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Orcaniens - Addendum

Summary:

L'Orcanie est un chapelet d'îles se trouvant au nord de la Calédonie. Placés sous le règne du terrible roi Loth, ses habitants mènent leur vie sans se préoccuper de ce qui peut bien se passer sur l'île de Bretagne toute proche.
Un jour pourtant, un druide surgit sur les terres de Galessin, un duc orcanien, porteur d'un message du futur Roi Arthur dont l'objectif est de fédérer l'ensemble des clans bretons dans le but unique de mettre la main sur le Saint Graal. Une nouvelle qui n'est pas nécessairement du goût des îliens et plus encore de celui du roi Loth.

Notes:

Alors, une fois n'est pas costume, je vais faire de l'auto-promo en vous conseillant très (très) fortement d'aller lire "Orcaniens" d'abord, puisque ses histoires s'intercalent entre celles déjà écrites. Comme le titre l'indique, il s'agit, en effet, de scènes de vie additionnelles au récit préexistant et qui se base sur le même principe : c'est l'histoire de Kaamelott, mais point de vue des Orcaniens (et, plus précisément, de Galessin puisque c'est mon chouchou). :D

Chapter 1: La bibliothèque

Chapter Text

Le seigneur Galessin, duc d’Orcanie de son état, pénétra dans la bibliothèque de son château sans beaucoup de discrétion. Il fallait dire qu’à part lui et les serviteurs préposés au ménage, personne ne s’aventurait dans cette pièce de la demeure. Probablement parce qu’il était le seul entre ces murs à savoir lire. Mais ce jour-là, il eut un mouvement de recul lorsque, du coin de l’œil, il nota une silhouette déjà sur place. Il releva vivement la tête du parchemin qu’il lisait et fronça les sourcils.

  • Siban ?

Sa conjointe sursauta en laissant échapper un cri qui le fit tressaillir par ricochet. La jeune femme fit volte-face, le teint pâle, le souffle court, une main posée sur la poitrine.

  • Sei… seigneur Galessin, c’est… c’est vous ?
  • Qui voulez-vous que ce soit ?

Mariés depuis peu, les amants ne se connaissaient pas assez pour anticiper les réactions de l’autre. Ils étaient tous deux en plein apprentissage de l’individu avec lequel ils allaient partager leur vie. Et le noble était plus que décontenancé par l’attitude de son épouse, quand bien même cela ne s’imprima pas de manière flagrante sur son visage.

  • Vous… ne deviez pas être à la cour du roi Loth ?
  • Si, confirma-t-il en se rapprochant d’elle ; mais c’est bon, c’est fini.
  • Déjà ?
  • Bah, disons qu’après avoir crevé les yeux et arraché la langue d’un de ses serviteurs dans la salle à manger, on n’avait plus très faim.

__

              Siban avait ostensiblement marqué son dégoût, mais Galessin passa outre pour se focaliser sur ce qui l’intéressait réellement.

  • Qu’est-ce que vous faites ici ?
  • Eh bien, je… je vis ici, déclara la nouvelle maîtresse des lieux, non sans une certaine hésitation.
  • Dans la bibliothèque ?
  • Ah ! s’exclama-t-elle en esquissant un sourire gêné. Non, je… je… je visitais.
  • La bibliothèque ?

Le duc avait de quoi être dubitatif. Cet endroit avait été appelé ainsi parce qu’il fallait bien lui donner un nom, mais le terme était quelque peu ronflant. Il y avait sur ces étagères à peine dix objets que l’on pouvait qualifier de livres. Tous les autres étaient des manuscrits de quelques pages vaguement reliées entre elles, des notes prises à la va-vite sur un coin de table, des actes de propriété enroulés sur eux-mêmes ou des cartes des terres alentours. Et l’espace était suffisamment petit pour en avoir fait le tour simplement en pivotant sur soi-même. Aussi, le verbe « visiter » lui paraissait excessif.

  • Oui, appuya cependant Siban. Ce… Les finitions sont très belles.
  • Les finitions ?

Par réflexe, il observa autour de lui alors qu’il savait déjà à quoi cela ressemblait. Située dans un angle du château, la pièce comptait deux fenêtres, trois armoires et une table au centre. Hormis les rideaux occultant les vitraux, les murs étaient nus, gris et froids.

  • Oui, les… les colonnes et les… tentures, ajouta-t-elle avant de l’interroger à son tour. Mais qu’est-ce qui vous amène dans les parages, mon aimé ?
  • J’ai besoin d’une nouvelle plume pour signer ce truc, se justifia-t-il sans réfléchir.
  • Oh, je vois. Je… je vais vous laisser œuvrer alors.

Et sans plus de cérémonie, elle se précipita hors de sa vue.

  • Attendez… dit-il, beaucoup trop tard.

Il fronça les sourcils, confus. A quoi cela rimait-il ?

__

              Une semaine plus tard, alors que l’heure du déjeuner approchait, Galessin se mit en quête de son épouse. Il passa ainsi de pièce en pièce, questionnant les occupants du château au passage, avant d’obtenir le renseignement qu’il espérait. Un renseignement surprenant, mais utile puisqu’il lui permit d’abréger ses recherches. Comme annoncé, il retrouva Siban dans la bibliothèque. Installée sur la seule chaise de l’endroit, elle lui tournait le dos. Sa joue reposant sur son poing, la tête penchée en avant, ses cheveux châtains et raides avaient coulé le long de ses épaules, dégageant ainsi sa nuque blanche. Il eut envie de la caresser et d’y déposer un baiser, mais il n’était pas là pour ça.

              Discrètement, il s’avança pour se rendre compte de ce qu’elle faisait. Il vit rapidement le livre ouvert sur ses genoux et reconnut aussitôt la gravure sur l’une des pages. C’était un recueil de contes bretons que son précepteur lui avait fait lire un nombre incalculable de fois. Il connaissait ses lignes par cœur.

  • L’histoire vous plaît ? demanda-t-il en fois près d’elle.

Siban tressaillit avec une telle force que l’ouvrage atterrit sur le sol après une jolie pirouette. Galessin, lui, contint son frémissement.

  • Vous… vous m’avez fait peur.
  • De toute évidence, commenta-t-il, froidement. Je pourrais savoir ce que vous faites ?

Il ne comprenait toujours pas ce qu’elle faisait là.

  • Je… je profitais du calme de l’endroit, expliqua l’ex-comtesse en récupérant le bouquin acrobate.
  • Un livre à la main ? insista-t-il, suspicieux.
  • Oui, je… j’admirais les dessins.

Elle mentait, son instinct le lui dictait. La question était de savoir pourquoi et ce qu’elle lui cachait.

  • … Vraiment ?
  • Oui.

Son regard était fuyant, contrairement à celui de son époux, dardé sur elle.

  • C’est bizarre, parce que la femme de chambre m’a dit que vous étiez là depuis au moins une heure. Ca fait long pour regarder un dessin.

Exception faite d’un carnet de voyage d’un oncle pêcheur, c’était la seule œuvre illustrée de la bibliothèque ; qui ne comptait que cinq représentations graphiques. Rien qui, selon lui, ne justifiait d’y passer autant de temps. Toutefois, Siban rétorqua :

  • Vous seriez surpris par la quantité de détails.
  • Vous m’en direz tant.

__

              Deux semaines s’écoulèrent sans plus d’incident quand l’opportunité d’avoir le fin mot de l’histoire se présenta à lui. Depuis la dernière fois, il avait longuement cogité sur ce mystère et avait établi une hypothèse qu’il lui fallait vérifier. Il espérait, par la même occasion, comprendre l’origine de cette attitude pour le moins étrange. C’était le matin, le vaguemestre était passé lui rapporter les dernières missives et Siban se sustentait à côté de lui. Il déroula l’un des parchemins et pesta :

  • Oh, non ! Il écrit vraiment comme un sagouin !
  • Qu’y a-t-il, mon amour ?
  • Il y a que Loth m’a envoyé un ordre de mission, mais impossible de lire ce qu’il a écrit.
  • Faites-moi voir ça.

Il lui tendit le papier et elle s’en empara délicatement. Ses sourcils se froncèrent, puis elle dit :

  • Il vous demande de vous rendre au marché aux chevaux pour lui en racheter un autre. Ce n’est pas si mal écrit que…

Elle avait relevé les yeux et croisé le regard scrutateur de son mari. Elle avait réagi exactement comme il s’y attendait. Désireuse de contenter tous ses souhaits et de lui être utile en toutes choses depuis son arrivée au château, elle avait plongé tête la première dans le panneau.

  • Enfin… j’imagine que c’est ce qui est écrit, bégaya-t-elle, les mains tremblantes.
  • Vous allez me prendre pour un con encore longtemps ?

L’effroi fit fuir le sang de son visage. Elle quitta alors brusquement son siège et se jeta à ses pieds.

  • Pardonnez-moi, seigneur Galessin, si je vous ai offensé.

Un instant déstabilisé par cette réaction inattendue, il retrouva son aplomb bien vite. Il se leva à son tour et la conduisit à se remettre debout.

  • Ca suffit, y’a rien à vous faire pardonner.
  • Mais…
  • Pourquoi vous ne m’avez pas dit tout de suite que vous saviez lire ?
  • Excusez-moi, fit-elle, des larmes roulant sur ses joues.
  • Je me fiche de vos excuses. Expliquez-moi.

C’était la seule pièce du puzzle qui lui manquait. Pourquoi lui cacher cette capacité peu commune ? Siban hésita, déglutit plusieurs fois, chercha autour d’elle une porte de sortie tandis que lui attendait qu’elle s’exprimât enfin. Sa patience fut récompensée.

  • … Mes parents se sont mis en tête qu’une femme qui savait lire pouvait être un atout pour faire un bon mariage. Mais mon précédent mari, quand il l’a su, il… il m’a frappée, avoua-t-elle, la voix étranglée. Et il m’a ordonné de ne plus jamais le faire. Il m’a même défendu de l’apprendre à Mayelle.

Elle pleurait, le corps parcouru de frissons. Il aurait voulu la serrer contre lui, mais ignorait si c’était la bonne chose à faire compte tenu de son passé. Il savait déjà que le comte Odoric, son précédent conjoint désormais décédé, s’était montré violent avec elle. Elle le lui avait raconté durant le tournoi où ils s’étaient rencontrés ; mais elle n’avait jamais mentionné cette anecdote.

  • … Il devait probablement avoir des trucs à cacher, analysa-t-il, les poings serrés.
  • Ca ne vous dérange pas ? s’étonna-t-elle, déboussolée.
  • Pourquoi ça me dérangerait ? Au contraire, avec les torchons que je reçois parfois, un deuxième point de vue ne sera pas du luxe.

Il avait parlé avec sincérité, se souvenant du nombre de fois où il avait fini par abandonner toute idée de déchiffrer son courrier. Leurs regards se croisèrent suite à cela. Longtemps. Puis, sans prévenir, Siban se blottit contre son torse et l’enserra dans ses bras. Stupéfié, Galessin tarda avant de lui rendre la pareille.

  • Vous savez quoi ? lui murmura-t-il à l’oreille.
  • Quoi ?
  • Si j’avais l’occasion de tuer votre ex-mari une seconde fois, je le ferai sans aucune hésitation.