuire.

- Quand je les ai rejoints, ils étaient déjà ensemble depuis quelques mois. Ils se tutoyaient, mais ils se remettaient à se vouvoyer dès qu’ils étaient gênés.

- Comment ça ?

- Laisse-moi te donner un exemple…

***

Par une nuit particulièrement chaude, le trio avait établi un campement, au bord d’une rivière. Après l’éternelle galère qu’était l’installation des tentes, nos héros s’étaient retirés, profitant d’un sommeil mérité. Malgré la fraicheur de la rivière, la chaleur moite les avait poussés à se coucher en petite tenue.

Au milieu de la nuit, iels furent réveillés en sursaut par une explosion, dont le volume suggérait la proximité. Sans réfléchir, iels sortirent de leur tente, armes à la main. Sans se rhabiller non plus. Gryfenfer, qui supportait le moins la température et dormait mal, était le premier dehors, aux aguets, déjà en train de renifler une piste un peu plus loin. Jadina le rejoint rapidement, en débardeur-culotte, bâton-aigle prêt à l’emploi.

- Qu’est-ce que c’était ?

- Je sais pas, mais c’est bizarre, je sens pas de poudre ! Danaël sortit également de sa tente, en caleçon.

- Est-ce que tout le monde va bieee…

Gryfenfer fut alerté par son ami, qui ne laissait habituellement pas trainer ses phrases en suspens. Il se retourna, prêt à combattre n’importe quel ennemi qui aurait eu l’audace de les attaquer. A la place, il vit ses deux coéquipiers rouge vif, figés l’un en face de l’autre, apparemment victimes d’un court-circuit cérébral. Pendant quelques secondes, il n’y crut pas. Tout de même, dans une situation de crise et de potentielle attaque surprise, iels pouvaient avoir le sens des priorités. En voyant Jadina tenir son bâton-aigle à deux mains devant elle, le regard tourné vers le sol et en train de faire des cercles avec son pied, et Danaël, une main sur la nuque et l’autre ballante près de sa cuisse, fixant les restes du feu de camp à sa droite, Gryfenfer perdit définitivement espoir. Il les avait clairement surestimés, iels n’avaient aucun sens du danger.

- Oh hum, je… excusez-moi princesse, je…

Ah il était beau le chevalier vaillant, incapable d’aligner deux mots parce qu’il avait vu trop de peau d’un coup…

- Non, non pardonnez-moi, chevalier, je, je suis confuse…

Confuse peut-être, mais surtout en train de se rincer l’œil… Gryfenfer n’était pas certain qu’elle fasse honneur à son éducation princière.

Rectification, iels avaient un sens du danger, mais leurs hormones étaient plus fortes. Bien plus fortes. Tu parles de héros… Les voir balbutier et rougir comme des débiles, incapables de bouger mais quand même en train de lancer des coups d’œil qu’iels devaient espérer discrets (ils ne l’étaient pas, mais iels étaient bien trop occupés à éviter leurs regards respectifs pour s’en rendre compte) agaça le jaguarian et il décida de reprendre la situation en main. Il fallait vraiment qu’il fasse tout ici…

- Vous vous imaginerez des scénarios coquins plus tard, y’a plus urgent là !

Il courut vers la source de l’explosion, sans prêter attention aux remarques absolument offusquées et aux pitoyables tentatives de déni. Comme s’il n’avait pas été témoin de tout. Encore.

***

- Ils me voient torse nu toute la journée moi, et ça les a jamais mis dans des états comme ça ! Gryfenfer concluait son histoire, Razzia le regardait bouche bée.

- Ah oui en effet… Et ils font encore ça ou… ? Il n’avait pas vraiment prévu de faire du baby-sitting.

- Se vouvoyer, non, c’est enfin fini ! Ils ont arrêté de le faire il y a quelques semaines.

Le guerrier tombait des nues. Quand les Légendaires étaient venus à sa rencontre, il avait déjà entendu parler d’elleux, et… disons qu’il avait une image assez différente. Définitivement pas l’image d’adultes incapables de se nourrir correctement ou incapables de se tutoyer quand iels avaient surpris l’autre en petite tenue.

- Maintenant, ils se contentent d’alterner les moments gênants où ils oublient tout le monde, et les moments où ils se disputent pour n’importe quelle raison. Autant te dire, qu’après des mois à supporter ça seul, je suis bien content de pouvoir en parler à quelqu’un !  L’odeur de cramé qui s’élevait depuis la broche alarma Razzia.

- Mais Gryfenfer, t’as fait bruler le poisson !

- Ah bah faudrait savoir, tu m’as demandé de le faire cuire ! Vu que personne ne supporte la viande crue ici…

- Non mais il est totalement carbonisé là… Le jaguarian haussa les épaules.

- Moi je le mange comme ça… dit-il, en toute mauvaise foi.

Ok, ses coéquipiers n’étaient pas du tout rodés à la vie d’aventurier en fait. Pour ce qui était de risquer sa vie en combattant les forces de mal, ça allait, mais pour tout ce qui était de se maintenir en vie, ça semblait compromis. À ce stade, iels avaient bien plus de chances de mourir d’indigestion alimentaire que d’un sort de Darkhell. Il était presque le plus responsable ici, et ça lui faisait vraiment bizarre. Comme quoi, il ne fallait pas se fier aux apparences… Il jeta le poisson cramé et en donna un autre à Gryfenfer, en lui intimant de surveiller la cuisson cette fois.

- Et attends, je t’ai pas raconté comment ils ont essayé de me recruter !

Alors que le roux se lançait dans une autre anecdote, Razzia sourit. Certes, cette équipe était bien différente de ce qu’il avait imaginé, mais c’était mieux comme ça. Voyager à travers le monde et combattre le mal auprès d’énergumènes de toute sorte était quand même bien plus intéressant que de suivre de simples héros au cœur noble sans plus de personnalité. Et qui sait, peut-être qu’au bout d’un moment, iels deviendraient même de bons amis…

Notes:

Vu le background relationnel inexistant de Jadina et de Danaël je REFUSE de croire qu'iels étaient pas gênants au début de leur relation

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